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Tokyo Vice de Jake Adelstein

Serafina dans Critiques, Livres le 8 avril 2018, avec aucun commentaire
Critiques

Tokyo Vice est un roman que j’avais acheté car il traite d’un sujet qui m’interesse fort : le Japon, et plus précisément la mafia Japonaise. Sachant qu’en plus il bénéficiait d’excellentes critiques, je l’avais acheté, mis dans ma pal, et finalement un an plus tard, je l’ai lu. Synopsis ?

Jake Adelstein est américain. Etudiant au Japon, il réussi a décrocher un poste au Yomiuri un des journaux nationaux au japon, et un poste de journaliste écrivant en Japonais. Chose inédite à l’époque. Après avoir couvert les sports et autres rubriques peu prestigieuses, le voici aux affaires de moeurs et il est loin de s’attendre à ce qu’il va découvrir sur le crime organisé au Japon.

Paru en francais aux éditions Marchialy en 2016, ce roman est inspiré de faits réels. En effet Jake Adelstein a réellement bossé au japon, comme journaliste, il a  fini par s’interesser de si prêt à la mafia que sa tete a fini mise à prix, mais il a bien sur modifié les histoires et les protagonistes dans un soucis de protection des sources. A quel point est-ce la vérité, à quel point est-ce de la fiction, la frontière est très mince et chacun se fera son avis.

C’est un roman extrémement interessant puisque s’interessant a un coté peu mis en avant du Japon. En effet, les Yakusas sont toujours puissants au Japon, et sous le couvert de la société bien proprette que nous présente le pays du soleil levant, les quartiers chauds sont comme partout le terrain de jeu de malfrats. Exploitation humaine, traite des blanches, commerce de drogue, blanchiment d’argent, le Japon n’est pas plus à l’abri qu’un autre pays.

Milieu très fermé et encore plus aux étrangers, il est rare de pouvoir avoir le témoignage de quelqu’un ayant cotoyé de prêt le sordide commerce de la mafia. C’est le cas d’Adelstein et cela se ressent a chaque page. Cette semi-autobiographie est donc très convaincante. La société japonaise, le travail au japon, le fonctionnement des journaux, tout est très interessant. Je ne dirais cependant pas que j’ai été surprise par ce qu’il se passe derrière les clubs de Roppongi ou de Kabuki-cho. Dejà car il suffit d’y passer la nuit et de voir les rabatteurs pour savoir additionner 2 et 2 mais aussi car j’ai déjà lu et vu Ikebukuro West Gate Park.

Et c’est peut être là que le bat blesse. Car le roman est marketé comme « Le japon tel que vous ne l’avez jamais vu » mais au final, tout ce qui est décrit à l’exception d’une certaine affaire est très banal. Glauque, sordide, déplorable mais banal. De plus, le roman s’étale tout de même sur une vingtaine d’années, pendant lesquels Jake a couvert de nombreux cas, donc ceux ci sont assez rapidement expédiés, il n’y a pas une seule enquête qui nous tienne en haleine pendant tout le roman. Les personnages foncément passent, changent, et au final, difficile d’accrocher. Des répétitions, une partie centrale qui s’étire en longueur, j’ai a plusieurs reprises décroché du livre qui n’a pas réussi à me tenir en haleine.

A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, ce roman n’est ni assez sourcé pour etre l’un ni assez captivant pour être l’autre. Il a le mérite de proposer un autre regard interessant mais non inédit. De ce fait, je n’ai pas été conquise plus qu’autre chose. Je suis assez mitigée, mais je pense qu’il peut être interessant à lire.

 


Swastika Night de Katharine Burdekin

Serafina dans Critiques, Livres le 12 mars 2018, avec 1 commentaire
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Swastika Night est un roman écrit en 1937 par Katharine Burdekin, écrivaine anglaise sous le pseudonyme de Murray Constantine. Ce court roman est un roman d’anticipation connu pour son analyse très critique de la situation de l’Europe de l’époque et pour son ton résolument féministe. Il est réédité depuis peu aux éditions Pocket. Synopsis ?

Cela fait 700 ans que l’Allemagne Nazie reigne sur le monde, ou du moins sur une bonne partie de celui-ci. Le peuple allemand voue un culte à Adolf Hitler et le Nazisme est devenu une religion. Les autres peuples d’Europe sont méprisés et exploités, et quant aux femmes, elles ne sont plus qu’un bétail reproducteur. L’histoire a été totalement réécrite, et les événements d’avant la seconde guerre ont été passés sous silence. Du moins c’est ce que l’ont croit. Car Alfred , un Anglais, race méprisée, va découvrir auprès du Chevalier von Hess que le passé est bien différent de celui décrit dans la Bible d’Hitler.

