Il y a maintenant un peu plus de six ans, je découvrais Patrick Rothfuss avec son premier roman Le Nom du Vent. Celui-ci m’avait mis une sacrée baffe, sans doute une de mes plus belles lectures de ces dernières. Et évidemment, comme c’était aussi le début de la série Chronique du Tueur de Roi, il fallait bien que je finisse par lire sa suite. La Peur du Sage a été publié par Bragelonne en deux parties cette fois, deux d’un peu plus de 600 pages, ce qui est raisonnable et permettra d’obtenir deux superbes couvertures de Marc Simonetti. Côté synopsis, je vous refourgue le même que celui du premier tome puisqu’il reste valable, astuce !

La Peur du Sage – Partie 1 de Patrick Rothfuss

Kvothe est une légende, ses exploits sont racontés partout dans le monde, qu’ils se soient passés alors qu’il était encore tout jeune à l’université, ou bien pus tard en incendiant la ville de Trebon. Il a libéré des princesse et tué un roi, il est devenu le plus grand des magiciens, et il souhaite aujourd’hui que la véritable lumière soit faite sur sa vie, sans fioriture, sans mensonge et surtout sans enjolivement. Car aujourd’hui, Kvothe n’est plus que l’ombre de lui même, il est un simple aubergiste d’un village perdu dans le nord, où les hivers sont rudes et où les marchands itinérants se font de plus en plus rares, et il se fait appeler Kote, tentant de rester un inconnu aux yeux de tous.

On est donc à nouveau face à deux niveaux différents de narration, la première étant celle au présent où Kvothe se fait passer pour un aubergiste complètement ordinaire auprès de ses clients. Il raconte son histoire à un scribe et nous plonge alors dans son passé où il est à l’université pour devenir un grande Arcaniste.

Évidemment, après près de cinq années de pause dans la série, je dois dire que reprendre l’histoire a été plus que difficile. L’auteur a fait le choix de faire relativement peu de rappels sur le premier tome, ce qui est pour une fois salutaire. Car même si j’avais du mal à me souvenir de l’histoire, il n’y a rien de plus frustrant que des tomes qui se rappellent trop les uns les autres. Reste que Le Nom du Vent m’a laissé un souvenir suffisamment fort pour que les choses reviennent très vite, car le personnage et l’univers étaient marquants.

La Peur du Sage – Partie 1 de Patrick RothfussSauf que voilà après un excellent premier tome qui se suffisait presque à lui même, cette suite semble poussive. Il y a un ensemble interminable de péripéties qui ne semblent pas vraiment avoir un grand intérêt. Il s’agit de petits défis sans véritable enjeu, qui viennent là juste pour que notre héros cabotine. Car il fait ça tout au long du roman en faisant des petits commentaires dans la narration (il narre son histoire, rappelons le) et c’est assez exaspérant avec le temps. Il nous rappelle un nombre infini de fois ses origines de comédien, qu’il aimait grossir son trait, maitriser sa réputation, etc. Bref, il s’est construit son mythe ok, mais on relit ça ad nauseam tout au long de cette première partie de ce deuxième tome.

A côté de ça, on découvre un peu plus l’univers certes, mais sans vraiment être passionné pour autant. Les choses ont bien été mises en place et on aurait peut être presque préféré avoir un time skip que continuer comme ça de manière terre à terre. Forcément, le futur de Kvothe est brillant et pour ne pas donner l’impression que cela s’est fait du jour au lendemain, l’auteur nous en fait des tartines. Mais sans trop d’intérêt pour autant.

Au final cette première partie de La Peur du Sage de Patrick Rothfuss se lit facilement, elle est bien écrite c’est certain et captive quand même son lecteur. Mais elle a ce sentiment de déjà vu, l’impression de lire un spin off plutôt qu’une série originale qui nous captiverait sans nous laisser relâcher le bouquin. C’est dommage, j’ai vraiment peur que la série s’essouffle avec les pages…


Au rayon des Drama -séries japonaises- qui traitent de tout et n’importe quoi, après les microbes et le yakuza qui passe le bac, je demande maintenant la formation au métier d’hôtesse de l’air ! Attention Please est une adaptation d’un manga de Chieko Hosokawa datant de 1970 qui traite donc du métier d’hôtesse de l’air, réalisée par Kyodo Television et diffusée en 2006 sur Fuji TV, mais toujours pas licencé ni traduit en France. Synopsis.

