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Vampires à contre-emploi des éditions Mnémos

Serafina dans Critiques, Livres le 9 mars 2014, avec 1 commentaire
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En février 2014 est sortie l’anthologie Vampires à Contre-emploi aux éditions Mnémos. C’est une anthologie réalisée à l’occasion des 10èmes rencontre de l’imaginaire de Suevres. Elle a été dirigée par Jeanne-A Debats, et la couverture annonce tout de suite la couleur : on va avoir du vampire mixé avec de la Science-Fiction. On y retrouve 11 auteurs dont c’est la première rencontre avec le vampire.

Vampires à contre-emploi aux éditions Mnemos

Très honnêtement, à part Jeanne-A Debats, aucun des noms affichés sur la couverture ne me disait quoique ce soit. Apparemment, effectivement ils font surtout partie de la sphère SF que personnellement je ne connaissais pas. Il y’a donc un peu plus de 10 nouvelles sur 250 pages, ce qui fait des nouvelles entre 20 et 30 pages, on a un bon équilibre : pas de nouvelles trop courtes, pas de trop longues. Seule exception, la nouvelle Le Vampire et Elle de Thomas Geha est très courte (moins de cinq pages), très poétique, très onirique. Je l’ai beaucoup appréciée.

On trouve ici des réinterprétations très originales et souvent très décalées du mythe. Les Lestats ou autres Edwards sont à mille lieux des vampires ici présentés. Les auteurs ont pris l’essence du vampire et l’ont totalement mis à leur sauce. Seule Marianne Leconte flirte avec la sensualité mortelle habituelle des vampires dans sa nouvelle Femme Fatale, où la vampire est aussi belle que fatale. Les vampires ne sucent pas forcément le sang, mais ce sont des vampires psychiques (Trou Noir contre Vampire d’Olivier Paquet d’ailleurs très bien ficelée) ou encore des vampires financiers (Pire que le Vent de Philippe Curval). Il y a vraiment pas mal de bonnes idées très intéressantes.

Les styles abordés dans cette anthologie sont assez variés : l’humour avec Beaucoup y ont cru de Raphaël Granier de Cassagnac qui est d’ailleurs je pense ma nouvelle préférée du recueil, le trip un peu mystique avec Les Miroirs de l’Eternité de Simon Bréan, du voyage interplanétaire avec La Cure d’Olivier Gechter, ou encore le poème en alexandrin avec S’il te plait, désenzyme-moi un InMouton de Timothée Rey auquel soit dit en passant, je n’ai absolument pas accroché. Je salue la prouesse mais cela m’a profondément ennuyée.

Vampires à contre-emploi aux éditions MnemosBref, on a là une anthologie variée, qui évite bien des clichés et des écueils mais je dois avouer n’avoir pas été plus enthousiasmée que cela. La plupart des nouvelles sont sympathiques, mais voilà, ça s’est arrêté là. Si il y a bien une nouvelle que je n’ai pas du tout aimée (celle en alexandrin sus-citée), il n’y a aucune nouvelle que j’ai réellement aimée et qui m’ait laissée bouche bée. Je trouve qu’elles manquaient toutes de quelque chose, comme si à trop vouloir tourner le vampire à sa sauce, l’histoire en pâtissait. La réinterprétation c’est bien, mais malheureusement cela ne fait pas tout. Les scénarios ne m’ont pas réellement convaincue et les fins non plus.

L’anthologie Vampires à contre-emploi se lit donc vite et on y passe un bon moment pendant sa lecture. Mais je pense que je n’en garderais pas grand souvenir malheureusement…


L’oeil dans le ciel de Philip K. Dick

Serafina dans Critiques, Livres le 27 février 2014, avec aucun commentaire
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Philip K. Dick est un auteur que j’apprécie, mais ces derniers temps j’étais venue à redouter d’en tenter un nouveau car il semblait qu’il ne me restait guère plus que les hallucinés incompréhensibles. Notamment suite à ma lecture du très difficile à suivre Maître du Haut Château. Néanmoins, j’ai craqué pour cette réédition de L’œil dans le ciel par les éditions J’ai Lu qui date de 57. A l’époque, tonton Philip n’avait pas encore le cerveau totalement rongé par le LSD, il y avait donc de fortes chances que son écrit soit cousu. Synopsis ?

