La littérature russe du XIXème siècle est surtout connue au travers des grands noms que tout le monde a entendus: Dostoïevski, Tolstoï, Gogol… Ivan Gontcharov (1812-1891) est quant à lui un peu moins connu en Europe, éclipsé par ses illustres collègues. Néanmoins, il est un élément majeur de cette période riche en écrivains célèbres. Fonctionnaire influent à son époque, il a écrit quelques œuvres importantes comme Frégate Pallas ou Le Ravin, mais reste avant tout connu pour son chef-d’œuvre, Oblomov, écrit en 1859.
- ISBN:9782253933151
- Titre:Oblomov
- Auteur:Gontcharov Ivan
- Année:1859
- Titre V.O.:Обломов

Ce titre est d’abord une partie intégrante de la culture russe. Roman incontournable, son personnage principal et éponyme, Ilia Ilytch Oblomov, est un véritable monument, que tout le monde connaît. Acclamé à sa sortie, y compris par Dostoïevski, qui pourtant n’appréciait pas du tout son auteur, Oblomov a toujours été reconnu comme un roman « capital » et « éblouissant », pour reprendre les qualificatifs de l’époque. Bref, un classique.
L’histoire racontée est celle d’Ilya Ilitch Oblomov (si si), petit propriétaire terrien vivant reclus à Saint-Pétersbourg. Sa particularité, c’est, non pas sa paresse, car ce n’est plus de paresse qu’il s’agit, mais son inaction absolue. De prime abord, Oblomov semble être simplement apathique. Incapable de prendre une décision simple, et a fortiori de la mettre en œuvre, le personnage finit par ne strictement rien faire, ne jamais sortir, ne jamais voyager. C’est la vie de cette véritable incarnation de la procrastination qu’on suit tout au long du roman, c’est sa vie qui constitue la trame principale de l’histoire
Mais il traite aussi des personnages qui meublent sa vie : Zakhar, son valet vulgaire, au final presque aussi paresseux que lui mais de bien plus mauvaise foi ; Stolz, son ami extrêmement actif qui tentera tout pour le faire bouger, et surtout Olga, une jeune femme très particulière, qui elle aussi tentera de « ressusciter » Oblomov, pour reprendre son expression. Et on touche là à une des grandes forces, si ce n’est la plus grande force, du roman, ses personnages. On n’a pas ici des caricatures, comme le laissent un peu supposer ces présentations extrêmement succinctes. Gontcharov est parvenu à créer des personnages extrêmement complexes, complets, profondément réels, et attachants.

Ivan Gontcharov
Ce roman a ceci de particulier qu’il est assez difficile d’en résumer la trame, pour la bonne raison que l’action est presque absente, et pour cause : le casanier Oblomov n’engage jamais d’action, n’a aucune activité autre que des disputes vaudevillesques avec son valet Zakhar, dans des passages qui rappelleraient presque un certain Scapin. Bien sûr, on ne fait pas que suivre les journées monotones d’un aboulique.
Petit à petit, à mesure que l’auteur crée son atmosphère, fait défiler ses personnages principaux et secondaires (par exemple l’invisible Alexeev, dont au passage la description lapidaire et tranchante est un des meilleurs passages du livre), on commence à comprendre les réflexions profondes menées par l’auteur. Oblomov n’est pas une condamnation stupide de la paresse, c’est avant tout l’histoire d’un homme droit, honnête (« son âme est pure comme du verre », dira son ami Stolz) qui cherche son bonheur dans une vie d’un calme plat, absolument inactive, uniquement rythmée par les repas et le tic-tac d’une horloge. On comprend d’ailleurs vite que cet idéal vient de son enfance choyée dans son domaine de campagne: Oblomov ne cherche qu’à recréer cet univers libre de tout souci, de toute responsabilité. Sa paresse n’est pas vue négativement, dans une des répliques les plus fameuses de l’œuvre, Oblomov, à qui on parle travail, journées chargées, hauts fonctionnaires et plans de carrière, refuse la conversation en répétant simplement « L’Homme, montrez-moi l’Homme ! »
Au passage, l’auteur sous-entend qu’Oblomov est le résultat d’une éducation étouffante d’oisiveté, et que sa paresse n’est pas innée, dans les pages du « Songe d’Oblomov », un portrait assez puissant d’une petite noblesse russe littéralement sclérosée.
Olga est le second personnage du roman. Amoureuse d’Oblomov, elle tentera, par sa passion, de ranimer l’âme morte de celui-ci. La construction de l’histoire, le rythme, sont particulièrement soignés, on comprend que seule cette relation pourrait peut-être changer Oblomov, et l’auteur développe avec une très grande subtilité la séparation progressive des deux personnages. Chacun convoitant et planifiant un futur complètement différent, pour enfin arriver à une scène de rupture inévitable, mais racontée très puissamment.

