Kick-Ass de Mark Millar et John Romita Jr

Kao dans Comic, Critiques, Livres le 26 août 2011, avec 3 commentaires
Critiques

Kick-Ass est une série de comics créée par le scénariste Mark Millar, illustrée par John Romita Jr, le tout mis en couleurs par Dean White. Publiée depuis avril 2008 aux États-Unis chez Marvel, le dit comic n’arrivera que très tard en France, et sous la forme de recueils de quatre chapitres (ou “issues” en V.O.), notamment grâce à la sortie dans les salles obscures d’une adaptation. C’est chez Panini Comics qu’on peut désormais les retrouver. Synopsis.

Kick-Ass et Mark Millar et John Romita Jr

Dave Lizewski est un ado de 17 ans fan de comics, qui décide un beau jour, après une énième agression, de devenir un super héros lui même, plus poussé par l’ennui de son quotidien que par réelle conviction. Après quelques séances d’entrainement au gymnase de son lycée, il se décide et se lance dans sa première « correction » de voyous. Sans trop en dire, l’issue se révèle assez dramatique… et douloureuse.

Kick-Ass part donc d’un principe de base assez simple: les super-héros dans la vraie vie, sans aucun pouvoir surnaturel, juste des humains normaux, avec un peu d’entraînement au combat. A partir de là, le scénariste place subtilement un cartel mafieux, de sombres affaires de drogue, et beaucoup de malchance. On mélange bien, et on laisse le tout dégénérer joyeusement. Et ce qui aurait pu rapidement tourner à la tempête dans un verre d’eau, est au final une vraie réussite.

Le panel de personnage est plutôt varié. Outre Dave, on retrouve son meilleur ami Todd, et l’amour-de-sa-vie-qui-ne-lui-rend-absolument-pas, Katie Deauxma. Ces deux derniers remplissent correctement leurs rôles quelque peu clichés. Katie en jeune demoiselle en détresse, et Todd en bon copain qui sert à rien. Ils ne sont pas particulièrement insipides, mais leur intérêt reste encore à prouver. Il y a bien entendu d’autres personnages, que ce soit les super-héros Big Daddy et Hit Girl, réelle trouvaille du comics, ou encore le “big bad guy” John Genovese, et sa famille qui prendra aussi part au règlement de comptes…

Hit Girl dans Kick-Ass et Mark Millar et John Romita Jr

Le style du dessin de Romita Jr est, je dois le dire, très particulier. J’ai pour ma part eu un peu du mal au début notamment sur les visages des protagonistes, leurs bouches ont un je ne sais quoi qui dérange. Mais c’est comme pour tout, les pages défilent et on finit par s’y faire. C’est je pense avant tout une histoire d’appréciation du style, car sur le plan technique, c’est très joli, les couleurs sont belles, et le trait est précis, mais cela demandera peut-être un peu d’habitude avant de pleinement apprécier. La découpe de l’action est assez classique, des cases ou des pleines pages, rarement de tentatives avant-gardistes, on suit aisément l’ordre des choses.

Kick-Ass et Mark Millar et John Romita JrSi Kick-Ass a l’air bon enfant de par son idée originale, on ne le précisera jamais assez, cette série n’est en aucun cas un comic pour enfants, ni pour âmes sensibles en règle générale. Alors que le film est déjà assez violent, dites vous bien qu’il a été édulcoré. La violence de certaines scènes est parfois dure à encaisser, d’autant qu’elle est exacerbée par son côté « réaliste ». La vulgarité ambiante, avec des f- words à tout va, n’y est pas non plus étrangère.

Je dois d’ailleurs dire que la traduction assurée par Alex Nikolavitch a fait du bon boulot de ce coté là. Il n’a pas lésiné sur le fleuri langage, et la variété de vulgarité que peut nous offrir le français est un vrai bonheur quand on a lu l’œuvre en version originale.

Au final, Kick-Ass est une série de comics que l’on peut lire même en ayant vu le film, puisque la fin n’est pas la même, et que le plaisir est complétement différent. Je vous le conseille chaudement, vous vous en doutez.


Nekotopia de Asuka Fujimori

Kao dans Critiques, Livres le 11 avril 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Nekotopia est un roman de la japonaise Asuka Fujimori publié en 2003 en France. Il a la particularité d’avoir été écrit par l’auteur directement en français, chose assez rare, et c’était aussi mon tout premier achat avec mon premier salaire, mais là n’est pas le sujet. De premier abord, le roman pourrait laisser penser qu’il s’adresse uniquement aux enfants, et pourtant, on est bien loin du compte. Synopsis.