L’Oeil dans le ciel de Philip K. Dick

Un groupe de personnes visite  sur une passerelle en hauteur le nouvel accélérateur de particules : le Bevatron. Parmi eux, Hamilton, travaillant dans un centre militaire fabriquant de l’armement, vient d’apprendre qu’il allait être démis de ses fonctions : sa femme est soupçonnée d’être communiste. Mais il n’a pas le temps de s’en inquiéter, car le Bevatron a un accident et les 8 personnes sont catapultées à travers le flux. Quelques secondes seulement, avant de rejoindre le sol, mais est-ce bien leur sol ?

L’œil dans le ciel est annoncé par le résumé comme un roman sur les réalités multiples, et en effet c’est le cas. Notre héros Hamilton, mais aussi les autres vont passer à travers des réalités parallèles générées par la vision qu’ils ont du monde.  On retrouve très rapidement des thèmes chers à K. Dick comme la paranoïa : on ne sait jamais si le monde dans lequel on se réveille est le vrai. De plus, les mondes étant générés par des individus pour certains passablement dérangés, tout peu se produire, y compris le pire. Les délire de persécution ne sont pas ici de simples paranoïas.

Le roman est très ancré dans son époque : les présomptions de communisme sont prises très au sérieux, et construire des missiles est vu comme quelque chose de bien et nécessaire. On est très vite propulsé dans l’ambiance de la guerre froide.

Comme souvent avec Philip K. Dick on ne sait pas réellement si on est dans un trip ou pas, et ici plus que d’habitude. Cependant, le roman a quand même une trame assez facile à suivre avec un début et une fin (ça semble bateau, mais dans le cas de l’auteur, la précision est importante). On ne part pas en trip métaphysique sur la relativité de notre monde. Au milieu, beaucoup d’hallucinations, mais dans un cadre qui s’y prête, donc on n’est pas totalement paumé et on arrive aisément à suivre.

L’Oeil dans le ciel de Philip K. DickLes mondes inventés par l’auteur sont particulièrement réussis, notamment le premier, celui d’un intégriste religieux où les voitures fonctionnent avec des prières et où les entretiens d’embauche contiennent des questions théologiques. C’est très drôle et souvent très mordant.

Bref, vous l’aurez compris, L’oeil dans le ciel c’est du bon Philip K. Dick qui se lit très bien : je l’ai fini en deux jours. Il n’est peut être pas au niveau d’un Blade Runner dans le sens où au final il ne pose pas réellement de question sur notre existence ou notre monde, mais c’est une lecture divertissante et agréable.


Fantômes: Histoires troubles de Joe Hill

Serafina dans Critiques, Livres le 15 février 2014, avec aucun commentaire
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Fantômes est un recueil de nouvelles de Joe Hill récemment publié au format poche par les éditions J’ai Lu. Je n’avais jamais lu cet auteur, mais pour avoir vu qu’il est à l’origine de la fin de 22/11/63 écrit par son père (l’illustre Stephen King) je me suis dit qu’il fallait lui donner une chance. D’autant plus que le recueil s’appelle Fantômes et que si il y a quelque chose que je redoute autant que j’adore, ce sont bien les histoires de fantômes. Du fait de son format , il n’y aura évidemment pas de synopsis.

Fantomes Histoires Troubles de Joe Hill

Eh bien, j’allais être déçue, car au final, c’est le sous-titre du recueil qui est représentatif : « Histoires troubles ». A part une histoire ou deux, il n’y aura pas de fantômes, mais des ambiances troubles, souvent glauques et mélancoliques. Une mélancolie d’automne, au ciel tout gris. J’aime assez ce genre d’ambiances à la base, mais j’ai eu l’impression de ne lire que cela, ce qui me dérange un peu avec un recueil de nouvelles car elles m’ont toutes semblées très/trop proches.

Cette similarité est accentuée par le fait que dans l’immense majorité des nouvelles, le héros n’est autre qu’un petit garçon. Une fois ça va, deux fois ça passe, mais au delà, ça m’a surtout saoulée. D’autant plus que les petits garçons en question sont interchangeables et n’ont pas réellement de personnalité. Toutes les nouvelles se passent dans notre monde, en Amérique, la plupart du temps dans des familles un peu miteuses, avec un coté white trash assez présent.