Au vu du synopsis, vous pourriez penser qu’il s’agit d’une Uchronie (un sous genre de la science fiction consistant a changer un élément du passé et d’en décrire les conséquences). Cependant, il n’en est rien. Regardez la date de parution. Il s’agit uniquement d’un roman d’Anticipation, et je pense qu’il est important de garder cela en tête en lisant cette oeuvre. Déjà car forcément, de nombreux éléments de la seconde guerre mondiale ne sont pas mentionnés ce qui est normal, puisqu’ils n’étaient pas arrivés. Cela explique aussi le coté pamphlet et engagé. En 1936, il n’était pas encore communément admis que le Nazisme était mal.

Nous sommes donc devant un roman interessant historiquement, mais qui est surtout là pour passer un message. Les personnages sont réduits à leurs simples caractéristiques : le simplet, l’érudit et celui qui est en marge avec un regard neuf. Difficile de s’attacher à eux donc, puisqu’ils ne sont pas là pour cela. L’auteure attire tout particulièrement le regard sur le fait que les femmes sont les premières à perdre des droits en temps de guerre et qu’elles sont souvent les victimes toutes désignées.

Tout comme un Voltaire écrivant Candide, le gros de l’histoire est composé de dialogues et d’échanges rhétoriques entre Alfred un anglais et un chevalier Allemand. Ces échanges sont là pour mettre en avant les dangers du nazisme et du culte de la personnalité. Ce dialogue entre Alfred et le Chevalier est d’un niveau soutenu et est parfois difficile à suivre, voir carrément barbant, d’autant que moi, en 2018 je n’ai plus besoin d’être convaincue du mal qu’est le nazisme. De ce fait, je dois avouer que j’ai régulièrement décroché et que j’ai du me forcer à terminer le livre. Bien que assez court, puisqu’il fait moins de 300 pages, j’ai mis assez longtemps à le terminer.

Au final, je suis contente d’avoir lu ce livre pour avoir pu avoir une vision de ce qui pouvait être pensé avant la seconde guerre mondiale, et de l’importance qu’ont les artistes pour alerter la population. Le roman est bien construit, dans la tradition des contes philosophiques. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants et le rythme devient rapidement lourd. Vous l’aurez compris, difficile de vous conseiller ce roman, même si il est instructif d’un point de vue historique.


Route 666 de Roger Zelazny

Serafina dans Critiques, Livres le 20 février 2018, avec aucun commentaire
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Route 666 est un court roman de Roger Zelazny dont vous connaissez probablement le nom pour sa saga des princes d’Ambre. Aussi appelé Les Culbuteurs de l’Enfer lors des premières traductions FR dans les années 70 (et Damnation Alley en VO), ce roman est une des inspirations derrière Mad Max, récemment réédité aux éditions Helios avec une traduction de Thomas Bauduret et une magnifique illustration de Darkeen. Synopsis ?

Hell Tanner est un criminel, un Hell’s Angel sans foi ni loi dans une Amérique dévastée par la guerre atomique, où les compteurs Geiger s’affolent. La personne idéale donc pour accepter un deal consistant à traverser les Etats Unis le long de la route (6)66 à la tête d’un convoi blindé pour apporter à Boston un remède qui sauvera la ville.

Ce roman d’une centaine de page est un roman qu’il est difficile de lâcher ne serait-ce que par sa construction. Pas de chapitres, pas de saut de ligne, tout est condensé, donnant en quelque sorte un sentiment d’urgence à cette fuite en avant le long de la route 666. Si vous avez déjà lu Zelazny, vous connaissez sa plume. Simple mais jamais simpliste, allant à l’essentiel, épurée mais pourtant capable de nous transporter dans n’importe quel univers en quelques phrases. Et c’est le cas ici. La Californie où commence l’action est dévastée, les alentours ne sont que tempêtes, animaux mutés et autres chauves souris mortelles de la taille d’un petit avion. Du désert, des gros véhicules blindés et anti-radiations, de la poussière, des compteurs Geiger et un héros bourrin qui ne prend pas de pinces mais qui a un certain code de conduite. Evidemment, depuis on a vu Mad Max, et d’autres road trips post apocalyptiques, alors notre cerveau est prêt et nous emmène directement sur cette route 666 poussiéreuse. En quelques mots, nous sommes dedans, nous roulons à tombeau ouvert.

