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La Loi des Mages est un roman de Fantasy qui nous vient d’une contrée assez peu représentée par chez nous, la Russie. Publié en deux tomes par les éditions Mnémos, il est écrit sous le pseudonyme énigmatique de Henry Lion Oldie par quatre mains, celles des deux auteurs ukrainiens Oleg Ladyjenski et Dmitri Gromov. La littérature russe ne fait pas partie de celles que je connais le plus, et en dehors du récent Metro 2033, je n’en connais quasiment aucun. Mais voilà, c’est quelque chose que j’avais envie de découvrir, et la superbe illustration de Christophe Dubois qui sert de couverture au roman a fini par me convaincre de me lancer dans ce dépaysement des plus total. Synopsis.

La Loi des Mages, Tome 1, de Henry Lion Oldie

Drouts et Rachka, respectivement Valet de Pique et Dame de Carreau, ont subi le bagne avant d’être déportés dans une lointaine contrée de Russie, perdue, où le climat est aride, la vie dure et les villageois peu nombreux. S’ils ont été condamnés à ce traitement, c’est parce que tout deux étaient des mages légaux et qu’ils se sont fait prendre pour exercice de magie. Car s’ils ont bien respecté la Loi, personne ne peut s’y soustraire, c’est celle des mages, et non celle d’une Russie qui interdit l’utilisation de la magie. Et les Barbares, unité de rafle, veillent à ce que cette interdiction soit bien respectée.

La critique de La Loi des Mages va être ardue, car il y a d’excellents points et d’autres qui viennent réellement ternir le tableau. Comme si il n’était pas possible pour le duo Henry Lion Oldie d’écrire un roman qui soit dans la norme, de se compromette pour le seul confort du lecteur. Quelque soit le terrain, nous sommes dans l’exubérance, dans le choix pleinement assumé et exécuté. C’est parfois une excellente qualité, et d’autres fois, un terrible défaut qui pourra laisser certains lecteurs sur le carreau. Mais il est difficile de reprocher aux deux auteurs d’avoir voulu aller au bout de leur idée, d’autant que certains défauts sont avant tout dus à notre grande différence de culture.

Autant le dire tout de suite, La Loi des Mages est un roman difficile. Difficile à lire, difficile à suivre, difficile à comprendre. Comme le synopsis le laisse entendre, nous allons suivre deux points de vue différents, celui de Princesse et celui du Valet. Ce sont des mages qui suivent une Loi toute particulière, Drouts est un rom, et tout deux ont une certaine mentalité, une certaine attitude qui se ressent directement dans la narration, faite à la première personne. Les deux personnages ne racontent pas leur histoire de la même façon, nous sommes en quelque sorte dans leur tête, et la manière d’amener les informations et de les présentations varie énormément en fonction du personnage. Du coup, il manque aussi parfois du contexte à ce qu’ils nous racontent, à ce qu’ils voient. Aucune introduction n’est faite lorsqu’ils se mettent à halluciner ou à se remémorer des souvenirs, ce qui rend la compréhension d’autant plus complexe.

Les choses se corsent encore un peu plus avec la culture russe. Le roman nous vient directement de cette littérature éloignée, et il est aussi très imprégné dans sa zone géographique. Les us et coutumes de là bas y sont très fortes, la façon de penser aussi, et bien entendu, la façon de s’exprimer. Les noms, les surnoms que l’on donne aux choses là bas, ou dans les camps de roms y sont fortement utilisés et le traducteur, pour nous aiguiller, s’est vu obligé d’ajouter un nombre conséquents de notes, près de 100, que l’on ne comprend pas toujours… Retenir les mots à chaque fois et comprendre lorsqu’ils sont réutilisés est tout simplement inhumain ! La traduction est vraiment bonne, et on sent que Viktoriya et Patrice Lajoye avaient à cœur de la réussir. Mais voilà, du coup, le texte est sur certains passages assez lourds à lire.

Maintenant, il est aisé de comprendre que ce sont là des choix assumés. Et ces choix donnent vraiment vie à notre monde, à nos personnages. Nous sommes catapultés dans cette Russie du XIXème, je suppose assez réaliste, laquelle connaît des mages qui ont des pouvoirs. Leur statut au sein de la société est difficile à cerner, notamment parce qu’ils sont appelés les mages légaux, mais finissent généralement envoyés dans des camps de travail, voire déportés dans une région pour être réinsérés, comme l’ont été nos deux héros. La rafle, dirigée par un charismatique Monsieur le Lieutenant-Colonel les traque, ombre du roman, apporte parfois un troisième point de vue et s’étend peu à peu sur l’histoire.

Les personnalités de nos principaux protagonistes sont vraiment très développées. Comme les personnages narrent à la première personne et y laissent passer une part d’eux, ils prennent vraiment vie. Princesse est sans doute la plus charismatique de la bande, car elle reste une ombre insaisissable, un personnage aux réactions difficiles à prévoir et qui ne laisse jamais vraiment le brouillard qui l’entoure se dissiper. A l’inverse notre valet, Drouts, est plus facile à appréhender, à cerner, et du coup, devient vite le pilier du roman pour le lecteur. Il a son franc parler, sa carrure. On sent que la vie a été dure avec cet homme condamné pour vol de cheval, et qui n’avait sans doute pas eu le choix.

La Loi des Mages nous fait donc suivre la vie deux repris de justice, déportés au su et vu de tout un village qui va devoir les accueillir. Mais leurs anciens délits ne sont pas réellement mis en avant, et on ne sait pas vraiment si ils étaient coupables. Il faut dire qu’il est vraiment difficile de ne pas s’attacher aux personnages, tant on comprend vite qu’ils ont animés d’une étique de vie, d’une ferveur pour la justice, et qu’ils ont sans doute eu à agir contre leur volonté. Ce roman est un peu le récit d’une minorité, qui pour survivre est obligée de s’avilir contre son gré. Ce sentiment est vraiment très bien retranscrit, est nous laisse dans une situation assez oppressante d’ailleurs.

La Loi des Mages, Tome 1, de Henry Lion OldieLes péripéties qui vont s’ensuivre, à chaque fois pour pouvoir survivre vont nous emmener dans une machination un peu plus grande, et nous permettre de découvrir un peu plus les contrées éloignées. Malheureusement, c’est vite rattrapé par la difficulté de compréhension et les descriptions très sporadiques que l’on peut retrouver au gré des narrations. Espérons que tout s’éclaire dans le second tome.

J’ai mis longtemps pour lire ce premier tome de La Loi des Mages, il est difficile, et il faudra au lecteur beaucoup d’attention pour le faire. Souvent, il faut accepter de ne pas tout comprendre, de remettre la compréhension à plus tard et du coup, je le conseillerai plus aux amateurs du genre, à ceux qui cherchent quelque chose qui sorte de l’ordinaire, qui ait une certaine personnalité. Car à ce niveau là, l’écrit de Henry Lion Oldie est une réussite complète, un roman différent, proposant un dépaysement des plus complets et qui va vous plonger dans une monde injuste, hostile, et difficile. Celui de Drouts et Rachka.


Dame de lune, Fée des brumes, est une anthologie parue aux éditions du Chat Noir et qui regroupe pas mal d’auteurs déjà connus pour faire partie du collectif des Enfants de Walpurgis: Ambre Dubois, Aline Finley, Angélique Ferreira, Céline Guillaume, Malaïka Macumi, Stéphane Soutoul, Vanessa Terral et Lia Vilorë. Un très bon augure donc, pour cette anthologie, dont la couverture ne m’attirait pas du tout du tout. Chacune des nouvelles de ce recueil est illustré par Cécile Guillot, qui a aussi dirigé l’anthologie.

