La Mémoire dans la peau de Robert Ludlum

Serafina dans Critiques, Livres le 16 février 2010, avec 6 commentaires
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La Mémoire dans la peau est un roman d’espionnage publié en 1980. Ce roman est extrêmement estimé, et est régulièrement classé parmi les meilleurs thrillers d’espionnages anglo-saxons. Robert Ludlum a beau être un des deux auteurs fétiches de mon père, je n’en avais jusqu’à présent jamais lu. J’ai longtemps voulu en découvrir, et puis dabYo m’a offert La Mémoire dans la peau. Un beau pavé de 650 pages, sans pages blanches. Synopsis ?

La Mémoire dans la peau de Robert Ludlum

La Mémoire dans la peau c’est l’histoire d’un amnésique, repêché au large de Marseille. Il ne sait ni qui il est, ni ce qu’il fait là. Par contre, il a un microfilm dans la hanche, lui donnant l’adresse d’une banque à Zurich. Bien décidé à découvrir qui il est, il se met en route. Commence alors pour notre héros une course poursuite haletante. Car ceux qui l’ont mis à la mer sont bien décidés à achever leur travail !

Voila, pour le synopsis. Si vous êtes un habitué du cinéma, vous reconnaissez aussi le synopsis du film qui porte le même nom, avec Matt Damon qui incarne le héros. C’est d’ailleurs une adaptation très très libre, mais nous parlerons de cela dans un autre article. Toujours est-il que je ne sais pas trop par où commencer cette critique. Alors, on va pas faire dans la dentelle.

The Bourne Identity from Robert LudlumLa Mémoire dans la peau est le meilleur livre que j’ai lu depuis très longtemps. Je dirais même depuis un an et demi, car le seul livre que je place au même niveau c’est Les Noces Pourpres de Georges R. R. Martin ! Si vous suivez ce blog, vous comprenez aisément la portée de cette phrase et vous n’avez plus qu’à courir chez votre libraire pour vous procurer ce bouquin. Sinon, je vais vous expliquer pourquoi vous devriez le faire !

Tout d’abord, ce roman de Robert Ludlum immersif, on suit avec intérêt notre héros, on essaie nous même de recoller les bouts et de comprendre ce qu’il se passe grâce aux indices laissés par l’auteur. Ce dernier d’ailleurs, nous mène de fausse piste en fausse piste, et pile quand vous pensiez avoir compris, il vous montre une scène  qui vous renverse votre théorie  et vous dirige dans une autre direction. Ici aussi, nous suivons plusieurs points de vues, notre héros, mais aussi ses poursuivants. Ces différents points de vues permettent d’augmenter la tension qui règne. On assiste à la mise en place des pièges et on voit notre héros se jeter dedans !

Bref, on est tenu en haleine d’un bout à l’autre. En plus de cela, on peut dire que Ludlum est documenté. Enfin, je ne suis pas experte, mais quand il nous décrit les procédures de sécurité des banques suisses, on s’y croirait ! De même quand on découvre le formidable réseau mis en place par un terroriste, on est abasourdi devant les mécanismes en présence. Alors, certes, je suis novice en romans d’espionnage, donc, peut être que cela joue, mais on a vraiment l’impression que rien n’est laissé au hasard. De même j’ai beaucoup apprécié le coté psychologique et médical. C’est à dire les processus utilisés par le docteur qui recueille le héros pour l’aider à retrouver la mémoire, ou une intervention plus vers la fin (je ne vous en dis pas plus pour vous garder la surprise). Ludlum en tout cas est pointu sur les mécanismes d’espionnage, sur les systèmes de sécurité ou sur la psychologie, je ne peux que saluer tout cela !

Un point qui m’a un peu fait peur au début, c’est que le roman se passe à la fin des années 1970. J’avais peur de trouver la chose un peu vieillottes. Vous savez, aller fouiller dans les fiches écrites à la main, chercher la cabine téléphonique, tout cela pour une fille qui est née avec un PC et un portable (j’exagère….) ça me faisait un peu peur. Mais que nenni ! Grâce à la précision de l’auteur, on entre très vite dedans, et on oublie que maintenant, 50% de l’intrigue se déroulerait dans une seule pièce avec un PC et Google. En tout cas le roman est vraiment ancré dans son époque.

La Mémoire dans la peau de Robert Ludlum

Certaines racines remontent en effet à la guerre d’Algérie, la guerre du Viet-Nam joue un rôle important, on est dans le climat terroriste de la guerre froide, la bande à Bader est mentionnée plusieurs fois. Bref, pour quiconque ayant des notions sur l’époque, il est très facile de prendre ses marques et de retrouver l’ambiance politique assez tendue de cette décennie. En plus, la plus grosse partie du roman se passe en France, notamment à Marseille et à Paris, il est donc encore plus facile pour le lecteur Français de prendre ses marques.

On pourra peut-être reprocher la psychologie assez simpliste des personnages, nous sommes dans un roman d’action et il est vrai que les personnages surtout secondaires sont un peu simplistes, mais on ne peut pas tout avoir. En tout cas, personnelement, j’ai été absolument conquise par ce roman et cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant happée par un titre. Je vous le conseille à tous. Et même si vous avez vus les films, rassurez vous, l’histoire est tellement différente que vous pouvez lire le livre, vous ne vous ennuirez pas ! En attendant, j’ai hâte de lire la suite, La Mort dans la peau.


L’art de la mémoire est le deuxième tome de la série le Parlement des Fées de John Crowley. J’ai lu et chroniqué il y a peu le Tome 1, l’Orée du Bois, et c’est ainsi que j’ai directement enchaîné avec la suite. En effet comme ce n’est en fait qu’une seule et même histoire… coupée en deux parties. Nous retrouvons donc cette famille si particulière que sont les Drinkwater pour la conclusion de cette aventure. On suit majoritairement Auberon, le fils de Smocky.

L'art de la Mémoire, Le Parlement des Fées, de John Crowley

Premier constat, les allez-retours dans le passé sont terminés. L’histoire est majoritairement ancrée dans le présent, et tant mieux, ça fait moins mal à la tête. Cela n’empêchera évidemment pas l’auteur de balancer des ellipses sans nous prévenir, nous découvrirons au détour d’un paragraphe qu’en fait, on vient de rater deux ans. Mais dans l’ensemble c’est quand même moins chaotique qu’au début, en plus il y a un arbre généalogique au début du tome, ce qui aurait bien été utile dans le premier.