Tenant plus de la novella que du long roman, les personnages secondaires vont et viennent, sans forcément d’autre intérêt que servir l’histoire et sans trop de développement. Nous suivons surtout Hell, et la vraie héroïne : la route. Road-book par essence, le héros ici c’est le chemin, c’est cette route qui fera évoluer Hell, qui mettra parfois à mal ses principes mais qui lui permettra aussi de se révéler, car de prime abord il est peu attachant et puis on finit par apprécier ce protagoniste et son sens de l’honneur. Après une longue route, sur la fin, le roman se transforme peu à peu en essai, parfois à la limite de l’essai philosophique, un poil trippé, et ce petit passage avant la conclusion de l’histoire, sorte d’intermède et de morale m’a un peu vu décrocher.

C’est un roman court mais que j’ai beaucoup apprécié et que je ne peux que vous recommander si vous aimez les univers post-apocalyptiques, les courses en avant et le style très particulier de Roger Zelazny. Longtemps introuvable, le roman est désormais disponible dans toutes les librairies, c’est l’occasion de le découvrir et de voir que Zelazny a été un auteur prolifique bien au delà de son cycle d’Ambre et une pierre angulaire des littératures de l’imaginaire d’aujourd’hui.

 


Les légions de poussière de Brandon Sanderson

Serafina dans Critiques, Livres le 26 janvier 2018, avec aucun commentaire
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Vous commencez à le savoir ici, j’aime beaucoup Brandon Sanderson. Cet auteur est devenu un de mes préférés suite à la lecture de la saga Les Archives de Roshar que j’ai adorée. Du coup, j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir sa nouvelle production sortie aux éditions Pocket : Les Légions de Poussière. Un roman en one shot, qui peut se lire indépendamment de ses autres saga. Synopsis ?

Joel est un élève de l’académie Armedius, une académie qui forme les personnes « normales » mais aussi les Rithmaticiens, des personnes capable d’animer leurs dessins à la craie et notamment d’utiliser ceux-ci pour défendre le pays. Atout majeur de la civilisation américaine, une fois la formation accomplie ils partent au front, à Nebrask où ils affrontent des crayons sauvages à coup de craie. Joël n’a aucun pouvoir mais est passionné par cette discipline complexe faite de lignes de barrages, de cercles de protection et tant d’autre. Dernièrement l’académie est secouée par des disparitions étranges et inexpliquées, ciblées uniquement sur les Rithmaticiens.

Voila pour le synopsis qui pose un peu la chronique de ce livre. Il s’agit d’un roman fantastique, d’initiation se déroulant dans une université magique avec une discipline mystérieuse fortement documentée comme le fait souvent Mr Sanderson. Cela résume à la fois les qualités et les défauts de ce roman. Bien que bénéficiant d’une grande recherche au niveau de la Rithmatique, discipline absolument passionnante que Branson Sanderson nous fait découvrir de manière ludique, pour le reste on repassera niveau originalité. Le héros un peu à la marge, la jeune fille belle mais mise à l’écart car nulle en classe, le professeur qui prend notre héros en grippe et que notre héros soupçonne donc d’être à l’origine des enlevements, le coté campus à l’anglo-saxonne, difficile de cocher plus de cases au bingo du roman jeune adulte post-Harry Potter.

Et c’est dommage. Car c’est bien écrit. Car la rithmatique est passionnante. Car le monde autour, une sorte d’Amérique non unifiée en guerre dcontre des démons sauvages là bas en Nebrask, semble riche et bien imaginé. Mais on ne peut pas s’empêcher de se dire « non mais sérieusement ? » aux trois quarts de l’intrigue centrée sur le monde scolaire. Alors oui, évidemment, ce n’est pas parce que Harry Potter existe qu’on n’a plus le droit de faire de romans d’université magique, mais il n’y a ici dans Armédius aucune réelle personnalité a part les noms et les matières qui changent.

Cela reste une lecture plaisante, et qui m’a tenue en haleine car Brandon Sanderson pourrait écrire un roman sur la reproduction des phasmes lors de la peste noire de 1349 en Arménie orientale et toujours rendre ça intéressant. Cependant, ce n’est pas un livre qui brille pas son originalité et qui laisse un petit gout amer. Le potentiel était énorme, mais l’enrobage est trop vu. Cela s’explique en partie par le fait que ce roman a été entamé par Branson Sanderson avant son écriture de La Roue du Temps et repris ensuite, qu’il avait plus ou moins idée de developper l’univers et ne l’a finalement pas fait.

Je ne recommanderais donc ce roman que dans deux cas : si vous êtes fans de l’auteur et avez envie de passer un bon moment sans prise de tête ou si vous souhaitez l’offrir a un.e adolescent.e qui aime ce style de livres. Sinon, malheureusement, cela restera une lecture dispensable.


