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Vous le savez, j’ai beaucoup aimé Requiem pour Sascha, une série de Bit-Lit écrite par Alice Scarling et publiée chez Milady en poche. Le troisième et dernier tome, Agnus Dei est sorti il y a peu et m’a beaucoup plu, il clôture cette série avec brio.

Agnus Dei, Requiem pour Sascha Tome 3, de Alice Scarling

Ayant beaucoup apprécié les références que j’ai pu y voir, j’ai donc pris mon courage à deux mains et contacté l’auteure pour en apprendre plus sur son processus créatif, et pourquoi pas ressusciter d’entre les morts la rubrique interview du site !

Tout d’abord, bonjour Alice. La première question ne va pas être la plus originale. Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?

Alice ScarlingHello Serafina ! Et salut aux lecteurs de ifisDead !

J’ai toujours un mal fou à me présenter… Je m’appelle Alice, j’ai 30 ans, je suis une fan de Fantasy/Science-Fiction/Bit-Lit/Fantastique tous supports (livres, films, séries télé, etc.), je suis aussi une grande metalleuse devant l’éternel.

Je collectionne les Doc Marten’s et je passe beaucoup de temps à chercher le combo stylo/papier parfait pour que ça bave comme j’aime.

Lire la suite de l’article Interview de Alice Scarling, auteure de Requiem pour Sascha


Cuidet MathieuMon passage aux Joutes du Téméraire 2011 aura aussi été l’occasion de rencontrer Arnaud Cuidet, le créateur du jeu de rôles Metal Adventures dont je vous avais présenté le guide de jeu et auquel l’équipe s’était prêtée.

Extrêmement sympathique, il a bien voulu se livrer à l’exercice de l’interview, qui pour la première fois sur if is Dead va prendre la forme d’une interview audio.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Metal Adventures est un jeu de rôles publié aux éditions du Matagot dont l’univers permet aux joueurs de partir à la conquête de l’espace parmi un équipage de pirates. L’ensemble nous avait surtout surpris sur son côté facile et simple à prendre en main pour créer son personnage et lancer une première partie.

Place à l’interview.

J’en ai aussi profité pour me faire dédicacer le manuel des joueurs et pour me procurer le manuel du meneur. Ça va partir à l’aventure chez if is Dead. Je souhaite remercier Arnaud Cuidet de bien avoir voulu répondre à mes questions et Kradukman de m’avoir laissé utiliser son matériel d’enregistrement.


C’est au détour de notre boîte aux lettres que nous avons découvert l’année dernière un roman original de Science Fiction publié par les éditions l’Atalante: Métro 2033 de Dmitry Glukhovsky. Un petit pavé au synopsis bien comme on les aime, qui a tout de suite eu les faveurs de notre rédacteur illman dont vous pouvez retrouver la chronique par ici. Les romans traduits du russe ne sont pas légions en France, et encore moins au rayon Science-Fiction. nous avons donc tout de suite voulu en savoir plus en contactant son traducteur, Denis E. Savine. Et quoi de mieux que la sortie récente du second tome, Métro 2034 pour en parler ?

Metro 2033 de Dmitry Glukhovsky

Bonjour Denis, pourrais tu te présenter à nos lecteurs ?

Né sous un déluge de feux d’artifice par une froide nuit de novembre sous le règne du Camarade Président du Praesidium du Soviet Suprême Nikolaï Viktorovitch… non pardon, c’est la version longue… Que dire ? Essayons de procéder dans l’ordre. Instant zéro : naissance à Moscou. 6-7 ans : découverte de deux écrivains français, Jules Verne et Alexandre Dumas père. Je crois avoir préféré ce bon vieux Jules.

Quelques années plus tard : arrivée en France. Bon nombre d’années d’études plus tard, j’ai travaillé dans l’informatique, en tant que larbin (pardon employé) dans un premier temps, puis à mon propre compte. Puis j’ai été auteur jeunesse, disquaire et à présent je travaille dans un foyer qui accueille des enfants maltraités.

Sinon, je suis un gros lecteur et j’ai beaucoup pratiqué le jeu de rôle (avec l’âge les occasions se font plus rares) et le Grandeur Nature. Ah oui, j’aime aussi les chats.

Comment en es tu arrivé à la traduction de romans russes ? Quel est ton parcours, côté écriture en particulier ?

Denis E. Savine Mon parcours dans la traduction est erratique. J’y suis venu par le jeu de rôle en traduisant de l’américain des livrets de jeu pour un grandeur nature persistant. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte que l’activité m’intéressait. Mais au sein d’une association (dont bon nombre de membres sont des fans), le niveau d’exigence n’est pas trop élevé vu que tout le monde est bénévole, ce qui ne permet pas d’évaluer réellement la qualité de son travail. Ensuite ce fut de la traduction de documents techniques dans le cadre de mon boulot en informatique, avec cette fois un niveau d’exigence plus élevé. Vu que mon poste n’était pas axé sur la traduction, mais l’ingénierie, les traductions n’étaient pas nombreuses, même si elles étaient régulières. Pour ce qui est de la traduction des romans russes, c’est l’occasion qui a fait le larron.

J’avais lu Métro 2033 pour les éditions L’Atalante afin d’en faire une fiche de lecture et un jour que nous en discutions, Mireille Rivalland (éditrice chez l’Atalante, ndlr) m’a demandé si je me sentais d’attaque pour le traduire. J’ai traduit une partie du premier chapitre pour voir si j’en étais capable et si le travail que je fournissais convenait. Visiblement, ce fut le cas.

Côté écriture, c’est une autre histoire qui a aussi commencé avec le jeu de rôle. A l’époque, comme un grand nombre de meneurs de jeux, j’écrivais mes propres scénarios. Puis est sorti le jeu Guildes, chez Multisim. Avec trois amis, nous avions monté et proposé à l’éditeur un projet de zine, intitulé Terra Incognita, et c’est à cette occasion qu’en 95 je faisais la connaissance de Stéphane Marsan (actuellement directeur éditorial chez Bragelonne, ndlr) qui venait de lancer un petite maison d’édition qui ne publiait que des auteurs français en format poche et qui s’appelait Mnémos.

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Journal de Noel de Kerbraz

C’est Stéphane qui m’avait encouragé à écrire suite à la lecture d’un ou deux de mes textes. Pourtant, ce n’est pas à cette époque que j’ai publié mes premiers bouquins, mais 7 ans plus tard. J’ai eu la chance d’être contacté par une illustratrice qui travaillait pour les éditions du Rocher sur un projet d’albums pour les 8-12 ans. C’est comme ça qu’est née la série Le Collège des Six-Trouilles composée de trois albums (signés sous le pseudonyme de Kerbraz).

Suite à cette série, l’éditeur m’a proposé de rejoindre un autre projet Grand-maman… raconte ! / Grand-père… raconte ! L’idée de cette collection était d’offrir aux adolescents des biographies de personnages célèbres dans un format moins rébarbatif que des pavés de 600 pages et un peu plus ludique. Un projet passionnant. J’avais en outre eu la chance de signer pour 5 livres à paraître sur trois ans et demi. Je devais raconter la vie de Jules Verne (si, si, ce bon vieux Jules à qui je dois en grande partie mon amour de la lecture), Molière, Léonard de Vinci, Jean de La Fontaine et Victor Hugo. Au final seuls les trois premières biographies ont vu le jour car entre temps les éditions avaient changé de mains et la nouvelle direction aimait la collection jeunesse mais pas la création française. J’avais d’autres projets sous le coude, mais j’avoue ne pas avoir été très persévérant pour essayer de les placer.

Tu as vécu de ta plumes pendant quelques années, qu’est ce que ça t’a fait de passer traducteur ? Le travail t’a-t’il semblé totalement différent ?

Leonard de Vinci, quel génie ! de KerbrazLa traduction a été pour moi l’opportunité de revenir dans le monde du livre autrement qu’en tant que simple lecteur. Parce qu’après un parcours assez éclectique (hum… éclectique… j’aime bien ce mot… mais je pense que nous en parlerons un peu plus tard) je me rends compte que c’est ça que j’aime. J’aime les livres (je dois en avoir plus de 1500 à la maison), j’aime les langues et je pense que le travail d’auteur et de traducteur sont très complémentaires.

Dans les deux cas, il y a un attachement à la formulation, au choix des mots, à la construction des phrases. En ce moment, Denis-l’auteur apprend beaucoup de Denis-le-traducteur, mais Denis-le-traducteur s’est pas mal nourri initialement de l’expérience d’écriture de Denis-l’auteur (non, non, je suis tout seul dans ma tête, c’est juste pour expliquer).

Je ne te cache pas que l’auteur a l’avantage de maîtriser son univers et ses personnages. Alors que dans une traduction, notre rôle est de nous effacer au maximum et surtout de retranscrire le texte tel qu’il est qu’on soit d’accord ou non avec les directions que prend le scénario ou les actions qu’entreprennent les personnages.

La traduction du russe vers le français a-t-elle des particularités ? Les différences culturelles t’ont-elles parfois compliqué les choses ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler de particularités… Si, en fait, il y a une chose qui est très lourde à gérer, c’est la translittération. Il n’y en a aucune que je trouve satisfaisante, il y a celles qui piquent les yeux et celles qui écorchent les oreilles. D’ailleurs, la remarque la plus fréquente concerne les noms de stations imprononçables ; d’autant plus imprononçables qu’on a du mal à se retrouver dans toutes ces successions de consonnes.

Les différences culturelles compliquent les choses, c’est vrai. Il y a des référents qui sont différents, des images qui font sens dans une langue et qui sont difficilement transposable dans une autre. La langue véhicule la culture et l’histoire d’un pays, d’un peuple. Plus ce peuple est éloigné de nous d’un point de vue géographique, historique et culturel, plus la passerelle sera difficile à bâtir. Mais c’est aussi tout le charme, tout le défi… tout l’intérêt finalement de la traduction. A l’époque de 2033, nous avions eu un certain nombre de discussions avec Pierre Michaut (fondateur et éditeur de l’Atalante, ndlr) à propos des notes de bas de page. De son point de vue, que je partage désormais, la note dans une fiction rompt la lecture et par conséquent le rythme du texte, la tension de l’intrigue. Elle est donc a éviter au maximum. Pour cette raison seules quelques notes indispensables émaillent les bas de pages de 2033 et 2034 (pour te donner une idée, il y avait à l’origine deux à trois fois plus de notes dans 2033 que dans la version imprimée).

Sinon, petite anecdote pour illustrer les différences culturelles et les moyens de les contourner. Dans Métro 2034, Homère, un personnage enclin à l’introspection, réfléchit à sa relation au métropolitain moscovite. Il fait à un moment référence à une série de contes russes qui mettent en scène une matrone sur une montagne. Dans le texte original ça donne quelque chose comme ça : « Passe encore de tomber amoureux de la Matrone de la Montagne, mais s’amouracher de la Montagne elle-même voilà qui était étrange… » Je pense que la lecture de cette phrase dans texte aurait laissé le lecteur français perplexe, à moins de connaître les contes russes ou que dans une note je fasse un bref explicatif de la chose. J’ai préféré me demander quelle histoire ou légende était aussi populaire en France et dont la référence pour un lectorat français serait immédiate. C’est ainsi que la Matrone de la Montagne est devenue la Dame du Lac.

Les romans de Dmitry apportant leur lots de termes techniques, voire des néologismes, comment as tu fais pour les traduire ?

Bah… euh… Dicos très techniques, sites de traducteurs, recherches diverses, mails échangés avec d’autres traducteurs de ma famille (j’en ai deux, c’est très pratique)… c’est long parfois. Très long. Mais c’est une occasion en or pour se cultiver. J’adore !

On a remarqué en tout cas via ton Twitter que tu aimais bien placer quelques mots tordus… Une sorte de défis ?

Toi, tu parles de la « chromolithographie immarcescible ». Alors, il était trois heures du mat’, j’étais vanné et je m’étais promis de changer ça pour un synonyme plus courant, je parle d’immarcescible, parce que chromolithographie ça définit assez bien ce que c’est. Et en fait, je crois que j’ai oublié de tenir ma promesse. Mais les deux mots sont parfaitement français et présents dans tous les bons dictionnaires… J’essaie toujours de rester au plus près du sens et des nuances du texte original (ce qui n’empêche pas de faire des bourdes parfois), d’où l’usage de mots parfois un peu trop précis ou peu usités, mais il ne faut pas y voir un défi, non.