Nous rencontrons pas mal de nouveaux personnages tels que Ariel, Sylvie ou encore Russel. Le problème c’est que même une fois fini, je ne comprends absolument pas quel était leur intérêt pour la plupart. La palme revenant à Russel, je n’ai absolument pas la moindre idée du pourquoi du comment. De plus ces nouveaux personnages apportent de nouvelles intrigues au roman, ce qui rend encore plus difficile la compréhension. C’est quand même très dommage. On a encore une fois l’impression de se faire totalement balader tout au long du roman. Il y ‘a un moment où on arrête tout simplement de chercher à comprendre et on se laisse bercer.  Les retournements de situations et les révélations semblent généralement sortis de nulle part et on ne comprend pas pourquoi. Peut être que de toute manière il n’y a pas de réponse, mais j’ai quand même eu l’impression de passer à coté de certains éléments.

L'art de la Mémoire, Le Parlement des Fées, de John CrowleyLe style est encore une fois assez lent, assez calme. On a l’impression de voir à travers un rêve. Sauf peut être les passages centrés sur Ariel et Russels, qui feront les seules scènes d’action du livre. Pour le reste, le coté onirique de Edgewood -le nom de la forêt où se déroulent les événements- reste le même. Alors que d’un autre côté, pour la première fois nous avons le point de vue de personnages au cœur de la Cité, qui elle est évidemment crade, l’endroit de la déchéance, etc… Le livre semble ici avoir une portée écologique que je n’aurais pas soupçonnée au premier abord.

Le livre comporte des passages très intéressants techniquement parlant. Les techniques de narration, par non-dit sont recherchées et originales, on découvre aussi de très belles mises en abîme qui au final nous permettent de mieux comprendre l’histoire qu’on lit. L’auteur fait référence à de nombreux courants de pensées, un peu new age, où les invente, que cela soit le concept d’Acte, ou bien le principe de l’Art de la mémoire. L’auteur semble très calé, et son livre peut par moment atteindre une portée philosophique. Bon j’avoue ne pas avoir compris le concept d’Acte par contre…

Little, Big, John Crowley

Le problème, c’est que tout ça c’est bien beau, mais le lecteur lui, il s’ennuie quelque peu. Il commence par lutter. Les interrogations intrinsèques aux personnages finissent vite par lasser, surtout quand cela s’étend sur de nombreuses pages.  L’intrigue a du mal à nous tenir en haleine pendant les 400 pages que comporte le livre. On sent monter une tension au début de la troisième partie, mais elle retombe vite à cause des -trop- nombreuses longueurs. Quant à la fin, c’est un parfait effet soufflet, cela retombe très vite, on s’attend à quelque chose de grand, de gros, mais au final… Rien, le néant.

Le livre se finit donc sur une déception non dissimulée. Cela reste une lecture complexe, qui nécéssite sans doute plusieurs lectures avant de prétendre l’avoir réellement comprise. Cependant, au vu de cette première approche, je ne pense pas le relire un jour. Le livre typique à mettre dans la catégorie On accroche ou on accroche pas, en somme.


L’année dernière, ou celle d’avant, je vous avais parlé de la saga Les Archives de Roshar, écrite par Brandon Sanderson. Le premier tome La Voie des Rois avait été un de mes coups de coeur cette année là, du coup lors de la sortie de la suite Le Livre des Radieux, je n’ai pu que me précipiter dessus. Synopsis ? – Garanti sans spoil –

Sur Roshar des tempêtes terribles rythment les saisons. Tandis que les jours s’écoulent plus ou moins doucement dans la capitale, une guerre secoue les Plaines brisées suite à l’assassinat il y a 8 ans du roi par les alliés Parshes. Depuis les événements du premier tome, nos héros ont compris que les choses allaient changer et qu’il allait falloir unir les différentes puissances pour lutter contre un ennemi commun.

Alors oui c’est flou, mais difficile de ne pas spoiler. Toujours est-il que reprendre les Archives de Roshar fut un plaisir sans nom. Après plus d’un an, a lire de nombreux autres livres, dès les premières pages j’étais chez moi. J’étais dans un monde que je n’avais jamais vraiment quitté, je revoyais des personnages avec plaisir. Peu de saga peuvent se vanter de me happer dès les premières pages sans le moindre résumé ni la moindre aide pour me rafraichir la mémoire. Il faut dire que le premier tome était dense : deux parties de 800 pages, cela faisait donc déjà près de 1500 pages que je suivais Kaladin, Shallan et les autres. Leur souvenir était vif, et c’est comme si j’avais tout enchainé à la suite.

Cela note la très grande qualité de ce livre et la force de ses personnages. Sans aller jusqu’à comparer à un Trône de Fer, on n’en est tout de même pas loin. On a découvert pléthore de personnages dans le premier tome qu’on continue a suivre ici, avec des chapitres aux points de vue alternés qui donnent donc un bon rythme au récit. Tout comme pour La Voie des Rois, Les Archives de Roshar a été découpé en deux parties de 800 pages chacunes, cette première partie est donc une montée en puissance. On commence assez calme, avec bien sur les conséquences du tome précédent, et on sent monter l’action petit a petit, qui se dénouera probablement dans la deuxième partie.

Ce n’est donc pas une partie trépidante a proprement parler : peu de combats, mais beaucoup de politique et beaucoup d’approfondissement des personnages et de l’univers. Avec bien sur son lot de retournements de situations !  Oui, Brandon Sanderson prends près de 800 pages pour placer ses pions, mais c’est aussi pour cela qu’il sera si facile de reprendre la lecture et que nous avons l’impression de vivre avec nos héros. Et bon, peut être que la comparaison avec G.R.R. Martin n’est pas si lointaine après tout … Cette première partie est avant tout centrée sur Kaladin et Shallan, Dalinar passant un peu au second plan, mais Adolin son fils est aussi mis en avant. Nous suivons aussi pour la première fois l’autre camps, celui des Parshes. En effet, comme je vous l’avais dit lors du premier tome, Les Archives de Roshar, c’est de la fantasy, dans un univers medfan, oui. Mais pas cliché. Et évidemment, les méchants ne pouvaient pas juste être « les méchants ». Je ne vous en dit pas plus mais sachez que c’est très interessant et très bien amené.

Vous l’aurez compris, cette première partie du deuxième tome ne fait que confirmer ce que je pensais de cette saga, c’est un excellent univers, un excellent auteur et les personnages sont au top. Cela faisait longtemps que je n’avais pas relu de saga de fantasy à ce niveau. C’est réellement un roman que je vous conseille, si les pavés ne vous font pas peur ou si vous avez été désenchantés de la fantasy.