Ca, Tome 1, de Stephen King

Serafina dans Critiques, Livres le 30 novembre 2017, avec aucun commentaire
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Vous n’avez probablement pas échappé à la déferlante Ca ces derniers temps. En effet, le roman culte de Stephen King est réadapté au cinéma et la première partie est sortie cet automne. Il se trouve que moi, qui adore pourtant King, n’avait pas encore lu ce pavé. J’ai donc entamé le tome 1 avec curiosité, était-ce réellement à la hauteur de la hype ? Synopsis !

 

Derry, Maine, Octobre 1957, le jeune George sort en ciré jaune jouer avec un bateau en papier, qui est happé vers les égouts. Et là, dans les égouts, un clown l’attend. George sera retrouvé mort peu de temps après. Il ne sera pas le seul. Cet été 58, Bill le frère de George et ses amis , Eddie, Ben, Richie, Stan, Bev et Mike, surnommés « Le club des paumés », tous de jeunes enfants vont vivre un été qui va mettre fin aux agissements de ce clown, ou plutôt de Ca.

Difficile de donner envie avec ce Synopsis, mais de toute manière, rien que pour l’aura que ce livre dégage, vous devez avoir envie de lire ce livre. Il est en deux tomes, tout comme les films. Ce premier raconte majoritairement ce qu’il s’est passé entre 57 et 58, lorsque les protagonistes sont jeunes. Le roman alterne cependant avec des chapitres se passant au présent (enfin en 1984 ), suivant le club des paumés qui revient peu à peu vers Derry. Cette alternance de temporalité ainsi que l’alternance des histoires de chacun des membres du club des paumés rend le roman addictif et totalement page-turner.

Mais évidemment, ce n’est pas la seule qualité du roman. C’est du King. Du très bon King. Et là, limite je peux m’arrêter là. Car oui, si King a eu une période à vide dans les années 90, il est avant tout un excellent écrivain et un des maitres de l’épouvante, ce qui prend tout son sens en lisant Ca. Si les romans plus récents sont moins horrifiques, ici on est en plein dedans. Et pourtant, rien de graphique, rien de trop gore, rien de dit, mais toute cette ambiance lourde qui plane sur Derry, cette sensation de danger imminent et incompressible qui nous fait frissonner au fond de notre lit, à redouter avec nos héros ce qui se cache derrière cette porte grincante. L’ambiance est juste excellente et les personnages sont tous très attachants. Comme toujours, il ne suffit que de quelques mots a Stephen King pour poser les traits principaux de nos héros, tous très différents autant adultes qu’enfants qui se sont unis et doivent à nouveau s’unir. J’ai particulièrement apprécié le personnage de Ben, le petit gros de la bande mais qui en a dans le cerveau et dont l’évolution adulte est très interessante. King ne fait pas souvent de personnages féminins mis en avant mais Bev’ est pourtant un des autres coups de coeur de cette saga. La jeune fille devenue adulte est un personnage des plus intéressants au prise avec des démons qui eux ne sont pas si imaginaires.

Ce premier tome est donc une bonne mise en bouche. Assez peu d’action au final, elle sera probablement dans le second tome, mais la mise en place d’un univers et d’une ambiance digne des plus grands Stephen King. Je n’ai vu aucune des deux adaptations, ni la récente ni le double téléfilm des années 90, je ne saurais donc pas me prononcer, mais si vous n’avez pas encore eu de contact avec Ca, je ne peux que vous conseiller de commencer par le roman. Si vous avez déjà vu les films, vous ne découvrirez pas l’histoire mais vous la verrez probablement sous un autre angle. J’ai depuis prêté le livre à une amie qui elle avait déjà visionné l’ancienne adaptation et elle a aussi été conquise.

Alors, qu’attendez vous ?

 

 

 


Alice au pays des Morts Vivants de Mainak Dhar

Serafina dans Critiques, Livres le 27 septembre 2017, avec aucun commentaire
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Des revisites de classiques à la sauce zombie, on a déjà vu ça. On connait notamment les Orgueils, Préjugés et Zombies ou autre. Je n’ai jamais été spécialement tentée par ce genre de revisites, sans doute à cause de mauvais aprioris. Mais quand on m’a proposé de découvrir Alice au pays des Morts Vivants, j’ai été tentée pour une raison très simple : ce livre est écrit par Mainak Dhar, indien, et se passe en Inde. De la SFFF indienne, j’en connais peu et j’avais donc envie de tenter.

Alice est née après le Réveil. Un Réveil qui a vu les mort renaitre sous forme de zombie et détruire la civilisation telle qu’on la connait. Fille d’un diplomate anglais en mission en Inde elle a été élevée dans un camps de survie, a appris dès son plus jeune âge a se battre et est d’ailleurs sacrément douée avec un fusil entre les mains. Un jour, lors d’une mission, elle est intriguée par un Zombie avec un serre-tête oreilles de lapin qui saute dans un trou. Bien évidemment, elle le suit.

