Bien que ne m’en vantant pas beaucoup, je suis une abonnée France Loisirs depuis des années et une grande lectrice de Stephen King. Une date butoir de commande avant de recevoir une sélection minable et me voilà avec le premier roman de sa femme, Tabitha King. Avec une couverture aux couleurs flammes et un titre en lettres de feu, en regardant Calliope la voix des flammes je ne peux m’empêcher de penser à Charlie, l’un des romans de son mari. Alors synopsis ?

 Calliope la voix des flammes de Tabitha King et Michael McDowell

Nouvelle Orléans, années 60, Calliope a sept ans quand son père qu’elle adore est assassiné de manière effroyablement cruelle par deux inconnues. Pour des raisons obscures sa mère s’enfuit avec elle, laissant derrière elle son grand frère Ford et sa grand-mère. Elles vont se réfugier dans une pension de famille perdue au fond de la Floride tenue par une femme mystérieuse. Calliope qui a toujours été spéciale, commence alors à entendre des choses qu’elle seule peut saisir.

Ce premier roman de Tabitha King est une collaboration en l’honneur du défunt Michael McDowell. Connu pour ses scénarii de Beetlejuice ou L’étrange noël de monsieur Jack, il avait entamé l’écriture de ce roman avant de mourir. Tabitha a donc repris à son compte l’œuvre du monsieur pour en faire le roman que j’ai eu entre les mains. Tout laissait à supposer une bonne surprise quant au contenu donc. Malheureusement mon souhait ne s’est pas réalisé, et voici donc ma première chronique sur un roman que je n’ai pas pu terminer.

Le style de l’auteur m’a pourtant séduit dès les premières lignes. Les descriptions de la Nouvelle Orléans sont enivrantes et l’immersion est totale dans le mode de vie des États-Unis des années 60. Le talent de la dame pour l’écriture est évident. Malheureusement son approche du Fantastique est, elle, tout à fait boiteuse. Avec une première page prenante annonçant la mort du père et racontée tout du long à la première personne, l’histoire s’enlise ensuite jusqu’à devenir imbuvable.

 Calliope la voix des flammes de Tabitha King et Michael McDowellCe n’est plus Calliope la voix des flammes mais Calliope découvre la mer, Calliope aide à la maison, Calliope se coupe les cheveux… Ça ne vous rappelle rien ? L’auteur se perd dans des détails inutiles et des descriptions fumeuses de personnages qui n’auront aucun intérêt pour l’intrigue. On en vient à se demander si elle ne s’éloigne pas complètement de la trame imaginée par Michael McDowell. Là où la psychologie est très travaillée et fouillée, les péripéties sont inintéressantes, faisant perdre toute l’attention du lecteur.

C’est donc une double déception que m’a offerte Calliope. D’une part et malgré un début prometteur, je ne saurai jamais pourquoi est mort son père. Mais plus encore je regrette de ne pas avoir pu réellement profiter du talent de Tabitha King dont le style mérite pourtant d’être salué. Loin d’être mauvais, ce roman s’est avéré surtout terriblement ennuyeux et soporifique. Dommage.


Et vous, votre avis ?

Déchirures de Sire Cédric, second avis

Aya dans Critiques, Livres le 30 juillet 2011, avec aucun commentaire
Critiques

Déchirures est un recueil de nouvelles fantastiques et horrifiques de l’auteur français Sire Cédric. Il s’agit là d’une réédition par Le Pré aux clercs du recueil que dabYo vous avait chroniqué il y a quelques années. Les éditions ont livré un bel ouvrage, à la présentation extérieure sobre et à l’intérieur soigné. Il se compose de 9 nouvelles qui ont été écrite par l’auteur il y a maintenant quelques années. Elles sont précédées pour certaines d’une dédicace ou d’une citation tirée de chansons ou de prières en rapport avec leur contenu. Puisqu’il s’agit d’un recueil, pas de synopsis.

Déchirures de Sire Cédric

Ce que nous livre ici Sire Cédric, c’est un recueil sombre qui nous montre toute la cruauté du monde humain et de ses travers. Satyre pour certaines, conte surréaliste pour d’autres, chaque histoire possède une forme qui lui est propre et un combat particulier. A la fin de la lecture on prend conscience de toute la justesse du choix de ce titre, Déchirures. Car qu’il agisse de celles de l’âme, du corps ou de la conscience, c’est une suite de ruptures violentes auxquelles on assiste. Le style est incisif et sans complaisance. Les thèmes abordés (viol, enfant battu, meurtre) le sont de manière percutante pour ne pas dire « trash ». Difficile de ressortir entièrement de cette lecture sans en être un peu retourné.

J’ai pour ma part lu presque toutes les nouvelles d’affilée mais cela n’a en rien gâché mon plaisir, et ce malgré des changements au niveau du style et du rythme vraiment grands. Je pense d’ailleurs que cela m’a permis de remarquer plus rapidement et de mieux apprécier la récurrence de certains personnages, qui apparaissant dans plusieurs nouvelles de manières plus ou moins importantes. J’ai choisi de vous parler de trois d’entre elles que j’ai particulièrement appréciées.

Sisters

La première nouvelle nous plonge dans l’univers de Candice, une femme fragile ayant toujours vécue dans l’ombre de sa sœur jumelle. Aussi fut-elle soulagée par sa mort un an plus tôt, mais des cauchemars l’obsèdent et la rongent, lui rappelant ce lien étrange qu’elle avait avec sa jumelle et qui semble persister.