Et vous, l’avez vous lu ?


Trois oboles pour Charon de Franck Ferric

dabYo dans Critiques, Livres le 6 janvier 2015, avec aucun commentaire
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Qu’il fait plaisir de voir un auteur que l’on suit depuis ses débuts signer avec une maison d’édition aussi réputée et culte que les éditions Denoël. Il y a plusieurs années maintenant, Serafina découvrait Franck Ferric avec La Loi Désert et depuis lors, je crois bien avoir lu tout ses autres ouvrages. Cette fois, c’est donc dans la collection culte du genre de l’imaginaire qu’on le retrouve avec Trois oboles pour Charon, son troisième roman. Au programme, des dieux, un homme face à son destin et à l’absurdité de la vie. Assurément des thématiques chères à l’auteur. Le tout avec une superbe couverture Bastien Lecouffe Deharme. Synopsis.

Trois oboles pour Charon de Franck Ferric

Sisyphe est un homme qui a jadis voulu aller plus haut que sa condition, et qui en défiant les dieux, a fini par se brûler les ailes. Depuis, il est condamné à revivre sans cesse les mêmes moments tragiques de la vie: naître en période de guerre, et y mourir comme un chien, sans raison, des mains d’un soldat de tel ou tel camp. Charon le passeur a la difficile mission de lui refuser le passage vers l’au delà et à le renvoyer sans cesse parmi les vivants.

L’histoire de Trois oboles pour Charon va donc être centrée autour du personnage de Sisyphe et de sa condamnation par les dieux. Ce dernier n’a de cesse de se réveiller parmi les cadavres de la guerre et ce à toute époque, et nous allons le suivre à certains moments clefs de l’histoire humaine. Car il ne revit pas les mêmes moments historiques, mais simplement les mêmes conditions: celles d’un champ de bataille où deux camps humains s’étripent et se déchirent pour des raisons qui souvent paraîtront futiles par la suite. Son corps lui se souvient des marques du passé, il est ainsi recouvert de cicatrices, tatouages et autres marques que les hommes peuvent s’infliger, allant des blessures de guerre aux marques de l’esclavage.

Franck Ferric

Franck Ferric

Nous allons donc sauter d’époque en époque, allant de la Rome antique conquise et vaincue par les barbares aux guerres, par la soumission des païens par les catholiques ou des passages plus modernes de colonisation. Cela ne s’arrête pas là puisque le roman vire ensuite à l’anticipation, enfin, plutôt au post Apocalyptique. Franck Ferric y livrant une certaine vision de ce que deviendra l’humanité, un endroit où finalement la guerre n’est jamais bien loin. Nous ne sommes pas vraiment face à un roman du genre, et en dehors du postulat de l’existence des dieux, on peut sans doute qualifier le roman de fiction.

La narration est faite à la première personne du singulier, directement par la voix de Sisyphe et il faut bien avouer qu’au début, c’est assez déroutant. On finir par s’y habituer mais du coup, comme il y a quelques séquences de description de là où le personnage se réveille, ça porte parfois à confusion. Ce qui m’aura sans doute le plus gêné, c’est peut être la fréquence avec laquelle l’auteur nous rappelle que le temps marque la chair. Quelque chose ne faisait pas naturel, j’avais l’impression qu’il y insistait un peu trop.

Trois oboles pour Charon de Franck FerricMais c’est sans doute l’un des rares points noirs du roman. Car on pourrait à la base être perplexe sur un scénario où le héros perd systématiquement la mémoire. Et pourtant il n’en est rien, Franck Ferric arrive à donner du rythme à son histoire, on est vraiment plongé dans les différentes époques et certaines, surtout celles éloignées où la civilisation était à ses balbutiements, sont vraiment réussies.

J’ai dévoré Trois oboles pour Charon de Franck Ferric et après un début un peu chaotique, difficile à appréhender, on fini par être happé par cette histoire. On se demande comment tout cela pourra bien finir, et c’est sans doute là la clef de l’histoire. Les thèmes de l’auteur sont peut être proches de ceux dont il avait déjà traité, mais il le fait avec talent tout en évitant de tomber dans la redite. Vivement le prochain.


Les disparus de Shangri-La de Mitchell Zuckoff

Le récit véridique d'une incroyable aventure de survie, rien que ça !

Serafina dans Critiques, Livres le 11 septembre 2012, avec aucun commentaire
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Les disparus de Shangri-la de Mitchell Zuckoff est un roman inspiré d’une histoire vraie qui est sorti au printemps en France aux éditions Flammarion. Vendu comme un « roman d’un véritable récit de survie », avec sa couverture plutôt agréable dans son genre et mon envie de changer un peu de la Bit-Lit et ses amis, j’ai décidé de le lire. Synopsis ?

Les Disparus de Shangri-La de Mitchell Zuckoff

1945, Nouvelle Guinée, un peu par hasard, une vallée verdoyante, inaccessible et apparemment coupée du monde depuis des siècles est découverte lors d’un vol. Elle est habitée par des hommes, dont le mode de vie n’a pas changé depuis longtemps, que les soldats taxent vite de « sauvages ». Des vols de loisir s’organisent pour la survoler et la découvrir afin de tromper un peu l’ennui d’une guerre qui s’enlise. Sauf qu’un de ses vols se  passe mal, s’écrase, ne laissant que 3 survivants, loin de toute base, livrés à eux même.

Les Disparus de Shangri-la est un bel objet, avec sa couverture délicatement en relief, ses jolies entêtes de chapitre et on ne peut que saluer le travail des éditions Flammarion à ce sujet. Le livre est parsemé de photos d’époque, ce qui est plaisant et permet de mettre des visages sur les personnages. Bref là dessus rien à dire.

La première chose qui marque, c’est à quel point le travail abattu par l’auteur est important. Il a collecté des centaines de témoignages, de coupures de presse et autres documents d’époque pour retranscrire au mieux ce qu’il s’est passé à l’époque. De cette manière il s’assure de ne pas trahir la mémoire de ceux qui l’ont vécu, et c’est réellement à saluer. Du coup, le livre est truffé de notes qui renvoient aux annexes. Pas ou peu de libertés sont prises, notamment quand on suit les pensées des personnages, pas toujours exemptes de racisme, les preuves sont citées.

