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Cookie Monster de Vernor Vinge

Pas d'inquiétude, y'a pas ce genre de cookie sur IID

illman dans Critiques, Livres le 3 février 2020, avec aucun commentaire
Critiques

Cookie Monster de Vernor Vinge est un court roman paru aux éditions Le Belial dans leur collection Une Heure-Lumière. Vernor Vinge, en dehors de faire le bonheur de ceux qui cherche des auteurs en V pour leur challenge ABC, est un auteur de Science-Fiction américain. Il signe ici un roman multiplement récompensé par les prix Hugo, Locus et Ignotus, excusez du peu. Voyons de quoi il en retourne.

Cookie Monster Vernor Vinge

Dixie Mae galère dans la vie. Mais là elle a enfin trouvé un bon boulot chez le géant technologique Lotsa Tech au service client. Enfin c’est ce qu’elle croyait. Un message avec trop de détails personnels sur elle arrive sur le PC d’un de ces collègues. Elle ne peut pas laisser passer ça et décide d’investiguer pendant la pause déjeuner.

Evidemment, vous vous doutez que la science va se mêler au sujet pour donner une dimension qui coïncide étonnamment avec des sujets d’actualité. Et ce qui est impressionnant, c’est que c’est accessible d’un point de vue scientifique.

Un court roman sans temps morts

Le roman fait une centaine de pages et est mené tambour battant. On démarre tranquillement en collectant les indices et on accélère jusqu’à la conclusion. C’est un véritable tour de force de l’auteur qui en si peu de temps arrive à lancer une histoire haletante et à créer des personnages forts et intéressants. C’est assez difficile d’en dire plus sans prendre le risque de spoiler.

Je reviens rapidement sur la collection, parce que je la trouve absolument magnifique, à tel point que je compte l’acquérir en entier. On salue ici le travail d’Aurélien Police en charge des couvertures et de la conception graphique. Un petit bémol pour le prix de quasiment 9€ mais bon y’a un beau marque-page aussi.

Franchement ça se lit d’une traite, je me suis assis pour ne me relever qu’après l’avoir refermé sur sa conclusion. Le format est parfait pour ce genre d’histoires avec un rythme rapide et une bonne conclusion. Au final, je conseille Cookie Monster de Vernor Vinge à ceux qui veulent lire un peu de science-fiction sans se prendre la tête.


Les immortels de Meluha est le premier tome de la trilogie de Shiva, un roman de fantasy, inspiré par la légende indienne du dieu Shiva, écrit par Amish Tripathi. Véritable phénomène dans son pays natal, cette trilogie est publiée en France aux éditions Outre-Fleuve. Synopsis ?

Le royaume paradisiaque de Meluha est menacé. Dans l’espoir de trouver l’élu de la prophétie, celui qui détruira le mal, des émissaires sont envoyés dans de nombreuses tribus. C’est ainsi que les Gunnas rejoignent la protection de Meluha, et notamment leur chef, Shiva. Rapidement, celui-ci se révèle être celui que le royaume attendait.

Oui, ok, je spoile, mais en même temps, il est évident pour quiconque ayant une once de culture indienne que Shiva est le destructeur du mal, c’est d’ailleurs son titre. La Trilogie de Shiva est en réalité une trilogie Young Adult, qui puise son inspiration dans le mythe de Shiva, tout en transposant l’action dans un monde où la magie existe. Bien que l’histoire ici de Shiva diffère des légendes usuelles, que, en grande fane de Bollywood, j’ai fini par connaître, les bases restent les même. Le roman est très ancré dans la culture indienne. De nombreux mots ne sont pas traduits mais uniquement expliqués dans un lexique. Cela conduit à une bonne immersion, mais cela peut aussi perturber certains lecteurs, d’autant que les noms des protagonistes sont parfois à rallonge, ou très semblables. Pour ma part, consommant beaucoup de films indiens, faisant de la danse indienne, les termes ne m’ont pas gênés, et certains font même partie de mon vocabulaire courant.