Attention Please de Kyodo Television

Yōko Misaki est une jeune fille pleine d’énergie, chanteuse de rock et boutentrain notoire qui sous le coup de son enthousiasme légendaire, postule pour devenir hôtesse de l’air. Et miracle, elle passe la sélection et obtient sa place pour suivre la formation. La voilà donc quittant sa campagne pour rejoindre Tokyo et plus particulièrement l’aéroport Haneda afin de faire partie de ces femmes super classes qui parcourent le ciel dans leur uniforme. Ce qu’elle avait oublié, c’est sans doute qu’elle parle comme un charretier, s’habille n’importe comment, ne connaît pas la politesse et n’a aucune patience. Pas gagné donc, pour correspondre aux hauts standards de Japan Air Lines !

Jamais je n’aurai pensé regarder un jour une série centrée sur une formation pour devenir hôtesse de l’air. Vraiment, il n’y avait aucune raison pour que cela arrive. Jamais je n’aurai non plus pensé qu’une série sur ce type de formation n’existe un jour. Non, jamais. Vous non plus j’en suis certain, mais voilà, le Japon est ce qu’il est, et nous avons donc voulu laisser une chance à ce Drama.

Attention Please Ueto Aya

Il faut dire que tout commence très bien, Yōko Misaki -ici interprétée par Aya Ueto– est le genre de personnage capable de porter toute une série sur ses épaules. Ça tombe bien puisque ce sera le cas. Le personnage de Yōko n’a vraiment rien d’une hôtesse de l’air, elle a une très forte personnalité, refuse l’autorité et la sécurité, n’aime pas faire la carpette devant les clients qui l’énervent, bref. Tout le début de la série va évidemment tourner autour de la grande différente entre notre héroïne et les autres candidates dans la formation.

On va la voir se rétamer lorsqu’il va falloir parler poliment, faire des courbettes en fonction de ce que l’on souhaite dire, ou encore s’habiller de manière sobre et classe. C’est très drôle sur le moment et aussi assez dur à voir tant les efforts qu’elle déploie sont rarement récompensés au début. On est donc face à l’habituel tragicomique où notre personnage se démène pour faire le bout-en-train mais montre sa fragilité dans l’intimité.

Attention Please de Kyodo Television

Évidemment Yoko se fait des ennemis genre vipères

Là dessus, le jeu d’Aya Ueto est vraiment très fort. Elle joue très bien son rôle, elle est rayonnante et éclipse vraiment toutes les autres actrices de la série. Avec un jeu de scène à mourir de rire, des intonations qui sonnent juste, elle fait aussi très crédible au moment de jouer des passages plus émotionnels où seules expressions peuvent faire passer l’émotion. Vraiment, j’ai trouvé son jeu excellent, une bouffée d’air frais avec une spontanéité que je n’ai jamais franchement retrouvé dans les séries ou films occidentaux.

A côté de cette héroïne on retrouve des personnages sans grande profondeur. En dehors de sa tutrice interprétée par Miki Maya, la plupart sont assez ternes, sans doute car éclipsée par l’actrice principale. La formation occupe une grande part de l’histoire, qui va nous faire découvrir le monde de l’aviation vu des hôtesses de l’air. Peut on dire que leur métier est passionnant et mérite vraiment une série de onze épisodes ? Pas franchement pour autant. Les japonais aiment surjouer des scènes qu’on considérerait ici normale, faisant passer la préparation du thé dans un avion pour quelque chose de complètement ouf. On se retrouve alors avec des moments qui paraissent banals comme pas possible mais qui sont filmés d’une manière supra héroïque, c’est fun.