Lost In Shangri-La Mitchell Zuckoff

Sauf que le fait de coller à ce point à la réalité et de tout justifier fait qu’on a plus l’impression d’être face a un documentaire qu’à un roman. Le style est très journalistique, et à se justifier tout le temps on perd la spontanéité, la profondeur et l’intérêt d’un roman. S’il est bon de savoir que voilà, c’est une histoire vraie, le terme de roman me semble du coup assez discutable. Les descriptions trop factuelles des personnages m’ont empêchée de m’attacher ou de m’identifier à eux. La citation de chacun des soldats de l’équipe de secours, de leur age et de leur lieu de naissance m’a totalement perdue.

Le récit en lui même n’est pas inintéressant. Je ne connaissais pas cette vallée, ni cet épisode qui pourtant semble avoir eu un sacré retentissement au delà de l’Atlantique. Il permet notamment de se familiariser avec ce passage de la seconde guerre mondiale, de découvrir les WAC, ces femmes engagées dans l’armée, et la vie en nouvelle guinée. Le peuple découvert à Shangri-La est aussi intéressant, cependant l’analyse anthropomorphique est très succincte, on nous livre deux ou trois croyances, le mode de vie, et basta, du coup sur ce point non plus le livre ne m’a pas convaincue.

Les Disparus de Shangri-La de Mitchell ZuckoffIl faut aussi dire qu’il est assez orienté vers la glorification de l’armée américaine et que ce n’est pas forcément un truc que j’apprécie. On a l’impression d’être dans un de ces blockbusters américains, ou dans l’armée c’est trop cool, et même quand tu flirtes avec la gangrène c’est cool, c’est se surpasser et tout. Cette vision unilatérale m’a un peu blasée.

Du coup, c’est une impression en demi teinte. J’ai appris des trucs, le travail est à saluer, mais pour moi il ne remplit pas son rôle de roman d’aventure, restant trop journalistique, trop factuel et empêchant par la même de s’attacher aux personnages. J’aurai donc du mal à conseiller la lecture du roman de Mitchell Zuckoff, tant ce dernier se démarque d’un véritable roman. Après, si c’est dans un but plus documentaire, pourquoi pas, mais il y a peut être plus complet…


Cowboys et Envahisseurs de Jon Favreau

dabYo dans Critiques, Films le 7 septembre 2011, avec 3 commentaires
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Je dois avouer que je ne sais pas trop comment commencer cette chronique de Cowboys et Envahisseurs. Réalisé par Jon Favreau à qui l’on doit par exemple Iron Man 2, ce blockbuster hollywoodien allie deux thématiques que nous aimons beaucoup ici, le Western tout d’abord, et les extra-terrestres et leur côté Science-Fiction ensuite. Avec un casting dans lequel on retrouve Harrison Ford, le film a à priori tout pour plaire. Mais peut on réellement allier deux thématiques aussi éloignées sans y laisser quelques plumes ? Synopsis.

Cowboys et Envahisseurs

Quand Jake se réveille, il est étendu dans le désert d’Arizona, blessé et il semble bien avoir perdu complètement la mémoire. En plus de ne même pas se souvenir de son nom, il n’a aucune idée du pourquoi de sa blessure, ni d’où peut bien sortir le bracelet incassable qui enserre son poignet gauche. S’est il évadé d’une prison ? Qu’importe, il rejoint le bled du coin où le fils de l’éleveur joue à l’enfant gâté et tyrannise les commerçants, abusant de la position de son père.

Bon, vous vous en doutez, si le titre du film parle d’envahisseurs, c’est bien parce que des aliens tout moches vont finir par pointer le bout de leur nez. Et que le bracelet de notre héros n’y est sans doute pas totalement étranger. Mélanger deux thématiques aussi éloignées, que ce soit par les époques purement historiques, ou par les genres au cinéma, n’est pas une chose aisée. Pour le réussir, il faut non seulement une bonne réalisation, de bons acteurs, mais surtout un scénario crédible.

Daniel Craig dans Cowboys et Envahisseurs

Je dois avouer que la réalisation générale de Cowboys et Envahisseurs est plutôt réussie. Les plans ne sont pas spécialement géniaux, mais corrects, et l’ambiance du far-ouest américain est vraiment bien retranscrite. Les premières scènes, très Western, sont réussites bien que modernes, les décors sont léchés. On allie quelque peu le côté statique d’antan à des scènes plus musclées. A ce background « historique » s’ajoute bien entendu les effets spéciaux, qui sont là encore, plutôt bien dosés. Il n’y a pas de cheap d’une manière générale, et l’effort a été fait pour que les aliens fassent crédibles. Je dois d’ailleurs dire qu’ils sont plutôt réussis, ces derniers étant agréablement repoussants et dégoutants.

Olivia Wilde dans Cowboys et Envahisseurs

Le défis était de taille: incarner deux clichés en même temps. Arriverez vous à les deviner avant d'avoir vu le film ?

Le côté authentique est plutôt bien renforcé par le jeu de Daniel Craig, qui fait très bien le baroudeur. Malheureusement, s’il rempli bien sa tâche, il faut bien avouer qu’il reste assez transparent comme acteur et qu’il ne marque pas en tant que héros, et encore moins en tant que « bad boy ». Harrison Ford avec qui il partage l’affiche nous fait du Harrison Ford, une sorte de vieux roc, personnage qui a gagné le respect à la force de ses bras. Mais là encore, c’est sans réelle étincelle. Il n’y a pas de faux pas, mais rien de transcendant. Sa meilleure scène étant son introduction, clin d’œil aux débuts des Indiana Jones qui ravira les fans. On termine le casting des acteurs principaux avec une Olivia Wilde qui incarne parfaitement son personnage… insipide à souhait. Sorte de mary-sue des Western qu’elle joue parfaitement et sans doute inconsciemment. Juste imbuvable. En fait, elle incarne en même temps dans ce film les deux types de filles insupportables qu’on retrouve dans les Western et dans les films de Science-Fiction. Un coup de maître.

Mais bon, peut on réellement lui reprocher un personnage aussi raté ? Car si tout semble correct sans réellement briller, c’est aussi parce que ce qui aurait du faire corps et transformer l’essai en bon film est complètement absent. Le scénario manque de punch, il est d’un classicisme exaspérant, aux rebondissements prévisibles comme pas deux. Du coup, même si cette petite invasion alienne est plutôt bien justifiée, avec un prétexte et un background plus ou moins crédibles, le tout en devient affreusement nanar-esque. Quel dommage, car peut être qu’un peu plus de folie aurait aidé et permis de réunir ces univers tellement différents. C’en est vraiment ridicule.