Fantomes Histoires Troubles de Joe HillAu niveau des nouvelles, on côtoie une fantôme, un autiste qui construit des forts qui défient le géométrie euclidienne, du serial killer mais rien de réellement palpitant, rien de réellement original, et pour des nouvelles la chute est souvent très moyenne. On lit l’histoire sans être réellement happé ou quoique ce soit. J’ai beaucoup peiné à lire ces 400 pages tant je m’ennuyais et j’avais l’impression de lire des resucées de la même recette. J’aurais réellement apprécié de la diversité dans les nouvelles. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bonnes idées, comme ce garçon gonflable, ce chalet où on porte un masque ou encore cette histoire mettant en scène Van Hellsing (qui s’est marié à Mina et a eu deux enfants qui sont les héros de cette nouvelle). Mais voilà, j’ai l’impression de lire du pétard mouillé.

Bref, je ne dis pas que c’est totalement à jeter, mais je n’ai vraiment pas apprécié ma lecture. Fantômes de Joe Hill est un recueil qui comporte des nouvelles trop similaires et dans l’ensemble laborieuses, sans chute intéressante. Je ne dis pas que je ne lirais jamais un des romans de l’auteur, mais ça ne me convainc pas plus que cela pour le moment.


La Marque, Kushiel Tome 1, de Jacqueline Carey

Serafina dans Critiques, Livres le 9 février 2014, avec aucun commentaire
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J’ai une longue histoire avec La Marque de Jacqueline Carey, premier tome de sa série Kushiel. Je l’ai commencé il y a genre 5 ans, lors de sa sortie en grand format relié chez Bragelonne. Et puis, rebutée par le poids du livre, je l’ai abandonné sans jamais perdre l’idée que je le lirai un jour. Jusqu’à ce qu’il sorte ce 24 janvier au format poche chez Milady et que je ne mette la patte dessus.  En une journée, j’avais rattrapé là où je m’étais arrêtée et j’étais prête à entamer la suite. Synopsis ?

La Marque Kushiel Tome 1 de Jacqueline Carey Milady

En Terre D’Ange, terre de beauté et de raffinement, Phedre a été vendue à la cour de nuit qui la revendra ensuite à Delauney, un intriguant fin politicien qui lui posera sa marque. En plus de se consacrer au service de Naamah, Phèdre va être formée à l’art, aux langues, à la politique. Elle est une courtisane, certes, mais loin d’être bête, et ses connaissances pourraient bien l’entrainer dans de fâcheux pétrins.

Il est difficile de chroniquer ce premier tome de Kushiel, car il est tellement dense avec ses 1000 pages que je ne sais pas par quel bout commencer. Par le style de Carey peut-être ? Un style précieux, raffiné, jamais vulgaire (eh non, ce n’est pas Laurell K. Hamilton !), très agréable dans sa version traduite. Certes les phrases sont un peu ampoulées, mais cela donne à mon avis une teinte particulière au livre. Les mots retranscrivent parfaitement la beauté de Terre D’Ange, le raffinement de la cour de nuit (qui n’est pas sans rappeler les Geisha) et l’incroyable beauté dans laquelle Phèdre évolue.

La Marque Kushiel Carey

La couverture de la version reliée d’Anne-Claire Payet… Sans doute le livre Bragelonne avec le plus de couvertures différentes (voir dessous)

Phèdre est une courtisane extrêmement belle, du coup très intelligente et en plus très particulière car marquée du signe de Kushiel. Son activité de courtisane, et plus spécialement de courtisane très spécialisée sont au centre de la première partie du livre. Si il n’y a presque aucune scène explicite, l’atmosphère de stupre est palpable. C’est d’ailleurs assez épatant que l’auteur ait réussi à traiter de manière aussi classe ce qui sent plutôt le foutre et le sang. J’en connais qui pourraient en prendre de la graine. Non, je n’ai pas dit Merry Gentry, promis.

Phèdre a tout pour être une Mary Sue, d’autant plus insupportable que le récit est narré à la première personne. Pourtant il n’en est rien. C’est la preuve que le talent de l’écrivain change tout. Phèdre est douée, mais touchante, elle ne se met jamais vraiment en avant, et ses péripéties sont crédibles. Même quand elle approche les plus grands ou se sauve de situations désespérées, cela sonne bien. On s’attache réellement à elle ainsi qu’à ses compagnons.

Les intrigues politiques sont au centre du roman. Si vous cherchez de l’Heroic-Fantasy à base de héros qui découpent des dragons, passez votre chemin. Ici, on est à fond dans l’intrigue de cour, celle de Terre D’Ange pour être précis. Terre D’ange est très inspirée de l’Europe médiévale contrairement à ce qu’on pourrait croire. Moi, j’ai lu Namaah, j’en avais déduis que ça se passait en Inde (pour des raisons que j’ignore vu que c’est un prénom biblique), mais après avoir fini le livre, il est évident que Terre d’Ange n’est autre que la France, et cela est renforcé par les noms des autres pays limitrophes (les pictes par exemple …). C’est d’autant plus plaisant à lire, et surtout cela permet très aisément de ce repérer dans le monde crée par Jacqueline Carey.