Cette nouvelle menée comme un thriller nous fait rapidement entrer dans l’univers de l’auteur, rapidité accentuée par l’absence de chapitre qui donne à l’action plus d’intensité.

Hybrides

Déchirures de Sire Cédric On croise ici une jeune fille métisse indienne, tyrannisée par son père fanatique religieux, jusqu’à sa rencontre avec un être surnaturel qui la renvoie à ses racines. Cette nouvelle de 37 pages est sans doute celle dans laquelle j’ai le plus peiné à m’immerger.

Paradoxalement, j’ai choisi de vous la présenter car  le format d’une nouvelle permet rarement une bonne évolution après un début poussif.  Absolument pas convaincue aux premières lignes, j’ai été agréablement surprise par sa suite.  Elle s’est révélée poétique et dramatique, avec un final qui a su me charmer.

Carnage

Cette seconde et courte nouvelle de 10 pages est sans doute ma préférée du recueil. J’ai apprécié son sujet : un jeune garçon qui tente de prendre la défense  d’une jeune fille attaquée dans un bus par des skinheads. Mais j’ai surtout aimé son final et sa critique acerbe de notre société et de ses comportements égoïstes.  Je l’ai relue une seconde fois avec plaisir.

Au final le recueil Déchirures de Sire Cédric s’est révélée être une excellente lecture qui m’a donné envie de vite lire d’autres productions de cet auteur dont le style me plaît beaucoup.


Ici et maintenant est le premier tome de la nouvelle série de Alyson Noël, Radiance. Il s’agit en fait d’un spin off de sa série Eternels, déjà chroniquée par Serafina, qui reprend le personnage de Riley Bloom. Ne connaissant pas la série principale, ce fut pour moi l’occasion de découvrir le style de l’auteur et de me replonger dans l’univers d’un roman jeunesse. Synopsis ?

Ici et maintenant, Radiance Tome 1, de Alyson Noël

Suite à un accident de voiture, Riley Bloom, jeune fille de 12 ans, se retrouve dans « l’ici et maintenant ». Un lieu où le temps ne compte pas et est juste une succession de moments présents.  N’ayant pu suivre sa sœur dans le monde des vivants, ni ses parents dans celui des morts, elle se retrouve coincée dans l’entre-deux mondes auquel elle a bien du mal à se faire.  Après avoir retrouvé une routine familière, avec ses parents et son chien dans un quartier imaginaire ressemblant au sien, elle doit faire sa rentrée des classes. Elle y est soumise à un examen de conscience par des anges et se voit alors assignée la fonction de passeur d’âme. Elle démarre sa nouvelle carrière assistée de Bodhi, son guide, et accompagnée par son fidèle golden retriever Caramel.

En relisant mon synopsis je m’aperçois de son manque de clarté, mais je vous rassure c’est tout aussi incohérent dans le roman. On ne sait pas vraiment comment fonctionne ce monde de « l’ici et maintenant » ni qui en est l’autorité, pas plus que la raison pour laquelle Riley se trouve avec ses parents et son chien qui sont sensés, eux, être bel et bien morts et dans un autre monde. De la même manière, d’autres incohérences viennent s’ajouter tandis que la jeune fille débute son apprentissage ; ne serait-ce que cette histoire d’école qui reste très brumeuse et dont le but n’est pas franchement clair. Cependant un personnage nous promet, via Riley, que l’on comprendra en temps voulu… Espérons que ce soit dans le prochain tome parce que pour le moment, ce n’est pas encore le cas.

Ici et maintenant, Radiance Tome 1, de Alyson Noël

Couverture de la version originale, très proche mais aussi plus pertinante

L’histoire est donc simple et n’est pas sans rappeler d’autres histoires de passeurs, notamment la série télévisée Ghost Whisperer. Les caractères sont imprimés assez gros, ce qui est courant pour un livre jeunesse et les lignes sont bien aérées. Le style de Alyson Noël est léger et se lit facilement, avec une petite touche d’humour toujours présente. Tout cela rend la lecture de ce roman très rapide, peut-être même trop. Difficile de ne pas regretter un approfondissement des règles de ce monde surnaturel qui aurait pu nous éclairer un peu. L’histoire est avant tout destinée à un public jeune de pré-adolescents. En effet il sera plus facile pour de jeunes lecteurs et surtout lectrices d’apprécier le personnage de Riley. Petite peste de 12 ans, elle en présente tous les traits qui la rendront attachante : fragile sous des airs bravaches, maline, dynamique et surtout perdue dans ce nouveau monde et ses nouvelles règles. De la même manière, le sujet de la mort et de son acceptation est relativement bien abordé tout en restant drôle grâce aux réflexions de la jeune fille.

Ici et maintenant, Radiance Tome 1, de Alyson NoëlMalheureusement n’étant plus vraiment une pré adolescente, je n’ai pas pu réellement apprécier ce roman.  Beaucoup de choses m’ont paru incohérentes, les personnages m’ont semblé fades et stéréotypés, ainsi que les péripéties du trio très convenues. La couverture aux jolies couleurs bleutées ne correspond pas franchement au contenu malgré l’image d’un pont en arrière plan. Je trouve cela dommage car j’ai pourtant apprécié d’autres livres jeunesse et je pense que le potentiel de celui-ci, bien que ne traitant pas d’un sujet très original, aurait pu être bien mieux exploité.

Au final, Ici et maintenant s’avère être une lecture rapide et agréable, que je conseillerai uniquement aux fans du style de l’auteur ainsi qu’aux très jeunes lectrices.


