La Maison des Morts de Sarah Pinborough

dabYo dans Critiques, Livres le 18 décembre 2016, avec aucun commentaire
Critiques

Parmi les sorties de cette fin d’année on retrouve chez Milady un très beau petit livre relié entre le grand format et le proche, et avec une tranche toute noire. Ce n’est autre que La Maison des Morts de Sarah Pinborough, tout juste traduit par Florence Moreau. Il s’agit d’un récit à la croisée des genres, entre littérature jeunesse, science fiction, horreur et histoire d’amour. Avec un aspect général aussi travaillé, la loi des belles couvertures pouvait nous laisser craindre le pire sur son contenu, mais abrégeons le suspens car il n’en est rien. Synopsis de ce très bon roman.

La Maison des Morts de Sarah Pinborough

Toby tout comme les trois autres occupant du dortoir numéro 4 attend la mort avec angoisse. Il essaye de se le cacher, mais lui aussi a peur. Ils ont tous peur, les enfants de La Maison des Morts, tous malades qui sont, enfermés là en attendant que la maladie se déclenche pour disparaitre en quelques jours comme s’ils n’avaient jamais existé. Leur vie d’avant n’a plus aucun sens depuis qu’ils ont été dépistés comme porteur du gêne déficient.

Nous allons donc suivre la vie de Toby dans ce qu’ils surnomment la Maison des Morts, une sorte d’asile fermé dans lequel sont regroupés les enfants dont les tests sanguins ont révélé la mystérieuse maladie. Nous n’avons aucune idée de ce que fait cette maladie, et les enfants ne le savent pas non plus. Tout ce qu’ils en savent, c’est qu’elle se déclenche sans préavis et qu’à ce moment là, le malheureux élu fini par disparaitre en quelques jours. Pas n’importe où, au sanatorium dont personne ne revient jamais, partant sur un brancard par l’ascenseur au centre du bâtiment et emmené par des infirmières qui ne parlent jamais.

La narration est à la première personne, c’est donc les états d’âme de Toby que nous allons connaître. Ses relations avec les autres enfants de la maison, ses connaissances sur la maladie, son état d’esprit, sa vision de la mort et de l’enfer que représente la Maison. C’est un personnage attachant mais aussi très sombre, ce qui participe en grande partie à l’ambiance du roman qui est hautement dépressive. De facto, être enfermé dans un endroit pour y attendre la mort a de quoi rendre fou, mais comme il s’agit d’enfants au développement intellectuel différent, on y voit tout un panel de réactions possibles et ce côté est plutôt très bien écrit.

Le roman de Sarah Pinborough ne vise pas le réalisme absolu, mais tient franchement la route sur ces points là. Chaque enfant qu’on apprendra à connaître à travers les yeux de Toby a une personnalité, sa façon de réagir à la situation, un comportement particulier. L’histoire ressemblerait presque à un huis-clôt et le fait qu’ils soient tous enfermés, tous se sachant condamnés, fait tout de suite monter la pression pour le lecteur. On a vraiment le sentiment que tout peut exploser à tout moment, qu’il suffit d’une étincelle pour mettre le feu à l’ensemble.

Ce sentiment augmente au fil de la lecture car Toby, initialement résigné et attendant sa mort sans vraiment se permettre de vivre, est comme réveillé par l’arrivée de nouveaux résidents. Il les avait tout d’abord copieusement ignoré, eux qui viennent déranger son train train quotidien, jusqu’à ce que l’une d’eux découvre son secret. S’engage alors l’histoire de notre roman, l’histoire d’amour entre deux adolescents. On voit tout de suite le problème d’une telle histoire quand la fin en est déjà écrite pour les deux protagonistes.

La Maison des Morts de Sarah PinboroughEt c’est là où La Maison des Morts est à la fois superbe et horriblement cruel. Cette pression qui était déjà présente s’intensifie, car on a aucune envie de voir l’histoire de Toby mal se terminer. C’est une histoire d’amour que l’on entrevoit arriver mais qui est superbement bien écrite, et qui donne forcément l’espoir au lecteur de la voir se terminer d’une heureuse façon. Cette histoire de maladie est elle vraie ? N’est il pas possible de s’enfuir ? Ne gâchons pas le plaisir de la lecture, mais ces questions poussent le lecteur dans une situation assez difficile, où l’on sait que tout risque de basculer à chaque nouvelle page, page qu’on ne peut s’empêcher d’avoir envie de tourner.