Dames de Lune, Fées des brumes de Cécile Guillot aux éditions du Chat Noir

On trouve donc 8 nouvelles qui tournent autour des femmes, souvent fatales, qui touchent toutes de près ou de loin à la magie. Parfois blanche, parfois noire. Pour moi qui aime la sorcellerie, cela ne pouvait mieux tomber ! On passe donc aux nouvelles.

L’étrange histoire du luthier amoureux de Stéphane Soutoul

Dans cette histoire, Stéphane Soutoul nous emmène du coté de Kalistran, ville imaginaire et paisible où la musique est quasiment sacrée. Il raconte une histoire d’amour très belle mais aussi très triste. L’auteur change un peu ses habitudes au niveau des lieux, fini les froids châteaux et les forêts, passons à de belles villes chaudes. On retrouve toute sa poésie, sa manière d’écrire est certes un peu plus direct, mais il sait toujours aussi bien amener des ambiances mélancoliques et sombres. Inutile de vous dire que j’ai été charmée.

Ravln de Vanessa Terral

Ce que j’apprécie chez Vanessa Terral, c’est sa culture énorme et sa capacité à lier sorcellerie et mythologie. Que ça soit du vaudou (dans l’anthologie Sorcières et Sortilèges) ou de la sorcellerie spatiale (dans Ghost Stories). Parfois on accroche, parfois pas, mais c’est toujours impressionnant. Ici, on mêle mythologie nordique et Bit-lit, un mélange très bien dosé, avec une héroïne attachante chargée de garder un espèce de mausolée. J’ai trouvé que l’action avait quelques longueurs cependant.

La légende du Dragon d’Ambre de Céline Guillaume

Céline Guillaume nous emmène au Moyen-Âge, au 12ème siècle dans une région terrorisée par un dragon. L’écriture très poétique et très belle de Céline Guillaume est toujours la même. Pour une fois, l’histoire est assez développée et je l’ai plutôt appréciée. Je regrette cependant son court nombre de pages…

Mademoiselle Hida de Malaïka Macumi

Malaïa Macumi m’avait séduite avec son recueil Les Anges de l’Ombre aux éditions du Petit Caveau. Là, elle s’intéresse à la sorcière et avec rien de moins qu’un style absolument sublime digne des romans gothiques du XIXème. Pour moi qui adore, forcément, c’est un pur bonheur. A vrai dire, c’est surtout pour moi une nouvelle contemplative, on la lit surtout pour l’ambiance. Et  l’atmosphère mise en place est captivante, sombre, malsaine, onirique, bref c’est une nouvelle que j’ai adoré. Voilà qui la confirme comme auteur à suivre !

La maison de la sorcière de Aline Finley

Dans cette nouvelle, Aline Finley, que je ne connaissais pas, mêlé passé et présent avec une héroïne moderne, qui découvre une vie antérieure où elle fut accusée de sorcellerie. On est donc dans une nouvelle assez traditionnelle, mais efficace. Typiquement le genre de nouvelles que j’aime, bien menée et les alternances entre passé et présent sont bien menés.

Vanité ou destinée ? d’Ambre Dubois

On continue avec les héroïnes modernes avec cette jolie nouvelle d’Ambre Dubois. Avec son héroïne adolescente tête à claque, elle nous emmène dans un monde féerique mais pas si gentil. J’ai particulièrement aimé les références aux légendes (notamment anglo-saxonnes, avec les unseelies, etc). Cristina, l’héroïne est bien gérée et réaliste. Le fait qu’il y ait une certaine morale renforce le coté féerique d’ailleurs.

La toile de Liadan de Lia Vilore

Retour au Moyen-Âge avec l’histoire d’un chevalier tombé amoureux d’une fée bien solitaire. Cette histoire s’inscrit dans la droite lignée de l’amour courtois de l’époque, avec des épreuves, de la chevalerie, et une belle insaisissable. C’est un mélange qui est non seulement bien mené mais très efficace. L’ambiance est aussi très bonne, les passages avec la fée frôlent l’onirisme alors que les quêtes sont bien plus terre à terre. Si le récit peut sembler un peu classique, personnellement, j’ai adoré.

Dame Astrea de Angélique Ferreira

C’est sans doute la plus longue histoire de l’anthologie, avec près de 50 page. L’histoire d’une fée, prête à tout pour sauver son prince. J’avoue que c’est aussi la nouvelle avec laquelle j’ai eu le plus de mal. La cour des fées est conforme aux clichés (on chevauche des insecte, il y a de jolis palais, une famille royale, etc), ce qui déjà ne m’a pas vraiment conquise. J’ai trouvé qu’il y avait à la fois trop d’informations et de péripéties pas toujours utiles pour une nouvelle, et à la fois pas assez pour en faire un roman. Bref, une histoire à la limite entre les deux et qui du coup ne m’a pas convaincue. Il y a un peu trop de péripéties pour des personnages pas assez nuancés à mon goût, on sait finalement assez peu de la personnalité des deux protagonistes. Du coup, j’ai peiné à la lire, et c’est dommage, car c’est elle qui achève le recueil.

Dames de Lune, Fées des brumes de Cécile Guillot aux éditions du Chat NoirLe recueil des éditions du Chat Noir est aussi accompagné par des illustrations internes, elles aussi réalisées par Cécile Guillot. Je les ai apprécié pour la plupart bien que j’aurais préféré que l’une d’entre elles soit choisie pour couverture.

Dans l’ensemble Dame de lune, Fée des brumes est une anthologie on ne peut plus variée : de la faërie anglo-saxonne à des mondes plus modernes en passant par de la mythologie nordique, il y en a pour tous les goûts, et chacun pourra y trouver son bonheur. Il confirme aussi certains auteurs comme à suivre de près : Malaïka Macumi, Ambre Dubois ou Stéphane Soutoul.


La Route de Cormac McCarthy

C'est l'histoire de deux mecs qui marchent

illman dans Critiques, Livres le 11 mai 2012, avec 4 commentaires
Critiques

La Route de Cormac McCarthy est un roman paru à l’origine en 2006, qui a raflé le Pulitzer en 2007, et qui a été adapté au cinéma en 2009 avec Viggo Mortensen dans le rôle principal. L’édition que j’ai lu est celle de Points, avec une traduction de François Hirsch et comme couverture l’affiche du film. J’étais curieux de lire ce livre qui s’était hissé dans des tops littéraires de Fantasy-SF et qui avait eu l’honneur du grand écran, je reste toutefois sur un avis assez mitigé après lecture. Synopsis.

La Route de Cormac McCarthy

Dans un monde post-apocalyptique fait de cendres et de froid, typique d’un hiver nucléaire, un père et son fils marchent le long de la route vers la côte pour trouver un environnement moins hostile. Ils devront éviter les embûches qui les attendent le long de la route pour parvenir à leur fin.

Premier constat, il ne faut pas lire La Route si l’on veut vivre une grande histoire ou une épopée, l’histoire est plutôt lente et calme. Mais l’intérêt de notre roman n’est pas là, ici, on mise sur l’ambiance et sur les personnages, très peu nombreux, pour instiller une atmosphère et nous transporter dans un nouvel enfer.