En soit, l’idée est excellente, et permet en plus de faire découvrir au plus grand nombre les légendes indiennes, par le biais d’un roman dédié aux jeunes adultes. Je ne vais pas faire de courbettes ni de détour, ce roman a un problème majeur qui gâche tout. Il est terriblement mal écrit. Il est rare que je décrète cela, comme ça, de but en blanc. Mais il faut le reconnaître, les dialogues n’ont aucune profondeur, le personnage de Shiva est totalement caricatural, et l’histoire d’amour n’a aucune saveur. Tout est diablement plat. Est-ce lié à la contrainte de s’attaquer à un personnage sacré dans sa propre culture ? Je ne sais pas.

Tout est fait pour rendre Shiva classe, notamment son usage du cannabis. Globalement Shiva a le caractère d’un ado tumultueux de 15 ans, qui aurait toujours les meilleures idées et même de meilleures stratégies que tout un tas de mecs âgés de plusieurs centaines d’années, il réforme en deux semaine des lois qui sont évidemment débiles mais pourtant en place depuis des siècles, danse comme un dieu (oh, wait) et se roule trois bédos tous les soirs. Après quoi il prône l’amour et le vivre ensemble dans sa chambre dont il émane une odeur de Marijuana. Autant dire que la crédibilité est complètement nulle. Impossible de s’attacher à un personnage pareil. Le problème étant que tous les autres personnages ne sont là que pour mettre en valeur Shiva. Dès lors, il ne reste plus grand chose à quoi se raccrocher, pas même à Sati, la femme forte mais blessée qui subit sa pénitence tout en aimant en secret Shiva. Un secret compris du lecteur en à peu près trois lignes et demies bien sûr.

Le livre est particulièrement lent, et le suspens tellement inexistant – puisque Shiva réussit toujours tout – que j’ai mis quasiment un mois pour venir à bout d’un livre qui fait moins de 500 pages, écrit assez gros. Malgré (ou peut être à cause de) un background riche et passionnant, Amish Tripathi arrive a égaler les pires productions de fantasy occidentales à la David Gemmel, où le héros génialement divin est l’élu de la prophétie et réussit tout sans logique aucune. Le roman pourra à la limite parler a des adolescents, pas encore trop difficiles, intéressés par les légendes indiennes, malgré quelques sous-entendus graveleux (mais heureusement discrets). En somme, un livre à oublier.


La Servante écarlate de Margaret Atwood

Serafina dans Critiques, Livres le 9 juin 2019, avec aucun commentaire
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La Servante écarlate est une dystopie écrite dans les années 80 par Margaret Atwood. Auréolé de prix à l’époque, notamment le prestigieux prix Arthur C. Clarke, et une place en finale du prix Nebula. Ce roman est revenu sur le devant de la scène récemment avec l’adaptation par Amazon en série télévisée. Je n’ai pas vu la-dite série, mais les bons échos m’ont donnés envie de tester. Synopsis ?

 

Nous suivons une Servante, nommée Defred le temps du roman, qui entre au service du-dit Fred. Dans cet univers, les Servantes ont la lourde charge de la reproduction. Au service d’une famille, elles font office de mères porteuses au service des Epouses légitimes. Leur seul but est de procréer, et gare à celles qui ne seraient pas à la hauteur, elles risqueraient de devenir des Non-Femmes, envoyées dans les colonies.

Nous sommes donc dans une dystopie, où la religion (ici chrétienne) à pris le dessus. Les femmes sont évidemment les premières victimes et se retrouvent dans des rôles très ritualisés, selon qu’elles soient Epouses, Servante ou encore Econofemmes (femmes du peuple, devant gérer la maison ainsi que la reproduction). Notre héroïne est donc une des Servantes écarlates, assignées à une famille de pouvoir, devant porter l’enfant du maître de maison. Evidemment, dès le premier abord, on comprend que le roman s’intéresse à la condition de la femme, surtout au regard de la religion.