Attention Please de Kyodo Television

On s’accroche très vite à notre héroïne rockeuse et j’ai énormément aimé la série, mais je ne peux m’empêcher d’y voir quelques problématiques. Le Japon est un pays qui me semble être horriblement sexiste, et cette série en est l’illustration parfaite. C’est simple, il n’y a que des femmes chez les hôtesses de l’air pendant qu’il n’y a que des hommes chez les mécaniciens et les pilotes d’avion, qui sont représentés comme des semi-dieux. Ce n’est pas du sexisme insultant, mais plutôt le vicieux que l’on ne remarque pas si l’on ne se pose pas de question. Et ça, c’est vraiment dommage.

Certes le sexisme dans l’aviation est encore très présent, et admettons que la plupart des hôtesses de l’air soient des femmes, pourquoi pas. On peut aussi accepter qu’il n’y a quasiment que des femmes pour le réalisme. Mais tout de même, le sujet n’est même pas effleuré ou abordé. Il n’y a aucun élément qui remet en cause cet état de fait complètement catastrophique, où même le chef des formatrices est un homme ! C’est vraiment désespérant.

A cela se rajoute l’évolution du personnage de Yōko qui pour devenir une hôtesse de l’air fini quasiment par complètement renier toute sa personnalité. Elle reste gaï certes, mais c’est comme si elle abandonnait peu à peu la joie de vivre pour passer du côté obscur. Je suis certain qu’on peut travailler sans pour autant gommer complètement sa personnalité. Là aussi, c’est une sorte de message non dit que je trouve dommage.

Attention Please Training

Attention Please est un Drama fun et amusant qui vous fera presque oublié qu’on suit ici une formation pour devenir hôtesse de l’air. Aya Ueto arrive à incarner un personnage complètement délirant, amusant et attachant à souhait. Elle porte la série avec succès sur ses épaules et on passe vraiment un bon moment en la regardant.


Zen Bound 2 de Secret Exit

Bondage SM sur PC

illman dans Critiques, Jeu Vidéo le 21 novembre 2015, avec aucun commentaire
Critiques

En matière de jeux vidéo il ne faut pas avoir peur de tester de nouvelles choses, surtout les plus improbables. Et cette fois-ci encore avec Zen Bound 2 de Secret Exit, je pense que j’ai décroché la timbale haut la main. Mais quel peut donc bien être ce jeu énigmatique qui se trouve sur Steam pour 5€ me direz-vous ?

Zen Bound 2 de Secret Exit

Le sous titre a du vous mettre la puce à l’oreille, on va se servir de cordes dans Zen Bound 2 (ZB2). Tel un maître du bondage, nous allons devoir encercler des sculptures en bois. La corde sur la figurine dépose des marques de peinture A vous de vous arranger pour recouvrir la figurine dans son intégralité pour terminer complètement le niveau. Vous pouvez donc allègrement le ranger dans la catégorie Puzzle Game.

Le gameplay est ultra simple, vous n’aurez besoin que de la souris. Le départ de corde se fait en l’attachant à un clou et vous devez manipuler la figurine en la faisant tourner avec l’un des deux boutons de la souris et un mouvement de la souris. Enfantin. Deux petits ajouts de gameplay sont à compter, les nails bombs, qui sont des clous avec une bille de peinture qui explose lorsque la corde s’y enroule, et les ropes bombs qui sont cette fois placés sur la corde. A vous de bien gérer votre saucissonnage pour atteindre à minima la complétion du niveau à 75%.

Si les premiers niveaux sont d’une simplicité enfantine, la chose se complexifie assez rapidement. Les sculptures se compliquent en diminuant les aspérités où accrocher les cordes ou encore des formes complexes qui vont créer des zones où ne pourrez plus passer de corde si vous vous y prenez mal (saleté d’éléphant). La quantité de cordes est elle aussi limitée, et il m’est déjà arrivé de tomber à court de corde à 99% de peinture, c’est très frustrant.