La Marque Kushiel Tome 1 de Jacqueline Carey MiladyA vrai dire, son classement dans la Fantasy est délicat à expliquer car à part dans de très rares cas, il n’y a pas de magie. Ce sont des intrigues politiques dans une France imaginaire et médiévalisante matinée du raffinement des geishas, le tout extrêmement bien écrit, avec un univers très vivace. Jacqueline Carey ne se contente pas de changer des noms, et pof ça fait un monde. Non, elle invente une mythologie et une religion très crédible et développée. Il faut dire qu’elle a pris le parti de vraiment tout développer : comme je le disais le bouquin fait 1000 pages et l’intrigue principale ne commence qu’aux environs du quart. Cela fait 250 pages où il ne se passe pas grand chose si ce n’est suivre Phèdre.

Pourtant, La Marque de Jacqueline Carey glisse et se lit tout seul. J’ai mis certes 2 semaines à le lire, mais ce fut a cause du travail, car j’ai trouvé le roman passionnant et accrochant de bout en bout. Je regrette de l’avoir abandonné il y a des années, car je suis passée à coté d’un petit bijou. Du coup, maintenant, j’ai hâte de lire la suite. Peut être en ebook si je n’ai pas le courage d’attendre l’édition Milady.


J’avais lu le premier tome des enquêtes d’Aurora Teagarden il y a peu, et j’avais bien aimé, dans le registre de la lecture pas prise de tête et divertissante. J’ai donc embarqué le deuxième tome Un crime en héritage entre deux romans plus lourds, là encore avec la promesse de bons moments. Synopsis ?

Un crime en héritage, Aurora Teagarden Tome 2, de Charlaine Harris

Jane, une vieille femme, a légué bon nombre de ses biens à Aurora Teagarden, comme elle membre du club des amateurs de meurtres. Aurora en est bien surprise car elle n’était pas spécialement proche de la vieille femme. Parmi les biens se trouve une maison, dans laquelle Aurora découvre rien de moins qu’un crane. Humain. Il semblerait bien que notre héroïne soit repartie sur un cold case

Tout comme pour le premier tome, on retrouve le style d’écriture très simpliste et premier degré de Charlaine Harris. On vit l’histoire à travers Aurora, qui n’est certes pas aussi neuneu qu’une Sookie, mais qui est quand même pleine de réflexions sur la manière de bien nettoyer la moquette. Les phrases sont courtes, pas compliquées, autant dire que l’effort intellectuel demandé est proche du néant. Mais cependant, c’est très clair, fluide et donc ça se lit très bien. D’autant plus que les chapitres sont on ne peut plus courts et qu’il y a assez peu de pages (250 environ).

Un crime en héritage, Aurora Teagarden Tome 2, de Charlaine HarrisIci, Aurora se laisse plutôt porter par les événements elle n’enquête pas réellement. Elle fait bien quelques efforts pour comprendre ce qui se passe, mais elle n’est clairement pas active. Du coup l’intrigue avance un peu à la vitesse d’un escargot et la résolution de l’énigme m’a semblée un peu abrupte et bâclée (bon, celle du tome 1 n’était pas un modèle non plus). Il est difficile de s’attacher à Aurora ou d’avoir peur pour elle. Il y a bien quelques essais pour lui donner du relief, et même lui donner un léger triangle amoureux, mais ça ne prend pas tellement c’est survolé. Aucun personnage n’est creusé, on ne ressent rien, bref, c’est super plat.

Au final Un crime en héritage de Charlaine Harris c’est un roman qui se lit très vite, mais qui est assez insipide. Ce n’est pas mauvais, mais c’est clairement oubliable. C’est de la littérature de plage et ça fait du bien entre deux livres un peu plus demandeurs au niveau intellectuel, mais c’est tout.


Chroniques d’un médecin légiste de Michel Sapanet

Serafina dans Critiques, Livres le 2 février 2014, avec 1 commentaire
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Il y a des moments où j’entre dans mes crises existentielles de lectrices et où j’ai absolument besoin de me mettre à lire des choses qui n’ont rien à voir avec mes habitudes. Généralement ça se traduit pas des bios de rockstars héroïnomanes ou des livres de serialkillers. Dans le cas présent, cela s’est traduit par le roman de Michel Sapanet, Chroniques d’un médecin légiste, dont j’avais entendu pas mal de bien.

