Effroyable Porcelaine de Vincent Tassy

Ou le coup de coeur absolu et surtout inattendu.

Serafina dans Critiques, Livres le 23 juin 2017, avec aucun commentaire
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Je vous l’ai dit, on est allé au Hellfest en train, donc on avait emmené de la lecture. C’était dabYo qui avait pris Effroyable Porcelaine, un roman jeunesse de Vincent Tassy aux Editions du Chat Noir. dabYo ne lit plus beaucoup, donc c’était un roman accessible. Au final, comme j’ai fini Winter People très rapidement, c’est finalement moi qui ai lu celui-ci, avec grand plaisir bien sûr. Synopsis ?

Sybille est une collégienne, qui à la chance d’avoir une maman fane d’antiquité et très tolérante, puisqu’elle laisse volontiers la jeune fille décorer sa chambre de noir, de chauves souris empaillées, et j’en passe et des meilleures. Alors qu’elle accompagne sa maman qui a pour mission de débarasser un château abandonné pour en revendre les biens, Sybille tombe sur une magnifique poupée de porcelaine : cheveux argentés, robe de deuil noire et yeux violets perçants. Immédiatement elle en tombe folle et obtient de la garder. Sauf que depuis ce moment, des choses étranges se passent et des cauchemars un peu trop réels hantent la collégienne.

Effroyable Porcelaine est un roman jeunesse, destiné aux jeunes ados, dès 9 ans. Il met en scène une famille particulièrement rêvée, un peu a la famille Addams sans le coté glauque, la maman et son compagnon sont rock n roll et très tolérants, les tantes de l’héroine sont trop cool et y’a pas a dire quand on est ado on a envie d’une famille pareille, surtout quand le job de la mère est de fouiller les manoirs abandonnés. Autant dire que les petits lecteurs devraient vite se sentir à leur place dans cette famille à laquelle il faut aussi ajouter Philémon, le meilleur ami de Sybille, un jeune ado pas très bien intégré, rejeté pour sa différence et qui a trouvé en la jeune fille une amie fidèle. On s’attache rapidement à lui.

L’autre grand avantage de ce roman c’est qu’il est illustré par la talentueuse Mina M. Ses illustrations en noir et blanc avaient déjà fait mon bonheur dans le roman de Cécile Guillot : La Jeune Fille au Corbeau. Elles permettent de très bien visualiser l’histoire, et ont un coté Tim Burton qui ne pourra que plaire. Elles sont dispersées régulièrement dans le roman et mettent en scène les moments clés.

Et puis petit a petit, on bascule vers de l’horreur (soft, bien sûr, on est dans de la jeunesse) qui fait un peu peur, un peu comme un Chair de Poule. Le roman alterne entre présent et flashback de la propriétaire précédente de la poupée, dans la fin du XIXème siècle. On comprend rapidement qu’il s’est passé des choses pas très drôles à cette époque et que cela pourrait bien être la cause des cauchemars qui hantent notre Sybille.

Le roman est bien écrit, et le suspens est palpable. Les éléments sont distillés petit a petit jusqu’au majestueux twist final, que je n’ai pas vu venir, même en étant adulte. Et là, je me suis rappelée a quel point j’avais adoré Mlle Edwarda, la seule nouvelle que j’aie lu de Vincent Tassy dans un recueil du Petit Caveau, qui avait été un coup de coeur. De roman d’horreur jeunesse, on passe a un roman avec un message d’espoir et de tolérance très fort, sur un sujet très séreux mais traité très justement et sans tergiversations. De plus, ce retournement s’accompagne d’une jolie référence à l’univers du manga (je ne peux pas croire que le prénom soit une coincidence, on me la fait pas ! Pas à moi ! ) alors je ne peux qu’applaudir des deux mains.