Les personnages sont donc au nombre de deux, le père et le fils, simplement anonymes. Ils croiseront pendant quelques pages d’autres pauvres hères le long de la route, des rencontres souvent riches en émotions, la peur en général. La candeur et la naïveté dont fait preuve l’enfant à leur égard torture l’esprit du père, car le long de la route, il éduque son fils. Il lui répète sans cesse qu’ils sont les gentils et que les autres sont les méchants. C’est complètement manichéen, mais cela représente parfaitement le monde qu’ils traversent. Ces rencontres fugaces ne seront d’ailleurs pas les seuls antagonistes du roman, l’environnement sera aussi contre eux. Le froid, la maladie et la faim seront des ennemis tout aussi cruels et ajoutent à l’ambiance de fin du monde déjà pesante.

The Road de Cormac McCarthy

Au rayon des apocalypses inexpliquées mais dévastatrices, on trouvera celle de La Route, vu que l’on ne sait rien, on ne peut s’empêcher de spéculer. Forcément un monde avec des cendres à perte de vue, dépeuplé et où l’on ne sent pas la mort à 100mètre, juste le vide et le silence de la neige cendreuse, c’est intriguant. J’ai rarement lu un bouquin avec une ambiance aussi lourde, à retenir son souffle avec les personnages, et avoir envie de baffer le gamin pour qu’il la ferme dans les moments critiques.

Coté narration et mise en page, c’est assez inhabituel. On a affaire à des paragraphes assez courts, qui dépassent rarement la page, instaurant une sorte de malaise, comme un souffle court au récit. Autre élément très important dans un récit, les dialogues, ils sont ici particuliers et contribuent très fortement à l’ambiance du livre. Ils sont en effet réduits à leur plus simple expression, dépouillés de ponctuation comme les tirets ou encore les guillemets. Cela donne une sorte d’impression d’être un troisième protagonistes qui observe la scène, plutôt glauque. On se détache peu à peu de la barbarie qui émaille ce livre, le plus souvent suggéré, certains passages pourront peut être choquer les plus sensibles. Le tout pour une simple raison: l’auteur restera constamment dans le factuel pour décrire ses situations, aussi cruelles et moralement discutables qu’elles soient. Et après tout, il n’a pas spécialement besoin d’en faire plus.

La Route de Cormac McCarthySi l’ambiance est forte, il y a tout de même un réel point noir, qui m’a mis un peu sur les fesses, et c’est la fin de cette histoire. Quand tu ferme le livre à la dernière page, et que ta première phrase se résume à l’idée tout ça pour ça, on ne peut pas s’empêcher d’être déçu. Mais d’un autre coté, vu l’épaisseur narrative de l’ensemble, j’aurai du m’en douter.

Difficile de se passionner pour La Route, c’est un bouquin où il n’y a pas vraiment d’histoire et où tout est plat, laissant en quelque sorte un arrière-goût de cette cendre issue de l’apocalypse. Niveau ambiance, Cormac McCarthy est maître de son œuvre et met la pression avec son univers sans espoir, ambiance parfaitement retranscrite par la traduction. Mais une curiosité plus qu’un réel grand livre pour moi, à chacun de se faire son opinion, m’est avis qu’il y en a qui vont y chercher des explications philosophiques interminables et inintéressantes, je suis d’ailleurs tombé sur certaines critiques hallucinantes, ou hallucinées, au choix.


La sortie tant attendue de la suite du Trône de Fer outre Atlantique, A Dance with Dragons, est l’occasion de lire ou de relire ce qui est pour moi la meilleure saga de Fantasy. Ce tome 10 en édition française correspond au premier tiers du 4ème tome en version anglaise, titrée unilatéralement Le Chaos. Oui ça s’appelle du tronçonnage, et c’est ce que nous allons bientôt retrouver avec la sortie du tome 13, Le Bûcher d’un Roi, au début de cette année 2012. dabYo, à l’époque de son marathon Trône de Fer, n’en avait pas fait la critique ici, c’est donc moi qui répare cette erreur. Pas de synopsis pour des raisons évidentes, donc pas de spoils non plus.

Le Chaos commence directement après la fin du tome précédent, La Loi du Régicide. Il est cependant important de préciser que tout au long de A Feast For Crows, donc 10, 11 et 12 en français, certains personnages ne seront pas du tout évoqués. Notamment Jon, Daenerys ou encore Tyrion. De ce fait, les chapitres se concentrent sur les autres personnages, et si certains nouveaux sont très intéressants, la plupart n’arrivent pas à la cheville des absents, du moins dans Le Chaos. On découvre cependant de nouvelles terres, pleines de promesses.

Suite aux énormes coups de théâtre qu’on avait pu lire dans les tomes 8 et 9, il était a prévoir que la suite serait plus calme, histoire de replacer les pions avant de repartir. Et c’est le cas. Le problème majeur, c’est que malheureusement après de telles surenchères, de tels retournement de situation, et bien, cette première partie du 4ème tome apparait surtout comme bien molle.  Ce ne sont que de petites actions, et le torrent impétueux s’est transformé en douce rivière.

Difficile donc de réellement s’accrocher et les pages se tournent bien moins vite que pour les tomes précédents. Je dois dire que si je n’avais pas pu enchainer directement avec la suite et que je devais attendre que Pygmalion la traduise, je pense que j’aurais abandonné ce tome en plein milieu, car ça manque de piment.

Attention, cela ne veux pas dire que c’est mauvais. Le style, grandement dû à la traduction décriée de Jean Sola, est toujours très agréable à la lecture, on retrouve avec plaisir certains de nos personnages, les descriptions très visuelles permettent de bien se représenter l’action, et on a envie de vivre à Westeros. Juste que voilà, Le Chaos souffre malheureusement de la comparaison avec ses prédécesseurs qui avaient placés la barre tellement haut qu’il ne peut malheureusement que décevoir.

Il faut dire qu’en prime le découpage français n’aide pas réellement, faisant d’une introduction molasse un tome à part entière. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire avec le découpage originel. Personnellement, c’est ce que je fais avec l’Intégrale Tome 4 du Trône de Fer, dans le but avoué de commencer bientôt A Dance with Dragons, voir au pire d’enchaîner avec Le Bûcher d’un Roi.


Wicked Game est le premier tome du Sang du Rock écrit par Jeri Smith-Ready paru pour dans sa langue originale en 2008, où la série se nomme WVMP Radio series. Ce premier tome vient d’arriver dans nos contrées chez Milady grâce à une traduction de Sébastien Baert, et parmi les nombreuses sorties de paranormal romance du label, Wicked Game m’a tout de suite tapé dans l’œil : sa rebelle en couverture, les couleurs noir/rouges et le mot rock. Le synopsis a fini de m’achever.

Wicked Game, Le Sang du Rock Tome 1, de Jeri Smith-Ready

Ciara (à prononcer « kira ») est issue d’une famille d’arnaqueuse. Entre deux magouilles, elle étudie la communication, et comme tout étudiante, doit trouver un stage. Elle en dégote un chez WVMP Radio, une station indépendante et locale qui passe de la musique alternative, allant du reggae au goth en passant par le grunge, où elle est chargée de l’image de la radio, des plans de com’, etc. Son passé un peu trouble ne semble pas poser problème au directeur de la radio… Il faut dire qu’il a l’habitude de contourner un peu la loi : ses DJ sont morts. Enfin, plus exactement ce sont des vampires.

Jeri Smith-Ready

Jeri Smith-Ready

Honnêtement, comment résister à un pitch pareil ? Des vampires DJ et une community-manager à la limite de la légalité ? Moi je signe immédiatement. En réalité le premier mot qui me vient à l’esprit c’est « rafraichissant ». On est loin des nombreux copycat de Twilight ou d’Anita. L’héroïne est pas investie d’une super mission, elle a même pas de super pouvoirs. Et la manière choisie par les vampires pour se camoufler, en devenant DJ et en passant de la musique de leur époque, est plus qu’originale, en rappelant quelque peu le Lestat d’Anne Rice.