Cette impression est sans aucun doute renforcée par le côté très premier degré de Cowboys et Envahisseurs. Il n’y a aucun élément qui laisse penser qu’il y a plusieurs lectures des scènes, et certaines sont bien trop sérieuses pour ne pas prêter à rire devant un tel ridicule. La plupart des histoires en parallèle de l’invasion sont beaucoup trop pathétiques pour passer. Des scènes qui n’arriveront même pas à nous faire réellement rire, juste nous exaspérer.

Harrison Ford dans Cowboys et Envahisseurs

J'ai cherché des images drôles, mais j'en ai pas trouvé.

Au final, je suis très perplexe sur ce Cowboys et Envahisseurs. Le film est à la fois trop réussi et trop peu. Trop réussi pour être marrant et fun à regarder, mais trop classique pour ne pas être ennuyant à mourir. Avec ses presque deux heures de « spectacle », il faut vraiment s’accrocher pour ne pas avoir envie de passer à autre chose. Heureusement, le prix du ticket m’en a dissuadé.


Emily The Strange est un personnage bien connu des (go)goths et autres assimilés. Et pour cause, la petite fille maussade, à la base née sur un sticker, a depuis une BD et bon nombre de produits dérivés à son effigie. Ici c’est d’un livre dont nous allons parler, le premier d’une série de quatre, titré Les Jours Perdus et écrit par Rob Reger. Sorti en été 2009 aux États-Unis il est sorti il n’y a pas très longtemps ici et évidemment je l’ai lu. Synopsis ?

Les jours perdus, Emily The Strange Tome 1, de Rob Reger

Une jeune fille se réveille sur un banc à Blackrock, amnésique. Ses seules possessions sont de quoi écrire et un lance-pierre. Fort étrange. Dans son exploration de la ville, elle va découvrir pas mal de choses étranges, tout en essayant de retrouver la mémoire, entre deux réparations de machine à café.

Je suis généralement perplexe sur ce genre de livres, typés produits dérivés, des livres autour d’un personnage déjà bien installé… Mauvais apriori qui heureusement n’a pas duré bien longtemps. Il faut reconnaitre qu’ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuiller côté édition chez Michel Lafon. Intégralement en noir et rouge, le livre est copieusement annoté et illustré par Emily qui tient au jour le jour (parfois même heure par heure) son journal, de peur de tout oublier. C’est un très bel objet et du coup c’est très agréable à lire. Les 250 pages se lisent bien plus vite qu’on ne le croirait.

Il faut cependant avouer que l’histoire n’est pas le point fort. Le scénario est totalement tarabiscoté, on saute du coq à l’âne, les idées saugrenues d’Emily sont toujours bonnes, etc. Et pourtant, on accroche quand même. Tout simplement car ce scénario colle totalement à l’univers de la petite fille décalée. C’est sombre, c’est un peu fou.

Les jours perdus, Emily The Strange Tome 1, de Rob Reger

On est dans un monde à la Burton, doucement onirique, ce qui excuse un certain nombre de grosses ficelles. Je pense qu’il faut le lire pour l’ambiance, pour le monde autour et pour l’objet plutôt que pour y rechercher une histoire. Les plus jeunes pourront à la limite être intéressés par le scénario, mais je pense que pour les adultes, c’est même pas la peine d’essayer. Les adultes du coté sombre trouveront la aussi un certain nombre de références à la culture gothique.

Les jours perdus, Emily The Strange Tome 1, de Rob RegerEn réalité le livre doit tout à l’univers et à son coté loufoque. C’est un journal intime écrit par Emily, et à travers la plus de Rob Reger, elle a énormément d’humour. De plus elle aime beaucoup les listes, qui sont généralement hilarantes à chaque fois. J’ai été très surprise par le style, certes très simple mais bourré d’humour et de fraicheur. C’est typiquement ce qui colle au personnage. Les illustrations ne sont pas forcément superbes, mais c’est là encore dans la lignée d’Emily, un peu SD, un peu Burton aussi. Tous les éléments sont là de sa satanée robe à son amour pour les chats.

Si vous aimez le personnage vous aimerez le roman, et si vous ne le connaissez pas encore c’est le moment de le découvrir. C’est un roman comme j’aimerai en lire plus souvent, c’est frais, c’est mignon, tout en étant ce qu’il faut de sombre pour ne jamais tomber dans le niais. Il y a un réel potentiel, et je vous le conseille fortement. Nul doute que je lirais la suite.


Comme l’année dernière, on commence cette rétrospective de l’année 2010 par un petit florilège de livres que nous avons lus pendant l’année, qui n’y sont pas forcement sortis, mais que nous avons beaucoup appréciés. Des petits, des longs, des trop longs, des trop courts. Quelques trop bien, beaucoup de moyen, et beaucoup trop de mauvais. Mais ici nous allons essayer de nous remémorer des bons, ceux que l’on a apprécié lire. Pas forcement ceux dont on se souviendra de façon impérissable, mais assurément les meilleurs de cette année. Et l’année fut tout de même très riche en bonnes lectures !

Rétrospective if is Dead 2010
Le top littéraire de 2010
Le flop littéraire de 2010
S’il ne fallait retenir qu’un livre en 2010

dabYo: Les Fables de l’Humpur, Maïa Mazaurette et Cytheriae

Bien que j’ai lu moins de livres que l’année dernière, cette année 2010 a été marquée par de nombreux titres bons, et assez souvent très bons. Tellement que j’aurai presque du mal à me limiter pour en choisir qu’une poignée que j’ai aimé, alors ne parlons même pas de choisir celui que j’ai préféré…

Les Fables de l'Humpur de Pierre BordageL’année a tout d’abord été marquée par un auteur français que j’avais découvert en 2009, il s’agit de Pierre Bordage avec Les Fables de l’Humpur récemment réédité par Au Diable Vauvert. Récit de Fantasy pur et dur se transformant peu à peu en Science-Fiction, ce fut une très agréable découverte, une de ces claques dont on ne se remet que difficilement… Il aurait très bien pu être mon livre préféré de cette année.

Autre candidat à la marche suprême, candidate même et française qui plus est, Maïa Mazaurette et ses deux premiers romans d’Imaginaire. J’avais commencé l’année avec Rien ne nous survira, Le pire est avenir et j’ai terminé avec Dehors les chiens, les infidèles. Les deux m’ont autant ravi, les deux m’ont pris et ne m’ont plus relâché avant que je ne les aies fini. J’ai vraiment hâte de lire ses prochaines publication du genre.