Chroniques d'un médecin légiste de Michel Sapanet

Il s’agit d’un recueil de plusieurs petites histoires tirées de la vrai vie de Michel Sapanet, réellement médecin légiste au CHU de Poitiers. Ces histoires peuvent être drôles ou pas, mises en scène sous formes de dialogues ou pas, mais dans tous les cas ce sont des histoires vraies. Aucun nom n’est cité mais il s’agit de faits divers de la région où il exerce. Bref c’est un peu comme lire des notes de blog. L’auteur profite de certaines histoires pour mettre en avant des aspects de son métier : sa formation, comment se déroule une autopsie, quel est son rôle au delà des ouvertures de corps et celui qu’il peut jouer dans des enquêtes.

C’est particulièrement intéressant, car médecin légiste c’est un métier sur lequel on ne connait généralement pas grand chose de plus que des lieux communs souvent erronés. Le personnage est agréable, parfois un peu trop exagéré mais dans l’ensemble ce médecin légiste qui narre à la première personne ses histoires de travail est plutôt sympathique et attachant.

Les histoires sont cependant très courtes, souvent trop, et du coup n’entrent pas réellement en profondeur sur ce métier. On a l’impression d’avoir des aperçus, mais je trouve que cela manque un peu de profondeur. Les histoires se lisent comme des nouvelles, avec des chutes parfois voulues spectaculaires mais parfois maladroites. On voit que le médecin n’est pas forcément un auteur et on ne peut pas lui en vouloir. Je suppose d’ailleurs que cela va en s’arrangeant : il a sorti deux autres recueils par la suite.

Chroniques d'un médecin légiste de Michel SapanetLes histoires ici présentées ne sont pas trop sordides. Evidemment on parle de travail de médecin légiste, donc on retrouve des cadavres, mais pas trop de trucs traumatisants, la lecture se fait très bien juste avant de dormir. J’ai lu des trucs bien plus retournant dans les blogs d’avocats que je peux suivre. Les nouvelles courtes font que ça se lit très vite, un peu trop je pense, d’autant plus que le livre ne dépasse pas 200 pages. Il faut dire que l’auteur présente souvent les histoires avec beaucoup d’humour ce qui aide.

Bref, Chroniques d’un médecin légiste de Michel Sapanet c’est une lecture agréable qui pourrait être taxée de lecture de plage si elle ne concernait pas un sujet aussi sérieux que la médecine légale. Je ne le déconseillerais pas, mais il est assez dispensable et je n’en garderais pas grand souvenir.


La Stratégie Ender de Orson Scott Card

Serafina dans Critiques, Livres le 28 janvier 2014, avec 3 commentaires
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J’ai une histoire assez douloureuse avec Orson Scott Card, j’avais commencé son cycle d’Alvin le Faiseur lors de ma première année de fac, et malgré 6 mois d’efforts, je n’ai jamais réussi à finir le deuxième tome. Sans doute n’étais-je pas dans le mood à lire du Card toute seule dans mon 9m². Toujours est-il que j’ai depuis boycotté l’auteur, malgré tous les encouragements d’Aya pour me faire m’y pencher. Et puis Ender est sorti en film, et j’ai ressenti le potentiel, donc j’ai pris le tome 1. Synopsis ?

La Strategie Ender de Orson Scott Card

Dans un futur plus ou moins lointain, la population humaine est en guerre contre les doryphores. Dans cette ambiance de peur de la prochaine invasion, la population est régulée : les couples ne peuvent pas avoir plus de deux enfants, mais des dérogations sont accordées, comme par exemple à la famille Wiggins, qui en a eu un troisième, Andrew dit Ender. Constamment observé par les militaires, il est vite remarqué pour intégrer l’école de guerre.

Orson Scott Card

Orson Scott Card

On retrouve donc des éléments très classiques du roman initiatique: un héros enfant, qu’on suit depuis tout petit, au fur et à mesure qu’il découvre la vie et évolue. Ça, ajouté à une école de guerre militaire, on passe à deux doigts d’un stéréotype de SF à boulon sans intérêt. Pourtant, il n’en est rien, car j’ai trouvé le livre passionnant. Non pas pour le personnage Ender, auquel je n’ai absolument pas pu m’attacher tellement ses réactions contredisent son âge: on n’a pas l’impression d’avoir à lire un gosse de 8 ans mais plutôt un ado de 16-17 voir plus, pas vraiment non plus pour les personnages secondaires, à part peut être Graff, mais je suppose que le voir en Harrison Ford fausse un peu la donne.