Cependant, taxer le roman de féministe est pour moi complètement erroné. D’ailleurs l’auteure s’en défend. En effet, nous découvrons rapidement que la situation qui règne dans le pays du roman (Giléad) est, entre autre, perpétuée par des femmes, qui ne sont en aucun cas décrites comme victimes du patriarcat. En réalité, à mon sens, la Servante écarlate est plus un roman qui parle de la lutte des classes que du féminisme (même si évidemment, les deux sujets sont liés : c’est l’intersectionnalité). Defred est une femme, blanche, hétéro, fertile, donc malgré tout d’une classe dominante, qui devient privée de ses privilèges, et donc exploitée comme si elle rétrogradait de classe. Bien évidemment, cela s’inscrit dans une dégradation de la qualité de vie liée à la religion, donc la femme est au centre des questions, mais pour autant réduire La Servante écarlate à un ouvrage sur le féminisme, c’est pour moi oublier complètement une partie encore plus importante du roman : la notion de classe et les extrêmes où peuvent aller les classes dominantes pour conserver le pouvoir.

Au niveau du roman en lui-même, je l’ai lu en VO, j’ai trouvé le rythme plutôt bien mené. En effet, les chapitres alternent entre des scènes de jour, où Defred interagit avec le reste du monde et notamment les autres femmes, et les scènes de nuit où elle est seule et nous dévoile notamment son passé. Cette alternance donne un bon rythme au récit. Les scènes de jour sont souvent isolées les unes des autres et sont plus des petites scènettes les unes après les autres, permettant d’avoir une vue sur le monde Gilead. Certaines scènes sont assez difficiles, et le roman m’a plusieurs fois mise mal à l’aise car certains passages sont d’une rare violence (et celle-ci a été à priori encore accentuée dans l’application télévisée).

Sur plusieurs points, ce roman m’a fait penser à d’autres dystopies écrites à la même époque. Ce qui m’a encore choquée est à quel point certains propos peuvent être encore extrêmement d’actualités, alors que cela a plus de 30 ans. Le roman n’a jamais pris une ride et on ne ressent pas du tout l’âge de celui-ci. C’est une lecture que je recommande, pour toutes celles et ceux qui seraient intéressés par la condition des femmes, mais aussi par un regard assez froid sur notre société et les dérives qui pourraient arriver.


Et Dieu se leva du pied gauche est un roman de Oren Miller, sorti aux éditions de l’Homme sans Nom. Il s’agit de la troisième aventure de Evariste Fauconnier, l’enquêteur phare de l’auteure. Cependant, il s’agit d’un roman qui peut être lu de manière totalement indépendante. Synopsis ?

A Venise, une jeune femme se réveille dans sa chambre d’hôtel pour découvrir que ses 6 collègues, avec lesquels elle assistait à un séminaire, sont décédés, dans leurs lits, sans cause apparente. Coupable toute trouvée, elle clame pourtant son innocence et la police n’arrive pas à expliquer ce qui a causé les décès. Les mystère du cas attire l’enquêteur spécialisé Evariste Fauconnier, accompagné de son assistant, Isabeau Le Duc.

J’avais découvert Oren Miller avec sa réinterprétation du Comte de Monte-Christo : Le Roi Sombre. Ce roman avait été un véritable coup de coeur, pour l’histoire bien sûr mais aussi pour la plume drôle et acerbe de l’auteure. C’est ainsi que je me suis retrouvée à lire ce nouveau roman, en espérant y trouver la même fraicheur. Je n’ai lu aucun des deux tomes précédents, et je n’ai pas été perdue dans cette histoire. Si il y avait des clins d’oeils, je ne les ai pas vus.

Comme attendu, on retrouve un style d’écriture frais, souvent sarcastique et qui sait tenir le rythme. Les deux personnages mis en avant, que sont Evariste et Isabeau, sont un duo d’enquêteurs dans la ligne direct d’un Sherlock et Watson. En effet, Evariste est très doué, mais aussi peu à même des codes sociaux. Parfois hautain, souvent cavalier, il fait la paire avec Isabeau qui est lui plus tempéré. Il s’agit donc de ce duo qui porte majoritairement l’histoire, et c’est un grand atout.

Cependant, heureusement, le livre ne se limite pas à deux enquêteurs savoureux. Très rapidement, l’enquête nous emmène en Suisse et plus précisément dans une institution médicale, dans l’après-guerre. Autant dire qu’il s’agit d’un sujet qui m’interesse particulièrement. La galerie de personnages secondaire est plutôt haute en couleur et le suspens s’installe rapidement. Le livre mêle divers sujets, entre la religion, les expérience médicales, et enfin, les conséquences de la guerre.