Cytheriae de Charlotte BousquetAutre registre, mais toujours avec une jeune auteur française que j’ai découverte cette année, Cytheriae de Charlotte Bousquet aux éditions Mnémos. Je n’attendais rien de ce roman puisque je ne connaissais pas l’auteur, et j’ai été vraiment surpris. Entre une intrigue rondement menée et un côté « romantique » et « sombre » rafraichissant, cette lecture s’est avérée passionnante. L’ambiance était vraiment prenante et j’aimerai bien retourner dans son univers.

Comme l’année dernière, j’aurai aussi pu citer Johan Heliot et sa série La Quête d’Espérance qui se termine avec un univers plus intéressant que jamais. Ou encore L’ombre de Saganami de David Weber, qui était ma première incursion dans le monde de la Hard SF.

Au final, 2010 aura été une excellente année. De très bons livres dans mon top, ce qui a même relégué certaines œuvres plutôt bonnes au rang de grands oubliés. Espérons que cela continue en 2011.

illman: World War Z, l’empire ultime, Ender, l’exil

J’ai lu un peu de tout en 2010, en général, j’aime un minimum tout ce que je lis. Et dans les 28 bouquins que je me suis coltiné, j’en ai sélectionné quelque uns que j’ai vraiment apprécié et il m’en reste sous la main à descendre pour plus tard. Même si j’ai fait des petits écarts, c’était une année plutôt Science Fiction et Fantastique.

Guide de Survie en Territoire Zombie de Max BrooksWorld War Z de Max Brooks en est le parfait exemple, je ne l’ai encore chroniqué nulle part mais c’est le meilleur bouquin de Zombies qu’il m’ait été donné de lire. Le style du roman est assez particulier et l’auteur nous happe jusqu’à ce que l’on tourne la dernière page. Dans le même univers, l’auteur nous gratifiait d’un très sérieux Guide de survie en territoire Zombie, indispensable pour se préparer à l’apocalypse. Toujours cette année, et toujours dans la même veine, je noterais aussi Zombies, un horizon de cendres de Jean Pierre Andrevon que j’ai pu découvrir grâce à la plate forme e-Bélial’ et que j’ai trouvé divertissant. Vous avez les bases pour vous faire un trip à base de zombies avec ça.

L’empire Ultime de Brandon Sanderson chez Orbit a été la révélation Fantasy de l’année de mon point de vue, alliant un univers original et des personnages attachants.

Dernières Nouvelles de la Terre de Pierre BordageCôté Science Fiction, je retiendrai Ender l’exil, mon premier bouquin de Orson Scott Card, j’ai été plutôt bluffé par la qualité d’ensemble, comme si l’auteur nous dessinait un grand tableau cosmique. Dans le même genre, le recueil de nouvelles Dernières nouvelles de la Terre de Pierre Bordage valait largement le détour.

Pêle-mêle, j’aurai pu citer Le coup du cavalier de Walter Jon Williams, avec sa couverture immonde ou encore L’île des Morts de Roger Zelazny et puis aussi un Jules Verne que je n’avais pas encore lu, Le château des Carpathes.

Espérons que 2011 soit aussi rempli de bons ouvrages, pour l’instant c’est le cas, on est le 2 janvier et j’ai déjà dévoré deux romans de chez Eclipse.

Serafina: Robert Ludlum, La Laiteuse et son Chat et le Mal en la Demeure

Cette année fut beaucoup moins chargée en lecture que la précédente, vu que je n’ai lu qu’une petite cinquantaine de livres. Et malheureusement, beaucoup de très moyens, voir de mauvais. De ce fait il ne fut pas si facile de vous choisir mes pépites de l’année. Tout de même certains romans se démarquaient.

La Mémoire dans la Peau de Robert LudlumC’est le cas de la Mémoire dans la Peau de Robert Ludlum que j’ai dévoré en début d’année. Une intrigue extrêmement prenante, des retournements de situation maniés d’une main de maître… Le grand manitou de l’espionnage qu’est Ludlum signait la ma première incursion dans le roman du genre, et quelle entrée ! Je vous le conseille chaudement.

Ce fut aussi une année riche en lectures de petits éditeurs indépendants, je pense notamment aux éditions du Chat Rouge, avec La Laiteuse et son chat de Gerald Duchemin, une novella de toute beauté, d’une très grande douceur et pleine de grâce. A lire absolument. L’autre bonne surprise, c’est Stéphane Soutoul et sa novella Le mal en la demeure, une petite pépite très romanthique et très « gothique ». Un auteur à suivre de très près.

Le Mal en la Demeure de Stéphane SoutoulSi j’ai lu beaucoup de Bit-Lit cette année, une seule série mérite de figurer ici, c’est bien sur Vicki Nelson, la detective de Tanya Huff. Une série loin des clichés du genre, loin du cul-cul de certains titres.

On aurait aussi pu citer La Marque d’Alain le Bussy, L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman ou Fils de l’ombre de Juliet Marillier.

Au final, une sélection surtout Fantastique, avec un poil de Thriller. Pas de SF, peu de Fantasy, cette année ne m’ayant donné presque que de mauvais livres à lire dans ces genre… C’est dabYo et illman qui ont eu les meilleurs. Dommage.

Et vous ? Qu’avez vous aimé en 2010 ?

Du coup, on parle beaucoup de nous, blabla, mais bon, si on parlait un peu de vous ? Qu’avec vous aimé cette année ? Avez vous suivi certaines de nos recommandations ? Étaient-t’elles justes ?


La Science Fiction est un genre littéraire qui a déjà de nombreuses années et qui compte plusieurs grands classiques. Certains sont plus pointus dans le domaine scientifique que d’autres, et Le Cycle de Ā de A.E. Van Vogt fait sans aucun doute parti de cette catégorie. Sa sortie en 1953 en France avec une traduction de Boris Vian est d’ailleurs considéré comme le point de départ de l’engouement pour le genre dans notre contrée. Le cycle, composé de trois volumes, vient tout juste d’être réédité par J’ai Lu dans une intégrale comprenant les versions définitives datées de 1970. J’ai donc commencé ma lecture avec Le Monde des Ā, synopsis.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van Vogt

Gilbert Gosseyn est un adepte de la philosophie du Ā et a naturellement décidé de prendre part aux jeux de la machine afin de décrocher son billet pour Vénus. Cette planète est l’endroit idéal pour vivre, mais il faut pour cela réussir les jeux afin d’obtenir le privilège de pouvoir y aller, et pour réussir, il faut être en osmose complète avec la philosophie Ā. Mais alors qu’il se prépare pour la première épreuve, Gilbert découvre que sa femme dont la mort est pour lui certaine, est encore vivante. Et qui plus est, elle est la fille du président de la Terre alors que lui est un simple badaud. Est-il vraiment l’homme qu’il pense être, ou n’est-ce là qu’une série de faux souvenirs, destinés à un but précis ?