L’heure de l’ange d’Anne Rice est un roman de Fantastique qui vient tout juste d’être édité en poche par J’ai Lu dans sa collection Darklight. Serafina avait déjà publié son avis l’année dernière, lors de sa sortie en grand format chez Michel Lafon. Pour une présentation complète de l’œuvre, je vous invite à vous référer à son article car je vais aller à l’essentiel : mon propre avis sur ce livre.

L'heure de l'ange de Anne Rice

Tout d’abord, grosse déception concernant l’aspect du livre. Il y avait pourtant l’essentiel, une belle image aux couleurs sombres, une belle présentation de la quatrième de couverture mais qui sont malheureusement gâchées par ce bandeau rouge affichant « par l’auteur de Entretien avec un vampire », bandeau qui ne peut être retiré. De la même manière et bien que je conçoive l’argument commercial, je trouve dommage de mettre le nom de l’auteur aussi en avant au détriment du titre de l’ouvrage.

Enfin passons, j’étais surtout intriguée par son contenu car, bien qu’ayant lu beaucoup de romans d’Anne Rice, je reste très mitigée sur son style. J’ai un peu peiné à entrer dans l’histoire, les 40 premières pages me semblant s’étirer de manière interminable. Mais je me suis accrochée (sans doute par habitude du style de l’auteur) et je ne le regrette absolument pas. Car si la première vision que l’on a de Toby peut nous sembler totalement plate, malgré son métier d’assassin, sa rencontre avec Malchiah lance réellement le début de l’histoire. Je pense personnellement qu’on aurait pu se passer de ces pages d’autant que le passé de Toby n’est expliqué qu’ensuite et qu’elles risquent de rebuter les lecteurs peu acharnés.

Une fois cette première partie passée, l’immersion a été totale dans l’univers descriptif de l’auteur. On y retrouve la Louisiane qu’elle affectionne tant et j’ai apprécié le changement d’époque et le voyage en Angleterre du moyen-âge. Comme le soulignait Serafina, on ne peut que saluer le travail de recherche et de documentation qu’a effectué l’auteur. Ne connaissant rien avant cela de cette période sombre de l’histoire anglaise, j’ai trouvé sa représentation très réaliste. Sans être engagé, les persécutions des juifs sont bien traduites et la religion prend toute son importance sur le jugement des situations à cette époque.

L'heure de l'ange de Anne Rice

Couverture de la version grande chez Michel Lafon

En lisant la deuxième partie du roman je n’ai pu m’empêcher de songer à l’atmosphère du film Le nom de la roseSean Connery campe un moine détective au moyen-âge. Alors que je trouvais le personnage principal inintéressant au début, il prend toute son importance dès l’apparition des personnages secondaires et ses interactions avec eux. On suit dès lors avec plaisir ses questionnements et ses réflexions tout en s’attachant aux mêmes choses que lui.

Étant considérée par mes confrères d’if is Dead comme « anti religion », j’avais de gros a priori sur sa place dans le roman. Les anges oui, mais selon la façon dont ils sont traités. Ici, je n’ai eu aucun problème, bien que certains passages m’aient paru longuets. Le personnage de l’ange pourrait aussi bien être un extra terrestre puisqu’on le décrit au final assez peu et on ne ressent pas l’engagement de l’auteur concernant la foi. Les croyances de chacun sont décrites avec justesse et les personnages sont intelligemment traités.

L'heure de l'ange de Anne RiceMon seul regret au final sera sans doute la fin du livre que j’ai trouvé très raccourcie et sombrant quelque peu dans la facilité. Cependant le livre se suffit à lui-même et peut se lire seul, je n’ai d’ailleurs pas l’intention d’en lire la suite au vu de la critique faite par Serafina.

En conclusion, L’heure de l’ange est une excellente lecture qui va sans doute plaire aux fans d’Anne Rice malgré la quasi absence de créatures surnaturelles auxquelles elle nous avait habitués. Une fois passé le cap des 40 pages pour les non initiés, il sera facile d’apprécier cette immersion dans le monde de Toby.


Le livre des choses perdues de John Connolly

Aya dans Critiques, Livres le 23 février 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Le livre des choses perdues est un roman de l’irlandais John Connoly que je connaissais de nom pour ses romans Thriller. Cette version éditée par J’ai Lu est illustrée par Perdita Corleone, choix que je trouve regrettable au vu du résultat. Par ailleurs le bas de la couverture est orné d’un gros bandeau rouge indiquant fièrement  « Grand prix de l’imaginaire 2010 » et « Prix imaginales 2010 », ce qui a tendance à vraiment me rebuter. Alors, à tort ou à raison ? Synopsis.

Le livre des choses perdues de John Connolly

En Angleterre, alors que débute la seconde guerre mondiale et les bombardements, la mère du jeune David tombe malade. Pour lui changer les idées, le garçon lui lit des contes. A sa mort, n’acceptant pas Rose,  la nouvelle amie de son père, le garçon semble perdre pied et se réfugie dans les livres qu’il finit par entendre parler. Alors qu’il a du emménager dans la maison de campagne de Rose et qu’un demi frère naît, les troubles de David augmentent et il aperçoit même quelqu’un d’inquiétant dans sa chambre. Une nuit, entendant la voix de sa mère défunte et cherchant à la rejoindre, il entre dans un monde onirique où les contes ne sont pas ce que l’on croit.

