Blasphème, Holomorphose Tome 1, de Jean Vigne

Serafina dans Critiques, Livres le 25 octobre 2016, avec aucun commentaire
Critiques

Holomorphose est une saga en deux titres de Jean Vigne, aux Editions du Chat Noir. Le premier tome est sorti à cette rentrée et est servi par une jolie illustration de Mina M, qui augure d’un ton assez adulte et gore au passage. Synopsis ?

Solana est une ado, un peu goth, assez solitaire, qui vient de déménager à Grenoble. Mais depuis , elle est assaillie de rêves étranges se déroulant en Mongolie et se rend compte que des choses clochent chez elle. Il semblerait que sous le coup de la colère, elle transforme les objets les plus anodins en sorte de magma dégoulinant et brûlant. Enfin, les objets, c’est pour le moment.

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Nous sommes face à un thriller : l’horreur entre peu à peu dans le quotidien, et va crescendo jusqu’au final, sorte de fuite en avant dans l’horreur et le gore. La montée en puissance est bien menée et ce qui au début ne semble que des événements anodins voir presque drôle deviennent rapidement de gros soucis. C’est aussi un thriller qui se passe en France et qui a deux héroïnes clairement ancrées dans la culture alternative. Bref, bon nombre d’éléments qui nous font très vite penser aux productions de Sire Cédric. Sauf que là où Sire Cédric réussit avec brio, ici, je suis plus partagée et je vais vous expliquer pourquoi.

Le problème principal pour moi fut les personnages et la manière de l’auteur de les décrire. Solana écoute du métal, mais le roman narré à la première personne, critique systématiquement la musique qu’elle écoute comparant elle même sa musique de reveil au « bruit digne d’une scierie » ou au « tapage barbare d’une bande d’orcs ». Aucun metalleux ne dirait ça de la musique qu’il écoute, sauf pour du second degré ce qui ne semble pas être le cas ici. Je passerais sur ce qui est j’espère une faute d’orthographe, faisant de Solana une auditrice de Trash Metal (et non Thrash).

Quant à Nathalie, sa pote, goth plus extrème, qui porte des plateforme New Rock elle, elle est lycéenne, est ultra obsedée par le sexe, se drogue a tout ce qui passe et est super violente. Plus cliché, tu meurs. Donc, j’ai pas trop trop aimé ces personnages qui présentent la culture alternative de manière au final plutôt négative, que cela soit voulu ou non. Etant moi même metalleuse et goth, c’est forcément des points où je suis difficile. Un autre personnage, Lola, la femme flic, est le stéréotype de la nana super forte, méga blessée par la vie, mais son personnage m’a moins gênée que les deux héroines, sans doute car il est moins proche de moi.

Le coté sexuel du roman m’a aussi pas mal dérangée, on dirait que l’auteur trouve n’importe quelle excuse pour ramener une discussion entre les deux protagonistes au cul. Je sais que les ados sont obsédés, je le sais mais cela m’a semblé forcé pour donner un coté sulfureux au livre. Comme si il fallait absolument se donner un coté adulte et que c’était la seule manière.  Une manière que j’ai trouvé lourde et maladroite. Et je vous rappelle que je me suis faite tous les Merry Gentry, donc ce n’est pas une question de puritanisme.

Bien qu’étant un thriller avec des chapitres assez court, l’intrigue prend son temps, l’auteur se répétant assez souvent et toutes les pensées des personnages étant décrites par le menu. Du coup, le rythme n’est pas enlevé, je pense que j’aurais préféré un roman avec une centaine de page en moins, car j’aime mes thrillers haletants.

Du coup, c’est plutôt dommage car ces points là m’ont empechés d’entrer dans le roman, qui pourtant a des éléments interessants. Les rêves en Mongolie (qui n’en sont pas réellement, on s’en doute) sont originaux, c’est pas un endroit que je connais et que je lis souvent, donc c’est un réel plus, d’autant que les descriptions nous transportent directement à Oulan Bator. L’ancrage régional est bien mené, et même sans connaitre Grenoble on se repère facilement et on visualise bien.

Au milieu du roman, l’intrigue bascule avec un penchant mythologique marqué et très bien fouillé. Des personnages comme Hecate ou Séléné ou Artemis font leur apparition, et leur statut mythologique est très bien intégré au thriller et à cette sorte de malédiction qui ronge Solana de l’intérieur.  Je ne l’avais pas vu venir et j’ai été surprise dans le bon sens. Je n’ai pas vu où l’auteur voulait nous emmener et quand on le comprend, on voit que des indices étaient présent depuis le début.

La fin laisse la porte ouverte au second tome, mais j’avoue ne pas être sur de le lire, car ce premier tome m’a laissée clairement mitigée. Il y’a un très bon potentiel, avec des éléments vraiment originaux que cela soit en terme de localisation ou en terme de mythologique, mais malheureusement, le problème des personnages et le manque de rythme m’a empêchée d’apprécier cette histoire.