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Pour la petite histoire, j’ai appris le mot immarcescible en lisant un roman d’Andreï Makine.

Vu que Métro 2033 était ta première traduction, y-a-t’il eu des choses, méthodes que tu as fait différemment pour la traduction de Métro 2034 ?

Metro 2033 de Dmitry GlukhovskyOui, il y a eu une évolution entre mon travail sur 2033 et celui sur 2034. Là, comme ça, je suis incapable de te dire quoi. J’ai eu beaucoup de chance, je pense, d’avoir commencé à travailler pour L’Atalante.

Pierre m’a prodigué de précieux conseils et, comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai deux traducteurs dans la famille qui ont également partagé leur expérience avec moi. J’étais donc pas mal armé dès le premier roman. Cependant, je pense qu’il faut sans cesse se remettre en question et donc faire évoluer sa manière de travailler.

Ce second tome vient tout juste d’arriver chez les libraires, as tu déjà des retours de lecteur ? En es tu satisfait ?

Oui, j’ai eu deux retours, un direct, l’autre via mon blog. Ils sont très positifs tous les deux. Quant à moi… je suis un éternel insatisfait, surtout en ce qui concerne mon travail. Mais je me suis surpris à feuilleter le livre, voilà quelques jours, et m’arrêter sur des passages en me disant « Ah ? C’est moi qui ai fait ça ? ». En général, chez moi c’est bon signe. Donc, finalement, je dirais que je pense avoir fait du bon boulot et que oui, j’en suis content.

D’autres projets autour de la franchises sont ils en cours, que ce soit en Russie ou ailleurs ? Tu avais essayé l’adaptation en jeu vidéo, tiens ?

Metro 2033 UniverseLes romans dans l’univers de 2033 continuent à sortir en Russie à un rythme soutenu. Aux dernières nouvelles, plusieurs auteurs non russes avaient rejoint le projet : un britannique et un italien. Il y devrait donc y avoir une « Britannia 2033 » et une « Italia 2033« . Il avait également été question d’une adaptation en bande dessinée. Mais je n’ai plus trop de nouvelles ces derniers temps. J’avais eu quelques idées pour une « France 2033 » qui avaient intéressé Dmitry, cependant je n’ai pas eu le temps de m’y pencher sérieusement, vu qu’après 2034, j’ai enchaîné une autre traduction que je termine en ce moment.

Quant au jeu vidéo, non, je n’y ai pas joué. J’ai vu des gens y jouer, l’ambiance est très bien rendue, pour le peu que j’aie pu en voir.

Tu traduis de l’imaginaire, mais en es tu aussi un lecteur ? Comment es tu tombé dedans, quels sont tes classiques ? Tu en lis régulièrement ? En russe aussi ?

Je pars du principe qu’il est intéressant de lire de tout (enfin, si on excepte Marc Lévy, Guillaume Musso et quelques autres du même tonneau). J’ai dévoré de la Fantasy quand j’avais entre 15 et 20 ans, je dévalisais littéralement les librairies anglaises et américaines de Paris à cette époque. Puis, la proportion de SF a grandi et aujourd’hui elle représente la majeure partie des littératures de l’imaginaire que je lis. Je ne dis pas non à du Fantastique même si je suis assez difficile à contenter.

Comment suis-je tombé dedans ? Quand ma mère m’a lu 20000 lieues sous les mers à l’âge de 6-7 ans… Les classiques ? Je n’en sais rien. Tolkien, Verne, Asimov, Herbert, Shepard, Baxter, Wagner, Cook, Gibson, LeGuin, Whittemore, Verlanger, Lovecraft, Banks, Asher… Oui, j’en lis régulièrement. La quantité dépend des moments et des sorties d’autres auteurs dans d’autres genres littéraires ou des envies de se refaire des classiques de la littérature des deux derniers millénaires et demi de l’humanité. Quant à l’imaginaire en russe, non, je n’en lis pas. Je lis plutôt de la littérature dite générale… je déteste ce mot

Les étalages d’un libraire russe ressemblent-ils à ceux que l’ont peut retrouver en France dans notre domaine ? Qu’en est il de la « production » nationale du pays ? Y a t’il de grosses pointures russes de l’Imaginaire ?

Pour tout te dire, en octobre prochain, ça va faire 10 ans que pour mon plus grand regret et ma plus grande honte, je ne suis pas retourné en Russie. Mais je me suis promis d’y aller en 2012. Donc, à mon retour, je ne manquerai pas d’en faire un récit détaillé. Comme je ne lis pas trop d’imaginaire russe, je ne me tiens pas très au courant non plus. Mais tout cela va sans doute changer dans les mois qui viennent…

Quant aux pointures, il y en a une dont on a entendu parler en France il y a quelques années : Sergueï Loukianenko et sa trilogie NightWatch, par exemple. Et puis, il y a les ancêtres… Arkadi et Boris Strougatski. Je pense que la production dans le domaine littéraire est importante en Russie, il faut ensuite, mais c’est vrai partout ailleurs dans le monde, séparer le bon grain de l’ivraie.

Outre un compte Twitter, tu anime aussi Les Boulons Éclectiques, tu penses utiliser ces moyens pour parler un peu plus de ton travail, ou cela reste avant tout pour le « blogging » ? Tu lis des blogs à tes heures perdues ?

Les Boulons EclectiquesAh, les Boulons ! Et Twitter, sur lequel j’ai été bien silencieux ces derniers temps… Faut que je me rattrape… Oui, je vais parler davantage de mon travail sur les Boulons et sans doute sur Twitter, d’autant que j’ai pas mal de projets que j’aimerais voir avancer. En fait, je ne prends pas assez le temps de communiquer sur ce que je fais. Le problème vient de ce sentiment de culpabilité de se dire que le temps qu’on a consacré à un billet de blog à propos d’un projet, on aurait pu le consacrer à faire avancer le projet lui-même… C’est un serpent qui se mord la queue, mais je vais essayer d’y remédier.

Il m’arrive régulièrement de faire un tour sur quelques blogs : L’Ange du bizarre (blog de J.-P. Dionnet), Langue sauce piquante (le blog des correcteurs du Monde), Le traqueur stellaire, le vôtre aussi, celui des copains de la MLN (Mystérieuse Librairie Nantaise)… et ceux des visiteurs de mon blog qui laissent des commentaires… ou tout simplement au hasard, de lien en lien.

Merci pour toutes tes réponses, un dernier mot pour nos lecteurs ? Tes projets peut être ?

Aux lecteurs, tout d’abord, merci de votre patience et de votre persévérance de m’avoir lu jusqu’ici… c’est presque fini, promis.

Amortals de Matt ForbeckQuant aux projets… Alors, je termine en ce moment la traduction d’un roman américain, Amortals de Matt Forbeck, à paraître aux éditions L’Atalante en 2012.

Sinon, dans les choses en cours, il y a une trilogie space op pour la jeunesse dont les deux premiers tomes sont écrits, des nouvelles terminées ou encore en écriture que je vais essayer de placer de-ci de-là dans les mois qui viennent (Seb, si tu lis cette interview sache que je ne t’ai pas oublié). Dans les choses plus lointaines ou moins certaines, il y a une saga historique – qui aura pour point de départ Nantes – que nous avons imaginée avec un ami historien qui connait plutôt bien son Moyen-Âge. Et j’espère encore des traductions du russe ou de l’anglais. Bon, il y a bien deux ou trois autres projets dont je ne peux rien dire pour le moment qui viennent rallonger ma liste de choses à faire. Ah, si, il y a aussi un scénario d’un mini-GN qu’on doit écrire avec une amie depuis deux ans… et qu’on devrait mettre en chantier prochainement.

Merci avant tout de nous avoir répondu ! Et on espère bien avoir quelques informations supplémentaires sur les librairies russes après ton petit tour. En attendant, la rédaction a reçu son exemplaire de Metro 2034 il y a quelques jours, et illman va bientôt s’y mettre. On vous tient au courant pour la chronique !


Quand vous lisez un temps soit peu de Fantasy ou Science-Fiction éditée en France, il est très difficile de n’avoir jamais vu, et apprécié, le travail Marc Simonetti. Et pourtant, ce nom ne vous dit peut être rien. Pourtant, vous avez forcément dû le rencontrer quelque part. Voyons, Le Trône de Fer pour les éditions J’ai Lu, Le Nom du Vent pour Bragelonne, ou encore Perdido Street Station pour Pocket, Marc Simonetti est un des illustrateurs qu’on retrouve très souvent lorsqu’il s’agit d’éditions définitives des plus grandes séries du genre. Et vu son immense talent, il est très difficile de rester de marbre devant son travail, toujours soigné, toujours fidèle au livre que nous allons lire.

Le Nom du Vent, de Patrick Rothfuss, illustré par Marc Simonetti

Récemment, c’est la refonte graphique des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett aux éditions Pocket qui lui a été confiée. Nous avons donc profiter de l’occasion pour lui poser quelques questions, sur sa façon de travailler, sa relation avec les éditeurs, et bien entendu ses goûts littéraires ! Bonne lecture !

Bonjour Marc, peux tu, tout d’abord te présenter à nos lecteurs ? Tu as fait l’INSA de Lyon, cursus ingénieur matériaux, métier que tu as même exercé chez TEFAL pendant 2 ans. Comment en es tu arrivé au métier d’illustrateur ? Une passion qui a pris le dessus ?

Marc SimonettiOui, le dessin et la lecture ont toujours été des passions pour moi. J’avoue aussi que même si certains aspects de mon métier d’ingénieur me satisfaisaient, je ne me voyais pas vieillir (ou du moins bien vieillir) avec ce travail, usant et finalement trop peu créatif pour moi.

J’ai donc repris des études pendant un an, en 3D, ce qui m’a permis de trouver un poste de modeleur 3D de décors dans le jeu vidéo et de commencer à toucher aux logiciels de dessins numériques, moi qui ne connaissait que les méthodes traditionnelles.

Après un passage dans le jeu, et en m’exerçant pendant mes instants de repos , j’ai enfin pu me mettre à mon compte en tant qu’illustrateur. Je tiens d’ailleurs à signaler que c’est Bénédicte Lombardo, DA chez Pocket, qui la première m’a donné ma chance et ma première couverture…

Comment procèdes-tu pour créer l’illustration d’une couverture? Lis-tu le livre, les premières pages, ou reçois-tu des consignes précises de l’éditeur (résumé, identité visuelle…) ?

Souvent je lis le livre et je reçois des consignes. Chaque éditeur a ses préférences et sa ligne éditoriale, je veille juste à respecter l’identité de l’éditeur et à rester le plus proche possible du texte. Mon but n’est en effet pas que l’on reconnaisse mon travail, mais que l’on reconnaisse le livre.

La plupart du temps j’essaye de trouver soit une ambiance soit une idée (deux moitiés de visages pour Les Scarifiés pour un couple fusionnel, un « visage » à la Arcimboldo pour Le Cerveau Vert, une doc martins et le reflet de big ben en ruine pour Royaume Désuni, etc, etc) qui soit propre au roman, sans trop en dire.

Vertumnus de Arcimboldo Le Cerveau Vert de Marc Simonetti

Comment la relation avec les éditeurs se passe-t-elle ? T’imposent-t’ils de nombreuses conditions (couleurs, thèmes, personnages) ou es tu totalement libre ? Y’a-t-il des couvertures ou tu as été « frustré » par des limitations ?

La plupart du temps cela se passe très bien: en me choisissant pour une couverture, ils choisissent généralement en même temps mes gouts. Il y a cependant régulièrement des contraintes marketing à tous les niveaux (composition, taille et type des personnages, couleurs), mais rien qui ne soit rédhibitoire…

Sur certaines couvertures j’ai déjà été très frustré, mais plus par des recadrages un peu violents ou des modifications faites sans mon accord. Dans l’ensemble, mon métier se rapproche plus de l’artisanat que de l’art. Je fais des couvertures non pour faire passer un message mais pour mettre en valeur un livre, un auteur, un texte et un éditeur.

Créer l’apparence graphique française pour des monuments comme le Trône de Fer ou plus récemment les Annales du Disque-Monde, ça doit te mettre la pression non ? Lis tu les avis des fans pour ces commandes là ? Travailles-tu différemment dans le cas de licences populaires?