Je veux bien croire que mon synopsis ne rend en rien honneur au contenu de ce roman. Car si le début et la mise en place de l’aventure de David peuvent sembler longs, il est presque impossible de ne pas se sentir littéralement happé par cette histoire. Difficile aussi de ne pas s’attacher à cet enfant qui; ne réussissant pas à surmonter la mort de sa mère et se sentant exclu de la nouvelle cellule familiale, s’échappe à travers les histoires qu’il lit. Alors qu’il semble au début souffrir de troubles mentaux, on finit par le suivre de manière totale dans son univers onirique. J’avais commencé le roman sans conviction, et je l’ai au final littéralement dévoré, me sentant même frustrée lorsque je devais faire des pauses dans ma lecture.

Le livre des choses perdues de John Connolly

L’univers onirique est brillamment décris au travers d’une série de tableaux à l’esthétique qui rappelle forcément Lewis Caroll par son côté sombre et torturé. Les contes de notre enfance sont repris et revisités avec un cynisme particulièrement drôle. Une mention tout à fait spéciale à la version de Blanche-Neige et les sept nains qui à elle seule vaut le détour ! Cependant le point fort de ce roman qui se présente comme un conte et débute avec un brin de moquerie par « il était une fois » est qu’il arrive à nous faire passer sans fausse note du fou rire au frisson total, en l’espace de quelques pages. Les personnages décrits sont tous fouillés et représentent les thèses et antithèses de ce que l’on trouve habituellement dans les contes. Certes le chevalier est grand, beau et fort mais il n’est pas parfait et certainement pas infaillible. John Connoly a su créer des personnages oniriques dans un univers surréaliste qui se révèlent profondément humains dans leurs défauts et leurs faiblesses.

Le livre des choses perdues de John ConnollyOn suit donc le jeune David au travers de sa quête initiatique pour retrouver sa mère et on se heurte comme lui aux faux semblants et à l’incarnation de nos terreurs primaires. Du grand méchant loup à la mort brutale et violente , tout y passe.  Alors que ce livre commence comme un conte, il en désacralise tous les principes et renverse toutes les règles. Pas de happy end, pas de princesse sauvée, aucune règle morale et aucune façon d’échapper à sa peur si ce n’est en la combattant.

Le livre des choses perdues a été une véritable plongée en apnée, et en ressortir à été très difficile. Sans aucun doute ma meilleure lecture depuis quelques années et à coups sûrs un de mes livres désormais cultes. Je ne peux que conseiller à chacun de le lire et être déçue qu’il ne soit pas beaucoup plus long. Encore.


Guerrière de l’américaine Marie Brennan est le premier tome du diptyque Les Deux Sœurs, une histoire de Fantasy traduite en 2010 par Thierry Arson pour les éditions Eclipse. J’ai vraiment accroché sur l’apparence du livre. Un beau format, une belle illustration de Larry Rostant et une quatrième de couverture très attractive, bref de quoi me donner envie de me plonger dedans mais qu’en est-il du contenu ? Synopsis.

Guerrière, Les Deux Sœurs Tome 1, de Marie Brennan

Mirage est une chasseuse, une guerrière issue de l’école du Feu d’Argent qui s’ennuie, enchaînant des missions inintéressantes et trop peu dangereuse à son goût. Elle finit alors par accepter un type de mission qu’elle a toujours refusé jusqu’ici, un contrat avec des sorcières. Elle doit retrouver l’assassin de l’une d’entre elles. Miryo est une jeune sorcière qui termine son apprentissage de la magie et ne connaît rien du monde extérieur. A la fin de son épreuve d’initiation, elle apprend qu’elle ne deviendra une sorcière à part entière que lorsqu’elle aura retrouvé et éliminer son double. Pour les deux jeunes femmes, la traque commence.

Une traque, de la magie, du combat, des ingrédients simples mais efficaces  qui peuvent donner d’excellentes intrigues. Ce livre s’est lu très rapidement, je suis facilement entrée dans l’histoire une fois l’action lancée et j’avais ensuite envie d’en connaître le déroulement, mais le début ne me donnait pas vraiment envie. En effet l’intrigue nous fait suivre les deux héroïnes en parallèle, bien que l’on voit beaucoup plus Mirage malgré tout, raison pour laquelle j’ai eu du mal à accrocher, le personnage étant profondément antipathique. Elle est en effet parfaite, forte, courageuse, indépendante, capable de réussir tous types de missions et madame s’ennuie car aucune de celle proposées avant n’est à sa hauteur.

Marie Brennan

Marie Brennan

J’ai souvent vu ce genre de dérive avec les personnages féminins guerriers de Fantasy qui, pour pallier à leur sexe, sont du coup totalement caricaturaux tellement leurs capacités sont sur-développées. Cependant l’arrivée dans un premier temps du personnage secondaire d’Eclipse, un autre chasseur du Feu d’Argent, et surtout la rencontre avec Miryo permettent d’oublier un peu ces traits trop appuyés. Le personnage de Miryo est lui plus nuancé ce qui la rend plus sympathique au lecteur. Quant à Eclipse, c’est le personnage masculin inintéressant et surtout inexploité dans toute sa splendeur. Il est tellement en retrait et tellement plat qu’on en vient à se demander à quoi il sert. Je suis déçue que l’auteur n’ait pas su utiliser le potentiel de ce personnage masculin qui aurait pu apporter un contrepoids non négligeable et une profondeur dans les interactions entre les deux femmes.