C’est la première réécriture que je lis, je ne pourrais donc pas comparer. Je m’attendais en faite a retrouver des bases de l’histoire d’Alice, transposées dans un autre cadre. En réalité, pas du tout. A part les cheveux , le prénom de l’héroïne, le fait qu’un zombie a des oreilles de lapin, un autre un grand chapeau, nous sommes dans une histoire totalement différente. Elle aurait pu s’appeler Ariel ou Cendrillon ou Gertrude en réalité ça aurait été pareil. Du coup, j’ai été un peu déstabilisée au début car je ne voyais pas trop l’intérêt de mettre Alice au Pays des Merveilles là dedans. Mais finalement, ce n’est pas plus mal car au moins je n’ai pas pu prévoir l’histoire. Histoire qui devient d’ailleurs très vite militaire, puisque nous découvrons que les humains sont soit sous la dictature du Comité Central soit en petits groupes libres et autonomes adeptes de techniques proches de la guérilla. Nous sommes donc dans un monde de fusils automatiques, de grenades lumineuses, de lance-missiles et de débarquements en hélicoptères. Faut aimer.

Le roman est court (280 pages) mais compact. Très peu de sauts de ligne, très peu d’intermèdes et surtout peu de temps passé à developper les personnages. Alice est une Mary Sue parfaite. Elle est belle, elle est douée, elle n’a pas de défauts, et sa profondeur est proche du néant. C’est un peu dommage car du coup il est très difficile de rentrer dans l’histoire ou de s’attacher aux personnages. J’ai mis étonnamment longtemps à lire ce livre (ce qui veut dire 4 jours mais pour 280 pages pour moi c’est énorme) car tout simplement quand je posais le livre, je n’avais pas d’envie de le réouvrir. Le scénario est complexe y’a pas de soucis, avec des retournements de situation et des méchants qui n’en sont pas, et compagnie, mais comme je n’ai pas pu m’attacher aux héros, je ne tremblais pas non plus pour eux et résultat … J’étais plutôt indifférente.

Les scènes de combat sont décrites avec précision et on sent que l’auteur est bien documenté sur les armes de guerre. Par contre les tenants et aboutissants des stratégies et autres sont plutôt expédiés, ce qui la non plus n’aide pas à rentrer dedans. Au final, la seule chose que j’ai réellement apprécié dans ce roman c’est qu’il se passe en Inde et qu’il m’a rappelé de bon souvenirs, puisque je sais a quoi ressemble la Yamuna, que j’imagine très bien les immeubles de New Delhi ou les QG sont établis, mais c’est un faible argument pour vous conseiller ce roman.

Vous l’aurez compris, je suis totalement passée à coté de l’histoire, à cause de personnages trop survolés et d’un scénario consistant plus en un enchainement de bastons qu’autre chose. L’idée n’était probablement pas mauvaise, mais le livre manque de profondeur pour moi. Difficile donc de vous le recommander. Sauf si vous êtes vraiment fans de romans de zombies.


L’année dernière, ou celle d’avant, je vous avais parlé de la saga Les Archives de Roshar, écrite par Brandon Sanderson. Le premier tome La Voie des Rois avait été un de mes coups de coeur cette année là, du coup lors de la sortie de la suite Le Livre des Radieux, je n’ai pu que me précipiter dessus. Synopsis ? – Garanti sans spoil –

Sur Roshar des tempêtes terribles rythment les saisons. Tandis que les jours s’écoulent plus ou moins doucement dans la capitale, une guerre secoue les Plaines brisées suite à l’assassinat il y a 8 ans du roi par les alliés Parshes. Depuis les événements du premier tome, nos héros ont compris que les choses allaient changer et qu’il allait falloir unir les différentes puissances pour lutter contre un ennemi commun.

Alors oui c’est flou, mais difficile de ne pas spoiler. Toujours est-il que reprendre les Archives de Roshar fut un plaisir sans nom. Après plus d’un an, a lire de nombreux autres livres, dès les premières pages j’étais chez moi. J’étais dans un monde que je n’avais jamais vraiment quitté, je revoyais des personnages avec plaisir. Peu de saga peuvent se vanter de me happer dès les premières pages sans le moindre résumé ni la moindre aide pour me rafraichir la mémoire. Il faut dire que le premier tome était dense : deux parties de 800 pages, cela faisait donc déjà près de 1500 pages que je suivais Kaladin, Shallan et les autres. Leur souvenir était vif, et c’est comme si j’avais tout enchainé à la suite.