En fait, cela me donne surtout une énorme motivation! Je me considère avant tout comme un fan moi même, et ce sont des livres que j’ai lu et relu de nombreuses fois, et que je ne pensais pas illustrer un jour. J’avais donc une vision très claire des couvertures que je devais faire: ma vision de lecteur.

Mais j’ai tendance à essayer de traiter chaque couverture différemment, pour chacune soit vraiment adaptée au livre, en essayant si possible de faire passer un message: « si tu aimes cette ambiance, ou ce type de scène, tu aimeras ce livre »…

Nobliaux et Sorcières de Terry Pratchett

Marc Simonetti est l'illustrateur choisi par les éditions Pocket pour renouveller l'image des Annales du Disque-Monde. Ici Nobliaux et Sorcières.

Arrive-t-il que tu aies des relations avec les auteurs, ou des retours de leur part ? On a pu lire que George R.R. Martin appréciait beaucoup ton travail sur sa série.

Oui, j’ai eu plusieurs fois cette chance! Cela arrive d’ailleurs un peu plus souvent avec les auteurs anglophones qu’avec les auteurs français, et c’est extrêmement gratifiant. Récemment je pourrais citer Ken Scholes, Patrick Rothfuss, Neal Asher et JV Jones, cela me réconforte dans ma volonté d’être fidèle au texte, et de pas « mentir » à un acheteur/lecteur potentiel.

Le statut du traducteur est quasiment équivalent à celui d’auteur. Qu’en est-il pour l’illustrateur ? S’agit-il d’une simple commande, ou touches-tu des royalties ? Le prix d’une couverture varie-t’il ? En fonction de quels critères ?

En ce qui me concerne, je touche systématiquement un forfait fixe, qui dépend de l’éditeur, et du format. Ce sont donc à chaque fois des commandes, à part dans le cas de livres comme Topdoc Dinosaures pour lesquels j’ai fait une grande majorité des illustrations intérieures également, et où je touche des royalties.

Topdoc Dinosaures de Marc Simonetti

Topdoc Dinosaures de Marc Simonetti, Romain Amiot et Aurore Damant

Tu as fait de très nombreuses couvertures, nous avons nos préférées et sommes partagés. Celles des intégrales du Trône de Fer sont superbes par exemple, plutôt dures, mais tu fais aussi très bien des illustrations un peu plus douces, comme celle pour La Trilogie des Elfes. As tu des genres préférés ? Quelles sont celles dont tu es le plus fier ?

Parmi celles dont je suis le plus fier, je citerai probablement Le Trône de Fer de G.R.R. Martin et Terre mourante de Jack Vance, L’appel de Chtulhu de Lovecraft, Perdido Street Station de China Miéville, L’ombre du Scorpioin de Neal Asher et Gluckster le rouge de Pascal Françaix… Peut être dans quelques temps, mes préférés auront ils changé car j’ai besoin d’avoir suffisamment de recul sur une couverture pour pouvoir la juger, mais trop pour ne pas m’en lasser…. La plupart du temps mes couvertures préférées sont aussi des livres que j’ai beaucoup aimé…

Quelles sont tes influences majeures ? Y a-t-il des artistes que tu admires particulièrement ?

J’admire beaucoup d’artistes d’aujourd’hui ou d’hier et il me serait impossible d’en faire une liste exhaustive, mais je pourrai citer ceux de la renaissance avec le Caravage et le Bernin, les impressionnistes avec Whistler, Sisley et Turner, et parmi les contemporains:
Aleksi Briclot, Jean-Sébastien Rossbach, Simon G Phelipot, sparth, Craig Mullins et Marko Djurdjevic, Mike Mignola, Jason Chan, etc, etc, etc…. Internet crée une incroyable synergie, et il est possible d’échanger et de discuter avec un nombre incroyable d’artistes terriblement talentueux.

Exerces-tu dans d’autres domaines que l’illustration de livres ? Peut-on admirer tes dernières œuvres quelque part ?

Oui, j’essaye de varier mes activités… Je travaille dans le jeu vidéo, pour la publicité, pour le cinéma et le jeu de rôle… Sur mon site il y a quelques exemples parmi ce qui n’est pas confidentiel… (www.marcsimonetti.com)

Le Trône de Fer, Intégrale, Marc Simonetti

Pour notre plus grand plaisir, les éditions J'ai Lu ont fait appel à Marc pour la sortie des intégrales du Trône de Fer

Tu exerces en majorité dans le domaine de l’imaginaire, est ce que c’est un genre que tu aimais lire avant ? Quels sont tes classiques ? Es tu un gros lecteur ?

Je suis un assez grand lecteur, j’ai toujours lu, et je continue de lire environ deux livres par semaine. Parmi mes classiques: Le Seigneur des Anneaux, Dune, le Cycle des Epées, la Compagnie Noire, le Trône de Fer, les Annales du Disque-Monde et Lovecraft….

Nous te remercions d’avoir pris de ton temps pour répondre à nos quelques questions, as tu un dernier mot pour les lecteurs d’if is Dead ?

Merci d’avoir eu le courage de lire cette interview!
Amicalement,

Marc

C’est plutôt à nous de remercier Marc d’avoir pris du temps pour répondre à nos trop nombreuses questions. On vous invite bien entendu à aller voir ses travaux sur son site personnel, mais aussi sur sa boutique deviantArt où vous pourrez notamment commander des posters si vous le souhaitez. Je dois avouer que les illustrations du Trône de Fer me font du pied.

En attendant, depuis notre interview les trois premières couvertures des Annales du Disque-Monde sont sorties, vous pouvez les apprécier sur son blog, et y voir notamment ses making-of !


Lionel Davoust est un auteur que nous avons découvert grâce à sa très bonne nouvelle Quelques grammes d’oubli sur la neige du recueil Magiciennes et Sorciers récemment sorti aux éditions Mnémos. Nous avions critiqué une bonne partie des nouvelles du recueil sur leur côté réservé aux initiés. Pour tout comprendre, je vous invite à lire la chronique de Serafina sur le sujet. Toujours est il que ces éléments ont trouvé echo sur le blog de Lionel et que nous avons ainsi pu faire connaissance, sur twitter notamment. Car oui, Lionel est un auteur connecté, et c’est donc naturellement que nous lui avons envoyé notre célèbre mail « Blogueur cherche personne à interviewer ».

Interview de Lionel Davoust, Quelques Grammes d'oubli sur la Neige

Salut Lionel, pourrais tu te présenter à nos lecteurs ?

Salut à tous ! Je m’appelle Lionel Davoust, j’ai 32 ans, j’habite à Rennes et… ça va. Je suis auteur et traducteur d’imaginaire depuis bientôt dix ans, mais j’ai à l’origine un diplôme d’ingénieur halieute (tout ce qui concerne les ressources naturelles aquatiques). Je crois que ça résume assez bien mes passions dans l’existence, sauf qu’il faudrait quand même y rajouter l’ésotérisme, les jeux vidéo et le saucisson.

Alors comme ça tu étais dans les sciences, comme nous ! Mais ne faut-t’il pas faire L pour savoir écrire ? Comment as tu plongé dans les livres et l’imaginaire en particulier ?

Alors, effectivement, j’ai un côté geek, mais j’étais surtout biologiste en réalité. Soit, donc, pas un vrai scientifique, si l’on en croit les férus des sciences dures. Et vu qu’il faut avoir fait L pour écrire, je ne suis pas un vrai écrivain non plus. Je suis donc une illusion, je n’existe pas, et puis qu’est-ce qui te fait croire que c’est une vraie personne qui répond à ton mail, hein ?

Lionel Davoust

Photo Noosphère

Plus sérieusement, il n’y a pas de voie royale pour arriver à la littérature – une proportion non négligeable d’auteurs de SF sont des scientifiques. Ce qu’un auteur apporte, c’est sa personnalité, ses intérêts, le filtre de ses perceptions ; ce qui compte, c’est le regard. Or, analyser un texte – ce qu’enseigne surtout la formation littéraire en France – et écrire sont deux univers assez différents.

Pour ma part, je suis venu à la littérature avant tout par l’acte d’écrire. L’anecdote est un peu ridicule mais j’assume : j’étais gamin, trois ou quatre ans, et je voyais ma mère laisser régulièrement des instructions à la femme de ménage. Je lui demande ce dont il s’agit, elle m’explique, et mon cerveau d’enfant fait tilt devant cette révélation : quoi ? On peut laisser un message à un tiers et celui-ci va le comprendre même en notre absence, même des années plus tard ? C’est absolument génial, il faut que j’apprenne à faire la même chose et à maîtriser cette compétence du mieux possible. Bon, depuis, j’ai quand même revu mes ambitions à la hausse, c’est-à-dire que je m’efforce de transcender le genre des instructions aux femmes de ménage.

Par la suite, mon enfance a été bercée par la SF de l’âge d’or, dont mes parents étaient de gros lecteurs, Star Trek à la télé… Mon père ne me lisait pas de contes, mais Van Vogt ou Sheckley. Et, dès le début, j’ai trouvé ces histoires infiniment plus stimulantes, aventureuses et exploratoires que celles qui dépeignent notre monde de façon purement réaliste et factuelle, sans aller au-delà de ce que nos yeux voient.

Quand as tu décidé de prendre ta plume pour créer à ton tour ces univers ? Y a t’il eu une progression ?

Eh bien, j’ai donc eu envie d’écrire avant même de lire. J’ai écrit ma première nouvelle à six ans, qui faisait déjà figurer des monstres et un bateau, et j’ai toujours griffonné des bouts d’histoire ou même d’articles au fil des ans. J’ai écrit un premier petit roman mystico-débile à l’adolescence et, même si je ne savais pas la forme que ça prendrait, il y avait toujours une petite voix dans ma tête qui disait : « un jour, j’écrirai vraiment ». Mais je ne savais pas par quel bout prendre l’entreprise titanesque d’écrire les histoires que j’avais en tête.

En approchant de la fin de mes études scientifiques, vers vingt ans, j’ai décidé de m’y mettre sérieusement et j’ai empoigné le problème de la façon que j’avais apprise : méthodiquement. C’est là que j’ai découvert qu’écrire, ce n’est pas que de l’inspiration et des idées, c’est aussi un métier avec ses techniques, comme un musicien doit apprendre ses gammes ou un dessinateur les lois de la perspective. Seconde révélation. Cela a complètement débouché mes horizons et donné mes premières armes pour matérialiser mes envies. Je m’efforce depuis de toujours développer ma technique afin d’être le plus libre possible de raconter les histoires dont j’ai envie, affranchi de toutes contraintes et limitations.

Parlons un peu de l’écriture, dans quelles conditions écris tu en général ? Tu te prépares des heures pour le faire, où tu attends que le besoin de coucher les idées se fasse sentir ?

Houlà, surtout pas ! Je me force à travailler tous les jours, tout simplement parce que c’est mon métier principal, et je crois extrêmement fort aux vertus de la discipline. J’ai en plus une grande tendance à la procrastination, donc si j’attends que ça vienne, je risque d’attendre longtemps, et le temps file ! L’inspiration, c’est comme l’inconscient ; cela se découvre, s’apprivoise, et, éventuellement, se cravache. Les idées sont là, les mots aussi ; si je ne les trouve pas, c’est que je ne me suis pas cravaché assez fort.

J’écris chez moi, à mon bureau, en général les heures de l’après-midi, une fois que j’ai évacué toutes les « affaires courantes » du matin (correspondance, interactions avec la communauté sur le blog et le site, factures…). Je travaille sur un mélange de papier et d’ordinateur – l’ordinateur pour tout ce qui est « définitif » (planification, texte à proprement parler) et au papier pour toutes les phases de recherche (« mais comment Bob va-t-il échapper aux sables mouvants avec les mains liées et cerné de serpents venimeux très très en colère ? ») Mais mon processus évolue généralement d’un récit à l’autre.

Nous n’avons pas encore mettre la main sur ton dernier recueil, L’Importance de ton regard, mais nous en avons beaucoup entendu parler. Peux tu nous le présenter ?