L’univers de cette diptyque Les Deux Sœurs, en revanche, m’a beaucoup plu. Teinté de culture asiatique avec l’utilisation de suffixes honorifiques, il est fouillé et vraiment bien construit. La hiérarchie des sorcières est tout à fait sensée dans son articulation autours des cinq éléments (terre, air, eau, feu et néant) et la différenciation en écoles des différents guerriers est elle aussi très bien amenée. Seul bémol, le glossaire des termes qui fait quand même huit pages. On peut suivre l’intrigue sans mais on perd du coup pas mal en compréhension de l’organisation de cet univers.

Guerrière, Les Deux Sœurs Tome 1, de Marie BrennanEnfin la différence de rythme de l’intrigue m’a aussi un peu déplu. Alors que la première partie (avant la rencontre des deux femmes) est relativement lente et descriptive, la suite enchaîne action et combat très vite, bien trop vite. On a presque l’impression de sauter des passages tant les choses ne sont plus expliquées, ou trop succinctement. De la même manière, et alors qu’on avait des descriptions sans intérêt notable au début, on aimerait ici avoir des détails sur certains endroits, personnages ou rites au lieu de juste les survoler. Malgré cela j’avoue avoir été surprise par le dénouement, pas tant par son originalité mais par son explication très logique. Marie Brennan n’a pas choisi la facilité et a su amener les choses sans ce côté « c’est comme ça parce que ça doit l’être » que l’on voit parfois. Je me pose désormais question sur ce que pourra contenir le tome deux, Guerrière étant un roman qui peut se suffire à lui-même.

Au final une lecture en deux teintes mais qui reste sur un versant positif, la déception venant surtout d’un sentiment de trop peu. Reste à saluer le travail des éditions Eclipse qui proposent un très beau roman dont la couverture cartonnée contient même un marque page assorti. Rien que pour ça il mériterait de figurer sur mes étagères.


Il est difficile de ne pas remarquer sur une table La Grande Bible des Fées d’Edouard Brasey tant sa couverture vous saute aux yeux. D’un doré clinquant, presque aveuglant, le côté criard de cette ouvrage aux éditions Le Pré aux Clercs aurait de quoi en rebuter plus d’un. Cependant ce serait une erreur de s’arrêter à cette première impression tant le contenu est lui bien plus beau.

La Grande Bible des Fées d'Edouard Brasey

La Grande Bible des Fées se veut être une présentation complète de ces créatures mystérieuses que sont les fées et y réussit bien. Les textes se divisent en plusieurs parties appelées « livre ». On retrouve ainsi les livres des origines, les livres historiques (chroniques et légendes), les livres poétiques, le livre des prophétesses, le nouveau testament des fées, l’apocalypse des fées et enfin l’épilogue. De la naissance des fées, leurs origines étymologiques jusqu’à leur système monarchique et les différents types de fées existantes, tout est répertorié. Les références à d’autres ouvrages sont nombreuses et l’ensemble est donc très complet.

Ayant déjà lu pas mal de livres à propos des fées, tous traitant le sujet de manières très différentes, j’ai apprécié de lire ce qui est ici, au final, un condensé d’autres ouvrages sur la féérie. Cependant et bien que cet ouvrage ne soit pas le seul à le faire (pour exemple La Bible des Fées de Teresa Moorey), je peine grandement avec l’association « bible » et « fée ». A ma connaissance les fées ne sont pas supposées être chrétiennes ce qui a un peu gâché ma lecture de la deuxième partie de l’ouvrage.

Fée et Animaux d'Amandine Labarre pour La Grande Bible des Fées d'Edouard Brasey

Fée et Animaux d'Amandine Labarre

Les livres poétiques, assez ésotériques, marquent la fin de la partie encyclopédique des fées. Ils présentent un calendrier magique, une association des fées et des signes du zodiaque, ainsi qu’une série d’invocations dont l’ésotérisme fait gentiment sourire. En revanche la suite devient beaucoup plus chrétienne avec les termes de « prophétesses », « testament », « genèse » et « apocalypse ». Il ne manque pour ainsi dire que les apôtres. Il est difficile lorsqu’on est un peu documenté sur le sujet de ne pas s’agacer devant cette évangélisation massive de croyances païennes.

Ce n’est pas l’habitude de parler du fond avant de la forme mais je vais maintenant revenir sur l’aspect du livre. Comme dit précédemment la couverture dorée criarde n’est en rien représentative de la beauté du contenu. Illustrés par cinq dessinateurs de talent, les textes sont enluminés avec soin donnant à l’ensemble un cachet très particulier. A raison de presque une page d’illustration pour chaque page de texte, sans compter celles plus petites qui parsèment les chapitres, il est difficile de ne pas rester admirer ces œuvres en oubliant de lire.

La Grande Bible des Fées d'Edouard BraseyCependant il est regrettable que l’ensemble de l’ouvrage n’est pas été visuellement traité de la même manière. En effet, jusqu’à la fin des livres poétiques, les pages ont une belle couleur parchemin beige foncé et l’ensemble des illustrations restent dans des dominantes automnales rendant l’ensemble très apaisant.

Arrivé là, les pages sont bien plus claires et les couleurs deviennent bien plus vives créant une vraie démarcation et rendant l’ensemble bien moins agréable à regarder.

Au final La Grande Bible des Fées reste un magnifique livre aux illustrations superbes qu’il convient de lire avec un certain pragmatisme et dont la deuxième partie doit plutôt être lue comme une série de fictions fantaisistes. Un beau cadeau pour tout amateur de féérie.