Bien sûr, ce twist n’arrive pas de nulle part, car en effet, tout est préparé plus tôt dans le roman pour se retournement de situation sans que je ne m’en sois rendue compte, et il débouche vers une ode à la tolérance très forte. J’ai été très touchée par la fin du livre et pourtant je ne suis pas dans la cible d’un point de vue âge. Mais le message est universel, et c’est un livre que je ne peux que conseiller. A la base, je l’ai lu pour l’univers assez gothique qui me parlait, mais je me retrouve à vous le conseiller pour les valeurs que ce livre met en avant. Les thématiques qui pourraient sembler lourdes, mais sont traitées intelligemment, et jamais le lecteur (pourtant jeune) n’est pris de haut et n’est infantilisé. C’est un livre qui porte un beau message et qui le fait bien. Croyez moi, je ne pensais pas encore à mon âge avoir les frissons pour un bouquin marketé jeunesse. Et pourtant Vincent Tassy y a réussi. Alors bravo, sincèrement, et à vous lecteurs, jetez y un oeil, et n’oubliez jamais d’être vous même.


Winter People de Jennifer McMahon

Serafina dans Critiques, Livres le 22 juin 2017, avec aucun commentaire
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Je n’avais pas forcément prévu de lire Winter People de Jennifer McMahon. Mais il se trouve que nous avons du nous rendre au Hellfest en train, le trajet voiture étant vraiment trop long depuis notre déménagement, et que j’avais 4h30 à tuer. Hors de question d’emmener mon roman de chevet, l’excellent mais énorme tome 2 des Archives de Roschar de Brandon Sanderson. J’ai donc opté pour ce petit roman de 380 pages sorti aux éditions Le Livre de Poche. Synopsis ?

1908, Sara vit dans le Vermont, et tient plus que tout a sa petite fille Gertie. Celle-ci a cependant un grave accident et Sara est folle de désespoir. Folle de désespoir au point d’essayer de la ramener d’entre les morts. De nos jours Ruthie reviens d’une soirée arrosée avec son copain pour découvrir que sa mère manque à l’appel. Quand à Katherine, a 200km de là, elle fait le deuil de son mari, disparu dans un mystérieux accident de voiture.

3 points de vues, qui vous vous en doutez se rejoignent à un moment où l’autre, unis autour de Sara et de son journal intime « Les visiteurs de l’autre rive« . Sara a en effet consigné par écrit tout ce qu’elle a fait et cela attire évidemment les convoitises. Nous suivons donc les points de vue de manière alternée, un moyen classique mais toujours efficace pour nous faire tourner les pages. Et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est efficace, puisqu’il m’a fallu moins de 4h pour le terminer. Il faut dire qu’il est aussi écrit assez gros.

Le style est assez simple, les phrases courtes mais percutantes, et il est facile de se plonger dans l’intrigue. Et du coup quel contraste avec les thèmes abordés qui sont loin d’être simples eux : le deuil, la perte de l’être aimé, jusqu’où la douleur peut elle nous faire aller. Ces thèmes sont ceux qui transpercent le roman, et tout ceci au coeur de l’hiver. Les journées sont courtes, la neige rend tout silencieux, et quelque part, cela rend l’atmosphère assez triste et désespérée. Sans être un roman effrayant, on a quand même une ambiance assez sombre.

Le personnage de Sara, devenue folle de douleur ne m’a pas spécialement touché. On assiste à sa déchéance et on comprend avec elle qu’elle est en train de faire des conneries, mais il est trop tard pour la sauver. Je me suis par contre pas mal attachée a Ruthie, la jeune adolescente qui se retrouve sans sa mère,  à devoir gérer sa petite soeur et toute la maisonnée. J’ai aussi beaucoup apprécié son petit ami, un mécano qui fume trop d’herbe, et qui est passionné par les phénomènes surnaturels. Ce qui l’aidera bien sur a explorer la piste occulte. Le fait que le personnage soit enclin a croire des histoires de revenants est du coup assez logique et bien amené.

L’intrigue est bien menée, chaque chapitre permettant d’éclairer les autres points de vue. L’escalade de violence de la fin, qui fait plutôt virer ce roman dans du thriller m’a semblé à la lecture un peu soudaine et extrême. Cependant, en écrivant la chronique, je me rappelle que c’est un roman américain, donc en soit, le fait qu’une personne se retrouve en possession d’une arme à feu est beaucoup plus banal qu’ici. C’est sans doute pour cela que j’ai trouvé ça exagéré, le lisant dans mon prisme d’européenne.