Ce dernier élément peut d’ailleurs représenter aussi un challenge, car en plus du taux de complétion de peinture de la sculpture, un indicateur de la longueur de corde utilisé est aussi disponible dans les scores. Pour ce qui concerne la durée de vie, je pense que vous pouvez compter sur 5-6 heures si vous voulez le finir complètement à 100% et venir à bout des plus de 100 niveaux. J’avoue que je n’en ai pas eu la patience et que j’étais déjà bien content de juste finir certains tableaux en atteignant le fatidique 75%.

La musique est… zen, elle reste discrète, tranquille et surtout jamais saoulante. Par contre ce qui pourrais agacer à la longue ce sont les bruits de cordage qui font plus penser au roulis d’un bateau qu’à une séance d’entortillage de figurine.

Zen Bound 2 de Secret Exit

Si vous cherchez un divertissement non violent et qui prend seulement doucement la tête, Zen Bound 2 est peut-être fait pour vous. Avec son concept simple, son gameplay à la portée de tous et une difficulté qui peut s’avérer relevé si on cherche à faire les succès Steam, on se rend compte qu’on a affaire à un petit bijou de tranquillité vidéo-ludique.


Opération Napoléon de Arnaldur Indridasson

Serafina dans Critiques, Livres le 16 novembre 2015, avec 5 commentaires
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Pour mon voyage au Japon, j’ai embarqué des bouquins un peu au pif, et notamment ce Arnaldur Indridason nommé Opération Napoléon et qui propose en couverture un avion écrasé. Si vous êtes déjà allé en Islande, cela doit vous faire penser à celui près de Vik et c’est la raison pour laquelle je l’ai embarqué. Synopsis ?

operation napoleon arnaldur indridason 2

En 1945, un bombardier allemand s’écrase sur le Vatnajokull, le plus grand glacier d’Islande. Du fait du climat difficile en plein hiver, l’avion n’est jamais retrouvé. Mais de nos jours, les images satellites permettent aux forces américaines de localiser l’avion, sauf que la récupération est entourée d’un secret dense. Que se cache-t-il dans cette carcasse ?

On connait Indridason pour sa série policière autour du commissaire Erlendur dont j’ai lu plusieurs tomes mais ici nous sommes sur un roman indépendant qui d’ailleurs relève plutôt du thriller avec son lot de complot gouvernementaux, de mystère mais aussi de cruauté. Tout comme ces autres romans, le style de l’auteur est très simple et facile à lire. Il alterne les points de vues mais aussi les époques puisque de nombreux flashbacks nous ramènent à l’époque de la guerre.

operation napoleon arnaldur indridasonC’est un roman que j’ai particulièrement apprécié pour sa géographie. En effet, et c’est une des marques de fabrique de l’auteur, ce roman nous remmène directement dans les plaines désertiques et glacées de l’Islande avec son lot de glacier, ses tempêtes, bref ce climat si particulier qui donne son originalité aux romans de l’auteur. Après clairement, si vous ne connaissez pas le pays, vous risquez d’être paumé entre tous ces noms un poil compliqués. Le bouquin évoque notamment beaucoup la présence américaine en Islande (ce qui était déjà le cas dans La Femme en Vert du même auteur) ce qui était aussi interessant.

Après, ça reste un thriller et en plus un thriller assez court. Cela veut donc dire que ça escalade très très vite dans l’horreur et la violence. De plus, souvent la première intuition des personnages est la bonne ce qui fait un peu trop gros. Heureusement, l’histoire nous tient en haleine et les révélations petit à petit sur le contenu de l’avion nous font tourner les pages. Dans l’ensemble l’histoire derrière ce crash est plutôt réaliste et semble bien documentée. Le rythme est enlevé avec des chapitres courts et pas mal de retournements de situations.

Les personnages, du fait de la rapidité du récit, sont relativement peu développés et ne sont que des noms. L’héroine n’a guère qu’un prénom et un vague background. Difficile de réellement s’attacher aux héros et de prédire leurs reactions dans ce genre de cas. C’est un peu dommage et c’est ce qui m’a géné (et me gène souvent dans les thriller en général).