En parlant de musique, cette dernière est au cœur de l’histoire et ce pour mon plus grand plaisir. On le sent dès le titre Wicked Game, qui n’est autre qu’un titre de Chris Isaak que je connaissais surtout pour avoir été reprise par HIM. L’auteur propose au début de son roman une playlist (que j’ai tant bien que mal refaite sur Spotify), et chaque titre de chapitre est un titre d’un morceau. On tape majoritairement dans le Rock et dans des grands classiques, que personnellement je connais très bien.

Chaque vampire a une mouvance musicale de prédilection, et est resté ancré dans celle-ci : on a la goth batcave, le hippie, le gosse grunge dépressif, etc. J’ai particulièrement aimé le fait que les vampires aient tous une personnalité très forte. Pour le moment, le grunge et la goth sont les plus développés mais je suppose que chacun aura son heure de gloire. L’héroïne n’est pas en reste, surtout car elle est ultra moderne et donc très crédible. J’ai plusieurs copines qui font un peu le même taf qu’elle, du coup, j’ai trouvé son job et sa manière de s’occuper de la visibilité de la radio très crédible et je n’ai eu aucun mal à rentrer dans l’histoire.

Wicked Game, Le Sang du Rock Tome 1, de Jeri Smith-ReadyL’humour enfin est loin d’être absent. Pour être honnête, je lis entre midi et deux, à mon bureau, et je me suis retrouvée plusieurs fois à devoir expliquer à mes collègues pourquoi je me marrais toute seule. L’héroïne qui achète une bougie à la pizza dans l’espoir qu’il y ai de l’ail pour éloigner les vampires, le directeur qui taille ses crayons comme des pieux, etc. On est dans un humour très absurde qui n’est pas sans rappeler l’humour des  mangas comme Parmis Eux, ou de la Bit-Lit Jeunesse comme Vampire Kisses: bête mais terriblement efficace.

Vraiment, Le Sang du Rock est définitivement une série à suivre tant ce premier tome est une vraie perle. La traduction est de très bonne facture, ce qui va vous permettre d’apprécier toutes les références et de les saisir. Si vous aimez la musique, si vous aimez les vampires et l’humour vous ne serez absolument pas déçus. C’est pour moi une révélation au même titre que Vampire Kisses et je vous le conseille fortement.


Juste avant le crépuscule de Stephen King

Le Chro dans Critiques, Livres le 28 avril 2012, avec 2 commentaires
Critiques

Comme je l’ai dit en d’autres temps et d’autres posts, je fus un grand fan de Stephen King pendant « longtemps ». Depuis mon enfance à vrai dire, mais comme je n’ai encore que de très rares cheveux blancs ça ne fait pas non plus une éternité. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé il y a disons une dizaine d’année qu’il se perdait. J’avais l’impression qu’il commençait un peu trop à se regarder le nombril. Puis je suis tombé en début d’année sur la version poche de son premier recueil de nouvelles depuis bien longtemps, Juste avant le crépuscule, et je me suis dit: pourquoi pas? Je l’ai donc acheté, j’ai lu les treize nouvelles qu’il contient dans ses 600 pages, et en voici mon impression.

Juste avant le crépuscule de Stephen King

Est-il utile de présenter Stephen King ? Peut-être un mot tout de même, parce que ceux qui ne l’ont pas lu ont souvent une vision déformée de l’auteur. OK, je le concède, il a l’air sérieusement barré. Une folie sous contrôle, mais tout de même. Pour la plupart des gens il s’agit d’un auteur d’Horreur, d’histoires de monstres. Il en a fait, mais il a aussi fait d’autres choses: du Fantastique plus léger, du Suspense, et même des choses insipides et gnan gnan (non, je ne parle pas de La petite fille qui aimait Tom Gordon, pourquoi vous dites ça?). Comme je l’ai dit, j’avais de gros doutes. Sur les étals j’ai vu s’enchaîner le livre que je viens de citer (que j’ai acheté en VO et très vite abandonné sans le lire), puis un livre sur l’art d’écrire alors qu’il s’était toujours refusé à jouer les professeurs, ce que j’estimais à la fois plus humble et plus réaliste.

Couverture du grand format (Albin Michel), inspiré par la version originale

Couverture du grand format (Albin Michel), inspiré par la version originale

Plus récemment je suis tombé sur Cellulaire… Quoi? Une vile resucée des films d’horreur à la mode, qui se sont pourtant déjà copiés les uns les autres? Mon dieu, quelle déchéance… Mais j’ai craqué sur un recueil de nouvelles parce que je trouvais cela de bonne augure. Je me suis dit qu’un recueil de nouvelles, cela pouvait signifier qu’il avait renoué avec l’inspiration, avec les « vraies » histoires. Mais alors, finalement, mon verdict?

Et bien il est mitigé. Le problème, c’est que je ne sais pas à quel point mon a priori négatif a pu jouer sur ma lecture. J’ai du mal à être certain d’être objectif dans mon « analyse ». Globalement, je trouve le recueil plutôt bon. Mais j’ai quand même été arrêté un certain nombre de fois par un sentiment de… réchauffé. Une nouvelle avec un écrivain? Une autre dont le thème est l’inspiration artistique? Une avec une femme isolée qui doit s’échapper? Non franchement, Stepheninou, t’es obligé de nous ressortir tes vieux poncifs?

D’un autre coté, on dirait que je pars d’un postulat injuste. Parce qu’en préparant cet article, j’ai vérifié la liste de ses publications et, en fin de compte, j’ai l’impression que la plupart de ses romans publiés depuis mon désamour (et il en a fait un certain nombre) ont encore des histoires qui pourraient bien me plaire. Quant au recueil proprement dit il m’a, je viens de le dire, plutôt plu. Parce qu’il m’a surpris avec la première des nouvelles. Parce qu’il y a un mélange agréable, entre des nouvelles ultra courtes et des novellas, certaines histoires avec de l’horreur, d’autres avec du suspense et d’autres purement émotionnelles avec un cadre d’anticipation léger. Parce que les personnages sont quasi systématiquement bien présentés malgré le format court. Et puis, zut, parce que King, j’aime bien.

Avant de conclure, un rapide échantillon des nouvelles. J’en choisis 3 qui m’ont plu, et une non, afin de donner un aperçu aussi équilibré que possible de mon appréciation.

Willa

Cette première nouvelle du recueil m’a carrément pris par surprise. On commence avec des personnages qui attendent un train, parce que celui qu’ils ont pris a eu un problème technique. Cela fait apparemment très longtemps qu’ils attendent. Et je m’en fous comme de la dernière chemise de mon voisin. Non mais franchement, le narrateur (et « héros ») est mou et sans caractère. Et sa femme, qu’il veut impérativement retrouver, a l’air d’être une sacrée pimbêche insupportable que je n’ai surtout pas envie qu’il retrouve. Et puis c’est quoi ce style fouillis? L’histoire est confuse, la narration laborieuse…

Mais en fait, après quelques pages, cela commence à se justifier. Je commence à deviner pourquoi c’est confus. Je commence à deviner qu’il y a un mystère à élucider. Cela prend un peu de temps, un temps agréable, puis l’histoire ne se termine pas une fois le mystère résolu, et je me prends au jeu.