Les points de vues s’alternent, ce qui permet de garder en haleine tout au long de la lecture. Les chapitres sont relativement courts, et les pages se tournent vite. De plus l’écriture fluide fait que le roman se lit très aisément. L’enquête est rondement menée, même si il y’a un certain nombre de retournements qui peuvent sembler sortir, un peu de nulle part.  Cela reste cependant non gênant, puisque c’est tout de même relativement fluide et cohérent. Dans l’ensemble, c’est un véritable plaisir de lecture, que je ne peux que vous conseiller. Si vous appréciez les duos d’enquêteurs efficaces, l’ambiance d’après-guerre, les instituts médicaux sous le temps rude de la suisse, le tout enrobé dans une plume fraiche et acerbe, Et Dieu se leva du pied gauche est clairement un livre à lire. C’est aussi une bonne manière de découvrir cette auteure, et quelque chose me dit que vous ne vous arrêterez pas de sitôt.

 


Lire les romans policiers de Arnaldur Indridason fait partie de mes petits plaisirs, qui me replongent en Islande, dans ce pays que j’aime beaucoup. Cependant, peut être devrais-je parler au passé car malheureusement, cela fait un moment que je ne trouve plus mon compte dans ses romans. Que penser du dernier né « Ce que savait la nuit » ? On en parle après le synopsis.

Konrad est un flic à la retraite. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’ennuie. Alors quand un corps est découvert dans un glacier et réouvre un dossier criminel de plus de trente ans, le policier ne peut s’empêcher de s’en mêler.

Dans ce roman policier, on retrouve à nouveau le personnage de Konrad, le héros de la trilogie des ombres de l’auteur. Ce policier à la retraite est moins torturé que son héros précédent, Erlendur, et par là même aussi, plus fade. En effet, à la fin du roman, difficile de réellement cerner Konrad, et c’était d’ailleurs déjà le cas pour les précédents romans le mettant en scène. Et ce n’est pas l’histoire familiale dramatique à base de veuvage soudain qui rajoute du caractère au personnage.

Il faut dire que malheureusement, l’écriture d’Indridason n’est pas des plus émouvante. Le roman est très très court (350 pages environ, écrit gros), et les phrases sont simples, courtes et directes. Autant dire que des phrases du type « il est rentré, elle était morte » donnent une profondeur dramatique proche du néant absolu. De ce fait, l’histoire personnelle de Konrad m’a plus fait rire qu’autre chose, dans le sens ou elle est si peu intense, et semble obéir à une checklist. Policier solitaire ? Check. Deuil difficile ? Check. Vilaine maladie pas belle ? Check.

Soit. On lit avant tout un policier pour l’intrigue. Alors que vaut-elle ? Tout comme les précédents, difficile de cataloguer les romans d’Indridason comme des whodunit : impossible pour le lecteur de mener sa propre enquête, puisque les éléments sont révélés au fur et à mesure de l’enquête. On est donc baladé jusqu’au bout et on n’a même pas le plaisir de se dire « oui c’est sans doute machin, car il à fait truc ». On lit, et on se laisse porter. Autant dire que oui, c’est une lecture détente, plutôt pas mal dans l’absolu, qui se laisse lire sans être horripilante. Cependant, à aucun moment je n’ai ressenti d’envie de tourner rapidement les pages, le rythme reste lent et plutôt contemplatif.

Alors que reste-t-il ? Il reste l’Islande. L’héroïne des romans d’Indridason et la raison pour laquelle je les lis. On retrouve ce pays marqué par la grande crise, son climat difficile, ses histoires de famille et sa transformation sociétale d’une grande intensité. Lire Arnaldur Indridason permet de voyager dans les glaciers, dans ce pays froid mais pourtant chaleureux. Il parle de son pays avec beaucoup d’amour, et cela permet aussi de comprendre les évolutions qu’à vécu l’Islande. Mais c’est bien mince pour justifier les 350 pages laborieuses à base de personnage défini à la truelle et d’intrigue usant et abusant du Deus Ex Machina. Une lecture donc insipide, qui ne me laissera pas de souvenirs et que je déconseille.