Les Derniers Hommes de Pierre Bordage

Aya dans Critiques, Livres le 7 décembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage n’est pas, à la base, un simple roman, mais un roman-feuilleton. Il s’agit ici du feuilleton dans son intégralité, édité dans un même livre par Au Diable Vauvert pour la rentrée. Il reprend donc les six épisodes publiés entre 1999 et 2000, à savoir Le peuple de l’eau, Le cinquième ange, Les légions de l’apocalypse, Les chemins du secret, Les douze tribus et enfin Le dernier jugement. Évidemment l’ensemble donne quand même un pavé de 687 pages demandant un minimum d’enthousiasme et de curiosité. Alors synopsis ?

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage

Dans une Europe post-apocalyptique, les survivants de la troisième guerre mondiale essaient de survivre à travers des tribus nomades. Parmi elles, se trouve le peuple aquariote qui est le seul garant de la survie des autres tribus puisqu’il trouve, achemine et troque l’eau potable. Solman, jeune boiteux malingre de 17 ans, est le donneur des aquariotes. Possédant le don de clairvoyance il est celui qui sait et qui juge. Raïma, une guérisseuse de ce peuple atteinte de transgénose (maladie due aux radiations qui provoque des mutations physiques et mentales progressives et anarchiques), va ouvrir les yeux du jeune homme sur son peuple et sur un pressentiment, une menace : l’apocalypse.

Avant ce roman je ne connaissais pas du tout l’œuvre de cet auteur aussi n’attendais-je rien de précis de cette lecture. La couverture très sobre ne laissait pas présager de quoique ce soit. D’un autre coté à la lecture du livre, et après l’avoir terminé, je peine à imaginer ce qui aurait pu être fait à la place. J’avoue cependant concernant la forme de l’œuvre avoir été un peu surprise d’apprendre qu’il s’agissait à la base d’un roman feuilleton. Contrairement à La Ligne Verte de Stephen King, le seul autre roman feuilleton que j’ai lu par le passé, il n’y a ici aucun soin de la transition, aucune entrée en matière. On plonge dedans entièrement, et de manière assez brutale. En soit ce n’est pas une gêne pour un roman mais cela me laisse penser qu’en feuilleton, la lecture devait être assez ardue. Malgré cela le style de Pierre Bordage est très agréable à lire, il maîtrise son récit tout en restant clair et ses descriptions sont surprenantes de précisions (pourtant en règle général je les survole plutôt).

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage Librio

Le roman feuilleton était initialement disponible chez Librio, introuvable aujourd'hui

J’en viens ensuite à l’histoire. C’est sombre, c’est noueux et surtout c’est mystique. Quand on parle d’apocalypse il ne s’agit pas ici de catastrophe naturelle, mais bien de l’apocalypse au sens biblique du terme avec tout ce que ça sous entend sur le cortège d’anges et de signes annonciateurs. Alors autant je suis absolument fan de la description post apocalyptique de l’Europe qui est effrayante de réalisme, autant je n’ai pas vraiment accroché sur le coté mystique. Le fait que certains parmi les hommes possèdent des dons ne me gênait pas du tout en soit, mais le tournant qu’a ensuite pris l’histoire pour transformer Solman en un genre de sauveur des âmes n’a pas réussi à me convaincre. J’ai par ailleurs eu beaucoup de mal à accrocher avec la personnalité des personnages, pourtant bien travaillée. Le héros est au début de l’histoire bien trop raisonnable dans ses actes, ce qui certes peut s’expliquer par son don et sa position très particulière au sein de son peuple, mais qui du coup le rend un peu agaçant et peu attachant. Vu qu’on le suit quand même sur  687 pages c’est un peu dommage. Cependant le roman peut être vu comme un roman d’apprentissage, ce qui nous force à le suivre dans son acceptation physique et ce même s’il est froid. On ne peut s’empêcher de se questionner avec lui sur son don et sa place dans un peuple.

Les Derniers Hommes de Pierre BordageA coté de cet aspect très mystique de l’histoire, on ressent de manière très forte le coté anticipation de l’œuvre et tout ce que ça entraîne de questions existentielles sur l’humanité. Là où certains auteurs nous auraient laissé le bénéfice du doute quant au potentiel de l’humanité, Pierre Bordage est lui profondément pessimiste et il est difficile de ne pas se sentir déprimé par son point de vue très négatif. C’est à se demander pourquoi il a fait des survivants à la troisième guerre mondiale. Reste des questionnements très pertinents sur la place de la vérité, la place de l’écologie et de la nature dans la société moderne, la capacité d’évolution de l’homme. Dommage qu’on ne nous laisse pas choisir notre position.

Au final Les Derniers Hommes est un excellent récit, écrit par un auteur brillant mais dont l’univers particulier et les opinions tranchées peuvent dérouter. Je ne dirai pas que ce roman m’a plu mais il ne laisse pas indifférent et je pense essayer de trouver d’autre roman de cet auteur pour pouvoir me faire une opinion plus poussée. Cependant ce n’est pas une lecture facile et je ne le conseille pas à ceux qui voudraient l’essayer à la légère, comme roman de gare par exemple. Comme introduction au style d’Anticipation, il y a surement plus abordable, par contre pour les habitués que les thèmes religieux ne rebutent pas, ce roman de Pierre Bordage reste un très bon récit qui mérite largement qu’on s’y plonge.


