Quand on est français et qu’on écrit en plus de la bonne Science-Fiction, on fini toujours par recevoir un petit mail d’if is Dead. « Blogueur cherche personne à interviewer« . Franck Ferric, auteur de la Loi du Désert, que nous vous recommandons très chaudement, et récemment à l’origine de l’une des nouvelles présentes dans l’Anthologie Or et Sang, qu’on vous recommande aussi, en fait, a répondu par la positive. Nous lui avons donc posé quelques questions qui nous taraudaient depuis la fermeture de son bouquin ! C’était fin 2010…

Bonjour Franck, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? C’est vrai que tu vis dans le Centre ?
Salut Alexandre. Eh bien, je me nomme donc Franck Ferric. J’ai 30 ans, je vis effectivement dans le Centre de la France et de temps en temps, j’écris des trucs. Des nouvelles (dernièrement, dans le numéro 16 de Black Mamba ou dans l’antho « Or & sang » parue aux éditions du Petit Caveau ce mois-ci). Et parfois des romans (« La Loi du désert », sorti en septembre dernier aux éditions du Riez).
De puis quand aimes-tu la littérature de l’imaginaire ? Qu’est ce qui t’a plongé dedans ?
Depuis tout gosse. Parmi les premiers « vrais » livres que j’ai eu l’occasion de lire, il y avait ceux de Jules Vernes, de Stevenson, puis King, Tolkien… (faut bien avouer qu’à cet âge, c’est rudement plus sexy que les titres qu’on vous propose à l’école…)
Ton roman La Loi du désert a été publié il y a peu. Comment présenterai-tu ton livre ? Penses-tu qu’il soit accessible ou bien cible-t-il un lectorat spécifique ?
Photo de Gabriel Souchard
Je ne pense pas qu’il cible un lectorat ou un autre. Ecrire un truc en me demandant s’il va plaire à tel ou tel type de lecteur, c’est pour le moment une démarche qui m’est totalement étrangère (si le contraire s’installait, je crois que ça me gonflerait assez vite et que je passerais à autre-chose). J’écris avant tout ce qu’il me plait, à moi, de raconter, sans trop me soucier de l’étiquette qu’on y mettra plus tard. Ceci dit, je pense que ce livre est parfaitement accessible. Rien de bien compliqué ni de trop trash dedans.
Si je devais présenter « La Loi du désert », je dirais que c’est l’histoire de deux frangins qui, chacun pour une raison différente, se retrouvent à devoir désobéir. Ce qui les obligera, par l’exil et la désertion, à subir les difficultés d’un monde post-apocalyptique en phase de ré-enchantement forcé. On y parle de route, de valeurs humaines, de libre-arbitre, de mémoire. Et un peu de flingues et d’alcool, aussi.
On connaît de nombreux sous-genres de la Science Fiction. Après lecture, La Loi du désert ne s’inscrit dans aucun d’entre eux, comment qualifierai-tu cette SF bien loin des boulons d’antan ? Pas le droit de la qualifier de Road Movie, ça on l’a déjà fait !
Ben c’est à dire que je ne vois pas vraiment d’autre qualificatif valable pour ce bouquin, eheh… Même si la SF, c’est loin d’être uniquement des boulons et des robots, « La Loi du désert » n’en est assurément pas. De l’anticipation, sans doute d’avantage, encore que la prospective ne soit pas l’argument central de l’histoire. Ce que j’avais envie de raconter, c’était surtout une road story. J’y ai ensuite mis ce que j’aime, sans trop réfléchir. Au final, ça donne quelque-chose d’assez hybride. Si j’étais tordu, je dirais qu’on pourrait le qualifier de (avec l’air de celui qui fait semblant de savoir de quoi il parle) : road-story de fantasy anticipative ? (mouais… Bof…)
Quand as-tu fini son écriture ? Combien de temps cela t’a t’il pris ? Es-tu content de ton œuvre ?
J’ai terminé l’écriture de ce livre il y a deux ans, et sa rédaction a traîné sur à peu près une année. Après, est-ce que j’en suis content… Sans désavouer quoi que ce soit, je n’en suis pas satisfait à 100%. Je sais qu’il y a des choses que je ne ferais pas de la même manière, mais ceci dit, sans pour autant avoir la moindre chance d’atteindre les 100% de satisfaction non plus. Un artisan est-il jamais vraiment content de son travail ? Tout au plus, il peut dire « j’ai fait de mon mieux pour aujourd’hui. Passons à autre-chose. »
Parlons un peu influences veux-tu, les Blafards nous ont fait penser aux Fremens d’un autre Frank que tu devrais connaître. Mais c’est sûrement parce que Dune fait partie de nos classiques. Quels sont les tiens ?
Il y en a une flopée. En premier, je dirais Bukowski (pour toute son œuvre. Mais ça n’est pas de la SF, ni de la fantasy, ni du fantastique). Ça, c’est mon Dieu-le-Père.