L'importance de ton regard de Lionel Davoust

L'importance de ton regard de Lionel Davoust aux éditions Rivières Blanches

Il est super, faut l’acheter.
Ça ne suffit pas ? Bon, okay…

C’est un gros livre (presque 400 pages) composé de dix-sept nouvelles et un court roman, qui rassemble presque dix ans d’écriture. Il y figure quasiment tout ce que j’ai publié depuis 2003 en anthologies et revues, avec aussi beaucoup d’inédits. Il s’y trouve de l’imaginaire à tous les sens du terme : un peu de SF, beaucoup de Fantasy (épique, bizarre ou d’atmosphère), du réalisme magique… Je m’amuse sans prétention avec les codes, la forme, les idées tout en m’efforçant de proposer une histoire cohérente et surprenante.

Quant aux thèmes, vu qu’on est en général le plus mauvais juge de son propre travail, je vais humblement citer Stéphane Manfrédo qui m’a fait le plaisir d’écrire la préface : « l’être qui marche au bord de la folie, le temps qui passe, l’oubli. » Je crois en effet que je tourne beaucoup autour des questions de liberté et d’illumination.

On a pu lire (et apprécier) ta nouvelle Quelques grammes d’oubli sur la neige dans le recueil Magiciennes et Sorciers récemment sorti aux éditions Mnémos, comment abordes tu l’écriture d’une nouvelle ? Est ce différent d’un roman ?

Énormément. Ce n’est quasiment pas le même métier, en fait. Edgar Allan Poe explique que la mécanique toute entière d’une nouvelle doit tendre vers un effet à la fois vif et novateur ; chaque mot, chaque événement doit venir servir ce dessein. Pour moi, la nouvelle est effectivement un élan dirigé vers un but unique, presque une expérience (au double sens d’une tentative nouvelle et d’une chose à vivre).

Le roman, en revanche, tient plus de l’arbre ou du réseau ; il peut se ramifier, emprunter de nombreux chemins de traverse jusqu’à sa conclusion. La construction est donc très différente ; la nouvelle est un quatre cent mètres, le roman une randonnée d’une semaine – avec des étapes à planifier pour la nuit.

On ne peut pas non plus faire appel dans le roman à un certain nombre d’effets qui fonctionnent en nouvelle, parce qu’ils provoqueraient une forme de lassitude ou d’épuisement sur un long récit. Quand l’on peut prendre pour acquis un certain nombre d’éléments sur un texte court parce que le lecteur, inconsciemment, a tendance à jouer le jeu sur un court intervalle de temps, un roman doit beaucoup plus justifier ses présupposés.

Que penses tu de la pratique que l’on rencontre, assez souvent, qui consiste à utiliser les nouvelles de recueil pour n’illustrer qu’une partie d’un univers pré-existant dans des romans ? Comprends tu la frustration que l’on peut éprouver à ne pas tout saisir ? Et toi même, en tant que lecteur, es tu déjà tombé sur ce genre de cas à la lecture ? Qu’en as tu pensé ?

Je trouve la pratique à la fois passionnante et extrêmement dangereuse.

Passionnante parce que construire de nouveaux mondes, les mettre en action, faire voyager le lecteur à travers des paysages baroques et des histoires épiques, c’est l’un des grands plaisirs des littératures de l’imaginaire, pour le lecteur comme pour l’auteur, et probablement le seul domaine qui propose un tel souffle et un tel vertige.

Magiciennes et Magiciens éditions Mnémos

Recueil Magiciennes et Magiciens

Dangereuse parce que le grand péril pour l’auteur consiste à perdre de vue qu’il n’est pas là pour faire guide touristique ou chroniqueur de son monde, mais pour raconter une histoire à son lecteur et à faciliter le plus possible son entrée dans cet univers. Et il est incroyablement difficile d’échapper à la tentation d’accomplir des détours (ou même de faire plaisir aux seuls initiés !). Je comprends donc très bien la frustration du lecteur « novice » qui tombe sur ce cas de figure car je déteste ça moi aussi : je me sens floué, exclu, j’ai l’impression que l’auteur n’a pas rempli son contrat avec moi et ça me dispose mal vis-à-vis de ses futurs récits. Je veux dire, si son univers est si génial, n’est-il pas censé me donner tous les codes nécessaires pour me le faire partager ? (Je ne vise personne en particulier bien entendu, c’est un propos général.)

Alors, oui, en ce qui me concerne, je le fais aussi puisque je propose des récits éclatés sur l’univers d’Évanégyre, auquel appartient La Volonté du Dragon par exemple. Cependant, je me suis fixé une règle cardinale : tout ensemble narratif (de la nouvelle à la trilogie si j’en écris une un jour) se doit d’être indépendant de tous les autres. Le lecteur doit pouvoir lire chaque histoire comme si c’était la première et en tirer du plaisir ; il ne doit pas être obligé de se référer à ce qui précède. Idéalement, il ne doit même pas se rendre compte que c’est un univers plus vaste et il doit pouvoir s’arrêter là s’il le souhaite.

Bien sûr, l’initié verra apparaître des résonances entre histoires et des questions qui dépassent l’envergure du récit émergent par capillarité, en quelque sorte, à mesure que les points de vue et les époques se confrontent, mais c’est une « valeur ajoutée » pour les lecteurs fidèles qui ont envie de jouer le jeu de l’univers, et ce n’est pas nécessaire à la lecture au premier degré.

Bon, je fais le malin, hein, mais nous verrons bien si j’arrive à remplir l’objectif sur la durée… Ce sera aux lecteurs de se prononcer !

Ton travail ne se limite pas à l’écriture, tu es aussi traducteur. Nous avons pu interviewer Jean Noël Chatain il y a quelques mois maintenant (Dracula l’Immortel), te reconnais tu dans sa façon de décrire ce travail ? Penses tu que cela influence ton métier d’écrivain, et inversement ?

J’admire l’exposé proposé par Jean-Noël Chatain, il est à la fois clair, didactique et exhaustif ! Je ne vois vraiment pas ce que je pourrai y ajouter de pertinent !

Traduction et écriture se nourrissent l’une de l’autre, bien sûr. Ne serait-ce que par le rapport professionnel au texte enseigné par la traduction ; il dépasse l’aspect affectif pour devenir un objet malléable qu’on retravaille et oriente comme on le souhaite (c’est-à-dire fidèlement aux intentions de l’original). La traduction m’a beaucoup appris sur ce plan, en plus de m’obliger à me couler dans toute une variété de styles, ce qui élargit forcément la palette d’expression.

Mais cela marche aussi dans l’autre sens. Quand je traduis, j’ai tendance à « tracer ma route », à faire un premier jet très rapide de manière à me rapprocher autant que possible de l’esprit du récit et de son énergie – à retrouver l’état de l’écriture, en quelque sorte. Cela me permet de me couler entièrement dans la voix de l’auteur et de trouver parfois dans l’élan des formulations, des tournures que je n’aurais pas atteintes par un travail purement intellectuel. Bien sûr, je passe par la suite un temps très important sur les corrections, la comparaison avec l’original, à questionner chaque phrase et chaque détail afin de fournir un résultat fidèle et pertinent, débarrassé de toute scorie et de tout ce qui pourrait trahir qu’il s’agit d’une traduction réalisée par un tiers. Les bons traducteurs sont comme des ninjas : ils sont invisibles.

Sinon, la traduction pousse aussi à se renseigner sur des domaines parfois exotiques et inattendus. C’est très stimulant et il m’est arrivé au détour de ces recherches de tomber sur des éléments intrigants qui m’ont fait approfondir un sujet pour mon propre intérêt.

Passons à ton côté lecteur, il va falloir nous parler un peu de tes classiques, mais aussi de ce que tu as lu dernièrement. Quels sont tes derniers coups de cœur ? Quels livres ont le plus influencé ta plume d’après toi ?

Je dois avouer à ma grande honte que je lis assez peu l’actualité en ce moment, principalement parce que je me concentre sur des recherches pour les projets à venir. Je relis donc plutôt mes classiques, ce qui va commencer à répondre à la seconde partie de la question : Castaneda, Nietzsche et Jung, pour ce qui est des idées (même si j’en ai des interprétations assez peu orthodoxes). Pour la fiction, j’ai été énormément frappé par la liberté de Boris Vian et le souffle de Roger Zelazny, qui sont probablement mes deux maîtres principaux.

En tant que lecteur, es tu satisfait des rayons des libraires d’aujourd’hui ? Où achète tu tes livres en général ?

Je suis beaucoup plus satisfait des rayons des librairies indépendantes que de ceux des chaînes qui, à quelques exceptions près, heureusement (tout dépend du chef de rayon !), ne poussent que les meilleures ventes et les « tendances » sans mettre en valeur l’originalité et la profondeur. Je fais donc mes emplettes chez les indépendants (Critic à Rennes, Trollune à Lyon) pour faire de nouvelles découvertes, suivre et soutenir les petits éditeurs, et acheter probablement bien plus de livres que je n’arriverai jamais à lire…

En revanche, j’ai la chance de lire les anglophones dans le texte, et j’achète beaucoup d’essais et de documentation, là aussi en anglais. Dans ce cas, je me fournis chez les libraires en ligne.

Tu as un blog, un twitter, que tu alimente régulièrement. Que penses tu de ces nouveaux outils ? Les utilises tu en temps qu’écrivain, ou plutôt en tant qu’utilisateur lambda ?

Lionel Davoust

Lionel Davoust

Ces outils sont à la fois fascinants et extrêmement trompeurs. Fascinants parce qu’ils offrent évidemment toute une nouvelle palette de modes de communication avec les proches et les lecteurs, et qu’on peut se permettre tout un tas de bêtises et de jeux avec une très grande liberté.

En revanche, on rencontre nombre de jeunes artistes (et même d’entrepreneurs) qui s’imaginent que, dès qu’ils ont une « présence sur Internet », ils deviendront riches et célèbres. C’est grotesque, et on rencontre pourtant quantité d’idéalistes qui croient aux vertus « magiques » du Net, se disant que publier un livre et ouvrir un blog fera d’eux le prochain Marc Lévy. Certains vont jusqu’à piétiner par méconnaissance certaines valeurs importantes du droit d’auteur, comme la paternité d’une œuvre ou l’idée très simple de toucher une juste rémunération en échange de son travail, ce qui nuit à la culture dans son ensemble – laquelle n’a pourtant pas besoin de ça en ce moment. (Attention, je ne suis pas non plus pro-Hadopi, que je considère comme l’une des pires monstruosités dont une société moderne pouvait accoucher.)

Pour ma part, je m’efforce de m’en servir comme « auteur », c’est-à-dire de trouver un point d’équilibre entre ce qui m’amuse moi et ce qui est susceptible d’intéresser les lecteurs et la petite communauté qui s’est développée autour de mon travail. Je parle pas mal d’imaginaire au sens de « voir au-delà de la réalité », au cinéma, en littérature, en art de manière général, parfois en philosophie ou en occultisme quand je m’en sens la compétence. Je m’efforce aussi de partager ce que j’ai pu apprendre en technique d’écriture ; je réponds autant que possible aux questions qu’on m’envoie sur le sujet (ndlr: voir l’excellente partie de son blog sur l’écriture). Je parle des projets en cours, bien sûr, de ce qu’est le quotidien quand on écrit, des festivals où je me rends, des dédicaces. De temps en temps, je m’énerve contre notre merveilleux monde, évidemment. Et puis je fais le con, aussi. Beaucoup. (ndlr: on peut confirmer)

Du coup, tu lis des blogs ? Régulièrement ? Il t’arrive de les utiliser pour te faire des avis ?

Très souvent. J’aimerais bien qu’on développe en France la culture anglo-américaine des échanges par trackback – c’est-à-dire qu’un auteur, par exemple, poste une opinion dans un billet, d’autres blogueurs y réagissent en détail chez eux, développant un réseau d’argumentations et d’échanges d’idées à la fois fertile et amusant qui dépasse le côté trop bref des commentaires. Mais très peu d’auteurs en France ont des blogs qu’ils alimentent régulièrement (et Twitter, n’en parlons même pas).

Je lis donc les blogs d’écrivains et aussi ceux qui ont trait de manière générale aux domaines qui m’intéressent, dont l’imaginaire. J’aime beaucoup les blogs de chroniques par l’honnêteté de leur approche. En général, un blogueur est surtout un lecteur passionné – comme l’est tout bon critique ; il dit « j’aime, ou je n’aime pas », et il s’explique, souvent, d’ailleurs, avec une grande érudition. On apprend alors à connaître les blogueurs avec qui l’on se sent des affinités, et on les suit. Le débat peut même s’ouvrir et tout le monde en sort enrichi. Je préfère cette attitude à celle d’une certaine critique qui consiste à dire ce qu’il est tendance d’aimer ou de détester.