Non, ce qui m’a charmée, c’est l’univers mis en place par Card, et le coté manœuvres politiques omniprésent. En effet, on a du mal à se dire que le bouquin a été écrit en 1985 : les gosses jouent sur des tablettes, tout le monde se connecte à des réseaux sociaux où on doit avoir sa vraie identité… Ce n’est pas du tout dépassé ! C’en est même impressionnant de réalisme par rapport à aujourd’hui. Si on suit majoritairement Ender, ce qui se passe sur Terre pendant sa formation n’est pas totalement éclipsé (contrairement au film) et j’ai adoré les chapitres concernant Locke et Demosthène qui sont clairement mes préférés.

La Strategie Ender de Orson Scott CardDe plus, la formation d’Ender est une longue suite de manipulations de la part de sa hiérarchie pour l’amener où il faut. Il n’est pas étonnant que ce bouquin soit dans la liste des livres conseillés par le corps des US Marines à ses officiers. C’est un roman très axé sur la psychologie et la manière de former des commandants. C’est autant intéressant qu’effrayant d’ailleurs, et on se pose à de nombreuses reprises des questions sur le bien fondé, ou non, de faire subir ça à des élèves, enfants qui plus est.

Bien que je connaissais la fin, ayant vu le film, j’ai dévoré ce premier tome du Cycle d’Ender et je regrette d’avoir mis si longtemps à m’y mettre. La Stratégie Ender de Orson Scott Card, c’est de l’excellente Science-Fiction, intelligente et palpitante. Bref, si vous ne l’avez pas encore lu, c’est le moment.


Réminiscences est le premier tome d’une trilogie appelée Les Larmes Rouges, en cours de publication et écrite par Georgia Caldera et publiée chez J’ai Lu dans un format poche. En plus de bénéficier de nombreuses critiques positives, Réminescences a aussi reçu le prix Merlin en 2012… J’étais donc plus qu’intriguée par cette œuvre littéraire de 760 pages (quand même). Synopsis.

Réminiscences, Les Larmes Rouges Tome 1, de Georgia Caldera

Réminiscences commence avec le désespoir de Cornélia, son héroïne. Persuadée que personne ne l’aime, ni ses camarades, ni même son père qui est toujours occupé, elle décide d’en finir avec la vie en se jetant d’un pont… Malheureusement, ou heureusement pour elle, elle est sauvée par un inconnu et se réveille à l’hôpital. Elle commence alors à subir d’étranges visions et cauchemars qui lui font douter de sa santé mentale… mais est-elle vraiment en train de devenir folle ou y a t-il une raison plus incroyable à tout ça ?

Une intrigue qui arrive doucement… trop doucement ?

Suite à sa tentative de suicide, le père de Cornélia décide de l’emmener à Rougemont, en province, dans le manoir de ses grands-parents. Elle y rencontre les habitants du village dont un châtelain, Henry, au comportement aussi étrange que presque détestable.

L’intrigue met du temps à se construire, ce qui est positif dans le sens où l’on a pas l’impression qu’il arrive des choses à Cornélia du jour au lendemain. Son incompréhension, ses questionnements, la façon dont ses problèmes progressent, Réminiscences n’a pas le défaut de certaines œuvres fantastiques qui veulent nous faire croire que n’importe qui pourrait accepter être une sorcière, un vampire ou quoi que ce soit d’autre d’étrange du jour au lendemain. De plus, on alterne entre des moments du présent et du passé, ce qui donne du corps à l’intrigue.

Réminiscences, Les Larmes Rouges Tome 1, de Georgia Caldera

La couverture de l’édition précédente, chez Le Chat Noir

Mais justement… arrive un moment où l’intrigue traîne vraiment trop en longueur. Pendant au moins 200 pages, il ne se passe quasiment rien ! Même la première « grosse » annonce me fait un effet de réchauffé et m’a laissée plus ou moins indifférente (on la voit venir de très loin alors que la révélation arrive bien plus tard). C’est vraiment pour moi le gros problème du livre, j’ai plusieurs fois failli refermer mon bouquin en me disant « je le lirai plus tard » parce qu’il ne m’accrochait pas. Je trouve ça très positif de ne pas vouloir tout amener en même temps, mais faire la même chose en plus court aurait été plus productif à mon avis.