Je dirais donc que ce fut une lecture sympathique mais surtout car cela me rapelle l’Islande. En lui même, c’est un bouquin tout à fait dispensable, malgré le fait qu’il y ai beaucoup d’éléments qui auraient pu en faire un top. Il ne suffit pas de mettre des nazis et des complots pour être inoubliable malheureusement.


The Book of Ivy, Ivy Tome 1, de Amy Engel

Serafina dans Critiques, Livres le 7 novembre 2015, avec aucun commentaire
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The Book of Ivy est le premier tome de la série Ivy de Amy Engel paru en français depuis mars aux éditions Lumen. Il s’agit d’un joli livre typé Young Adult, illustré par Mélanie Delon. La série est toute jeune dans sa langue originale, celle de Shakespeare comme souvent, puisque publiée en 2014. C’est ici traduit par Anaïs Goacolou. Synopsis ?

The Book of Ivy, Ivy Tome 1, de Amy Engel

La guerre nucléaire a boulversé notre monde. Les survivants, peu nombreux, se trouvent dans des villages protégés. C’est le cas de Westfall où réside Ivy. Afin de garantir la paix entre deux clans autrefois opposés, les mariages imposés ont lieu et cette année c’est à Ivy, fille du chef des « démocrates » d’épouser Bishop, fils du président issu du clan opposé. Sa mission à elle ? Le tuer.

Nous sommes donc dans une Dystopie assez classique avec un événement qui marque le passage à l’âge adulte ici symbolisé par un mariage forcé. L’univers semble irrémédiablement cruel envers ces jeunes, on ne comprend pas trop ce qu’il y a autour du village et le synopsis semble à première vue plutôt simple.

Il se trouve que c’est le roman d’introduction, il est donc normal que nous découvrions au fur et à mesure la complexité de l’intrigue et notamment des personnages. Pour une héroïne Young Adult, Ivy est un personnage plutôt agréable, elle est crédible, ni trop rebelle ni trop obéissante, elle n’est pas à baffer contrairement à bon nombre de ces consœurs. Le monde présenté est plutôt simple, l’avantage de se centrer autour d’un village. Bon, il y a des trucs que je n’ai pas réellement compris, comme pourquoi est ce que le village est protégé par une barrière si le danger c’est l’hiver nucléaire. Je sais que les nuages respectent les frontières mais tout de même.

The Book of Ivy, Ivy Tome 1, de Amy EngelEn terme de scénario, il faut avouer que j’ai été surprise car je n’ai pas réussi à deviner trop tôt la tournure que prendrait ce premier tome. L’idée d’aborder le thème des mariages arrangés permet de toucher n’importe quel public et est un sujet pas trop souvent abordé dans ce genre de roman. Il faut dire que c’est bien amené.

Le style d’Amy Engel est traduit de manière claire et assez simple par Anaïs Goacolou. Les chapitres sont assez courts et il est donc facile de lire le bouquin à un bon rythme. Bien qu’orienté ado ou jeune adulte, c’est un roman qui peut être lu avec plaisir même par les plus âgés.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un bon moment lecture avec ce premier tome. Je n’en garderais peut être pas un souvenir impérissable mais je ne regrette pas ma découverte.


Stoner Road de Julien Heylbroeck

dabYo dans Critiques, Livres le 4 novembre 2015, avec aucun commentaire
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J’ai tout de suite eu envie d’acheter Stoner Road de Julien Heylbroeck quand je l’ai vu dans les rayons de l’Imaginaute à Tours. Avec un titre pareil, ça sentait forcément le road trip mélangé au Stoner Rock ! Et forcément, la quatrième de couverture vient conforter ces hypothèses. Avec une jolie couverture qui sent le désert de AMMO, on peut dire que le bouquin publié par ActuSF devait donc rejoindre nos étagères. Et c’est ce qu’il a tout de suite fait, jusqu’à ce que je finisse enfin par le lire, porté par l’avis positif de illman il y a quelques mois. Synopsis.