Bien sûr, le risque est aussi qu’en donnant la parole à tout le monde, on la donne aussi à ceux qui ne peuvent pas être touchés par l’œuvre en question. On ne peut pas plaire à tout le monde, c’est le jeu. Mais quelle exaltation quand on arrive à toucher les lecteurs !

Bon bon, ça fait déjà un paquet de questions là, as tu un dernier petit mot pour les lecteurs d’if is Dead ?

Merci beaucoup à l’équipe et à vous tous pour ce moment passé en votre compagnie ! Je surveillerai les commentaires, donc n’hésitez pas si vous avez d’autres questions. Pour info, j’ai des textes et des extraits en accès libre sur le site, rubrique Téléchargements.

Et surtout, gardez votre imaginaire et vos rêves en vie !

C’est plutôt à nous de remercier Lionel pour avoir répondu à nos trop nombreuses questions ! Il faut dire qu’il n’y a rien de plus intéressant que la découverte de la manière de travailler d’un auteur. Pour la petite histoire, depuis notre interview un autre recueil avec l’une nouvelle de Lionel est sorti aux éditions Ad Astra, il s’agit du recueil Contes de Villes et de Fusées. On compte en tout cas mettre la main sur son bouquin L’importance de ton regard, et nous vous ferons comme d’habitude part de notre avis.

Merci encore Lionel pour cet interview, et bonne continuation ! Vous pouvez quant à vous le retrouver sur son (excellent) blog.


Quand on est français et qu’on écrit en plus de la bonne Science-Fiction, on fini toujours par recevoir un petit mail d’if is Dead. « Blogueur cherche personne à interviewer« . Franck Ferric, auteur de la Loi du Désert, que nous vous recommandons très chaudement, et récemment à l’origine de l’une des nouvelles présentes dans l’Anthologie Or et Sang, qu’on vous recommande aussi, en fait, a répondu par la positive. Nous lui avons donc posé quelques questions qui nous taraudaient depuis la fermeture de son bouquin ! C’était fin 2010…

Interview de Franck Ferric, La loi du désert

Bonjour Franck, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? C’est vrai que tu vis dans le Centre ?

Salut Alexandre. Eh bien, je me nomme donc Franck Ferric. J’ai 30 ans, je vis effectivement dans le Centre de la France et de temps en temps, j’écris des trucs. Des nouvelles (dernièrement, dans le numéro 16 de Black Mamba ou dans l’antho « Or & sang » parue aux éditions du Petit Caveau ce mois-ci). Et parfois des romans (« La Loi du désert », sorti en septembre dernier aux éditions du Riez).

De puis quand aimes-tu la littérature de l’imaginaire ? Qu’est ce qui t’a plongé dedans ?

Depuis tout gosse. Parmi les premiers « vrais » livres que j’ai eu l’occasion de lire, il y avait ceux de Jules Vernes, de Stevenson, puis King, Tolkien… (faut bien avouer qu’à cet âge, c’est rudement plus sexy que les titres qu’on vous propose à l’école…)

Ton roman La Loi du désert a été publié il y a peu. Comment présenterai-tu ton livre ? Penses-tu qu’il soit accessible ou bien cible-t-il un lectorat spécifique ?

Franck Ferric

Photo de Gabriel Souchard

Je ne pense pas qu’il cible un lectorat ou un autre. Ecrire un truc en me demandant s’il va plaire à tel ou tel type de lecteur, c’est pour le moment une démarche qui m’est totalement étrangère (si le contraire s’installait, je crois que ça me gonflerait assez vite et que je passerais à autre-chose). J’écris avant tout ce qu’il me plait, à moi, de raconter, sans trop me soucier de l’étiquette qu’on y mettra plus tard. Ceci dit, je pense que ce livre est parfaitement accessible. Rien de bien compliqué ni de trop trash dedans.

Si je devais présenter « La Loi du désert », je dirais que c’est l’histoire de deux frangins qui, chacun pour une raison différente, se retrouvent à devoir désobéir. Ce qui les obligera, par l’exil et la désertion, à subir les difficultés d’un monde post-apocalyptique en phase de ré-enchantement forcé. On y parle de route, de valeurs humaines, de libre-arbitre, de mémoire. Et un peu de flingues et d’alcool, aussi.

On connaît de nombreux sous-genres de la Science Fiction. Après lecture, La Loi du désert ne s’inscrit dans aucun d’entre eux, comment qualifierai-tu cette SF bien loin des boulons d’antan ? Pas le droit de la qualifier de Road Movie, ça on l’a déjà fait !

Ben c’est à dire que je ne vois pas vraiment d’autre qualificatif valable pour ce bouquin, eheh… Même si la SF, c’est loin d’être uniquement des boulons et des robots, « La Loi du désert » n’en est assurément pas. De l’anticipation, sans doute d’avantage, encore que la prospective ne soit pas l’argument central de l’histoire. Ce que j’avais envie de raconter, c’était surtout une road story. J’y ai ensuite mis ce que j’aime, sans trop réfléchir. Au final, ça donne quelque-chose d’assez hybride. Si j’étais tordu, je dirais qu’on pourrait le qualifier de (avec l’air de celui qui fait semblant de savoir de quoi il parle) : road-story de fantasy anticipative ? (mouais… Bof…)

Quand as-tu fini son écriture ? Combien de temps cela t’a t’il pris ? Es-tu content de ton œuvre ?

J’ai terminé l’écriture de ce livre il y a deux ans, et sa rédaction a traîné sur à peu près une année. Après, est-ce que j’en suis content… Sans désavouer quoi que ce soit, je n’en suis pas satisfait à 100%. Je sais qu’il y a des choses que je ne ferais pas de la même manière, mais ceci dit, sans pour autant avoir la moindre chance d’atteindre les 100% de satisfaction non plus. Un artisan est-il jamais vraiment content de son travail ? Tout au plus, il peut dire « j’ai fait de mon mieux pour aujourd’hui. Passons à autre-chose. »

Parlons un peu influences veux-tu, les Blafards nous ont fait penser aux Fremens d’un autre Frank que tu devrais connaître. Mais c’est sûrement parce que Dune fait partie de nos classiques. Quels sont les tiens ?

Il y en a une flopée. En premier, je dirais Bukowski (pour toute son œuvre. Mais ça n’est pas de la SF, ni de la fantasy, ni du fantastique). Ça, c’est mon Dieu-le-Père.

Après dans le désordre je dirais : Lovecraft, Howard, Silhol, Palahniuk, Hesse… Et niveau influence, il y a aussi beaucoup celle de la musique (le blues, Waits, Brassens, Brel, Ferré…)

Une de tes nouvelles vient d’être publiée dans Or et Sang des éditions du Petit Caveau. Encore une fois, on a beaucoup aimé ici. Quels sont tes autres projets ?

Deux romans en cours d’exhumation. Une variation sur le mythe de Sisyphe, et un truc se déroulant dans le monde de « La Loi du désert ». Mais j’ai encore du boulot : je n’en suis pour le moment qu’à rassembler ma matière. Sinon, j’ai quelques nouvelles qui devraient sortir ici-et-là, notamment aux éditions Argemmios dans une antho dédiée aux mythes amérindiens. Et un autre roman étiquetable « fantasy urbaine », prévu si tout va bien pour début 2011.

Nous trouvons que l’imaginaire « indépendant » est très peu représenté sur les étalages des libraires et très difficile à trouver. Que penses-tu du marché de l’imaginaire aujourd’hui en tant qu’écrivain ? Est-il ouvert aux petits éditeurs ou complètement imperméable ?

L’Imaginaire « indépendant » représente l’écrasante majorité de l’Imaginaire vendu en librairie en France. Pour ne pas les citer, des maisons comme Bragelonne/Milady (qu’on fustige beaucoup pour être l’espèce dominante d’un écosystème minuscule), même si elles squattent une bonne partie des têtes de gondole, sont des maisons indépendantes (c’est à dire n’appartenant pas aux grands groupes d’éditions français, type Lagardère et compagnie). Simplement, ces maisons ont, pour plein de raisons, mieux réussi que les autres, du moins au niveau commercial.

Franck FerricUne bonne partie du problème tient à mon sens d’avantage à ce que coûte un diffuseur ou un distributeur à une petite boîte. Du rôle du libraire qui, outre celui de faire découvrir des livres au public, est aussi de faire tourner sa boutique dans un contexte pas franchement folichon, et qui n’a pas forcément le temps et/ou l’envie et/ou la compétence de se rencarder sur la production de petites structures (qui n’ont quasiment aucun moyen de faire de la pub auprès de lui, ou des moyens hyper limités), et ce même si la qualité de leur production est indéniable (un coup d’œil sur les prix littéraires accordés tous les ans suffit la plupart du temps pour s’en rendre compte.)

Ceci dit,  il ne faut pas non plus jeter le marmot avec l’eau du bain : il existe un peu partout des libraires, spécialisés ou non, qui savent faire cet effort (entre autres, Soleil Vert dans le Gard, Critic à Rennes, Ciel Rouge à Dijon, certaines FNAC…) Et même si ça ne remplace évidemment pas tout, internet permet aussi de susciter un écho qui laisse les livres respirer un peu. Rien n’est facile, mais rien n’est foutu non plus (évidemment, là je parle en tant qu’auteur. Si j’étais éditeur, mon langage serait peut-être différent.)

En tant qu’écrivain, que penses-tu d’internet et de la multitude de blogs centrés autour de la lecture qui ont pu fleurir ces dernières années ? Tu en suis certains ?

Je trouve ça très bien ! Critiquer les bouquins, en parler en bien comme en mal, c’est aussi ça qui les fait vivre. Je n’en suis aucun de manière vraiment assidue, mais je traîne pas mal sur des sites comme ActuSF, Psychovision… Et puis étant animés par de vrais passionnés, ils permettent aussi de se tenir au courant des news.

Tu écris, mais es-tu aussi un lecteur ? Que lis tu en ce moment ?

Un assez gros lecteur, oui. En ce moment, je suis entre Le Déchronologue de Beauverger et les carnets de René Mouchotte.

Et en tant que lecteur, que penses-tu du marché de l’imaginaire cette fois ?

En tant que lecteur, je dirais qu’on est plutôt vernis. Avec internet, en étant un peu curieux, on peut trouver à peu près tout facilement, pour pas cher (sans parler de piratage, hein ?) L’offre est importante (d’aucuns diront qu’elle l’est trop), variée, de qualité.

Maintenant, vrai que tout reste très fragile et que la vente par internet ne remplace pas la vente en librairie. Les petites maisons ont du mal à tenir le coup malgré leur volonté et la qualité de leur travail (on pense à l’Oxymore, au Calepin Jaune, à Nuit d’avril, au Navire en pleine Ville…) et qu’on soit auteur ou lecteur : vulgairement parlant, ça fout les boules de voir que les maisons qu’on préfère finissent par couler… J’aimerais bien croire qu’il existe une solution pérenne à ça…

Bon, ça fait déjà 11 questions ! Nous te remercions beaucoup pour tes réponses. Un dernier mot pour les lecteurs d’if is Dead ?

D’abord, un gros MERCI pour les patrons de ce très chouette blog.

Et pour ses lecteurs : « Lisez des livres, bonnes fêtes de fin d’année, et à la vôtre ! »

Et voilà, c’est fini pour cette intervietw ! On remercie bien entendu Franck Ferric de nous avoir accorder de son temps pour répondre à nos quelques questions, et on lui souhaite de faire aussi bien pour ses prochains écrits ! Vous pouvez suivre son actualité sur son site, Black Flag, ou bien sur son myspace. A noter tout de même que vous pouvez trouver un extrait de La Loi du désert sur le site des éditions du Riez, en PDF, par ici.


Comme promis voici la suite de notre interview de Jean-Noël Chatain ! Pour ceux qui ont raté le début, il est encore temps d’aller lire les quatre premières questions que nous avions posées au traducteur, entre autres, de Dracula l’Immortel. Si nous nous sommes d’abord concentrés sur le côté administratif et organisationnel du traducteur, c’est désormais au temps, à la considération de son travail et aux goûts de Jean-Noël que nous allons nous intéresser. Bonne lecture !

Dracula l'Immortel, traduit par Jean-Noël Chatain

Ça te prend combien de temps de traduire un livre ?