L’Outsider de Stephen King

Serafina dans Critiques, Livres le 23 mars 2019, avec aucun commentaire
Critiques

L’Outsider est un roman de Stephen King paru à la fin 2018 en anglais et début 2019 en français aux éditions Albin Michel, traduit par Jean Esch, J’ai cependant lu ce livre en anglais, je ne me prononcerais donc pas sur la qualité de la traduction. Synopsis ?

stephen king outsider

Dans la petite ville de Flint City, la police est sur les nerfs. Un petit garçon a été tué et mutilé. Tout semble incriminer une personne que toute la ville apprécie : le coach sportif Terry Maitland. Mais alors que la police l’inculpe, des preuves semblent émerger prouvant que le coach Terry était en réalité à plusieurs centaines de kilomètres du lieu du crime. Comment a-t-il pu se trouver a deux endroits en même temps ?

stephen king outsiderL’Outsider est donc un roman de Stephen King, que l’on ne présente plus. Il s’agit d’un roman policier qui vire peu à peu dans l’horreur mais bien sûr cette chronique ne contient aucun spoiler. Située dans l’Oklahoma, dans une ville totalement fictive de Flint City, cette histoire comporte un certain nombre d’éléments chers à Stephen King. Nous trouvons donc une petite ville de l’Amérique profonde, où tout le monde se connait. Les personnages sont monsieur et madame tout-le-monde.

Avec sa série Bill Hodges, Stephen King s’est frotté au policier et cela ce sent. En effet, ce roman tient en haleine comme un policier et d’ailleurs, la majeure partie du bouquin n’est qu’une enquête, étant donné que l’élément fantastique arrive très très tard. D’ailleurs, je dois dire que la partie fantastique n’est pas celle que je préfère dans le livre, je trouve la partie policière presque plus réussie. La base de l’élément fantastique m’a semblé un peu sortie du chapeau, ce qui est toujours un peu dommage, mais souvent courante chez King.

Les personnages sont évidemment très bien construits mais cela n’étonnera personne. Ils prennent vie en peu de mots, et il est très facile de s’attacher à eux. Sans être forcément très originaux, on a un bon panel, allant du sceptique, au cartésien, en passant par la personne inadaptée.Bref, un casting efficace et qui sert l’intrigue, sans pour autant être inoubliable, à l’exception d’un personnage déjà issu d’une autre série de King.

Le roman est découpé en plusieurs périodes de temps, avec des alternances de point de vue, qui, comme toujours chez cet auteur, donnent un bon rythme au roman. On trouve dans cette histoire des personnages issus d’autres histoires, mais cela n’est pas dérangeant, et il est tout à fait possible de lire L’Outsider lorsque l’on n’a jamais lu de Stephen King. Le fantastique étant assez light, je dirais même qu’il s’agit même d’une bonne manière de s’initier à l’horreur.

Un bon rythme, de bons personnages, une intrigue palpitante, le nouveau Stephen King a tout pour plaire, même aux plus réticents. Avec une construction intelligente et un découpage qui donne envie de continuer sa lecture, les 600 pages et quelques se lisent en un rien de temps. A lire donc !

A noter : une adaptation cinématographique semble être en bonne voie puisque HBO à acheté les droits pour en faire une mini-série.


Je vous l’avais dit, j’avais été plutôt séduite par le premier tome de la Tétralogie des Origines. Sans être non plus un coup de coeur absolu, ce premier tome mélangeait habilement nazisme, aliens et ambiance Lovecraftienne. Du coup, j’ai rapidement entamé le tome 2 au nombre de pages bien plus conséquent. Alors essai confirmé ou non ? (Cette chronique est garantie sans spoilers).

Nous retrouvons dans ce deuxième tome ce qui faisait le premier. C’est à dire dans un premier temps une trame narrative qui use et abuse des flash backs, flash forwards, nous demandant de bien regarder en haut du chapitre dans quel endroit et quelle époque nous nous trouvons. Après avoir été gênée par ce procédé dans le premier tome, j’y étais préparée, et faisais presque une pause avant chaque nouveau point de vue pour analyser ou et quand j’étais. Les entremelements de l’histoire sont la marque de fabrique de cette série, et il faut les enquiller. J’ai été moins gênée, mais du coup ma lecture s’en est trouvée ralentie (et sur un aussi gros tome, cela se voit).