Cette nouvelle est onirique, légère bien que grave, et j’ai aimé l’indice porté par la narration elle-même. Peut-être que je manque de culture et que ça a déjà été fait mille fois, mais c’est une première pour moi et ça m’a plu. Et je ne m’attendais pas à ça de Stephen King, ce qui a encore amélioré l’intrigue. Je pense que cette nouvelle plairait notamment à Serafina, mais je ne suis pas sûr vu que je connais pas encore assez bien les maîtres des lieux.

La fille pain d’épice

Voici l’histoire la plus longue du recueil, une novella de presque une centaine de pages (deux autres de 89 et 90 pages la talonnent mais c’est bien elle la gagnante). C’est une histoire pas forcément très originale, une femme isolée qui doit s’échapper… S’il n’y avait que cette histoire que j’ai pourtant appréciée, il est certain que je ne me réconcilierais pas avec l’auteur, mais l’originalité ne fait pas tout et, ma foi, la lecture fut agréable. Le synopsis? Une femme qui a perdu son bébé, mort soudainement dans son berceau. Cela a détruit sa vie, son couple, et elle se drogue à la course à pieds. Elle s’isole pour se reconstruire psychologiquement dans un coin paumé, qui se remplit de manière saisonnière par des riches mais qui est en cette époque quasi désert. Et cet isolement risque bien de lui coûter la vie quand le danger surgit alors qu’elle ne l’attendait pas…

Cette nouvelle m’a fait penser à Jesse, ou bien Cujo, deux autres romans de l’auteur. Avec l’avantage d’être plus courte donc un poil plus intense; parce que si la tension lugubre et diluée de ces deux références est intéressante, il faut que je sois dans un certain état d’esprit pour les apprécier, alors que La fille pain d’épice, je sais que grâce à la rapidité de la conclusion, je peux l’apprécier quelle que soit mon humeur.

N.

Nous avons ici les notes d’un psychanalyste recueillies par sa veuve, qui les a complétées. Ces notes racontent l’étude d’un patient qui a interpelé son mari et l’a conduit à la mort. Ce patient est frappé d’une folie somme toute pas spécialement inédite, loin s’en faut, mais suffisamment grave pour que les notes du psychanalyste traduisent la crainte de perdre à nouveau un patient par suicide. Ce qui est intriguant, par contre, c’est la cause de sa folie. Ce qui a conduit son cerveau a déraillé. Mais, d’ailleurs… Est-il réellement fou?

Cette histoire fait forcément penser à Lovecraft. Certes, je ne suis pas vraiment un spécialiste, n’ayant lu de lui qu’un seul recueil, et encore très récemment. Mais j’ai quand même certaines bases et, forcément, quand on lit une histoire impliquant des visions d’horreur qui conduisent un pauvre quidam qui y est confronté à la folie…

Stephen King n’a jamais caché que l’univers de Lovecraft était une de ses sources d’inspiration (comme beaucoup me direz-vous) donc je suis intimement persuadé que mon impression est légitime. Cela dit, l’auteur lui-même n’en fait pas mention et indique plutôt Le Grand Dieu Pan de Arthur Machen. Fameuse source d’inspiration également s’il en est et, que j’ai tort ou raison sur Lovecraft, l’ambiance de cette histoire m’a bien plu.

Un très petit coin

Deux voisins qui se font la guerre depuis qu’un troisième leur a vendu sans les avertir, juste avant sa mort, le même bout de terrain. Un promoteur cancéreux qui a tout perdu, fortune et femme, face à un écolo qui en veut à mort au premier parce que sa chienne est morte sur sa clôture à bétail alors que c’était sa seule compagnie. Mais alors que la situation semble s’arranger, en fait, l’un des deux protagonistes se venge du deuxième qu’il réduit à l’impuissance avant de l’enfermer dans ce qu’il pense devenir sa future tombe.

Premier problème: encore une histoire de héros qui doit s’extirper d’une situation désespéré, alors qu’il est isolé et quasiment sans espoir. Second problème, le méchant est un pauvre con, sans talent, sans charisme, homophobe (et peut-être bien raciste, je ne suis plus sûr) qui croit fermement que l’autre est coupable des pires atrocités imaginaires et farfelues. Et il ne mène la barque que parce qu’il est complètement givré, armé, et que l’autre en face est affaibli par le désespoir et la solitude.

J’ai toujours du mal quand le héros est une victime impuissante de machinations perverses, quand il ne peut rien faire pour éviter la catastrophe. Mais alors quand en plus le méchant est nul de chez nul, quelqu’un pour qui l’histoire ne me fait éprouver que le mépris le plus profond… Cette histoire de 90 pages est bigrement trop longue. J’en ai sauté des passages pour arriver à des événements parce qu’il ne se passait rien, après pourtant une longue mise en place trop plan plan, sans rien d’accrocheur.

Alors bon, il y a la fin, avec un peu d’action, enfin de remous plutôt, mais ça ne suffit pas à rattraper l’ensemble.

Juste avant le crépuscule de Stephen KingPour conclure je dirais donc que je ne conseille pas ni ne déconseille ce recueil. Juste avant le crépuscule, c’est du Stephen King, ni plus, ni moins, et ce n’est pas son meilleur recueil. Je pense que les amateurs de l’auteur s’y retrouveront, et que ceux qui ne connaissent pas doivent commencer par autre chose. Et évidemment, ceux qui ne l’aimaient pas ne vont probablement pas adorer d’un seul coup Stephen King grâce à ce livre. Pour ma part, le recueil m’a globalement plu mais surtout m’a indirectement réconcilié avec l’auteur fétiche de mon enfance, non pas par sa seule qualité (qui n’est après tout pas transcendante) mais parce que la chronique que vous lisez m’a forcé à vérifier mes dires, et donc constater que, ben, non, il n’a pas fait que se reposer sur ses lauriers depuis son accident, en fin de compte.


Après une conclusion aux trois premiers tomes des Annales de la Compagnie Noire des plus réussies, j’ai décidé de profiter de notre voyage à Londres pour lire le quatrième tome, Jeux d’Ombres. Je donne donc une chance à Glen Cook pour un travail des plus difficiles: essayer de recréer une campagne épique pour la compagnie à partir des mêmes personnages, du même univers, et alors qu’il a mis terme à une trilogie et répondu à toutes nos interrogations. On quitte donc ce que l’on appelle les Livres du Nord pour commencer ceux du Sud. En général, je ne donne pas ce genre de chances, mais Glen Cook a réussi quelque chose d’exceptionnel avec les trois premiers tomes. Va-t-il arriver à nous offrir une suite de la même qualité ? Synopsis.

Jeux d'Ombres, Les Annales de la Compagnie Noire Tome 4, de Glen Cook

Toubib s’est au gré des événements fourré dans une bien mauvaise posture, le voilà annaliste pour la compagnie, médecin, et… commandant. Alors certes, la grande compagnie noire, dernière des compagnies franches de Khatovar, ne compte plus qu’une poignée d’hommes, au point qu’ils peuvent être comptés sur moins de 10 doigts. Mais voilà, pour ces quelques derniers joyeux lurons, la compagnie est leur seule famille, alors ils ont décidé de suivre Toubib dans son projet fou: revenir à Khatovar pour y ramener les annales.

Je dois dire que j’étais vraiment peu enclin à commencer cette lecture de Jeux d’Ombres. Comme je le disais, le dernier tomes de l’arc des Livres du Nord, La Rose Blanche, clôt très bien l’histoire et pourrait tout à fait convenir à une fin définitive. Mais voilà, ces trois premiers tomes ont montré à quel point Glen Cook savait nous surprendre, à quel point il pouvait révolutionner le genre et offrir un récit atypique et passionnant. J’ai donc eu envie d’y croire, de penser que l’on peut réellement relancer une histoire passionnante alors que tout s’est terminé.