Quand j’ai lu le synopsis, j’ai eu beaucoup de mal à ne pas penser à La Mémoire dans la Peau de Ludlum. Un homme sans souvenir, ou avec des faux, s’apercevant qu’il n’est pas celui qu’il pensait être, et qu’il est sans doute au sein d’une gigantesque machination. Bref, un pion dont on aurait volontairement trafiqué la mémoire pour lui faire faire ce que l’on désire. C’est du moins la première impression que j’ai eu, mais qui s’est vite envolée au fur et à mesure de la lecture des pages: alors que Ludlum nous sert un policier que l’on appellerait aujourd’hui Thriller, Le Monde des Ā est Thriller lui aussi, mais de Science Fiction.

Et là, il faut bien prendre en compte la Science Fiction. Le livre de Van Vogt n’est pas un policier sur lequel on a mis une petite couverture de mystiscisme pour être à la mode. Ni avec quelques théories loufoques par ci par là. Non, ce roman se base en totalité sur plusieurs domaine de la science, et des découvertes ou constatations de l’époque: la mémoire, l’observation, et le non-aristotélicien d’une manière générale. Oui, non-aristotélicien donne non-A, donne Ā, c’est de là que vient le titre du livre. J’aimerai bien vous expliquer de manière claire de quoi tout cela retourne, mais voilà: je ne pense pas avoir tout saisi assez bien pour en faire un résumé synthétique. L’auteur lui même essaye de s’expliquer dans une post-face (qui nous apprend plein d’autres trucs intéressants), mais ça ne prend pas. Tout ce que vous devez savoir, c’est que une grande partie de nos connaissances découle de ce qu’a découvert Aristote et ses disciples, et que la Sémantique générale ou non-aristotélicien est la remise en cause de ces principes. Wikipedia pourra vous aider.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van Vogt

Bon, du coup, peut on prendre du plaisir à lire ce roman ? Oui, bien sûr. Abstraction faite de ce côté scientifique un peu compliqué et rébarbatif, on comprend vite et la lecture est très agréable. Le style de la traduction de Boris Vian peut être un peu déroutant au début, les premières phrases et l’action choquent un peu. De nombreuses fois, des transitions sont tout simplement sautées. Elles ne sont pas écrites. Il peut arriver que le héros nous dise qu’il va faire cela, et qu’au paragraphe suivant, il l’ait déjà fait. A celà près que contrairement à de nombreux autres romans, ce manque de transition n’est pas un réel défaut: on comprend parfaitement. Ce n’est pas à nous de découvrir deux pages plus tard qu’il l’a déjà fait, l’auteur nous en informe de lui même, et ne brise donc pas la chaîne.

Le côté scientifique d’ailleurs n’entrave en rien la qualité du scénario et des différents rebondissements que l’on va retrouver au cours de l’histoire. Comme je l’ai dit, il s’agit bien entendu d’un homme pion d’une gigantesque machination, mais qui ne sait pas vraiment ce qu’il doit faire, ce qu’on attend de lui. C’est un homme impuissant que nous retrouvons, sans aucune mémoire. Jusque là, cela reste assez classique, mais il faut rajouter ce que le côté Science Fiction apporte: un univers intéressant et vaste, mais aussi des révolutions scientifiques qui auront été découvertes entre temps. Si le premier but du roman n’est pas l’anticipation et la dénonciation, nous nous retrouvons tout de même dans un futur de notre propre civilisation. Avec les découvertes que cela entraîne.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van VogtDu coup le scénario est très captivant, et avec des ficelles qui sont plutôt inhabituelles. Certes aujourd’hui, avec l’essort du genre, cela peut être moins original qu’à l’époque. Mais il faut quand même se dire qu’en 1945, même Fondation d’Isaac Asimov, classique chez les classique, n’était pas encore sorti. Ce titre d’ailleurs, s’axe lui aussi sur des révolutions du cerveau humain, mais complètement fictif cette fois.

Au final, malgré certains passages assez confus, notamment ceux où l’auteur essaye d’expliquer certaines théories, Le Monde des Ā est un livre qui se lit aisément. Il est prenant et le scénario m’a bien tenu en haleine, j’ai d’ailleurs hâte de commencer le deuxième tome que l’on retrouve juste après la post-face dans cette réédition du Cycle du Ā chez J’ai Lu. Que ce soit pour son côté culte, ou pour la simple curiosité de retrouver un fugitif dont la première réflexion sera d’aller chez le psychologue, ce roman d’A.E. Van Vogt est assurément à lire.


Dracula l’Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt

Serafina dans Critiques, Livres le 1 novembre 2009, avec 29 commentaires
Critiques

Vous n’avez pas pu passer à coté du phénomène Dracula l’Immortel. Ce livre est sorti le 15 octobre de manière simultanée dans tous les pays, une initiative assez rare pour être notée. Il s’agit d’une suite du célèbre chef d’œuvre de Bram Stoker, l’une des œuvres qui a fondé la mythologie vampirique avec Carmilla et Le Vampire. Et pas n’importe quel genre de suite : une suite officielle, approuvée par l’ensemble de la famille Stoker et écrite par un arrière petit neveu de l’auteur, Dacre Stoker, avec l’aide de Ian Holt, un scénariste spécialiste de Dracula. On peut supposer qu’il s’agirait la d’un gage de qualité… Mais ça ne suffit pas a ôter de la bouche le goût très intéressé de cette suite. La littérature vampirique est en plein boom, grâce en grande partie à Twilight. Et au vu de la campagne marketing énorme déployée autour de cet ouvrage, on se doute bien que ce n’est pas que pour honorer la mémoire de papy Bram.

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt

Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuée, alors j’ai évidemment lu le bouquin. Et je m’apprête à en écrire la chronique, mais avant cela je dois vous prévenir. Je ne peux pas le faire sans spoiler l’histoire de Dracula. Je doute qu’elle vous soit inconnue vu le nombre d’adaptation, et le fait que son histoire soit limite tombée dans la culture populaire, mais je préfère prévenir… Sachez cependant que si vous n’avez jamais lu le roman, cette suite se lit de manière totalement indépendante, vu que l’introduction est un résumé de l’histoire de Stoker. Bon, j’ai trouvé le résumé un peu télescopé, mais c’est mieux que rien. Bref, synopsis ?