Les flash backs sont encore plus exploités ici et de manière interessante. En effet, a un moment du récit, pour mettre en emphase l’action, on a carrément des alternances sur la même page de flash back se déroulant genre une heure avant ! C’est assez inédit dans un roman de SFFF et j’ai trouvé le procédé intelligent. Cela complique la lecture, mais cette alternance rapide permet de retranscrire l’action et le suspens d’une manière inédite. De même, nous alternons entre récit, extraits de reports, extraits de journaux. Les sources formant le récit sont nombreuses et se mélangent de manière harmonieuse.

L’action s’est déportée. Nous ne sommes plus au milieu des terres irakiennes ni en Afrique du Nord d’ailleurs, la majorité du roman se passe en Angleterre. L’ambiance du récit est donc changée. Exit le coté archéologue à la Indy et bonjour les agents doubles du Royaume Uni, les côtes ventées et les landes. Les héros changent et autant j’avais pu m’attacher à Saxhauser autant j’ai eu beaucoup plus de mal avec le trio qui occupe la majeure partie du récit. Les deux allemands m’ont semblés indisociables tandis que Maud l’anglaise était un cliché ambulant.

L’ambiance quand à elle change. Si le tome 1 était assez contemplatif, un roman de SFFF saupoudré de guerre, ici c’est l’inverse, c’est un roman de guerre saupoudré d’imaginaire. Le ressenti et le rythme est donc totalement différent. N’étant que le tome 2 de la sage, ce roman est je suppose une sorte d’articulation entre la présentation du contexte qu’était le tome 1 et l’histoire en elle même. D’un point de vue temporalité, le tome 2 s’étale sur deux mois environ et se termine donc en octobre 1939. Autant dire que nous n’avons pas beaucoup avancé dans l’Histoire.

Au final, j’ai beaucoup aimé ce roman, car j’aime les récits de guerre, et le coté historique est extrêmement bien travaillé. Je n’ai pas retrouvé l’ambiance Lovecraftienne du premier tome, mais j’y ai gagné une ambiance espionnage que j’apprécie. Cela reste un roman demandant une certaine implication, puisqu’il faut constamment être alerte et savoir ou et quand on se situe. Ce n’est pas un coup de coeur absolu, mais bien une bonne lecture, interessante, complexe et rythmée. Je ne saurais que vous la conseiller si vous aimez, globalement, les uchronies se passant pendant la seconde guerre mondiale.

 


Tokyo Vice de Jake Adelstein

Serafina dans Critiques, Livres le 8 avril 2018, avec aucun commentaire
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Tokyo Vice est un roman que j’avais acheté car il traite d’un sujet qui m’interesse fort : le Japon, et plus précisément la mafia Japonaise. Sachant qu’en plus il bénéficiait d’excellentes critiques, je l’avais acheté, mis dans ma pal, et finalement un an plus tard, je l’ai lu. Synopsis ?

Jake Adelstein est américain. Etudiant au Japon, il réussi a décrocher un poste au Yomiuri un des journaux nationaux au japon, et un poste de journaliste écrivant en Japonais. Chose inédite à l’époque. Après avoir couvert les sports et autres rubriques peu prestigieuses, le voici aux affaires de moeurs et il est loin de s’attendre à ce qu’il va découvrir sur le crime organisé au Japon.

Paru en francais aux éditions Marchialy en 2016, ce roman est inspiré de faits réels. En effet Jake Adelstein a réellement bossé au japon, comme journaliste, il a  fini par s’interesser de si prêt à la mafia que sa tete a fini mise à prix, mais il a bien sur modifié les histoires et les protagonistes dans un soucis de protection des sources. A quel point est-ce la vérité, à quel point est-ce de la fiction, la frontière est très mince et chacun se fera son avis.

C’est un roman extrémement interessant puisque s’interessant a un coté peu mis en avant du Japon. En effet, les Yakusas sont toujours puissants au Japon, et sous le couvert de la société bien proprette que nous présente le pays du soleil levant, les quartiers chauds sont comme partout le terrain de jeu de malfrats. Exploitation humaine, traite des blanches, commerce de drogue, blanchiment d’argent, le Japon n’est pas plus à l’abri qu’un autre pays.