Jeux d'Ombres, Les Annales de la Compagnie Noire Tome 4, de Glen Cook

Et je dois dire que, malheureusement, j’ai eu tort. Enfin, tort est peut être un grand mot. Cette première partie des Livres du Sud n’est pas une catastrophe. Tout d’abord, on y retrouve bien entendu le style atypique de narration de Glen Cook, à la première personne qu’est Toubib, qui se parle à la fois tout seul et à nous autres à travers ses annales. L’univers dans lequel évolue la compagnie est lui aussi toujours aussi intéressant. On découvre grâce à ce long voyage vers Khatovar de nouvelles contrées, et donc tout ce qui va avec, coutumes, peuples, et parfois personnages.

Là dessus, il est évident que Jeux d’Ombres est en soit un bon titre de Fantasy, largement au dessus du lot. Mais voilà, quand on écrit la suite des Annales de la Compagnie Noire, on se doit d’être aussi bon que ce qu’il y avait précédemment. Et ce quatrième tome en est bien loin, par de nombreux points.

L’histoire tout d’abord est plus que passable. Les ennemis de la compagnie sonnent faux, ils sonnent comme des monsters of the weeks sortis d’on ne sait où, juste histoire de donner à nos personnages quelques petites embuches dans leur épopée. Et il faut dire que c’est grosso modo ce qu’il se passe. Les embuches, les problèmes sont présentés à chaque fois comme des éléments insurmontables pour une petite compagnie d’une poignée d’hommes… qui y survivent pourtant sans problème. Quelle déception à ce niveau !

Shadow Games de Glen Cook

Couverture de la version originale

Et il n’y a pas que l’histoire qui pose problème. Elle est passable certes, mais cette faiblesse aurait pu être comblée par des personnages hauts en couleurs, ou de bonnes relations. Que nenni, on est je pense face à un des pires fanservices que je n’ai jamais lu. Comment Glen Cook a-t-il pu nous pondre cela ? Certes, il y avait une sorte d’amourette malsaine entre Toubib et la Dame, mais jamais cela n’a occupé une trop grande partie de notre récit. Ici, nous nous retrouvons avec une histoire d’amour qui se retrouve être le thème secondaire du roman, et qui a un développement peu intéressant.

Jeux d'Ombres, Les Annales de la Compagnie Noire Tome 4, de Glen CookLe tableau n’est pas complètement noir bien entendu, et le final laisse espérer que la suite arrivera à remettre à niveau Les Annales de la Compagnie Noire, notamment grâce à un twist assez bien vu et surprenant. Mais voilà, quelle déception. Une impression d’avoir lu quelques quatre cents pages pour pas grand chose.

Au final, Jeux d’Ombres n’est pas un mauvais roman de Fantasy. Il y a en grande partie les qualités des récits de Glen Cook, mais il y a énormément de points faibles sur lesquels les pointilleux ne pourront pas passer. Alors quand on s’inscrit dans, jusqu’à présent, l’excellent cycle de La Compagnie Noire, forcément, c’est un gros carton rouge. Alors sans doute me forcerai-je à lire le prochain tome, car il serait étonnant que l’auteur ait emmené sa série si loin si la qualité n’était pas remontée. Mais en attendant, si vous hésitez, je ne peux que vous conseiller de rester sur le bon souvenir de La Rose Blanche.


Marc Bolan: In the East of our Heads de Nathalie Vogl est une sorte de vraie-fausse biographie de Marc Bolan, la fameuse icône du Glam Rock du début des années 70 dont j’avais déjà fait mention dans ma chronique sur Life on Mars. Le bouquin est paru au éditions Camion Blanc en 2011. Oh bonheur, Nathalie Vogl est française et il n’y aura donc pas de bug de traduction à craindre. Vu que c’est une biographie, c’est pas un synopsis qu’il vous faut mais un petit aperçu de sa vie.

Marc Bolan: In the East of Our Heads de Nathalie Vogl

Mark Feld en 1947, contemporain de Jimi Hendrixx et de David Bowie, ce londonien issu d’une famille à moitié juive nourrissait un rêve: devenir une rock star, faire des tubes et avoir une horde d’admiratrice dont il ferait mouiller la culotte (quasi textuelle du bouquin). Adhérant pleinement au courant Mod, que Wikipédia vous expliquera mieux que moi, il se retrouve prêt à tout pour étoffer sa garde-robe et sortir de son bourbier natal. A force de traîner et par sa bouille qualifié d’elfe ou de djinn du désert, il finira par croiser la route d’un un grand de la musique, Cochran, ce qui va le pousser encore plus vite vers la musique. Supporté par différents mécènes, il sera poète, membre d’un groupe de rock électrique, les John’s Children, pour ensuite se diriger vers le début de son grand œuvre, Tyrannosaurus Rex. Avec Steve Peregrin Took, il va se lancer dans la folk psyché en vogue en cette période hippies pour se construire une sorte de cour de suivants. Mais Marc qui entre temps a troquer son k pour un c, veut de l’électrique, devenir le roi de la pop. Il ne se retournera pas lorsque Took sombrera dans la drogue, raccourcira le nom du groupe en T.Rex et se formera un nouvel entourage pour connaitre enfin la gloire. C’est une véritable T.rextasy qui va déferler sur l’Angleterre, une sorte de nouvelle beetlemania. On le verra devenir une diva bouffi pour que finalement il se ressaisisse.

Marc Bolan

Marc Bolan

Je vais commencer par revenir sur le terme vraie-fausse biographie de mon introduction. Si j’ai utilisé ce terme c’est parce que l’on dépasse la simple énonciation de faits et de témoignages. La vie de Marc Bolan est ici fortement romancée et l’auteur s’en tire remarquablement bien. Nathalie Vogl transcrit la trajectoire de la rock star sur Terre telle une étoile filante grâce au rythme du récit, accélérant sur sa fin pour qu’il ne laisse finalement à son ultime moment qu’un souvenir. On va suivre la rock star de son enfance, quand il était près de ses 8 ans pour arriver jusqu’à 2 semaines avant ses 30 ans en 1977, et sa rencontre avec Rarn.

Car Marc Bolan a un folklore, son propre monde et Rarn en est la Némésis, c’est d’ailleurs son univers magique qui abreuvera ses chansons. Les vagabondage de l’esprit de Marc vont ressortir tout au long du récit et surtout dans des moments ou l’on ne s’y attend pas, surtout lorsqu’il semble un peu baisser sa garde avec ses proches.

Marc Bolan, c’est un destin, il a croisé tous les grands pontes de la musique de l’époque. Bowie en tête, l’auteur rapporte par son récit un lien fort qui les unit, une amitié matinée de rivalité. Le rapport de la star aux femmes est aussi abordé, de sa relation et son mariage avec June, jamais il n’est question d’un passage en coulisse avec une fan bien que sur la fin il ira tout de même voir ailleurs. Si j’en parle c’est parce que June a été un très grand soutien pour sa carrière notamment quand il a fallu qu’il remonte la pente. C’est aussi un caractère, totalement extravagant, n’ayant pas la langue dans sa poche, souvent ailleurs mais surtout totalement tourné vers son objectif, son obsession de gloire. Il connaîtra aussi la déchéance, des moments de doutes qui nous rappelleront que c’est surtout un homme comme les autres malgré toutes ses particularités. Lui qui était si clean, si pur, au début sombrera dans l’alcool et un peu dans la drogue, jusqu’à ce que la paternité lui fasse décrocher tout ça et retrouver le chemin de la scène. Bref un homme complexe, à la hauteur de l’admiration que je lui porte.