1912, Paris. Le belle époque, pour être plus exacte. La bande d’intrépides qui a réussi à vaincre Dracula continue sa vie, mais aucun d’entre eux n’est resté le même, tous ont été marqués par leur aventure. A la suite de meurtres particulièrement affreux et mystérieux, ils vont, peu à peu, replonger dans l’horreur qu’ils ont combattu 25 ans plus tôt.

Ouais, c’est un peu court, mais bon, difficile de faire mieux sans spoiler. Alors au final, qu’est ce qu’il en sort ? Eh bien Dracula l’Immortel est l’exemple type du parfait blockbuster avec tout ce que cela comprend. Le livre regroupe tous les éléments qui font un Thriller qui se vend par milliers, avec un soupcon de vampire pour combler les fans de Twilight. Vous remarquerez que j’ai dit Thriller qui se vend et non bon Thriller.

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian HoltEn effet, on retrouve la tous les ingrédients qu’on peut attendre d’un thriller de nos jours : des meurtres affreux, du sexe sulfureux, des passages bien gores, des personnages dark-torturés, du mysticisme, des fausses pistes, une enquête policière, et évidemment un soupcon de révélations historiques. Oh la recette marche sans doute, mais niveau originalité, j’ai eu l’impression de lire L’Évangile selon Satan (ou n’importe quel titre du genre) avec le nom des personnages de Dracula. L’action est assez présente, et il y a suffisamment de cliffhanger pour tenir en haleine les amateurs. Mais en plus de ce manque d’originalité, il y a cette impression de trahison qui est difficile à expliquer.

Je m’explique. Le roman de Stoker est un roman écrit a l’époque victorienne, époque très puritaine. Le sexe y est seulement suggéré avec des métaphores. Cet érotisme sous-jacent fait partie des forces des romans de vampires de l’époque. Or là, on a du sexe cru, sulfureux (évidemment, on met quelques scènes lesbiennes…), on est à milles lieux du climat de Dracula, et quand on sait que Stoker pestait contre les écrivains qui parlaient de sexe crûment dans leurs livres…

Mais la sensation de voir l’œuvre de base trahie ne s’arrête pas là. Je précise, au cas ou vous ne l’auriez pas deviné, que je suis une fane de Dracula à la base, et que j’ai mes coté puriste, je le conçois. En effet, les auteurs avouent eux même dans leurs notes avoir voulu plaire au plus grand nombre. Ce qui fait que certains éléments qui sont devenus courants dans les films sur Dracula alors qu’ils n’étaient pas du tout comme cela dans le livre, ont été repris. C’est ainsi que les vampires brûlent au soleil (dans le livre, ils peuvent sortir au soleil), bon, ça c’est du détail. Mais on retrouve notamment la liaison amoureuse entre Mina et Dracula qui est présente dans le film de Coppola par exemple, on retrouve Dracula charmant et beau gosse (dans le livre original, il est décrit comme immonde) et quant à Mina, elle a gardé des séquelles de son baptême sanglant (contrairement au livre où elle a totalement guéri).

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian HoltCes incohérences avec le récit permettront peut être de ne pas dépayser les amateurs de films, mais pour les amateurs du livre, c’est quand même de sacré changements ! Et bien sur je ne parle pas de Mina, parfaite cruche victorienne dans le roman (désolée, mais il n’y a pas d’autres mots), qui est devenue par on ne sait quel miracle, féministe, qui se travestissait en homme pour écrire, etc, bref, l’antithèse de la Mina du livre.

Je ne parle bien sur pas de la relecture du roman. Sans vous révéler trop de choses, imaginez qu’on écrive une suite à Harry Potter où on vous apprend que en fait, Dumbledore et Voldemort ce n’était qu’une seule et même personne. Non seulement vous avez l’impression de lire un mauvais délire de fan, mais en plus c’est pas cohérent du tout. Bon, bah il y a à peu près la même chose ici, qui vous laisse un sale goût.

D’un bout à l’autre le roman original est complètement dénaturé. Tout ce qui a pu être construit sur les personnages est totalement détruit, on serait dans une fic, j’emploierais le terme out of character, Dracula, Mina, Johnathan, ou même pire, Van Helsing n’ont absolument rien en commun avec les personnages de Stoker à part le nom. Alors je n’aurais aucun autre terme pour le qualifier que : Trahison. J’en viens à me demander comment cela a pu obtenir l’aval de la famille hormis avec la promesse des bénéfices et le fait que ce soit un descendant qui l’écrive. Quant à l’argument des notes de Stoker, il faut se rappeler qu’il ne s’agit pas du tout du même genre de notes qu’a pu laisser Tolkien par exemple. Ce dernier travaillait sur le Silmarillion et sur d’autres histoires, qu’il n’a juste pas eu le temps de finir, il y a donc un gros matériel à la base. Ici par contre, il n’a jamais été dit que Stoker travaillait sur une suite, il y a donc des brouillons de Dracula, quelques bribes, des versions primitives du texte. On y découvre des personnages qui ont été finalement éliminés. Ces derniers sont réintroduits, avec plus ou moins de bonheur, on pensera à Kate Reed, qui ne sert absolument à rien, à part à découvrir un cadavre et qui disparaît au bout d’un paragraphe.

Dracula The Un-Dead de Dacre Stoker et Ian Holt

S'il y a bien quelque chose que l'on ne pourra enlever au livre, c'est sa superbe couverture (ici la version anglophone, même angle, mais bien moins belle) ainsi que la qualité de l'ouvrage: très bon papier, police jolie, très beaux agencements des textes, présence de scans des notes de Bram Stoker, etc...

Alors certes, je n’ai qu’à oublier le roman de Stoker, et prendre le livre comme indépendant, et là peut-être que… Et encore, j’ai du mal avec les Thrillers qui utilisent tous la même recette. Malheureusement le style du roman est relativement plat, on regrette le style épistolaire du premier -ah, merde j’ai dit que j’oubliais le premier-. Il y a certes de nombreuses recherches historiques la derrière, et je ne le nie pas. En notera de nombreuses références au vrai Dracula, aux adaptations de Dracula, et un savant mélange d’éléments véritablement historiques qui permettent d’ancrer le récit dans son époque. Des éléments culturels sur le vrai Dracula, sur la Roumanie, ou sur d’autres personnages importants sont présents et donneront l’impression de se coucher moins bête.

Mais cela ne suffit clairement pas à compenser les lacunes et le saccage de l’oeuvre, n’ayons pas peur de le dire. Un roman qui plaira sans doute aux amateurs de Thrillers de base, mais qui va faire crisser des dents les fans de l’histoire de Stoker. Seul avantage, peut être que cela fera découvrir à certains le livre originel.