Vous l’aurez compris, c’est un roman fantastique que j’ai beaucoup aimé, qui traite de magie, mais aussi de thèmes forts comme le deuil, et de manière très honnête. Le roman n’est pas moralisateur et nous laissera nous interroger nous même sur jusqu’où nous serions prêt à aller dans ce genre de cas. Evidemment, je vous conseille plutôt de le lire à un moment où vous allez bien, car on ne peut pas dire que cela soit le roman le plus gai que j’ai lu. Il se lit bien, il donne envie de tourner les pages, et l’intrigue est rondement menée. Une belle découverte.


La jeune fille au corbeau de Cécile Guillot et Mina M.

Un roman gothique adapté à la dyslexie

Serafina dans Critiques, Livres le 2 juin 2017, avec aucun commentaire
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La jeune fille au corbeau est un roman jeunesse de Cécile Guillot illustré par Mina M. Il s’agit d’un court roman d’une centaine de page, avec les illustrations en noir et blanc. Synopsis ?

Frances est une jeune fille un peu étrange, qui parle avec un corbeau devenu son ami. Habitant à Londres, elle a effrayé ses parents en se levant la nuit pour déclamer des prophéties qui malheureusement se réalisaient. Ils l’envoient donc dans un pensionnat au coeur de la foret. Mais elle se rend rapidement compte qu’une ambiance bizarre y règne et que des jeunes filles disparaissent sans laisser de trace …

Ce roman est publié aux éditions Miroir aux Troubles et il a la particularité d’être imprimé de manière a être plus facile à lire pour les personnes souffrant de dyslexie. En effet, il est montré que l’espacement ou l’utilisation de polices particulières permettent de faciliter la lecture lorsqu’on est atteint de ce trouble. C’est donc une excellente initiative qui permet d’enrichir le choix proposé aux enfants, et permet aussi de les réconcilier avec la lecture.

Le roman est donc écrit gros, il y’a plus d’espace et la police permet de mieux différencier les lettres comme B ou D par exemple. Il est bien sur tout a fait lisible pour les personnes n’ayant pas de soucis. Le seul soucis est sur les passages censés être en italique. L’italique étant déconseillé pour la dyslexie, les passages en italique (quand le corbeau parle) sont juste écrit plus fin et je trouve que la différence entre le texte normal et « italique ».

Le roman est indiqué aux jeunes à partir de 9 ans, mais ce n’est pas pour cela que le style en souffre. On trouve la patte de Cécile Guillot, avec un texte facile à comprendre et qui ne simplifie pas les mots à outrance , le roman est donc aussi agréable à lire quand on est plus âgé.  Le roman est très parlant visuellement, pas besoin de descriptions à outrance pour s’imaginer dans ce pensionnat pour jeune filles un peu glauque et perdu dans les ronces. Le thème du roman est bien sûr plutôt sombre et plaira aux plus inclinés du coté sombre de la force : un pensionnat perdu en foret, une jeune fille qui parle au corbeau.

Le coté gothique de ce roman est renforcé par les magnifiques illustrations de Mina M qui ont pris un style très Burtonien, a base de personnages maigres aux grands yeux noirs. Autant dire que l’atmosphère m’a tout de suite plu. L’histoire étant jeunesse, elle est bien sur plutôt simple, il y’a une intrigue, et c’est tout. Les personnages bien que rapidement amenés sont tout de même très reconnaissables et leur portrait est brossé avec beaucoup de justesse, les dessins aidant à s’y attacher.

Vous l’aurez compris, c’est un livre que je ne peux que vous conseiller si vous avez dans votre entourage un enfant attiré par les atmosphères sombres. Qu’il souffre de Dyslexie ou non, le roman se lit très bien, et l’univers onirique devrait faire fonctionner leur imagination. Les magnifiques illustrations sauront aussi le captiver. Et surtout, je ne peux qu’encourager les initiatives permettant une lecture plus accessible à tous, quelques soit les difficultés.