Milieu très fermé et encore plus aux étrangers, il est rare de pouvoir avoir le témoignage de quelqu’un ayant cotoyé de prêt le sordide commerce de la mafia. C’est le cas d’Adelstein et cela se ressent a chaque page. Cette semi-autobiographie est donc très convaincante. La société japonaise, le travail au japon, le fonctionnement des journaux, tout est très interessant. Je ne dirais cependant pas que j’ai été surprise par ce qu’il se passe derrière les clubs de Roppongi ou de Kabuki-cho. Dejà car il suffit d’y passer la nuit et de voir les rabatteurs pour savoir additionner 2 et 2 mais aussi car j’ai déjà lu et vu Ikebukuro West Gate Park.

Et c’est peut être là que le bat blesse. Car le roman est marketé comme « Le japon tel que vous ne l’avez jamais vu » mais au final, tout ce qui est décrit à l’exception d’une certaine affaire est très banal. Glauque, sordide, déplorable mais banal. De plus, le roman s’étale tout de même sur une vingtaine d’années, pendant lesquels Jake a couvert de nombreux cas, donc ceux ci sont assez rapidement expédiés, il n’y a pas une seule enquête qui nous tienne en haleine pendant tout le roman. Les personnages foncément passent, changent, et au final, difficile d’accrocher. Des répétitions, une partie centrale qui s’étire en longueur, j’ai a plusieurs reprises décroché du livre qui n’a pas réussi à me tenir en haleine.

A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, ce roman n’est ni assez sourcé pour etre l’un ni assez captivant pour être l’autre. Il a le mérite de proposer un autre regard interessant mais non inédit. De ce fait, je n’ai pas été conquise plus qu’autre chose. Je suis assez mitigée, mais je pense qu’il peut être interessant à lire.

 


Swastika Night de Katharine Burdekin

Serafina dans Critiques, Livres le 12 mars 2018, avec 1 commentaire
Critiques

Swastika Night est un roman écrit en 1937 par Katharine Burdekin, écrivaine anglaise sous le pseudonyme de Murray Constantine. Ce court roman est un roman d’anticipation connu pour son analyse très critique de la situation de l’Europe de l’époque et pour son ton résolument féministe. Il est réédité depuis peu aux éditions Pocket. Synopsis ?

Cela fait 700 ans que l’Allemagne Nazie reigne sur le monde, ou du moins sur une bonne partie de celui-ci. Le peuple allemand voue un culte à Adolf Hitler et le Nazisme est devenu une religion. Les autres peuples d’Europe sont méprisés et exploités, et quant aux femmes, elles ne sont plus qu’un bétail reproducteur. L’histoire a été totalement réécrite, et les événements d’avant la seconde guerre ont été passés sous silence. Du moins c’est ce que l’ont croit. Car Alfred , un Anglais, race méprisée, va découvrir auprès du Chevalier von Hess que le passé est bien différent de celui décrit dans la Bible d’Hitler.

Au vu du synopsis, vous pourriez penser qu’il s’agit d’une Uchronie (un sous genre de la science fiction consistant a changer un élément du passé et d’en décrire les conséquences). Cependant, il n’en est rien. Regardez la date de parution. Il s’agit uniquement d’un roman d’Anticipation, et je pense qu’il est important de garder cela en tête en lisant cette oeuvre. Déjà car forcément, de nombreux éléments de la seconde guerre mondiale ne sont pas mentionnés ce qui est normal, puisqu’ils n’étaient pas arrivés. Cela explique aussi le coté pamphlet et engagé. En 1936, il n’était pas encore communément admis que le Nazisme était mal.

Nous sommes donc devant un roman interessant historiquement, mais qui est surtout là pour passer un message. Les personnages sont réduits à leurs simples caractéristiques : le simplet, l’érudit et celui qui est en marge avec un regard neuf. Difficile de s’attacher à eux donc, puisqu’ils ne sont pas là pour cela. L’auteure attire tout particulièrement le regard sur le fait que les femmes sont les premières à perdre des droits en temps de guerre et qu’elles sont souvent les victimes toutes désignées.