Nekotopia de Asuka Fujimori

Asuka est une fillette de moins de dix ans, qui aime porter des robes, des nœuds dans ses cheveux, et écraser le nez des garçons avec des pierres pour leur montrer son affection. Après tout, ils lui tirent bien les couettes… Elle aime aussi beaucoup trucider des chats, de plein de façons possibles, en les noyant, brûlant, passant au micro-ondes, empalant et j’en passe. Terrorisés que la petite se lasse des chats et passe aux humains, ses parents décident de lui faire faire une psychanalyse.

Nekotopia. Ce livre est arrivé entre mes mains quand j’avais 13 ans, et à cette époque je n’avais pas forcément le recul pour l’appréhender complètement. Des relectures par la suite m’ont permis de mieux comprendre, et apprécier cet ouvrage à sa juste valeur, et non pas seulement pour satisfaire mon esprit tordu. L’histoire va tourner autour de trois personnages que l’on pourrait qualifier de principaux: Asuka bien sûr, mais aussi un second appelé le Maitre, personnage proche de la mort et montant un complot à sa propre encontre, et enfin, leur psychanaliste.

Asuka Fujimori

Asuka Fujimori

Les parties de chacun sont facilement identifiables, puisque la police d’écriture ainsi que le style ne sont pas les mêmes. Cela se traduit par des tics de langage, ou des tournures de phrases qui vont dépendre du personnage. On suit dont chacun tour à tour, le tout étant narré à la troisième personne.

Au premier abord, la jeune Asuka peut donner l’impression d’être un monstre. Mais ses actes, elle ne les fait pas par cruauté, simplement par expérimentation, curiosité qu’on pourrait qualifier de malsaine, juste pour “voir ce que ça fait”. Cela entraîne forcement certains passages qui pourront faire tourner de l’œil, mais dans l’ensemble, ça nous fait surtout rire.

En dehors d’Asuka, on apprend finalement assez peu de choses sur les personnages principaux, et ne parlons même pas des secondaires. Ce n’est bien entendu par un hasard, puisque seule la petite fille importe réellement. Et les chats, éventuellement, utilisés pour faire quelques clins d’oeil à de grands noms de l’histoire, tels Marc Dutroux, Oussama Ben Laden ou encore Néron… Le reste n’a jamais de nom, que ce soit la Cité, le Maître, ou ses nombreux conseillers, qui sont réduits a leur simple fonction: le pingouin du protocole, l’avocat, la prostituée et j’en passe.

Nekotopia de Asuka FujimoriOn pourrait penser que tout ceci est dans le but de nous faire passer un message. Mais ce qui m’embête, c’est que je n’ai jamais réussi à comprendre si c’était vraiment le cas. Y a t’il réellement une morale quelconque à en retirer, ou autre chose de ce type ? Du moins, autre que le fait que la vie, ben c’est souvent un peu n’importe quoi.

A la fois cruel et absurde, Nekotopia est un conte qu’on pourrait presque remettre entre toutes les mains (j’ai dit presque). Rempli d’instants choisis de folie, de quelques réflexions, parfois sérieuses, d’autres fois plutôt foireuses, ce texte est un vrai petit bijou d’humour. Un bijou d’humour avec quelques scènes assez trash, certes, mais rien d’insurmontable. Assurez vous juste de ne pas avoir trop mangé avant de vous jeter dessus.


Pour ma première participation à if is Dead, je tenais à faire part de mon dernier coup de cœur, Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh, aka Djou pour ceux qui la connaissent de son blog; ce roman graphique est édité en format souple chez Glénat pour 15€ (ce qui est assez raisonnable). Quelques mots sur Djou avant de commencer: il s’agit d’une auteur de bande dessinée/illustratrice bruxelloise (anciennement française), ouvertement gay, et qui s’était faite connaître de ma personne par son excellent et criant de vérité « pamphlet » pour la journée mondiale contre l’homophobie en 2009. Et je vous invite à aller le lire, même si vous n’aimez que le sexe opposé, parce que c’est très intéressant. C’est par ici. Synopsis ?

Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

A la première page, on découvre une jeune femme, Emma, déambulant dans les rues, le texte qui l’accompagne nous lisant sa lettre d’adieu. Et à mesure que les mots s’égrainent, nous comprenons qu’il ne s’agit pas de sa lettre, mais de celle de son amante, Clémentine. Emma est en fait en train de marcher en direction de chez la mère de sa défunte compagne pour accomplir sa dernière volonté: récupérer ses journaux intimes, Clémentine devenant alors narrateur principal, afin de comprendre, et de nous faire comprendre, le pourquoi de son adieu. 