Un fond très recherché, un style agréable à lire

Pour ce qui est de l’intrigue, j’ai trouvé qu’elle était plutôt bien construite, il y a vraiment un fond qui est recherché, une volonté de proposer quelque chose d’original, qui donne envie d’en savoir plus. Et une fois que l’intrigue démarre vraiment, on en apprend de plus en plus. Les personnages sont bien faits, on s’attache assez facilement au père de Cornélia, et aux personnages secondaires qu’elle va rencontrer dans le village même s’ils interviennent peu. J’ai aussi aimé le rapport entre Henry et Cornélia, un peu conflictuel mais inhabituel.

Réminiscences, Les Larmes Rouges Tome 1, de Georgia CalderaAu niveau du style, j’ai trouvé que c’était simple à lire. On sent que Georgia Caldera n’est pas débutante et qu’elle n’en est pas à son coup d’essai, c’est cohérent, bien construit, même si je pense quand même que le style mériterait de s’affirmer davantage.

En conclusion, pour ma part, j’ai hâte de lire le tome 2 des Larmes Rouges en espérant que le livre ne perde rien de ses atouts tout en évitant les problèmes de longueurs. Réminiscences de Georgia Caldera est un début prometteur pour sa série… mais j’ai du m’accrocher un peu quand même et c’est un peu dommage.


22/11/63 de Stephen King

Serafina dans Critiques, Livres le 23 janvier 2014, avec aucun commentaire
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22/11/63 est un des romans récents de Stephen King qui m’attirait depuis un moment déjà. En effet, comme le titre le laisse penser, on y parle de l’assassinat de Kennedy, d’uchronie et la couverture est vraiment très belle. Mais bon, le format me rebutait un peu, étant donné que c’est un grand format assez lourd et donc difficile à transporter. Je l’ai finalement pris en numérique pour pouvoir l’emmener avec moi dans l’avion. Synopsis ?

22-11-63 de stephen king

Jake est un prof d’anglais ce qu’il y a de plus banal. Si ce n’est qu’il ose aller manger chez Al, le bouis-bouis du coin où aucun professeur n’ose jamais aller. Il est devenu pote avec le bon vieux Al, tellement que celui ci, mourant, lui révèle son secret. Sa caravane qui sert de restaurant abrite une porte temporelle, qui permet de retourner en 1958. Depuis sa découverte, Al a trouvé un but à cette porte : empêcher l’assassinat de Kennedy.

Voilà pour le synopsis que j’ai taché de faire le moins spoilant possible. J’ai lu énormément de Stephen King, mais je n’en ai jamais chroniqué ici ou presque car ces lectures datent de bien longtemps déjà. Il y a derrière cela une raison bien simple : trop de King tue le King. L’auteur a tendance en effet à surfer sur les mêmes thèmes et en lire trop à la suite (je parle de plus de la dizaine hein, il n’y avait que ça à la bibli du village) m’avait filé l’overdose. J’ai donc été très contente de voir que, bien qu’étant un roman qu’on pourrait classer dans le Fantastique/Science-Fiction du fait du voyage dans le temps, 22/11/63 n’est pas un roman comme King en a l’habitude. Ce n’est pas de l’Horreur. On retrouve certains traits de l’auteur, comme la profession du héros, mais on n’est pas dans ses traits habituels.

On retrouve le style direct, assez simple et parfois familier de Stephen King. Un style qui au final n’est pas mirobolant, mais sert l’histoire tout en étant clair. Les histoires de retour dans le temps, ce n’est pas facile, mais ici c’est géré d’une main de maitre. On évite le poncif de la rencontre avec le grand père du héros, et au final, bien que cela soit une histoire de voyage temporel, on est plus proche de la fiction historique qu’autre chose. Il n’y a pas de paradoxe temporel qui va détruire l’humanité, mais plutôt un gars qui sait quelque chose, qui a une mission et qui va tacher de la mener à bien. Toute la préparation du voyage dans le temps est très bien menée : faux papiers d’identités, tenues de rechange, billets de l’époque, tout est préparé avec un sacré soucis du détail rendant ce voyage crédible.

Le véritable héros du livre, bien que King crée la des personnages attachants, n’est pas Jake, mais bien le passé. C’est tout un roman à la gloire d’une Amérique mythique, d’une époque où tout était « plus vrai », sur un passé qui n’a pas réellement envie d’être changé. Le passé résiste et ça, c’est un des concepts les plus importants et originaux du livre. Le passé ne veut pas être changé et j’ai trouvé cette personnification du temps très vraie. De même pour le fait que le passé s’harmonise, qui est un des points clés qui permet aussi d’expliquer bien des coïncidences. King se joue des coïncidences trop grosses qu’on peut souvent voir et leur donne là une réelle justification.