Le temps… a big issueTime’s money, as they say ;-) Pour s’en sortir, le traducteur doit souvent faire chevaucher ses contrats… Ça pose évidemment des problèmes de planning, et parfois (ça m’est arrivé récemment), quand ça peut pas coller avec le programme d’un éditeur… que celui-ci ne peut pas décaler son bouquin… eh bien, je suis obligé de refuser la trad.

Grosso modo, pour un manus de 500 feuillets ne présentant pas de grosses difficultés… disons, entre 2 et 3 mois. Mais c’est sûr que ça dépend aussi du tarif au feuillet, de tes capacités à gérer ton temps, ton fric, tes loisirs, ton stress, etc…

HorlogePour ma part, je suis très lent au début… Surtout quand j’aborde un nouvel auteur, un nouveau registre, une nouvelle série, par exemple… Ou bien quand tu dois enchaîner sur un ouvrage totalement différent du précédent. Imagine-toi qu’après Dracula l’Immortel, je suis passé à Meilleures ennemies Tome 3… Deux univers qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre: d’une part, thriller/roman d’action vampirique se déroulant au début du XXe siècle et, d’autre part, chick-lit contemporaine pour ado. J’me suis octroyé une bonne semaine de battement, crois-moi, avant de me remettre dans le bain. Et c’était pas évident.

Et puis, au bout d’un moment, le rythme s’accélère et je trouve mon allure de croisière.

Je me rends compte de ma production le soir, au moment où je fais une 2e sauvegarde du texte sur clé USB, je vois le nombre d’octets en plus (quasiment le nombre de signes supplémentaires) sur le fichier, par rapport à la veille.

Donc, au début, je vais pondre à peine 8 000 signes, par exemple… puis 13-15 000… puis 25-30 000, voire davantage. C’est un peu comme quand tu lis, quand t’es à fond dans l’histoire… Bon, la fin, c’est aussi, parfois, comme les derniers km sur l’autoroute… t’en vois plus le bout, justement !

J’ai tendance aussi à travailler un peu trop le soir et la nuit… de même que les week-ends et jours fériés quand je suis charrette, et dans ce métier, on est souvent charrette ;-)

Toujours pareil, il y a des bouquins qui se traduisent plus facilement que d’autres, des textes qui demandent plus de recherche, d’adaptation, voire de rewriting. Le but, comme on dit, c’est que « le texte coule », et tu le sens en lisant une phrase, un dialogue à voix haute… si t’accroches sur un truc, si ça sonne faux, c’est qu’il faut couper, alléger, ou éventuellement préciser. T’es pas là pour faire du littéral, du mot à mot, ça serait indigeste à la lecture. L’anglais est parfois trop précis… et à d’autres moments, trop flou… donc, c’est à toi de moduler… d’éviter la surcharge d’adverbes en « ement », les verbes trop « plats » genre « avoir » et « être », privilégier l’imparfait ou le passé simple sur le plus-que-parfait. Bref, il faut A D A P T E R !

Si deux gamins discutent, je ne vais pas leur faire employer « nous », mais « on », surtout dans un texte contemporain. Idem s’il s’agit de deux flics, de deux potes, etc. En revanche, je vais éventuellement marquer la différence parents-enfants en privilégiant le « nous » pour les adultes et le « on » pour les gosses. Dans un texte contemporain, je bannis l’imparfait du subjonctif, ridicule et pompeux. Idem pour le conditionnel passé 2e forme. Même dans Dracula, on a évité la surenchère, ça devenait lourdingue par moments. Si un personnage rapporte une anecdote dans un dialogue, il ne va pas s’exprimer au passé simple, mais au passé composé : « Je suis allé au ciné, j’ai rencontré Machin, etc… »

Souvent, c’est une histoire d’oreille… Si ça sonne faux, ben c’est qu’il faut changer. Parfois, je peux aussi m’amuser avec les allitérations, les paronomases (les Anglo-Saxons en sont friands : « love it or leave it », par exemple. J’en ai glissé une dans Dracula, dont je n’étais pas peu fier… ([…] Mes bras sont au supplice et se languissent de t’enlacer. […] page 275). J’ai beaucoup moins de complexe à couper, à décoller du texte qu’il y a dix ou vingt ans (expérience oblige, j’imagine… ;-)

En général, mon « 1er jet » n’est pas trop mauvais… (ça fait un peu « j’me la pète », mais là aussi, avec l’expérience, on doit normalement moins réécrire et retravailler son texte.) Et quand je relis/corrige, ça va relativement vite. Donc, finalement, je rattrape le temps que j’ai perdu au début de la trad. Parce qu’à la fin, j’ai une vision d’ensemble du bouquin. Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’y a pas des répétitions, des lourdeurs, des maladresses qui peuvent m’échapper. J’essaye de veiller au grain, évidemment. Mais nul n’est infaillible. Et puis faut bien laisser un peu de travail au correcteur… ;-)

Est-ce que tu trouves juste qu’on parle du style d’un auteur dans une critique, alors que ce dernier a été traduit ? Après tout, c’est plutôt les qualités du traducteur dont on parle finalement, non ?

La Nuit des Contrebandiers de Bruce AlexanderOn pourrait en discuter des heures… Ça me laisse toujours perplexe quand je lis une critique qui vante la langue, le style de tel ou tel auteur que j’ai traduit… surtout si c’est un auteur que j’apprécie… On parle de mon texte, en définitive, puisque l’original est écrit dans une langue étrangère. J’ai notamment éprouvé ce sentiment (mâtiné de frustration, on va dire…) en lisant dans le Monde un jour une excellente critique de la série de polars historiques XVIIIe de Bruce Alexander, que j’ai traduits chez 10-18. À l’époque, j’ai même été confronté au cant, l’argot des voleurs/malfrats de Covent Garden (ndlr : un quartier de Londres), que je devais donc adapter en trouvant des équivalents XVIIIe français…

Le paradoxe de mon métier, c’est précisément qu’on ne doit pas « sentir » la langue d’origine ; le lecteur doit avoir l’impression que ce qu’il lit a été écrit d’emblée en français.

Autrement dit, je dois m’effacer derrière l’œuvre d’origine étrangère tout en essayant de la restituer au mieux en français… On est pas loin du métier de nègre… qui se traduit d’ailleurs par ghostwriter (littéralement : écrivain fantôme) en anglais. ;-)

Aussi, lorsqu’un critique/journaliste affirme que tel ou tel ouvrage est bien ou mal traduit en français, le critique/journaliste l’a-t-il lu au préalable dans la version d’origine ?… Sur quoi se fonde-t-il pour établir son appréciation ? Veut-il simplement dire qu’il ne « sent pas la traduction » en lisant l’ouvrage ?…

Grosso modo, je crois pouvoir affirmer que la traduction, ça n’existe pas… il faudrait plutôt parler d’adaptation.

Parfois, il arrive que l’éditeur impose certains critères de lisibilité inhérents à son lectorat. C’est rare, mais ça peut arriver. En général, tu as carte blanche, mais bon… s’agissant de Harlequin ou du Reader’s Digest, par exemple, tu peux être amené à devoir traduire Shit! ou Crap! par : « Mince ! » ou « Flûte ! » ;-)

L’exemple-type d’adaptation est la série chick-lit pour adolescentes que je traduis chez Michel Lafon (Frenemies / Meilleures ennemies) ; c’est bourré de références américaines ciné, TV, musique, avec des tas de jeux de mots hystéro-déjantés, notamment de mots-valises, de néologismes plus ou moins inventés par l’auteur, des faits culturels typiquement US… Sans parler du blog que tiennent les deux héroïnes de la série, lequel vient s’intercaler de temps à autre entre deux chapitres, avec, bien entendu, des commentaires avec des pseudos et du langage SMS américain ! Et je passe sur les phénomènes de mode dans la langue « étasunienne » parlée plus ou moins branchée du genre übercomfy pour décrire un canapé hyper-confort(able), par exemple. Ou encore les OhmyGod! omniprésents, écrits tels quels, que je vais traduire par « J’hallucine ! », « L’horreur ! », « L’angoisse ! » selon le contexte. (ndlr: pas de panique, bientôt tu pourras écrire OhMyGod ;)

Meilleures Ennemis d'Alexia YoungInutile de préciser que je dois adapter à fond, en me mettant dans la peau d’une gamine de 13-14 ans, en vérifiant non-stop les références sur le Net, notamment pour la mode… en décollant au besoin carrément de la VO pour produire une VF qui tienne la route et puisse être lue par de jeunes ados françaises… C’est pas toujours évident, crois-moi. Mais, apparemment, ça marche bien… et même mieux de ce côté-ci de l’Atlantique… À tel point que l’auteure américaine Alexa Young est inondée de courrier de jeunes lectrices qui, parfois, font référence à des expressions que j’ai moi-même inventées, du coup ! Elle a d’ailleurs dû faire appel à mes services par e-mail pour que je lui traduise certains passages de courrier de lectrices, car elle n’a pas un niveau de français suffisant… et, bien entendu, les gamines lui écrivent en français !

Un jour, Elsa Lafon (fille de Michel, et jeune éditrice débordante d’enthousiasme et d’énergie) m’a dit que j’étais caméléon, car je pouvais aussi bien traduire (en l’occurrence chez Lafon) du polar classique, de la chick-lit ado, ou du roman sentimental.

C’était sans doute l’un des plus beaux compliments qu’un éditeur ait pu me faire… en bientôt 25 années dans cette profession… ;-)

Du coup, je peux en déduire que tu es en relation avec les auteurs que tu traduis ?

Oui, bien sûr que j’échange avec les auteurs que je traduis, grâce au Net.

J’ai rencontré Bruce Alexander il y a quelques années à Paris, avec lequel j’ai déjeuné, en compagnie de sa femme et de mon/notre éditrice. C’était vraiment un moment rare, magique. J’ai adoré le traduire ; c’était un monsieur plein de finesse, d’espièglerie, très humain, très simple… comme peuvent/savent l’être les Américains qui ne se la pètent pas intellos. Il était Chicagolien d’origine, mais vivait à Los Angeles. J’ai gardé le contact avec sa veuve, Judith, qui est musicienne classique. Elle m’avait même proposé d’achever en anglais le 11e épisode de la série, qui, du coup, a été publié aux States et en G-B à titre posthume (puisque Bruce est décédé en 2003). Elle pensait que j’étais le mieux placé pour le faire, alors que Bruce a été traduit dans d’autres langues que le français. Mais il trouvait que j’étais celui qui « rendait » le mieux son univers, son écriture, son style, etc. Et il avait eu de bons échos de lecteurs francophones. (Ça doit sembler très immodeste, mais je n’invente rien… Promis, juré, craché ! ;-)

Finalement, ça s’est pas fait, c’est un ami auteur à lui qui s’en est chargé. De toute façon, 10-18 a arrêté la publication de la série. Ce qui fait qu’il reste 3 tomes inédits en France de cette série de polars XVIIIe. De même que Bruce a écrit un roman sur la jeunesse de Shakespeare (dont j’ai le manuscrit), publié en anglais, mais toujours inédit en français. De toute manière, un traducteur n’est pas maître de l’arrêt d’une série ou d’une éventuelle réimpression. La partie négociation avec les agents littéraires anglo-saxons, les aspects pub, marketing, financier, etc. ne me concernent pas.

En général, les auteurs anglo-saxons sont ravis de pouvoir échanger par e-mail avec leur traducteur. J’ai déjà eu des échanges avec Tom Bale, James Twining (qui a vécu en France dans sa jeunesse et lit le français), Jennifer Rardin, Alexa Young, Stuart Kaminsky (disparu malheureusement le mois dernier), dont j’ai traduit trois tomes de son excellente série de polars avec l’anti-héros Lew Fonesca… et j’espère que Rivages qui l’édite en reprint va poursuivre la publication de la série (d’autant que l’éditeur d’origine n’existe plus). Je les ai déjà contactés, tu t’en doutes… ;-)

Peut-on transformer un mauvais style en un bon, en le traduisant ? Et inversement ?

On doit, si possible, gommer les répétitions, lourdeurs, incohérences, bizarreries, anachronismes, etc. du texte en VO quand on traduit. Et la VO peut parfois en contenir… un certain nombre… et l’on peut aussi malheureusement en laisser passer par inadvertance.

Heureusement, les relecteurs/correcteurs interviennent ensuite avec leur œil tout neuf sur le texte en VF, et peuvent rectifier le tir.