Tyrannosaurus Rex

Tyrannosaurus Rex

Musicalement pour vous le situer, Marc Bolan est considéré comme l’un des fondateurs du Glam Rock, l’icône glamour ultime pour moi, avec la voix légèrement chevrotante dont la description revient souvent dans l’ouvrage. Et même s’il s’est un peu laissé aller à la facilité des refrains pop répétitifs à une certaine époque, il reste connu pour ses textes travaillés. Journaliste et chroniqueur musical sur sa fin, il aura soutenu le départ du mouvement punk, au point de le consacrer parrain du punk dans cette biographie.

J’ai trouvé l’histoire de sa vie tout bonnement passionnant, le style de l’auteur est quant à lui très agréable à lire, fluide. Les chapitres portent les noms de ses chansons, le parcours des pages est émaillé d’extraits de poèmes et de paroles, bref tout pour être immergé. Un bémol tout de même, certains albums sont décrits en piste à piste, ce qui n’est d’une part pas très intéressant, et qui n’est appliqué qu’à une minorité d’albums. Les dialogues font un peu surjoués de temps en temps mais quand tu as des zigotos comme Bolan et Bowie qui discutent, ça ne dénote pas tant que ça. Selon les dires mêmes de l’auteur, on oscille entre vérité et fantasmes dû en partie aux zones d’ombres de la vie du Dandy in the Underworld.

Marc Bolan: In the East of Our Heads de Nathalie VoglIl y a quelque chose que je ne m’explique tout de même pas, c’est comment un personnage aussi fantasmagorique et ayant laissé une empreinte indéniable sur la musique soit peu à peu oublié. Peut-être qu’une des clés pour expliquer cela se trouve dans le fait qu’il est mort un mois après Elvis, et que cela a quelque perturbé l’encrage dans les mémoires du souvenir de cet elfe de la musique (et aussi qu’il n’a pas eu trop d’impact en France apparemment).

Au final, Marc Bolan: In the East of our Heads de Nathalie Vogl était une très agréable lecture. C’était la première fois que je lisais une biographie ou plutôt une assimilée biographie et j’ai été agréablement surpris du résultat, et quoi de mieux pour cela que de commencer par une icône tombé un peu dans l’oubli. Un remarquable pas pour ramener Marc Bolan, T.Rex et son œuvre dans la lumière. En clair, lisez le.


Quintessence hiémale est un petit recueil de nouvelles écrit à 4 mains par deux auteurs français, Mathieu Guibé et Cécile Guillot. Cette dernière ne vous est pas étrangère si vous êtes des habitués vu que j’avais déjà chroniqué et beaucoup aimé son recueil A l’ombres des pleurs, édité chez feu les éditions Cauchemars. Ici, c’est en auto-édition que les deux auteurs proposent leurs écrits, avec une superbe couverture de Cécile Guillot.

Quintessence hiémale, Contes d’hiver, de Mathieu Guibé et Cécile Guillot

Quatre nouvelles sont au programme, ainsi qu’une préface par Céline Guillaume. Sous-titré contes d’hiver, ce petit livre, une petite centaine de pages, tourne donc autour du merveilleux un brin glacé. De ce fait, il n’y aura pas de synopsis, mais mon avis sur chacune des nouvelles.

La princesse des neiges de Mathieu Guibé

Mathieu Guibé

Mathieu Guibé

Cette première nouvelle nous raconte l’histoire d’une jeune fille, née de la glace suite au chagrin d’un roi venant de perdre sa reine. Elle est chérie par son père, mais malheureusement, elle se retrouve bien vite attirée par le vaste monde. On retrouve beaucoup d’éléments des contes : famille royale, être surnaturel, etc.

L’évolution de l’histoire m’a beaucoup fait penser aux légendes amérindiennes, notamment pour la communion avec la nature que représente la princesse.La seule chose qui m’ait vraiment gênée, ce furent les noms donnés aux personnages que j’ai trouvé un peu déroutants (Lumi, Manen, etc), et surtout pas forcément utiles. Dans de nombreux contes, les personnages n’ont pas de nom car ils n’en ont pas besoin. Cependant, l’histoire reste très belle, et le dénouement très poétique.

A bare Tree in love with the winter de Cécile Guillot

Le titre de cette nouvelle s’inspire du très beau morceau de Delight, Bare Tree. Ce n’est pas la première fois que Cécile Guillot s’inspire de morceaux de Metal pour ses nouvelles, elle l’avait déjà fait pour Song to the Siren de l’anthologie Le Lamento des Ombres. Et forcément, quand on me propose une nouvelle basée sur un groupe de Gothic Metal, j’adhère.Cette courte nouvelle aborde la mélancolie d’une nymphe, être immortel, amoureuse d’un humain. Comme toujours, la plume poétique et légère de l’auteur fait merveille, et cette nouvelle nous transporte immédiatement dans un univers, froid, sombre et mélancolique. Bref, tout ce que j’aime.

La dernière flamme de Mathieu Guibé et Cécile Guillot

Cécile Guillot

Cécile Guillot

Ce troisième conte est assez original par rapport aux précédents. Là où les autres traitent de princesses, on suit un dragon, le dernier même. Autrefois , les dragons aidaient les humains, leur apportant le feu. Respectés ou adulés, les dragons étaient un élément indispensables de la société. Mais malheureusement le progrès s’amorce, et les humains n’auront bientôt plus besoin de dragons pour se chauffer. Dans une atmosphère assez sombre, difficile de ne pas voir là une métaphore sur notre propre société et sa manière de traiter ceux qui n’y sont plus « utiles ». Les personnages sont rapidement attachants et si cette nouvelle est moins poétique que la précédente, elle n’en reste pas moins très forte.

Là où s’envolent les rêves de Mathieu Guibé et Cécile Guillot

Ce dernier conte renoue avec les princesses et met en scène un roi organisant un concours pour offrir la main de sa fille. Celui ci ne me fait pas penser aux légendes amérindiennes,mais plus aux contes arabes, notamment par son héros, bien plus malin que ne l’aurait pensé le roi. Le dénouement, bien que prévisible, porte un message très fort, que je ne vous détaillerais pas pour ne pas vous spoiler. La morale est présente et colle bien à la valeur éducative des contes traditionnels. L’écriture est moins poétique que pour A Bare Tree in the Winter, plus directe, mais elle sert l’histoire.

Quintessence hiémale, Contes d’hiver, de Mathieu Guibé et Cécile GuillotDans l’ensemble, Quintessence hiémale est un petit recueil que je vous conseillerai fortement. Avec son petit prix (5€) c’est l’occasion de découvrir Cécile Guillot et Mathieu Guibé, deux auteurs français. Mais c’est aussi celle de rêver et s’évader avec des contes poétiques mais non dénués de morales. Les nouvelles se lisent aisément, le style est fluide et agréable, propice au dépaysement.

Ces écrits sont adaptés à tous les âges, même si à mon avis la deuxième nouvelle, avec son coté mélancolique et portant sur des thèmes assez adultes, sera probablement moins accessible par les plus jeunes.