La Maison des Morts de Sarah Pinborough est donc une très belle lecture, celles qui du premier abord semblent anodines mais qui finissent par vous absorber tout entier jusqu’au dénouement final. Une fin plus que réussie qui marque et laissera de la lecture du roman un souvenir marquant.

 


The Eternal Drift’s Canticles de Verdun

Lost in space with no hope

illman dans Coup de Coeur, Musique le 8 décembre 2016, avec aucun commentaire

En cette année 2016, Verdun a décidé d’offrir au monde son premier album, après l’EP The Cosmic Escape of Admiral Masuka. Vous pouvez constater dans ma précédente chronique que je suis un gros fan de leur musique, même si je ne les ai pas encore vu live. J’attendais donc cette offrande de pied ferme mais j’ai quand même laissé décanter avant d’en parler, vu que l’album est paru le 20 avril 2016

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On a donc affaire à une galette de 55 minutes qui comporte 5 pistes, vous imaginez donc que les pistes avoisinent les dix minutes. Les montpellierains œuvrent toujours dans leur propre style sludgecoresque identifiable d’une seule oreille. L’album est sorti en CD digipack et en double LP, pour bien couvrir j’ai pris les deux (et sur bandcamp en numérique…). Parce qu’autant avoir le CD est pratique autant pour apprécier les artworks rien ne vaut le vinyle. Et ils valent le détour, 3 superbes illustrations ornent ces éditions. Empreintes d’un mysticisme certain avec un univers de décadence spatiale, rarement un art n’aura crié Grim Dark Future aussi fort que cette pièce gothique qui sert de pochette. Je m’arrêtes la sur le packaging, je sonne déjà assez fanboy comme ça.

L’album prend là où l’EP avait laissé. Niveau histoire c’est la suite logique de la dérive spatiale de Masuka. Une chose est sure on sent bien l’immensité du vide et le désespoir dès le début de l’album avec Mankind Seppuku. L’intro est oppressante au possible avec ce qui ressemble à un accordéon utilisé par un mec qui veut mettre fin à ses jours, difficile de faire plus anxiogène, à moins de s’appeler Cities Last Broadcast.  Contrairement à leur EP, ils ont sorti la reverb sur la voix dès le début, normal on est déjà dans l’espace. Je vous le disais, cet album a une ambiance de malade, ce petit discours en chinois au début de Self-inflicted mutalitation avec son riff bien lourd en fond le prouve encore une fois.

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L’intensité va crescendo au fur et à mesure de l’album, déchaînant des riffs de plus en plus lourds et violents. Le chant crié donne une impression d’urgence et de danger. Tout ça nous dirige doucement vers sa conclusion sur Jupiter’s Coven, une sorte d’apothéose cosmique qui se déchaîne autour de Jupiter, lançant une dernière malédiction contre l’humanité avant de s’éloigner dans le vide stellaire.

Vous l’aurez remarqué, j’ai beaucoup parlé avec emphase de l’ambiance, plus que de la musique en elle-même, si je l’ai fait c’est parce que c’est clairement pour moi le but de cet album. Certes la musique supportant cet ensemble est d’extrêmement bonne qualité mais elle m’a donné l’impression de servir un plus grand dessein. Le chant est aussi excellent, après tout il raconte l’histoire, oscillant entre le désespoir et la violence d’un chant crié associé à des passages où le texte se veut récité comme un mantra il aide clairement à se retrouver dans un autre univers.

Cet album est pour moi un indispensable pour tout fan de sludge post-hardcore spatial (qui a dit marché de niche ?) De ce fait je ne peux que vous conseiller d’écouter avant d’acheter, le bandcamp est la pour ça. Si vous accrochez, vous voyagerez dans des strates intersidérales. Perso j’ai hâte d’avoir la suite.