Cela note la très grande qualité de ce livre et la force de ses personnages. Sans aller jusqu’à comparer à un Trône de Fer, on n’en est tout de même pas loin. On a découvert pléthore de personnages dans le premier tome qu’on continue a suivre ici, avec des chapitres aux points de vue alternés qui donnent donc un bon rythme au récit. Tout comme pour La Voie des Rois, Les Archives de Roshar a été découpé en deux parties de 800 pages chacunes, cette première partie est donc une montée en puissance. On commence assez calme, avec bien sur les conséquences du tome précédent, et on sent monter l’action petit a petit, qui se dénouera probablement dans la deuxième partie.

Ce n’est donc pas une partie trépidante a proprement parler : peu de combats, mais beaucoup de politique et beaucoup d’approfondissement des personnages et de l’univers. Avec bien sur son lot de retournements de situations !  Oui, Brandon Sanderson prends près de 800 pages pour placer ses pions, mais c’est aussi pour cela qu’il sera si facile de reprendre la lecture et que nous avons l’impression de vivre avec nos héros. Et bon, peut être que la comparaison avec G.R.R. Martin n’est pas si lointaine après tout … Cette première partie est avant tout centrée sur Kaladin et Shallan, Dalinar passant un peu au second plan, mais Adolin son fils est aussi mis en avant. Nous suivons aussi pour la première fois l’autre camps, celui des Parshes. En effet, comme je vous l’avais dit lors du premier tome, Les Archives de Roshar, c’est de la fantasy, dans un univers medfan, oui. Mais pas cliché. Et évidemment, les méchants ne pouvaient pas juste être « les méchants ». Je ne vous en dit pas plus mais sachez que c’est très interessant et très bien amené.

Vous l’aurez compris, cette première partie du deuxième tome ne fait que confirmer ce que je pensais de cette saga, c’est un excellent univers, un excellent auteur et les personnages sont au top. Cela faisait longtemps que je n’avais pas relu de saga de fantasy à ce niveau. C’est réellement un roman que je vous conseille, si les pavés ne vous font pas peur ou si vous avez été désenchantés de la fantasy.

Et vous, l’avez vous lu ?


Effroyable Porcelaine de Vincent Tassy

Ou le coup de coeur absolu et surtout inattendu.

Serafina dans Critiques, Livres le 23 juin 2017, avec aucun commentaire
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Je vous l’ai dit, on est allé au Hellfest en train, donc on avait emmené de la lecture. C’était dabYo qui avait pris Effroyable Porcelaine, un roman jeunesse de Vincent Tassy aux Editions du Chat Noir. dabYo ne lit plus beaucoup, donc c’était un roman accessible. Au final, comme j’ai fini Winter People très rapidement, c’est finalement moi qui ai lu celui-ci, avec grand plaisir bien sûr. Synopsis ?

Sybille est une collégienne, qui à la chance d’avoir une maman fane d’antiquité et très tolérante, puisqu’elle laisse volontiers la jeune fille décorer sa chambre de noir, de chauves souris empaillées, et j’en passe et des meilleures. Alors qu’elle accompagne sa maman qui a pour mission de débarasser un château abandonné pour en revendre les biens, Sybille tombe sur une magnifique poupée de porcelaine : cheveux argentés, robe de deuil noire et yeux violets perçants. Immédiatement elle en tombe folle et obtient de la garder. Sauf que depuis ce moment, des choses étranges se passent et des cauchemars un peu trop réels hantent la collégienne.

Effroyable Porcelaine est un roman jeunesse, destiné aux jeunes ados, dès 9 ans. Il met en scène une famille particulièrement rêvée, un peu a la famille Addams sans le coté glauque, la maman et son compagnon sont rock n roll et très tolérants, les tantes de l’héroine sont trop cool et y’a pas a dire quand on est ado on a envie d’une famille pareille, surtout quand le job de la mère est de fouiller les manoirs abandonnés. Autant dire que les petits lecteurs devraient vite se sentir à leur place dans cette famille à laquelle il faut aussi ajouter Philémon, le meilleur ami de Sybille, un jeune ado pas très bien intégré, rejeté pour sa différence et qui a trouvé en la jeune fille une amie fidèle. On s’attache rapidement à lui.

L’autre grand avantage de ce roman c’est qu’il est illustré par la talentueuse Mina M. Ses illustrations en noir et blanc avaient déjà fait mon bonheur dans le roman de Cécile Guillot : La Jeune Fille au Corbeau. Elles permettent de très bien visualiser l’histoire, et ont un coté Tim Burton qui ne pourra que plaire. Elles sont dispersées régulièrement dans le roman et mettent en scène les moments clés.

Et puis petit a petit, on bascule vers de l’horreur (soft, bien sûr, on est dans de la jeunesse) qui fait un peu peur, un peu comme un Chair de Poule. Le roman alterne entre présent et flashback de la propriétaire précédente de la poupée, dans la fin du XIXème siècle. On comprend rapidement qu’il s’est passé des choses pas très drôles à cette époque et que cela pourrait bien être la cause des cauchemars qui hantent notre Sybille.