22-11-63 de stephen kingC’est pas tant un roman Fantastique, ou encore Uchronique, qu’un roman très nostalgique et parfois fataliste. De ce fait il est beaucoup plus aisé de s’identifier aux héros et particulièrement à Jake et Sadie. Tellement que la fin m’a fait verser de nombreuses larmes sur ma liseuse. C’est un roman fort, avec de nombreux retournements de situations et une fin que je trouve parfaite.

Bref, vous l’aurez compris, je suis réellement tombée fane de ce livre. 22/11/63 est sans doute le roman qui m’aura réconcilier avec l’auteur best-seller. Celui qui m’aura rappelé que oui, il sait aussi écrire autre chose qu’une énième histoire d’Horreur tragique. Au point qu’il fait partie de mon top 5 pour 2013. Je pense que je relirais de lui en 2014.


Géniteurs et fils de Anthony Boulanger

dabYo dans Critiques, Livres le 21 janvier 2014, avec aucun commentaire
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Il y a des recueils aux noms évocateurs et d’autres qui laissent plutôt songeurs. Malheureusement, je ne saurai exactement dans quelle catégorie j’aurai classé Géniteurs et fils de Anthony Boulanger avant de l’avoir lu. Un recueil de nouvelles traitant de la relation entre des parents et leurs enfants ? J’avoue, la thématique m’a intriguée au début. Et c’est pourtant bien ce que la couverture de Kanthesis laisse penser. Au sommaire de cette publication des éditions du Chat Noir, quinze nouvelles et pas de synopsis, vous vous en doutez.

Geniteurs et Fils de Anthony Boulanger

Les quinze nouvelles sont classées en cinq sections, des Générations qui vont être qualifiées, Première, Abandonnée ou encore Perdue. On pourrait penser que cela va annoncer la thématique de chaque nouvelle, mais j’avoue ne pas avoir toujours saisi le lien entre la section et la nouvelle. Mais soit, passons, car de toute façon entrer dans l’univers semble-t-il très torturer d’Anthony Boulanger, c’est avant tout commencer par accepter qu’on ne saisira pas tout. Et c’est sans doute ce qui va lui permettre, sur l’ensemble de ses nouvelles de nous faire ressentir une certaine angoisse, il faut l’avouer.

Si certaines des nouvelles sont plutôt un message d’espoir, la plupart sont plutôt noires. Très noires. Désespérantes, parfois, glaçantes à d’autres moments. Elles ne laissent clairement pas indifférentes et l’auteur se joue de son lecteur, notamment parce que les personnages principaux sont avant tout des enfants: fragiles, des cibles faciles pour les psychopathes que sont les adultes. Nous sommes alors là, sans réel moyen d’intervenir, d’aider. Certaines nouvelles donnent vraiment l’impression de non assistance à personne en danger. Et c’est clairement dérangeant.

La plupart des nouvelles n’ont pas de lien entre elles, mais il y a un fil conducteur sur certaines, qui les relient. On y suit l’histoire d’un enfant, traumatisé par les scènes dont il a été le témoin sans vraiment savoir, sans pouvoir l’exprimer auprès des autres. C’est sans doute les nouvelles qui m’ont le plus marqué. Le plus plu, je ne sais pas, il y a évidemment un petit côté morbide de noter ces nouvelles comme ses préférées. Mais elles donnent clairement du caché au recueil.

Geniteurs et Fils de Anthony BoulangerCoups de poing, la plupart des nouvelles le sont. La plupart sauf une, la dernière et la plus longue: Le Rouge, Le Blanc et l’Artefact. Cette dernière m’a semblé dénoter du reste. Bien moins rapide, bien moins originale à mon goût, et avec une maxime peut être un peu trop présente, elle m’a laissé perplexe. Comme un cheveux sur la langue qui du coup vient un peu gâcher tout le reste, qui m’avait beaucoup plus. C’est dommage.

Au final, j’étais parti perplexe. Par la thématique du recueil, par la première nouvelle coup de poing. Puis l’auteur a su me conquérir, et sauf un dernier faux pas qu’on pourra lui pardonner, il livre avec Géniteurs et fils de Anthony Boulanger un recueil qui se lit bien. Les nouvelles ne sont peut être pas les plus marquantes que j’ai pu lire, mais elles montrent une certaine maîtrise de l’angoisse de situation.