Après dans le désordre je dirais : Lovecraft, Howard, Silhol, Palahniuk, Hesse… Et niveau influence, il y a aussi beaucoup celle de la musique (le blues, Waits, Brassens, Brel, Ferré…)
Une de tes nouvelles vient d’être publiée dans Or et Sang des éditions du Petit Caveau. Encore une fois, on a beaucoup aimé ici. Quels sont tes autres projets ?
Deux romans en cours d’exhumation. Une variation sur le mythe de Sisyphe, et un truc se déroulant dans le monde de « La Loi du désert ». Mais j’ai encore du boulot : je n’en suis pour le moment qu’à rassembler ma matière. Sinon, j’ai quelques nouvelles qui devraient sortir ici-et-là, notamment aux éditions Argemmios dans une antho dédiée aux mythes amérindiens. Et un autre roman étiquetable « fantasy urbaine », prévu si tout va bien pour début 2011.
Nous trouvons que l’imaginaire « indépendant » est très peu représenté sur les étalages des libraires et très difficile à trouver. Que penses-tu du marché de l’imaginaire aujourd’hui en tant qu’écrivain ? Est-il ouvert aux petits éditeurs ou complètement imperméable ?
L’Imaginaire « indépendant » représente l’écrasante majorité de l’Imaginaire vendu en librairie en France. Pour ne pas les citer, des maisons comme Bragelonne/Milady (qu’on fustige beaucoup pour être l’espèce dominante d’un écosystème minuscule), même si elles squattent une bonne partie des têtes de gondole, sont des maisons indépendantes (c’est à dire n’appartenant pas aux grands groupes d’éditions français, type Lagardère et compagnie). Simplement, ces maisons ont, pour plein de raisons, mieux réussi que les autres, du moins au niveau commercial.
Une bonne partie du problème tient à mon sens d’avantage à ce que coûte un diffuseur ou un distributeur à une petite boîte. Du rôle du libraire qui, outre celui de faire découvrir des livres au public, est aussi de faire tourner sa boutique dans un contexte pas franchement folichon, et qui n’a pas forcément le temps et/ou l’envie et/ou la compétence de se rencarder sur la production de petites structures (qui n’ont quasiment aucun moyen de faire de la pub auprès de lui, ou des moyens hyper limités), et ce même si la qualité de leur production est indéniable (un coup d’œil sur les prix littéraires accordés tous les ans suffit la plupart du temps pour s’en rendre compte.)
Ceci dit, il ne faut pas non plus jeter le marmot avec l’eau du bain : il existe un peu partout des libraires, spécialisés ou non, qui savent faire cet effort (entre autres, Soleil Vert dans le Gard, Critic à Rennes, Ciel Rouge à Dijon, certaines FNAC…) Et même si ça ne remplace évidemment pas tout, internet permet aussi de susciter un écho qui laisse les livres respirer un peu. Rien n’est facile, mais rien n’est foutu non plus (évidemment, là je parle en tant qu’auteur. Si j’étais éditeur, mon langage serait peut-être différent.)
En tant qu’écrivain, que penses-tu d’internet et de la multitude de blogs centrés autour de la lecture qui ont pu fleurir ces dernières années ? Tu en suis certains ?
Je trouve ça très bien ! Critiquer les bouquins, en parler en bien comme en mal, c’est aussi ça qui les fait vivre. Je n’en suis aucun de manière vraiment assidue, mais je traîne pas mal sur des sites comme ActuSF, Psychovision… Et puis étant animés par de vrais passionnés, ils permettent aussi de se tenir au courant des news.
Tu écris, mais es-tu aussi un lecteur ? Que lis tu en ce moment ?
Un assez gros lecteur, oui. En ce moment, je suis entre Le Déchronologue de Beauverger et les carnets de René Mouchotte.
Et en tant que lecteur, que penses-tu du marché de l’imaginaire cette fois ?
En tant que lecteur, je dirais qu’on est plutôt vernis. Avec internet, en étant un peu curieux, on peut trouver à peu près tout facilement, pour pas cher (sans parler de piratage, hein ?) L’offre est importante (d’aucuns diront qu’elle l’est trop), variée, de qualité.
Maintenant, vrai que tout reste très fragile et que la vente par internet ne remplace pas la vente en librairie. Les petites maisons ont du mal à tenir le coup malgré leur volonté et la qualité de leur travail (on pense à l’Oxymore, au Calepin Jaune, à Nuit d’avril, au Navire en pleine Ville…) et qu’on soit auteur ou lecteur : vulgairement parlant, ça fout les boules de voir que les maisons qu’on préfère finissent par couler… J’aimerais bien croire qu’il existe une solution pérenne à ça…
Bon, ça fait déjà 11 questions ! Nous te remercions beaucoup pour tes réponses. Un dernier mot pour les lecteurs d’if is Dead ?
D’abord, un gros MERCI pour les patrons de ce très chouette blog.