Le roman est bien écrit, et le suspens est palpable. Les éléments sont distillés petit a petit jusqu’au majestueux twist final, que je n’ai pas vu venir, même en étant adulte. Et là, je me suis rappelée a quel point j’avais adoré Mlle Edwarda, la seule nouvelle que j’aie lu de Vincent Tassy dans un recueil du Petit Caveau, qui avait été un coup de coeur. De roman d’horreur jeunesse, on passe a un roman avec un message d’espoir et de tolérance très fort, sur un sujet très séreux mais traité très justement et sans tergiversations. De plus, ce retournement s’accompagne d’une jolie référence à l’univers du manga (je ne peux pas croire que le prénom soit une coincidence, on me la fait pas ! Pas à moi ! ) alors je ne peux qu’applaudir des deux mains.

Bien sûr, ce twist n’arrive pas de nulle part, car en effet, tout est préparé plus tôt dans le roman pour se retournement de situation sans que je ne m’en sois rendue compte, et il débouche vers une ode à la tolérance très forte. J’ai été très touchée par la fin du livre et pourtant je ne suis pas dans la cible d’un point de vue âge. Mais le message est universel, et c’est un livre que je ne peux que conseiller. A la base, je l’ai lu pour l’univers assez gothique qui me parlait, mais je me retrouve à vous le conseiller pour les valeurs que ce livre met en avant. Les thématiques qui pourraient sembler lourdes, mais sont traitées intelligemment, et jamais le lecteur (pourtant jeune) n’est pris de haut et n’est infantilisé. C’est un livre qui porte un beau message et qui le fait bien. Croyez moi, je ne pensais pas encore à mon âge avoir les frissons pour un bouquin marketé jeunesse. Et pourtant Vincent Tassy y a réussi. Alors bravo, sincèrement, et à vous lecteurs, jetez y un oeil, et n’oubliez jamais d’être vous même.


Winter People de Jennifer McMahon

Serafina dans Critiques, Livres le 22 juin 2017, avec aucun commentaire
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Je n’avais pas forcément prévu de lire Winter People de Jennifer McMahon. Mais il se trouve que nous avons du nous rendre au Hellfest en train, le trajet voiture étant vraiment trop long depuis notre déménagement, et que j’avais 4h30 à tuer. Hors de question d’emmener mon roman de chevet, l’excellent mais énorme tome 2 des Archives de Roschar de Brandon Sanderson. J’ai donc opté pour ce petit roman de 380 pages sorti aux éditions Le Livre de Poche. Synopsis ?

1908, Sara vit dans le Vermont, et tient plus que tout a sa petite fille Gertie. Celle-ci a cependant un grave accident et Sara est folle de désespoir. Folle de désespoir au point d’essayer de la ramener d’entre les morts. De nos jours Ruthie reviens d’une soirée arrosée avec son copain pour découvrir que sa mère manque à l’appel. Quand à Katherine, a 200km de là, elle fait le deuil de son mari, disparu dans un mystérieux accident de voiture.

3 points de vues, qui vous vous en doutez se rejoignent à un moment où l’autre, unis autour de Sara et de son journal intime « Les visiteurs de l’autre rive« . Sara a en effet consigné par écrit tout ce qu’elle a fait et cela attire évidemment les convoitises. Nous suivons donc les points de vue de manière alternée, un moyen classique mais toujours efficace pour nous faire tourner les pages. Et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est efficace, puisqu’il m’a fallu moins de 4h pour le terminer. Il faut dire qu’il est aussi écrit assez gros.

Le style est assez simple, les phrases courtes mais percutantes, et il est facile de se plonger dans l’intrigue. Et du coup quel contraste avec les thèmes abordés qui sont loin d’être simples eux : le deuil, la perte de l’être aimé, jusqu’où la douleur peut elle nous faire aller. Ces thèmes sont ceux qui transpercent le roman, et tout ceci au coeur de l’hiver. Les journées sont courtes, la neige rend tout silencieux, et quelque part, cela rend l’atmosphère assez triste et désespérée. Sans être un roman effrayant, on a quand même une ambiance assez sombre.

Le personnage de Sara, devenue folle de douleur ne m’a pas spécialement touché. On assiste à sa déchéance et on comprend avec elle qu’elle est en train de faire des conneries, mais il est trop tard pour la sauver. Je me suis par contre pas mal attachée a Ruthie, la jeune adolescente qui se retrouve sans sa mère,  à devoir gérer sa petite soeur et toute la maisonnée. J’ai aussi beaucoup apprécié son petit ami, un mécano qui fume trop d’herbe, et qui est passionné par les phénomènes surnaturels. Ce qui l’aidera bien sur a explorer la piste occulte. Le fait que le personnage soit enclin a croire des histoires de revenants est du coup assez logique et bien amené.