Tout comme un Voltaire écrivant Candide, le gros de l’histoire est composé de dialogues et d’échanges rhétoriques entre Alfred un anglais et un chevalier Allemand. Ces échanges sont là pour mettre en avant les dangers du nazisme et du culte de la personnalité. Ce dialogue entre Alfred et le Chevalier est d’un niveau soutenu et est parfois difficile à suivre, voir carrément barbant, d’autant que moi, en 2018 je n’ai plus besoin d’être convaincue du mal qu’est le nazisme. De ce fait, je dois avouer que j’ai régulièrement décroché et que j’ai du me forcer à terminer le livre. Bien que assez court, puisqu’il fait moins de 300 pages, j’ai mis assez longtemps à le terminer.

Au final, je suis contente d’avoir lu ce livre pour avoir pu avoir une vision de ce qui pouvait être pensé avant la seconde guerre mondiale, et de l’importance qu’ont les artistes pour alerter la population. Le roman est bien construit, dans la tradition des contes philosophiques. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants et le rythme devient rapidement lourd. Vous l’aurez compris, difficile de vous conseiller ce roman, même si il est instructif d’un point de vue historique.


Route 666 de Roger Zelazny

Serafina dans Critiques, Livres le 20 février 2018, avec aucun commentaire
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Route 666 est un court roman de Roger Zelazny dont vous connaissez probablement le nom pour sa saga des princes d’Ambre. Aussi appelé Les Culbuteurs de l’Enfer lors des premières traductions FR dans les années 70 (et Damnation Alley en VO), ce roman est une des inspirations derrière Mad Max, récemment réédité aux éditions Helios avec une traduction de Thomas Bauduret et une magnifique illustration de Darkeen. Synopsis ?

Hell Tanner est un criminel, un Hell’s Angel sans foi ni loi dans une Amérique dévastée par la guerre atomique, où les compteurs Geiger s’affolent. La personne idéale donc pour accepter un deal consistant à traverser les Etats Unis le long de la route (6)66 à la tête d’un convoi blindé pour apporter à Boston un remède qui sauvera la ville.

Ce roman d’une centaine de page est un roman qu’il est difficile de lâcher ne serait-ce que par sa construction. Pas de chapitres, pas de saut de ligne, tout est condensé, donnant en quelque sorte un sentiment d’urgence à cette fuite en avant le long de la route 666. Si vous avez déjà lu Zelazny, vous connaissez sa plume. Simple mais jamais simpliste, allant à l’essentiel, épurée mais pourtant capable de nous transporter dans n’importe quel univers en quelques phrases. Et c’est le cas ici. La Californie où commence l’action est dévastée, les alentours ne sont que tempêtes, animaux mutés et autres chauves souris mortelles de la taille d’un petit avion. Du désert, des gros véhicules blindés et anti-radiations, de la poussière, des compteurs Geiger et un héros bourrin qui ne prend pas de pinces mais qui a un certain code de conduite. Evidemment, depuis on a vu Mad Max, et d’autres road trips post apocalyptiques, alors notre cerveau est prêt et nous emmène directement sur cette route 666 poussiéreuse. En quelques mots, nous sommes dedans, nous roulons à tombeau ouvert.

Tenant plus de la novella que du long roman, les personnages secondaires vont et viennent, sans forcément d’autre intérêt que servir l’histoire et sans trop de développement. Nous suivons surtout Hell, et la vraie héroïne : la route. Road-book par essence, le héros ici c’est le chemin, c’est cette route qui fera évoluer Hell, qui mettra parfois à mal ses principes mais qui lui permettra aussi de se révéler, car de prime abord il est peu attachant et puis on finit par apprécier ce protagoniste et son sens de l’honneur. Après une longue route, sur la fin, le roman se transforme peu à peu en essai, parfois à la limite de l’essai philosophique, un poil trippé, et ce petit passage avant la conclusion de l’histoire, sorte d’intermède et de morale m’a un peu vu décrocher.

C’est un roman court mais que j’ai beaucoup apprécié et que je ne peux que vous recommander si vous aimez les univers post-apocalyptiques, les courses en avant et le style très particulier de Roger Zelazny. Longtemps introuvable, le roman est désormais disponible dans toutes les librairies, c’est l’occasion de le découvrir et de voir que Zelazny a été un auteur prolifique bien au delà de son cycle d’Ambre et une pierre angulaire des littératures de l’imaginaire d’aujourd’hui.