Prémonitions de L.J. Smith

Aya dans Critiques, Livres le 23 septembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Prémonitions est un roman paru aux éditions Michel Lafon qui regroupe en fait une trilogie sortie entre 1994 et 1995 en version originale : L’Etrange Pouvoir, Les Possédés, La Passion. Vous devez déjà connaître L.J. Smith, l’auteur, qui est aussi à l’origine de la saga Journal d’un Vampire et Night World. J’avoue n’avoir lu aucun des deux et ai pu ainsi découvrir objectivement cette saga dont la jolie couverture m’avait fait de l’oeil. Synopsis ?

Prémonitions de L.J. Smith

Kaitlyn, 17 ans, est une adolescente comme les autres dont le rêve est de se faire inviter au bal de promo. Cependant, elle n’est pas du tout populaire à cause de son don : elle peut dessiner l’avenir. Fort heureusement elle est contactée par un puissant personnage, le docteur Zetes par l’intermédiaire de son bras droit pour participer à une étude sur les pouvoirs parapsychiques avec quatre autres adolescents, lui permettant par la même de changer d’école et d’état. Elle fait ainsi la connaissance de Rob, ange blond aux pouvoirs de guérison, et de Gabriel, le loup solitaire au passé torturé dont les pouvoirs semblent dangereux. Mais les choses sont loin de se passer comme elle l’imaginait et l’institut n’est peut-être pas le lieu idyllique qu’elle espérait…

La première chose que l’on voit sur un roman, c’est sa couverture et c’est avec elle que je vais commencer. La tranche comme je l’avais dit m’a attiré l’œil et ferait très bien dans ma bibliothèque. Mais concernant la couverture en elle même, c’est un pur massacre photoshopé. Une photo retouchée pour faire plus mystique, un décor avec la mention « quand on ne sait pas quoi faire, on met un gros rideau« . Le vrai problème étant aussi la matière choisie pour cette couverture qui garde la moindre trace de rayure ou d’empreinte digitale bien visible en pleine lumière et c’est bien dommage.

Ainsi donc on suit Kaitlyn la fabuleusement belle sorcière (l’auteur le répète bien 10 fois pour être sure que l’on ait cerné le personnage) dans ses déconvenues et bien entendu, livre pour adolescents oblige, ses aventures sentimentales. La narration étant faite à la troisième personne tout au long de la trilogie, il est difficile de s’attacher au personnage principal tant celui-ci nous paraît fade. On a l’impression que l’auteur idéalise sa propre création. De la même manière le triangle amoureux formé par l’héroïne, Rob et Gabriel est vide de toute surprise pour peu que l’on prenne le temps de lire avec un esprit critique. Le style de l’auteur loin d’être désagréable, se lit aisément mais on ne peut s’empêcher de regretter ce manque de piquant dans la narration.

Prémonitions de L.J. SmithCes tares se retrouvent malheureusement sur tous les points. Le scénario pêche par son air de déjà vu et son début rappelant étrangement les X-Men. Les différentes péripéties s’enchaînent comme une musique trop souvent entendue et on en vient à se demander quand on va pouvoir passer à autre chose. Heureusement la deuxième partie de la trilogie rehausse un peu le niveau avec une fuite bien menée, mais on retombe rapidement sur des lourdeurs scénaristiques peu digestes. Si le livre n’avait pas regroupé les trois tomes, il y a fort à parier que je n’aurai pas pris la peine de continuer ma lecture passé la première partie.

Les personnages eux aussi souffrent d’un manque d’originalité et de caractère. Les trois héros sont stéréotypés au possible : le gentil est blond, le torturé est brun et l’héroïne hésitant pour ne dire que ça. Quant aux personnages secondaires ils sont pour ainsi dire inexistants aussi bien concernant leurs pouvoirs que leurs personnalités.

Au final Prémonitions de L.J. Smith est un roman pour adolescents sans grande surprise. Agréable à lire, on peut tout au plus le conseiller aux adolescent(e)s pour passer les grandes vacances. Je ne doute pas que certains aient pu adorer cette trilogie mais même en visant un public jeune, ce n’est pas le premier roman que je pourrais conseiller.


Bien avant qu’un certain James Cameron ne fasse un film du même nom, Avatar désignait une série animée américaine que l’on a pu découvrir sur TF1 à partir d’août 2005. C’est cette série, dont le titre complet est en fait Avatar: Le Dernier Maître de l’Air, qui vient tout juste d’être adaptée au cinéma par M. Night Shyamalan. Sans doute afin de ne pas porter à confusion, le film est simplement sorti sous le titre Le Dernier Maître de l’Air. Synopsis, voulez vous.

Le Dernier Maître de l’Air, Avatar Livre I, de Night Shyamalan

Quatre nations peuplent le monde : celle de l’air, de la terre, de l’eau et du feu. L’équilibre est sensé régner entre ces quatre pouvoirs mais ce n’est plus le cas depuis la disparition un siècle plutôt de la nouvelle réincarnation de l’Avatar, personnage capable de maîtriser les quatre éléments. En effet la nation du feu exerce depuis son emprise sur les deux autres nations restantes, celle de l’air ayant été annihilée pour détruire le nouvel Avatar. Un jeune garçon de 12 ans, Aang, est retrouvé avec son bison volant dans un immense iceberg du pôle Sud par deux adolescents : Katara et son frère Sokka. Il s’avère rapidement qu’étant le dernier maître de l’air, Aang est l’Avatar que cherche à détruire la nation du feu. Commence alors une quête pour les trois enfants qui permettra à Aang de maîtriser les quatre éléments et de rétablir l’équilibre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons brièvement de la série Avatar. Créée par les américains Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko, elle est souvent présentée à tort comme un dessin animé exclusivement américain rivalisant avec les animés japonais. Cependant, il faut tout de même rappeler que l’animation de cette série est prise en charge par un studio coréen. La série se présente en trois livres d’une vingtaine d’épisodes. Le film qui vient tout juste de sortir ne concerne que le premier livre de la série.