C’est ainsi qu’on découvrira la rencontre de ces deux êtres, et leur tortueux parcours jusqu’à sa fin tragique. On en vient à explorer la plupart des étapes de l’apprentissage de l’homosexualité, de la révélation à son acception. On passe donc par le schéma classique du déni et de la douloureuse auto-persuasion, le coming-out, accidentel ou non, ses lourdes répercussions et ses conséquences directes comme le secret et le rejet social et/ou personnel, sans oublier l’obligation de devoir grandir trop vite. On découvre vaguement le milieu gay, et ses bars dédiés (nommés ici a l’anglaise, gaybars, ce qui m’a légèrement dérangé). Il y a aussi les diverses tensions et les disputes de couples pour les raisons évoquées, le prétendu manque de courage et les conflits de divergences d’esprits.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie MarohEn bref, les thèmes habituels…? Pas tant que ça, puisque l’ordre de ces étapes n’est pas toujours le même que l’on peut croiser dans la plupart des supports traitant le sujet (que ce soient livres, films, séries, animés…), ce qui peut être surprenant, mais pas forcement déplaisant. On évite aussi les gros clichés du genre, ce qui fait énormément de bien.

Concernant l’aspect visuel du livre, ça dépend des personnages. Par exemple le visage d’Emma (l’amante) est assez dur, comme s’il avait beaucoup vécu, même quand elle est dessinée plus jeune. Alors qu’au contraire, Clémentine (la morte) a un visage très doux, celui d’une vie lisse, à peine entamée. Je m’attendais très naïvement à voir les méchants personnages plutôt moches (moi et ma manie de lire des trucs pour enfants), ce qui n’est pas du tout le cas, laissant la surprise de voir se révéler les caractères. Je sais, ça a l’air bête comme argument, mais moi je n’y suis pas habituée.

Pour le reste, c’est du Djou, c’est très agréable, très expressif, j’aime beaucoup. Les décors sont vraiment réussis, et les personnages secondaires ainsi que les figurants ne sont pas pour autant laissés pour compte. Et le contraste des couleurs renforce le tout. Car oui, ce livre a pour particularité d’être, dès qu’on entre dans le récit au passé, entièrement en noir et blanc, excepté le bleu, qui ressort, d’où le titre.

Cet aspect esthétique très travaillé permet à l’auteur de retranscrire des sentiments vraiment forts, qui se dégagent avec puissance du dessin. On ressent aisément le vécu dans ce qu’on lit, que ce soit pour l’auteur, ou pour moi même. J’ai assez rapidement reconnu certaines sensations et situations graphiquement très bien rendues, ce qui m’a plus ou moins plu, faisant remonter pas mal de bons et de très mauvais souvenirs. Mais j’ai peur que cet aspect ne concerne que moi, un hétéro ayant lu l’œuvre aurait son avis de bienvenu sur la question.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

Ce que j’essaie de dire, c’est que certaines scènes sont vraiment très chargées, et certaines répliques, certains instants de lecture peuvent avoir énormément d’impact sur le spectateur. L’histoire est réellement prenante, le personnage de Clémentine très attachant, et l’on a vite fait de se sentir mal pour elle, d’avoir l’estomac noué à la simple idée de tourner la page, pour découvrir la suite. Ceci dit, ce n’est pas négatif pour autant, c’est au contraire un signe de qualité, que d’investir autant les sentiments du public dans ce qu’il est en train de lire.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie MarohEt puis on lit on lit, et on finit par oublier qu’à la fin, Clémentine doit mourir, et même si cela n’arrive pas sans raison, ça reste soudain, dramatique. Je n’en ai pas honte, mais j’ai pleuré en refermant le livre, plusieurs minutes même. J’avais déjà connu ça sur d’autres supports, mais jamais une BD ne m’avait autant émue que celle ci. La fin est belle, assez triste, mais vraiment belle.

Pour conclure, Le bleu est une couleur chaude fut une excellente lecture. Oui, une très bonne et très jolie BD que j’attendais au tournant, et dont je suis loin d’être déçue. Alors certes, je suis une lectrice plutôt facile, mais je la relirais avec un immense plaisir, même s’il m’a fallu une journée entière pour m’en remettre. Pour ceux qui désirent avoir plus d’infos sur l’auteur, je vous invite à aller lire son blog.