À ce propos, il faut parler du style particulier d’Oblomov, qui s’inscrit totalement dans la lignée des romans russes de l’époque : de longues et minutieuses descriptions des sentiments et pensées des personnages, une grande subtilité dans le développement des personnalités, de longs passages sur les réflexions intimes des personnages, qui se construisent lentement… Bref, et encore une fois, ce roman n’est clairement pas pour les amateurs d’action. En étant tout à fait objectif, on pourra y déceler quelques longueurs. Cependant, le style est uniforme, parfaitement maîtrisé et adapté à l’œuvre, et lorsqu’on considère l’ensemble du roman, on se rend compte de l’incroyable subtilité de Gontcharov. À propos de maîtrise, l’auteur sait vraiment très bien créer les atmosphères. Depuis le premier appartement étouffant et poussiéreux d’Oblomov jusqu’à son domaine idéalisé d’Oblomovka, il faut reconnaître à Gontcharov un don pour transporter le lecteur dans les lieux décrits. Et malgré ce style essentiellement descriptif et intimiste, certaines phrases ou certains passages puissants détonnent et relancent le rythme.
Ce roman a eu un tel impact sur la culture russe que le terme Oblomovisme (Oblomovchtchina), utilisé par Stolz dans le roman, a fini par rentrer dans la langue ! Il désigne une forme absolue d’apathie, de procrastination.
Bref, Oblomov est un livre qui fait largement honneur à son rang de classique, et surtout dont toute l’ampleur apparaît une fois la dernière page tournée. Même si l’auteur semble prendre le parti de Stolz, l’opposé d’Oblomov, le lecteur comprendra que les choix de ce dernier sont bien plus radicaux et fermes que sa mollesse le laisse paraître ; car il poursuit et trouve son idéal dans une vie qu’au fond le monde extérieur ne comprend pas, ne désire pas et n’approuve pas.
Oblomov est un personnage entier, et c’est avant tout pour cela que Stolz, qui ne supporte pas son apathie, le considère comme un ami précieux. En fin de compte, et c’est peut-être là le plus important, on ne referme pas ce livre sans plus réfléchir à Oblomov.


La partie finale et la découverte du passé du Maître est d’ailleurs particulièrement bien écrite ; 

Évidemment, il s’agit d’esquisses très grossières des vies de ces trois personnages, racontées sur plus de six cents pages ; en fait, il s’agit même de résumés des toutes premières parties introduisant les personnages. Inutile de spoiler le roman et le raconter en détail. Il suffira simplement de savoir que le roman maintient un certain suspens vis-à-vis des personnages d’une partie à l’autre. Ceux-ci ne sont pas des héros, ils prennent de mauvaises décisions aussi bien que des bonnes, ils évoluent, et leurs motivations ne sont certainement pas toujours celles de bons samaritains. Il n’y a rien d’artificiel dans leurs vies – même si ces dernières sont certainement plus mouvementées que la moyenne –, et c’est là une des grandes qualités de ce roman. Une autre étant que, malgré sa taille, jamais il ne faiblit en intérêt. Les fins des personnages, sans rien révéler, sont toutes parfaitement tranchantes et définitives, de manières complètement différentes d’ailleurs.






Tous sont des personnages particuliers, fouillés, possédant une personnalité vraie et attachante, du chef de bande las des combats, brute intelligente ne se battant plus que pour son bout de montagne, à sa femme, Pilar, la matrone forte comme un roc, soutenant Jordan jusqu’au bout. Le tout en passant par Maria, la jeune femme violée par les franquistes et recueillie par le groupe lors d’une attaque contre ceux-ci. Cette dernière est bien sûr le prétexte à une histoire d’amour qui, à mon sens, est un peu trop développée, mais toujours bien écrite, et donnant encore plus de tragique au destin probable de Robert Jordan, qui n’a que trois jours pour accomplir sa mission.