L’intrigue est bien menée, chaque chapitre permettant d’éclairer les autres points de vue. L’escalade de violence de la fin, qui fait plutôt virer ce roman dans du thriller m’a semblé à la lecture un peu soudaine et extrême. Cependant, en écrivant la chronique, je me rappelle que c’est un roman américain, donc en soit, le fait qu’une personne se retrouve en possession d’une arme à feu est beaucoup plus banal qu’ici. C’est sans doute pour cela que j’ai trouvé ça exagéré, le lisant dans mon prisme d’européenne.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fantastique que j’ai beaucoup aimé, qui traite de magie, mais aussi de thèmes forts comme le deuil, et de manière très honnête. Le roman n’est pas moralisateur et nous laissera nous interroger nous même sur jusqu’où nous serions prêt à aller dans ce genre de cas. Evidemment, je vous conseille plutôt de le lire à un moment où vous allez bien, car on ne peut pas dire que cela soit le roman le plus gai que j’ai lu. Il se lit bien, il donne envie de tourner les pages, et l’intrigue est rondement menée. Une belle découverte.


La jeune fille au corbeau de Cécile Guillot et Mina M.

Un roman gothique adapté à la dyslexie

Serafina dans Critiques, Livres le 2 juin 2017, avec aucun commentaire
Critiques

La jeune fille au corbeau est un roman jeunesse de Cécile Guillot illustré par Mina M. Il s’agit d’un court roman d’une centaine de page, avec les illustrations en noir et blanc. Synopsis ?

Frances est une jeune fille un peu étrange, qui parle avec un corbeau devenu son ami. Habitant à Londres, elle a effrayé ses parents en se levant la nuit pour déclamer des prophéties qui malheureusement se réalisaient. Ils l’envoient donc dans un pensionnat au coeur de la foret. Mais elle se rend rapidement compte qu’une ambiance bizarre y règne et que des jeunes filles disparaissent sans laisser de trace …

Ce roman est publié aux éditions Miroir aux Troubles et il a la particularité d’être imprimé de manière a être plus facile à lire pour les personnes souffrant de dyslexie. En effet, il est montré que l’espacement ou l’utilisation de polices particulières permettent de faciliter la lecture lorsqu’on est atteint de ce trouble. C’est donc une excellente initiative qui permet d’enrichir le choix proposé aux enfants, et permet aussi de les réconcilier avec la lecture.

Le roman est donc écrit gros, il y’a plus d’espace et la police permet de mieux différencier les lettres comme B ou D par exemple. Il est bien sur tout a fait lisible pour les personnes n’ayant pas de soucis. Le seul soucis est sur les passages censés être en italique. L’italique étant déconseillé pour la dyslexie, les passages en italique (quand le corbeau parle) sont juste écrit plus fin et je trouve que la différence entre le texte normal et « italique ».

Le roman est indiqué aux jeunes à partir de 9 ans, mais ce n’est pas pour cela que le style en souffre. On trouve la patte de Cécile Guillot, avec un texte facile à comprendre et qui ne simplifie pas les mots à outrance , le roman est donc aussi agréable à lire quand on est plus âgé.  Le roman est très parlant visuellement, pas besoin de descriptions à outrance pour s’imaginer dans ce pensionnat pour jeune filles un peu glauque et perdu dans les ronces. Le thème du roman est bien sûr plutôt sombre et plaira aux plus inclinés du coté sombre de la force : un pensionnat perdu en foret, une jeune fille qui parle au corbeau.

Le coté gothique de ce roman est renforcé par les magnifiques illustrations de Mina M qui ont pris un style très Burtonien, a base de personnages maigres aux grands yeux noirs. Autant dire que l’atmosphère m’a tout de suite plu. L’histoire étant jeunesse, elle est bien sur plutôt simple, il y’a une intrigue, et c’est tout. Les personnages bien que rapidement amenés sont tout de même très reconnaissables et leur portrait est brossé avec beaucoup de justesse, les dessins aidant à s’y attacher.

Vous l’aurez compris, c’est un livre que je ne peux que vous conseiller si vous avez dans votre entourage un enfant attiré par les atmosphères sombres. Qu’il souffre de Dyslexie ou non, le roman se lit très bien, et l’univers onirique devrait faire fonctionner leur imagination. Les magnifiques illustrations sauront aussi le captiver. Et surtout, je ne peux qu’encourager les initiatives permettant une lecture plus accessible à tous, quelques soit les difficultés.