stoner road heylbroeck julien

Josh est au volant de sa caisse et traverse les longues plaines désertiques de la Californie pour rejoindre la generator party de ce soir où il compte bien se rabibocher avec sa copine. Celle-ci l’a plaqué il y a quelques jours, il n’a toujours pas bien compris pourquoi (à part parce que c’est un putain de toxico mais promis il arrête de déconner), et il compte bien tout arranger. Mais voilà, avec ce qu’il s’est pris avant de partir et tout au long du trajet pour tenir la route, les hallucinations l’ont forcé à s’arrêter et faire une petite pause. Quand le toxico débarque enfin après avoir passé la nuit à dormir sur le bord de la route, il n’y a plus d’autre trace de sa dulcinée qu’une des boucles d’oreille de sa copine par terre et des dizaines de personnes qui ne se rappellent même plus de ce qu’ils ont bien pu voir.

Julien Heylbroeck

Julien Heylbroeck

On commence donc Stoner Road en ayant l’impression qu’on va bientôt assister à une scène de rabiboche culcul mal écrite pour toxicos. Et au fil des pages, on se rend compte qu’on va plutôt finir accro à un bouquin qui s’avère être un très bon mélange des ingrédients qu’on aime bien ici. Une sacrée ambiance stoner bien retranscrite avec son lot de drogues et de musique d’abord, le désert roadmovie et son petit côté western sur certains points, et enfin, une sorte de narration haletante qui nous donnerait presque l’impression d’être dans un thriller. Le tout tient d’une recette qui donne très vite envie de continuer la lecture.

La narration de Julien Heylbroeck est assez catchy et prenante. Bien que l’auteur et son style donnent l’impression de ne pas se soucier des détails et d’aller droit au but, les scènes et l’ambiance sont vraiment bien retranscrites. C’est vraiment comme si on était avec notre héros sous les rayons de soleil entrain de crever de chaud dans sa Pontiac sans climatisation efficace. Chaque bière qu’il se met sur le front nous rafraichit, chaque rasée nous désaltère. Et c’est pareil avec ses nombreuses hallucinations de toxico.

Car notre ami Josh était appelé Doc Défonce et on peut clairement dire qu’il ne consomme pas avec modération. Stoner Road porte bien son nom et en dehors de l’aspect musical, celui de la dope y est aussi très présent et bien intégré. En fait, on peut dire que l’auteur a réussi à créer une intrigue dans laquelle toutes les dimensions de cet univers musical ont réussi à prendre place. L’enquête du héros nous mène sur les traces d’un groupe de Stoner Rock qui file des champignons bizarres et semble être la cause de disparitions super cheloues. Quoi de mieux que d’aller sur les traces de leur tournée dans le désert ? Franchement, je ne vois pas ce qu’on pouvait de faire de plus proche de cette musique.

stoner road heylbroeck julienPour l’accompagner dans cette quête de preux chevalier, Josh va rencontrer son parfait opposé, Luke, un redneck comme on en fait si bien chez l’oncle Sam. Il déteste les mexicains qu’il aimerait bien renvoyer de l’autre côté de la frontière, il déteste les toxicos et pour lui tout se barre en couille aux Etats-Unis. Bref, tout les opposent et pourtant, lui aussi a perdu quelqu’un lors de cette generator party: sa petite sœur. Les deux compères vont donc devoir se porter aide mutuellement pendant cette enquête bien qu’ils ne puissent franchement pas se sacquer.

Le duo fait un peu cliché mais ça marche relativement bien. Évidemment, je vous passe le fait qu’ils vont se séparer, puis se retrouver malgré eux, etc. C’est du grand classique de ce côté, avec le lot de rencontres de gens qui sont plus ou moins au courant du truc, qui ont plus ou moins des infos qui n’ont jamais vraiment envie de les aider pour autant.

Vous l’aurez donc compris, j’ai franchement dévoré Stoner Road de Julien Heylbroeck. Avec un style d’écriture qui va droit au but tout en nous mettant directement sous les lourds rayons de soleil du sud de la Californie, avec une thématique pleine de la lourdeur du Stoner, ce livre avait tout pour me plaire. Et il l’a franchement fait. Rarement un livre a aussi bien porté son titre, on ne pourra vraiment pas lui reprocher d’être une publicité mensongère.