Le Bûcher d’un Roi, Le Trône de Fer Tome 13, de George R.R. Martin

L'hiver vient... Ok, mais on en a marre de l'attendre !

dabYo dans Critiques, Livres le 27 mars 2012, avec 5 commentaires
Critiques

Il y a maintenant trois ans, je vous faisais part de mon avis sur Un Festin pour les Corbeaux, le douzième et dernier tome du Trône de Fer à l’époque, qui venait tout juste de sortir en poche chez J’ai Lu. Bien des eaux sont passées sous les ponts depuis lors, encore plus pour ceux qui suivaient la publication de Pygmalion, voire américaine. Mais voilà, George R.R. Martin, l’auteur de ce que l’on considère ici comme la meilleure série de Fantasy, a livré la suite l’année dernière, A Dance With Dragons. Le Bûcher d’un Roi, sa traduction française, vient tout juste d’arriver sur les rayons des libraires dans sa version grand format Pygmalion. Alors, la longue attente sera-t-elle dûment récompensée ? Suite oblige, pas de synopsis, et pas de spoil non plus, n’ayez crainte.

Le Bucher du Roi, Trone de Fer Tome 13, de George R.R. Martin

J’avais terminé le douzième tome sur un sentiment assez mitigé. La série tirait en longueur et il faut dire que Le Chaos et Les Sables de Dornes n’étaient pas les tomes les plus passionnants qu’elle nous ait offert. Mettre en place ses pions, petit à petit, pour enfin révéler son jeu prend du temps. George R.R. Martin nous laissait enfin entrevoir où il voulait en venir à la fin d’Un Festin pour les Corbeaux, enchaînant quatre très bons chapitres. Mais sans pour autant arriver à nous faire oublier les milles pages qui avaient précédé, laissant à la suite le dur travail de récolter les fruits de ce patient et long travail. Mais je dois avouer que trois ans plus tard, j’étais bien moins pessimiste sur la série qu’à l’époque, je n’avais qu’une hâte: lire Le Bûcher d’un Roi, et retrouver les personnages qui m’avaient tant manqué.

Ce treizième tome du Trône de Fer est un peu particulier, puisque ses chapitres se passent en même temps que ceux d’Un Festin pour les Corbeaux. On y apprend donc quelques choses qui expliquent plus ou moins des passages des tomes précédents, et inversement. Il peut aussi arriver que l’on suive des personnages pour lesquels on connaît déjà le résultat de leurs actions, y apprenant du coup uniquement comment le tout a pu se produire. Il faut avouer que ce n’est pas déplaisant, bien au contraire, puisque cela était relativement frustrant de ne pas savoir. Comme pour les autres tomes, il s’agit d’un des trois morceaux issus de la découpe du volume original, A Dance With Dragons. Du coup, temporellement parlant, la fin de ces trop courtes 477 pages nous fait plus ou moins rejoindre celle du douzième tome, à quelques chapitres près je suppose.

A Dance With Dragons de George RR Martin

On retrouve dans ce tome trois des personnages que je préférais, et qui m’avaient grandement manqués: Tyrion Lannister, Jon Snow, et Bran Stark. Cette absence avait clairement joué dans mon appréciation des précédents tomes, et leur retour est du coup une grande bouffée d’air frais. Il n’y a pas à dire, les suivre à nouveau est un vrai plaisir, quelque chose qui vaut à lui seul de se lancer dans la lecture. Au rang des autres personnages que l’on va suivre, on retrouve Ser Davos et Daenerys, ainsi que des nouveaux personnages ou des secondaires dont je ne dirai rien pour ne pas vous gâcher la surprise. Et un peu surpris parfois, je l’ai été, il faut l’avouer.

George R.R. Martin assi sur le Trône de Fer

George R.R. Martin sur le Trône de Fer

Car à ce niveau là, Martin joue toujours aussi bien la surprise et le coup de tonnerre, et toujours autant sur la corde de l’information. Voir les personnages faire des plans sur la comète sur des évènements que l’on sait pertinemment faux est plus que monnaie courante. Que ce soit pour certains des personnages que l’on suit dans Le Bûcher d’un Roi, ou pour d’autres que l’on avait suivi précédemment, puisqu’on apprend parfois qu’ils se sont basés sur des fausses informations. C’est toujours aussi jouissif et frustrant, suivant si vous soutenez ou non la cause du personnage que vous lisez. Leurs aventures sont d’ailleurs dans ce tome également intéressantes. Je dois avouer que, contrairement à d’autres tomes, il n’y a aucun personnage qui soit en deçà des autres, moins intéressant, ou rebutant. On a quasiment à chaque fois envie de continuer son histoire, et de le retrouver.

L’auteur profite de nombreux passages qu’on aurait pu penser long et ennuyant pour nous abreuver d’informations sur l’univers de Westeros et tout particulièrement son histoire. Je n’ai pas le souvenir d’avoir autant appris sur ce monde dans les précédents tomes, et je dois avouer que c’est rondement mené. Un bon nombre de dialogues ou de situations permettent d’apprendre des anecdotes, notamment sur les Cités libres, les us et coutumes des sauvageons ou encore les diverses seigneuries du Nord. C’est rondement mené et très intéressant. On voit à quel point l’univers est vaste, fouillis, et on espère avoir un jour droit à quelques spin-offs.

Alors certes, du coup, on pourra peut être reprocher à George R.R. Martin de s’égarer, de ne pas se concentrer assez sur l’avancement de l’histoire. Après tout, était il vraiment nécessaire de nous compter le long voyage de deux personnages dans une calèche, lorsqu’il aurait pu se contenter de nous faire une ellipse ? Les avis seront partagés. Je sais bien que nombreux sont ceux qui attendent l’action à tout va, mais de mon côté, j’ai été ravi d’avoir ces quelques errements, qui donnent corps et vie à cet univers passionnant.

Paperback edition de A Dance With Dragons George R.R. Martin

Contrairement à ce que nous pensions (ou à ce qu'il a été), désormais les éditions étrangères de poche sont elles aussi divisées en plusieurs parties.

Pour ce treizième tome, Jean Sola qui assurait jusqu’alors la traduction a laissé sa place à un nouveau traducteur, Patrick Marcel, que l’on a déjà rencontré par ici. On perd le côté désuet et moyenâgeux de certaines expressions chère à l’ancien traducteur, mais on gagne grandement en simplicité du langage, et la lecture est peut être un peu plus facile et fluide. Du coup, je dois avouer que la traduction ne m’a point choqué, elle est d’une qualité correcte, sans heurts. Ayant lu la suite il y a de nombreux mois, je ne pourrais malheureusement pas dire s’il y a des problèmes de cohérence des noms.

Le Bucher du Roi, Trone de Fer Tome 13, de George R.R. MartinFinalement, le seul réel défaut du Bûcher d’un Roi, c’est d’être trop court et de ne pas laisser assez de pages à l’histoire pour se développer. Difficile dans ces conditions d’être autre chose qu’extrêmement positif pour le récit de George R.R. Martin que nous avons. Il faut dire que ce n’est point sa faute, mais bien un choix éditorial de Pygmalion. Un choix plus que critiquable au regard du marché, mais qui au regard de la qualité de la série est plus discutable. Le tout est accompagnée d’une très belle couverture signée Gary Jamroz.

Depuis la sortie du tome 12 en France, la Saison 1 de Game of Thrones a été diffusée et beaucoup de choses ont changé. Le Trône de Fer est passé du statut de référence chez les connaisseurs à réel phénomène. Impossible désormais d’aller dans une Fnac sans y voir une pile de premiers tomes, il a même été difficile de trouver les tomes suivants tant les nouveaux amateurs sont avides de connaître la suite des mésaventure de la famille Stark, et des autres, bien sûr. C’était bien forcément aussi mon cas. Et à ce niveau là, Le Bûcher d’un Roi a largement comblé mes attentes. Ce tome n’est peut être pas le meilleur, mais il se lit bien, donne envie de connaître la suite, et me laisse sur un unique sentiment: bordel, la suite ! C’est prévu pour la mi 2012, si tout se passe bien.