Côté scénario, rien de bien transcendant, on a des adolescents menant une quête de pouvoir dans un monde dominé par les principes du Ying et du Yang. Mais d’entrée je vous annonce la couleur : ce film (vu en 3D pour le coup) est la pire chose que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma, et ce alors que je suis quand même allée voir les adaptations de Twilight et de Harry Potter ! J’ai failli sortir de la salle, ce qui ne m’avait encore jamais traversé l’esprit pendant une séance. Je me suis bien entendu poser la question habituelle, « aurais-je pu apprécier le film si je ne connaissais pas la série », mais à priori non.  Enfin comparons rapidement les deux formats.

Le Dernier Maître de l’Air, Avatar Livre I, de Night Shyamalan

L’univers présenté par la série est donc fondé sur les quatre éléments et repose sur des principes d’équilibre. Les références les plus évidentes sont chinoises mais d’une manière générale toutes asiatiques : écrits, architecture, philosophie, technique de combat et costumes. Chaque peuple possède ses caractéristiques, sa culture, sa mentalité. Ainsi, on se retrouve par exemple avec une nation du Feu dont le peuple est très discipliné, qui récompense le courage et la force, et que l’on voit surtout au travers de ses armées. Série pour enfant oblige, ce sont eux qui vont jouer le rôle des méchants. Face à eux, on retrouve trois autres peuples, tout aussi typés, et très connotés gentils.

Bien entendu, ce côté très typé des peuples est conservé dans sa version cinématographique. Cependant, là où le bât blesse, c’est qu’on peut tout de même se poser des questions sur d’éventuels sous entendus raciaux. Les méchants qui ne connaissent pas le mot diplomatie sont tous incarnés par des arabes, ou alors des hindous, tandis que, bizarrement, les gentils sont tous américains. On pourrait argumenter sur le fait que le peuple arabe vit dans des pays chauds, mais alors pourquoi les gentils qui dans la série ressembleraient plus à des esquimaux sont devenus blonds aux yeux bleus ? J’exagère à peine.

Le Dernier Maître de l’Air, Avatar Livre I, de Night ShyamalanNoah Ringer, est dans la série un jeune garçon de 12 ans qui passe son temps à rire, s’amuser et qui a fuit son rôle d’Avatar par peur des responsabilités, normal c’est un enfant. Ici il semblerait que l’acteur choisi pour le rôle ait un problème avec le fait de sourire. Il est juste chiant à mourir. La psychologie de son personnage est inexistante « quoi, j’ai fui il y a 100 ans les responsabilités dans un monde en paix mais maintenant je dois me battre car c’est la guerre ? … ok ». Katara, jouée par Nicola Peltz, maître de l’eau sans formation, est un personnage agaçant dans la série mais auquel on s’attache. L’actrice choisie me va, puisqu’ils sont tous devenus américains, mais alors le personnage… Fade au possible, elle n’a juste aucun trait intéressant ou un tant soit peu fouillé. Enfin Sokka joué par Jackson Rathbone est l’élément comique du groupe dans la série mais n’a ici juste aucun intérêt. Il fallait trois personnages donc il est là, mais sinon, ce serait pareil.

Alors que la série a pris soin de fouiller le caractère de chaque personnage, leur réservant parfois des épisodes et évitant les raccourcis faciles (non les méchants ne sont pas juste méchants pour le plaisir, ils ont une bonne raison de l’être), le film se contente de très peu… De plus, niveau jeu d’acteur, tout est mauvais. C’est dit je n’aurais plus besoin de le répéter. Des personnages importants sont passés à la trappe et d’autres ont juste un rôle figuratif, je pense notamment au singe Momo ou au bison volant Appa que l’on entraperçoit de temps en temps, histoire de dire qu’ils étaient bien présents.

Bon on va me répondre que c’est une adaptation librement inspirée et tout ça, m’enfin ça n’excuse pas tout le reste. L’histoire qui se tient parfaitement dans la série souffre dans le film de raccourcis multiples rendant les choses incohérentes. Cela se voudrait pourtant parfaitement enchaîné grâce à l’usage d’une voix off pour résumer les morceaux manquants. Sauf que ça ne prends pas, on a juste l’impression d’avoir des scènes qui s’enchaînent comme si on manquait la moitié des épisodes d’une série, et qu’on essayait de la reprendre en cours. Bon ok, ça marche pour les Feux de l’Amour mais c’est à peu près tout.

Le Dernier Maître de l’Air, Avatar Livre I, de Night Shyamalan

Reste l’intérêt visuel du grand écran. La série originale est jolie et l’animation de qualité, mais c’est vrai que certains effets spéciaux valent le coup du grand écran. Il est juste dommage que la 3D ne soit pas du tout mise en valeur.

Au final le film ne rend pas hommage à une série qui sous ses dehors enfantins est de grande qualité tant au niveau scénaristique que graphique. Je la conseille vivement même si le côté pour enfants, notamment sur les gags faciles, peut agacer. Le Maître de l’Air quant à lui, se destine à des petits qui n’iront pas chercher une logique profonde à l’histoire et regarderont surtout les images. Presqu’aucune violence dans les combats et des raccourcis improbables. Pour ma part une déception monumentale.