Nul n’est parfait, et l’on peut, bien sûr, mal rendre en français l’original, voire carrément le massacrer. Auquel cas, l’éditeur peut éventuellement faire appel à un rewriter.

Cela dit, histoire de filer une métaphore automobile assez parlante, disons… si l’on est à la base en présence d’une 2 CV… on ne peut pas toujours la transformer en Mercedes… et encore moins en Rolls Royce… ;-)

Je reste toutefois persuadé qu’on peut produire du roman populaire de qualité, à condition de respecter le lecteur. Pop-culture ne signifie pas forcément trash-culture.

Des tas de facteurs peuvent intervenir pour la réussite/l’échec d’une traduction :

  • bonnes ou mauvaises conditions de travail, délais plus ou moins courts pour la traduction (la fameuse « charrette », selon l’expression consacrée)
  • état physique/psychologique, problèmes perso du traducteur
  • relations entre le traducteur et l’éditeur/l’équipe éditoriale
  • traducteur mal à l’aise dans tel ou tel registre (« erreur de casting », en somme.)

Je suppose que c’est le cas et je l’espère, mais aimes-tu traduire ?

Bien sûr que j’aime traduire, peut-être tout simplement parce que j’aime écrire (syndrome typique de l’écrivain frustré qui doit sans doute sévir chez certains traducteurs ;-)

Évidemment, je mentirais en disant que certaines trads ne sont pas plus « alimentaires » que d’autres, mais, en général, lorsqu’on a de bons rapports avec ses éditeurs, on arrive à bosser dans ses domaines de prédilection.

En matière de polars/thrillers, par exemple, l’idéal, c’est de pouvoir « suivre » une série, y imprimer sa « patte », sans trahir l’auteur de la VO. (Traduttore Traditore…)

Tout le monde y trouve son compte: l’éditeur, le traducteur… et bien sûr le lecteur !

Quelles ont été les traductions que tu as le plus aimé faire ?

Parmi les plus récentes :

  • Cinq Tours Jusqu'au ParadisLa femme qui en savait trop (Skin and Bones), Tom Bale, France-Loisirs, 2008, à paraître aux Presses de la Cité
  • N’oublie jamais (Magic City), James W. Hall, City éditions, 2008
  • Cinq tours jusqu’au paradis (Five Roundabouts to Heaven), John Bingham, éditions Michel Lafon, 2008 (adaptation ciné : Married Life, réal. Ira Sachs)
  • La proie cachée (Hidden Prey), John Sandford, éditions Belfond, 2007
  • Les héritiers du Soleil noir (The Black Sun), James Twining, City éditions, 2007
  • Le Suicideur (Malicious Intent), Kathryn Fox, City éditions, 2006, reprint poche 2007
  • Biscotti à Sarasota (Vengeance), S. Kaminsky, 2005, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2007
  • Soleil post-mortem (Retribution), S. Kaminsky, 2006, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2009
  • Passage de minuit (Midnight Pass), S. Kaminsky, 2007, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2010

Plus anciennes :

  • Série policière anglaise XVIIIe, Bruce Alexander, 8 titres traduits, 1998 à 2003, éd. 10-18
  • Martin Le Guerrier : RougemurailleSérie policière italienne contemporaine, Magdalen Nabb, 9 titres traduits, 2001 à 2006, éd. 10-18
  • Série policière avec pour héros Elvis Presley, Daniel Klein, 3 titres traduits, 2004 à 2005, éd. Pygmalion
  • Girl, David Thomas, éd. Ifrane, 1996, reprint poche chez Pocket en 2002
  • Fuckwoman, Warwick Collins, 2001

En jeunesse :

  • Série Rougemuraille (Redwall), Martin le Guerrier, tomes 1,2,3, éd. Mango, 1998, reprint en un seul volume en 2005

Merci de nous avoir répondu, as-tu un dernier mot à adresser aux lecteurs d’if is Dead ?

Merci à toi de m’avoir permis de parler de ma profession. ;-)

Quant aux lecteurs, j’espère justement leur avoir apporté un certain éclairage, des explications pas trop nébuleuses sur mon métier. Je ne sais pas si j’ai pu faire le tour de la question, j’ai sans doute oublié des détails… mais peut-être que, désormais, tes lecteurs appréhenderont un bouquin traduit sous un autre angle, en étant un peu mieux documentés. Un lecteur averti en vaut deux

Une amie infographiste devrait dans un avenir plus ou moins proche créer mon site pro sur le Net, je te tiendrai au courant le moment venu.

Bonne route et longue vie à votre blog !

J-N

Avant de clore cette série d’articles, je voudrais remercier Jean-Noël d’avoir répondu à mes questions de façon détaillée, mais aussi de m’avoir aidé à la mise en page et à la correction (il a du faire correcteur dans une autre vie, j’vous jure) de l’article ! Et surtout merci à lui de nous avoir accordé autant de temps pour nous faire découvrir le monde de la traduction ! Nous espérons que cet interview vous a autant intéressés que nous.

Du coup, on va devoir changer nos habitudes de critiques, fini notre manie de fustiger le style d’un auteur qui a été traduit ! Tout sur le dos du traducteur maintenant ! Enfin, on est pas de si mauvais élèves puisque, si vous ne l’avez pas encore remarqué, nous prenons le temps de citer les traducteurs et les illustrateurs de chaque livre critiqué… C’est déjà ça ! On vous donne rendez-vous bientôt pour, on l’espère, un nouvel interview d’une personne évoluant dans le monde de la littérature.

Merci Jean-Noël, et bonne continuation !


Quand Jean-Noël Chatain est venu commenter notre modeste critique de Dracula l’Immortel, c’était d’abord pour nous un commentaire comme un autre. Jusqu’au moment où l’on a compris qu’il avait permis au titre de traverser l’Atlantique pour débarquer dans nos librairies. Mais diantre, n’est-ce pas un livre écrit par Dacre Stoker, le célèbre arrière-petit-neveu de Bram Stoker pourtant ? Si si, mais il rédige en anglais. Pour qu’il arrive dans les rayons de toutes les librairies françaises, il faut pour cela le traduire en français. Et pour le traduire en français, on n’utilise pas Google Traduction… mais un traducteur ! Vous savez, c’est généralement celui dont on voit le nom en tout petit sous le titre, à la troisième page du livre. Essayez par vous-même…

Dracula l'Immortel, traduit par Jean-Noël Chatain

Alors ? Vous l’avez vu ? Mais si, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Noël Chatain. Et c’est ce même Jean-Noël qui nous a fait l’honneur de commenter, longuement, notre critique. Du coup, ni une ni deux, je prends son adresse e-mail pour lui envoyer un spam en bonne et due forme: jeune rédacteur cherche personne à interviewer pour découvrir le monde de l’édition. Et tout aussi courageux qu’Ambre Dubois, il nous répond et accepte de participer à un interview en huit petites questions… Bien sûr, moi, j’en aurais posé des dizaines et des dizaines. Comment on devient traducteur ? Comment ça marche ? On devient riche et célèbre ? On se sent un peu exclu non ? Des gens remarquent que les livres doivent être traduits avant d’être publiés en français ? Mais voilà, huit, c’est le nombre de questions que nous lui avons posé. Sauf que Jean-Noël Chatain a plus d’un tour dans son sac, et qu’il a répondu à celles que je m’étais empêché de lui poser. Éteignez les lumières, silence… Et laissons-lui la parole pour entrer dans le monde de la traduction

Bonjour Jean-Noël, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? Depuis quand es-tu traducteur ? Comment le devient-on ? Pourquoi l’es-tu devenu ?

Bonjour à tous…  Bon, alors… on va tâcher de la faire courte ;-) J’ai 52 ans (Eh oui…tout augmente ;-) Je travaille dans l’édition en tant que traducteur freelance depuis 1985. J’ai fait des études d’anglais (licence, certificat de maîtrise… diplôme de la British Chamber of Commerce… tout ça est assez classique, en somme). J’ai un peu enseigné en alternance quand j’étais surveillant… dans ma djeunesse… et également en cours du soir pour adultes. J’ai présenté deux fois le CAPES, une 1re fois en dilettante, la seconde plus sérieusement… mais j’ai échoué. (Et puis, à mon époque, il y avait peu de postes vacants, ajoute-t-il pour se dédouaner ;-)

Jean-Noël ChatainAprès avoir tant soit peu œuvré dans le commercial, histoire de tenter le coup de la reconversion, j’ai débuté dans la trad littéraire par le plus grand des hasards, en fait… en répondant à une annonce du Figaro pour les éditions Harlequin, puis j’ai enchaîné avec des nouvelles policières américaines pour le magazine Femme Actuelle… Ensuite j’ai commencé à traduire des polars aux éditions du Masque. Pour l’anecdote, j’avais passé entre-temps le concours de Contrôleur des PTT (Eh oui, c’était déjà la « crise » dans les années 80 !) et en anglais, j’ai obtenu la meilleure note de ma vie (20/20) pour une version… que j’ai dû rédiger en une vingtaine de minutes. Je me souviens que le sujet portait sur la messe « version drive-in » aux États-Unis… (Des fidèles assistaient à l’office en bagnole, comme au ciné en plein air). En fait, j’avais vu un reportage là-dessus à la TV la semaine précédente. Quand j’ai reçu mes notes, et en particulier celle de la version anglaise (les autres n’étaient pas aussi « exceptionnelles »), je me suis dit que je devais conserver cette langue dans mon travail… en l’occurrence dans celui de traducteur.

J’ai donc renoncé au bénéfice du concours, que j’avais réussi, et… de fil en aiguille… ou, plutôt, de contacts en essais (de traduction)… puis de contrats signés en ouvrages publiés… j’ai fini par devenir traducteur anglais-français pour l’édition. Et, sans vouloir bien entendu manquer de respect envers ces deux institutions, je n’ai aucun regret de ne pas travailler aux PTT ou dans l’Éducation Nationale. :-D

Traducteur ? À quoi ça sert ? Ça ne se fait pas tout seul une traduction ?

Un traducteur… Ben, à la base c’est quelqu’un qui permet à un lecteur de découvrir/lire dans sa langue maternelle un ouvrage écrit au départ dans une langue étrangère que ledit lecteur ne maîtrise pas.

En principe, le traducteur traduit un texte d’une langue étrangère dite « langue source » vers sa langue maternelle, dite « langue cible ». Pour ma part, je traduis donc de l’anglais/américain vers le français.

Ça m’est arrivé de traduire dans l’autre sens, mais dans des domaines non littéraires.

En général, on n’est jamais vraiment « bilingue » ; la langue maternelle reste en principe celle que l’on maîtrise le mieux… à moins d’avoir vécu dans un milieu cosmopolite, par exemple, et été élevé par des parents, dont l’un des deux est étranger.

Par ailleurs, le métier de traducteur n’a rien à voir avec celui d’interprète. Quand on traduit, on travaille sur l’écrit et non l’oral. Traduire correctement de l’anglais/américain en français ne signifie pas pour autant parler couramment l’anglais/américain.

Comment on s’y prend pour faire une traduction ?

Concernant le travail de traducteur proprement dit… Au départ, c’est forcément un boulot solitaire. On lit un texte, on commence à le traduire, on se documente sur le Net, dans des ouvrages de référence, on procède à des recherches de vocabulaire, on rédige d’éventuelles notes de bas de page… on corrige, on coupe, on allège, on élague, on remanie… Tout ça en pianotant sur son clavier derrière son écran d’ordi. Je te rassure, je n’ai pas connu la plume d’oie… mais j’ai commencé avec la machine à écrire… J’ai connu le papier carbone (Merci de ne pas glousser, les djeunz ;-) et le Tipex !

Machine à Ecrire

Désormais, on bosse sur ordinateur, on envoie les manuscrits par e-mail, sans même les imprimer… Évidemment, on conserve un double sur disque dur, sur clé USB, etc. Il n’y pas si longtemps, on livrait/envoyait le manus avec une disquette, voire un CD-ROM, à l’éditeur.

Une fois ma trad achevée, je ne procède pas à la relecture/correction de mon manus sur papier, je travaille sur écran (sauf que je passe en interligne 1 au lieu  d’1,5… ça permet de repérer les éventuelles répétitions, en autres). Bien sûr, quand l’éditeur te renvoie les épreuves du bouquin, tu travailles sur papier, crayon et gomme à la main, si tu dois procéder à des corrections/modifications.