Et pour ses lecteurs : « Lisez des livres, bonnes fêtes de fin d’année, et à la vôtre ! »
Et voilà, c’est fini pour cette intervietw ! On remercie bien entendu Franck Ferric de nous avoir accorder de son temps pour répondre à nos quelques questions, et on lui souhaite de faire aussi bien pour ses prochains écrits ! Vous pouvez suivre son actualité sur son site, Black Flag, ou bien sur son myspace. A noter tout de même que vous pouvez trouver un extrait de La Loi du désert sur le site des éditions du Riez, en PDF, par ici.

Une bonne partie du problème tient à mon sens d’avantage à ce que coûte un diffuseur ou un distributeur à une petite boîte. Du rôle du libraire qui, outre celui de faire découvrir des livres au public, est aussi de faire tourner sa boutique dans un contexte pas franchement folichon, et qui n’a pas forcément le temps et/ou l’envie et/ou la compétence de se rencarder sur la production de petites structures (qui n’ont quasiment aucun moyen de faire de la pub auprès de lui, ou des moyens hyper limités), et ce même si la qualité de leur production est indéniable (un coup d’œil sur les prix littéraires accordés tous les ans suffit la plupart du temps pour s’en rendre compte.)
Pour ma part, je suis très lent au début… Surtout quand j’aborde un nouvel auteur, un nouveau registre, une nouvelle série, par exemple… Ou bien quand tu dois enchaîner sur un ouvrage totalement différent du précédent. Imagine-toi qu’après
On pourrait en discuter des heures… Ça me laisse toujours perplexe quand je lis une critique qui vante la langue, le style de tel ou tel auteur que j’ai traduit… surtout si c’est un auteur que j’apprécie… On parle de mon texte, en définitive, puisque l’original est écrit dans une langue étrangère. J’ai notamment éprouvé ce sentiment (mâtiné de frustration, on va dire…) en lisant dans le Monde un jour une excellente critique de la série de polars historiques XVIIIe de Bruce Alexander, que j’ai traduits chez 10-18. À l’époque, j’ai même été confronté au cant, l’argot des voleurs/malfrats de Covent Garden (ndlr : un quartier de Londres), que je devais donc adapter en trouvant des équivalents XVIIIe français…
Inutile de préciser que je dois adapter à fond, en me mettant dans la peau d’une gamine de 13-14 ans, en vérifiant non-stop les références sur le Net, notamment pour la mode… en décollant au besoin carrément de la VO pour produire une VF qui tienne la route et puisse être lue par de jeunes ados françaises… C’est pas toujours évident, crois-moi. Mais, apparemment, ça marche bien… et même mieux de ce côté-ci de l’Atlantique… À tel point que l’auteure américaine Alexa Young est inondée de courrier de jeunes lectrices qui, parfois, font référence à des expressions que j’ai moi-même inventées, du coup ! Elle a d’ailleurs dû faire appel à mes services par e-mail pour que je lui traduise certains passages de courrier de lectrices, car elle n’a pas un niveau de français suffisant… et, bien entendu, les gamines lui écrivent en français !
La femme qui en savait trop (Skin and Bones), Tom Bale, France-Loisirs, 2008, à paraître aux Presses de la Cité
Série policière italienne contemporaine, Magdalen Nabb, 9 titres traduits, 2001 à 2006, éd. 10-18
Après avoir tant soit peu œuvré dans le commercial, histoire de tenter le coup de la reconversion, j’ai débuté dans la trad littéraire par le plus grand des hasards, en fait… en répondant à une annonce du Figaro pour les éditions Harlequin, puis j’ai enchaîné avec des nouvelles policières américaines pour le magazine Femme Actuelle… Ensuite j’ai commencé à traduire des polars aux éditions du Masque. Pour l’anecdote, j’avais passé entre-temps le concours de Contrôleur des PTT (Eh oui, c’était déjà la « crise » dans les années 80 !) et en anglais, j’ai obtenu la meilleure note de ma vie (20/20) pour une version… que j’ai dû rédiger en une vingtaine de minutes. Je me souviens que le sujet portait sur la messe « version drive-in » aux États-Unis… (Des fidèles assistaient à l’office en bagnole, comme au ciné en plein air). En fait, j’avais vu un reportage là-dessus à la TV la semaine précédente. Quand j’ai reçu mes notes, et en particulier celle de la version anglaise (les autres n’étaient pas aussi « exceptionnelles »), je me suis dit que je devais conserver cette langue dans mon travail… en l’occurrence dans celui de traducteur.
Jusqu’à présent, je n’ai jamais refusé la signature, c’est-à-dire que mon nom ne soit pas mentionné sur la page de garde ou la 4e de couv d’un ouvrage que j’avais traduit, parce que j’étais en désaccord avec l’éditeur.
Dans l’édition, un traducteur est indépendant. À ma connaissance, il n’existe pas de traducteurs salariés, contrairement aux correcteurs qui, eux, peuvent faire partie du personnel de telle ou telle boîte d’édition.
Dès lors que le bouquin est épuisé, que ton éditeur ne souhaite plus le réimprimer, tu peux fort bien récupérer tes droits pour éventuellement proposer ta trad à une autre maison d’édition.