En résumé :

  1. lecture
  2. traduction
  3. relecture/correction
  4. envoi du manus par e-mail à l’éditeur.

Ensuite, ça dépend des éditeurs :

  • on t’envoie (ou pas) la « préparation de copie », c’est-à-dire une première correction sur ton manus (ça peut se faire par e-mail ; on travaille donc sous Word en « suivi de correction », on approuve ou non les correcs/modifs et on argumente éventuellement)
  • on t’envoie (ou pas) un 1er jeu d’épreuves sur papier pour approbation
  • on t’envoie (ou pas) un 2e jeu d’épreuves sur papier pour approbation

Une fois que tout le monde est d’accord… le traducteur doit normalement signer le « bon à tirer » (selon le Code des usages, voir plus bas); ça ne m’est jamais arrivé. En général, c’est une histoire de confiance entre l’éditeur et toi…

En fait, on intervient sur les épreuves quand il y a litige/problème… Ça se règle souvent par un échange d’e-mails ou un simple coup de fil. C’est vrai que certains correcteurs ont tendance à être « académiques » et à ajouter par exemple une négation, alors que toi, tu l’as volontairement supprimée dans un dialogue pour que ça sonne juste.

Exemple quand un gamin dit : « J’ai pas faim. » dans un texte contemporain, alors que la version correcte serait : « Je n’ai pas faim. »

En revanche, comme ce fut le cas pour Dracula l’Immortel… j’ai tenu à ce qu’on emploie « chicoter/chicotement » qui, en dépit de sa rareté, est le terme idoine pour le cri du rat/de la souris… au lieu de « couiner/couinement » qui, à mon sens, faisait un peu trop « Walt Disney » et apportait une note trop contemporaine dans une ambiance censée être lugubre, morbide, etc.

De toute manière, quand je rends un texte, je précise mes choix lexicaux/sémantiques dans un e-mail ou un fichier Word d’accompagnement, et je demande à ce qu’ils soient respectés. Je signe mon texte, donc je le défends et je l’assume…;-)

Dracula l'Immortel, page de gardeJusqu’à présent, je n’ai jamais refusé la signature, c’est-à-dire que mon nom ne soit pas mentionné sur la page de garde ou la 4e de couv d’un ouvrage que j’avais traduit, parce que j’étais en désaccord avec l’éditeur.

Par ailleurs, outre les éventuelles fautes d’ortho, d’accord, etc… je ne vais pas pinailler pour une virgule, un changement de terme, un allègement dans la phrase, surtout lorsqu’il y a une répétition/lourdeur qui m’a échappée.

J’ajoute que l’éditeur nous demande souvent de rédiger un résumé de l’histoire ou disons, une présentation, un pitch pour l’illustrateur, les commerciaux, qui n’ont pas le temps de tout lire, et surtout ne lisent pas forcément la langue d’origine, en l’occurrence l’anglais/l’américain).

En général, je suggère un ou plusieurs titres, on peut aussi me demander de rédiger une 4e de couv, mais en principe c’est le boulot de l’éditeur/assistant éditorial.

Il arrive qu’un titre soit carrément refusé par le service commercial, au grand dam de l’éditeur, du traducteur… Tout est affaire de négociation, de diplomatie…

Bon alors tu as traduit Dracula l’Immortel pour Michel Lafon, et Jaz Parks pour Milady… Un traducteur est indépendant ? C’est le cas de tous les traducteurs ? Comment ça se passe du coup ?

Association des Traducteurs Littéraires de FranceDans l’édition, un traducteur est indépendant. À ma connaissance, il n’existe pas de traducteurs salariés, contrairement aux correcteurs qui, eux, peuvent faire partie du personnel de telle ou telle boîte d’édition.

Pour le reste, je vais tâcher de faire simple :

  • Un traducteur littéraire a le statut d’auteur (même si, fiscalement, il est assimilé à salarié, puisqu’il inscrit la somme de ses droits d’auteur dans la case « traitements, salaires, pensions, droits d’auteur » sur sa déclaration d’impôts). Il ne bénéficie plus de l’abattement de 25 % depuis plusieurs années, contrairement aux journalistes (même salariés) qui, eux, peuvent toujours déduire 7 560 € au titre de « l’allocation pour frais d’emploi ».
  • Un traducteur littéraire perçoit des droits d’auteur (et non pas des honoraires), sous la forme suivante :
    1. Un à-valoir calculé sur la base d’un tarif au feuillet [1]
    2. L’à-valoir (qui correspond en fait à la rémunération garantie au traducteur, quoi qu’il puisse arriver à l’ouvrage, même s’il n’est pas publié pour une raison quelconque) se subdivise souvent :
      – en une avance versée à la signature du contrat (une 2e, voire une 3e avance en cours de contrat, en cas de gros bouquin)
      – un solde versé à la remise du manuscrit
    3. Viennent ensuite les royalties (les droits d’auteur à proprement parler), qui correspondent à un pourcentage sur les ventes hors taxe de l’ouvrage traduit ; ça dépend des éditeurs, pour ma part, c’est entre 1 et 2 %. Attention, ces royalties, droits annexes viennent en amortissement de ton à-valoir, c’est-à-dire que tu commences à en percevoir s’ils dépassent ton à-valoir.
    4. Pour les droits annexes, dérivés, reprint en poche, en club… c’est en général 10 % de la somme que perçoit l’éditeur.
  • Voir les modèles de contrats de l’association des Traducteurs

Par ailleurs, tu reçois 5, voire 10 « justifs » ou « hommages » (exemplaires gratuits à la publication de ta traduction ; le nombre varie selon les éditeurs) ; si tu en souhaites davantage, l’éditeur te fait bénéficier d’une réduction de 30% environ.

Sache que notre profession est régie par le Code des usages (une sorte de code de bonne conduite qui n’a pas vraiment de valeur légale). Un traducteur (comme un auteur) qui signe un contrat cède ses droits d’exploitation de l’œuvre à son éditeur… grosso modo pendant 18, 20 voire 24 mois, selon « l’usage »… En fait, tant que l’éditeur a des exemplaires à écouler… encore qu’il puisse décider à terme de les solder, de les mettre au pilon, si le bouquin ne marche pas. (Car tu lui as cédé les droits d’exploitation).

Cela dit, quoi qu’il arrive, même si le bouquin n’est jamais publié, tu perçois quand même ton à-valoir, lequel rémunère de toute façon ton travail.

Girl de David Thomas, traduit par Jean Noel Chatain Dès lors que le bouquin est épuisé, que ton éditeur ne souhaite plus le réimprimer, tu peux fort bien récupérer tes droits pour éventuellement proposer ta trad à une autre maison d’édition.

En ce qui me concerne, ça m’est arrivé de signer un contrat de rachat de droits chez Pocket, pour un ouvrage que j’avais traduit chez un 1er éditeur (en l’occurrence Ifrane qui, entre-temps, avait fait faillite). Du coup, ça a permis de donner une nouvelle jeunesse au bouquin… et j’ai pu toucher des royalties plusieurs années de suite, car il n’a pas trop mal marché. Il s’agit de Girl de David Thomas. ;-)

Pour la rémunération de base, on va prendre un exemple :

Tu as traduit un ouvrage de 500 feuillets:

  1. À-valoir de 20 €/feuillet, soit 500 X 20 = 10 000 €
  2. Royalties : 1 %
  3. Ouvrage vendu 22 € TTC, soit 20 € HT (on arrondit pour simplifier)
  4. Tu perçois donc 1 % de 20 € par ouvrage, soit 0,20 €

Combien faut-il en vendre pour dépasser ton à-valoir ? (That’s the question !)

  • 10 000 exemplaires donnent 2 000 € de royalties mais aucun bonus
  • 50 000 ex donnent 10 000 €, c’est le seuil de rentabilité
  • 60 000 ex donnent 12 000 € soit 2 000 € de bonus
  • 100 000 ex donnent 20 000 € soit 10 000 € de bonus

Attention, toutes ces sommes sont brutes… Il convient de retirer la Sécu, CSG, RDS, maternité-veuvage, etc… (pas d’assurance-chômage en revanche, puisque tu es indépendant : tu n’as pas des employeurs, mais des clients, en fait… ;-)

Bien entendu, tu ne perçois pas de royalties sur tes propres justifs [2], sur les exemplaires gratos envoyés aux journalistes, critiques, etc. C’est normal. Certains éditeurs appliquent encore ce qu’on appelle la « passe » ou le « droit de passe », c’est-à-dire qu’ils peuvent décompter jusqu’à 10 % d’exemplaires, même s’il n’y a eu aucune avarie au moment de l’impression.

Pour la retraite de base, le traducteur verse chaque trimestre à l’AGESSA une somme calculée sur les droits d’auteur déclarés au fisc l’année précédente. Pour la retraite complémentaire, c’est deux fois par an ; il y a une somme forfaitaire, qui peut augmenter selon les possibilités financières du traducteur.

[1] le feuillet correspond à 1500 signes ou à 25 lignes de 60 signes, espaces compris. Mais depuis qu’on travaille sur ordinateur, ledit feuillet « fluctue » selon les éditeurs (je ne parle pas seulement de rémunération) :

  • Il peut s’agir d’un feuillet paginé de manus (auquel cas, notamment pour la page correspondant à une fin de chapitre, ou même une page contenant des dialogues courts, on n’atteint pas vraiment les 1500 signes…)
  • Il peut s’agir d’un feuillet « effectif » ou « informatique » ; c’est-à-dire que, sous Word, il suffit d’aller dans la fenêtre « statistiques » et l’on a le décompte des caractères et espaces du manuscrit, puis on divise par 1500 et on obtient alors le nombre de feuillets réels (évidemment inférieur à celui des feuillets paginés)…

Je ne sais pas si c’est très clair ?…

[2] ndlr: on rappelle que les justifs sont les exemplaires que le traducteur reçoit gratuitement.

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! Au vu de la précision des réponses de Jean-Noël nous avons décidé de couper cet interview en deux. Vous aurez donc par la suite droit à des questions sur le temps que prend la traduction d’un livre, mais aussi sur les difficultés de traduire le style d’un auteur dans une autre langue, et sur les goûts du monsieur ! On espère en tout cas que ces premières réponses vous ont autant intéressés que nous !


Il suffit de regarder notre superbe graphe de tag pour le constater: ici on aime beaucoup les vampires. Alors quoi de plus normal que de s’intéresser aux éditions du Petit Caveau ? Pour ce qui ne suivent pas, c’est eux qui ont édité trois de nos dernières critiques à ce sujet: Le Mauve Empire, De Notre Sang et Le Manoir des Immortels. Ce dernier est écrit par Ambre Dubois, qui est entre autres à l’origine de la petite maison d’édition. Nous avons donc pris notre courage à deux mains pour lui poser quelques petites questions sur son travail et sa passion !

Les Editions Du Petit Caveau

Bonjour Ambre, pourrais tu te présenter à nos lecteurs ? Et présenter les éditions du Petit Caveau par là même.

Bonjour à toute l’équipe et à tous les lecteurs du site. Je suis une petite scribouilleuse de papier fanatique des histoires de vampires. Cette folle passion m’a poussée vers l’écriture (Le manoir des immortels) ainsi que vers l’édition par la création des éditions du Petit Caveau. Le Petit Caveau est une association qui est officiellement née en juin 2008 mais son premier titre n’est paru qu’en juin 2009, nous laissant le temps de mettre la machine en route. Notre ligne éditoriale est simple: du vampire, du vampire, du vampire et accessoirement un peu de littérature fantastique.


Les éditions du Petit Caveau est une nouvelle maison d’édition, c’était un projet de longue date ? Qu’est ce qui t’as poussée à te lancer dans l’édition ?

Editions du Petit Caveau

Le projet date de nombreuses années, surtout de cette époque qui voyait peu de titres vampiriques paraître dans les rayons des librairies, bien avant les collections Milady ou Bragelonne.

Ce qui n’était qu’une très vague idée a pris le temps de mûrir. Au fil de rencontres, d’échanges de passions, l’idée semblait prendre vigueur et le rêve s’est peu à peu transformer en « pourquoi pas ».

Entretemps, Internet est devenu un outil quotidien qu’il offre un formidable outil aux petites maisons d’édition, une jolie vitrine qui nous permet de toucher plus facilement le public et de rester en contact avec toute la francophonie!

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