Imaginaerum de Nightwish

Serafina dans Critiques, Musique le 7 décembre 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Après Dark Passion Play qui m’avait plutôt convaincue et l’arrivée d’Anette Olzon au chant à la place de Tarja Turunen, Nightwish aura mis 4 ans pour sortir son nouvel album, Imaginaerum. Pour ce deuxième album post-Tarja, le groupe a vu grand, et prévoit notamment de faire un film autour de cet album qui a été composé comme une bande originale. C’est donc un concept-album sorti le 30 novembre en Finlande qui vient d’arriver dans l’hexagone.

 Imaginaerum de Nightwish

La pochette reste très classique, bleue et dans la droite lignée de celle de Dark Passion Play, c’est surchargé et à la limite du kitch mais on a l’habitude. Elle est réalisée par Janne « Toxic Angel » Pitkänen à qui l’on devait celle de l’album précédent et des singles qui en ont été tirés. Il se compose de 13 morceaux pour une durée d’une heure quinze. Contrairement aux habitudes, l’album commence par une réelle introduction, parlée, totalement en finlandais qui explique probablement le concept.

Dans l’ensemble les habitués des derniers Nightwish ne seront pas dépaysés, on sent clairement la patte du claviériste-compositeur Holopainen, dans les riffs très nightwishiens, et dans la conception même des morceaux : les chœurs d’enfants sur plusieurs morceaux, les breaks symphoniques un peu chargés. Bref, c’est une suite assez logique du précédent. Cependant, contrairement à ce qu’on a pu reprocher à certains albums précédents, celui ci ne fait pas dans la facilité, et qu’on aime ou pas, il est impossible de ne pas saluer les risques pris par le groupe pour Imaginaerum, qui se transforme en un gigantesque melting-pot. Cela est probablement dû au coté concept-album: un vieil homme redevenant enfant dans un monde onirique, vivant du coup pas mal de choses, les chansons en elles même n’ont pas tant d’unité que cela. Enfin, si, mais par lot. Mais entre l’ABBA-esque Storytime, l’avant-gardiste Ghost River et la ballade celtique Turn Loose the Mermaids, il y a d’énormes gouffres.

Imaginaerum de Nightwish

Au niveau du chant, cette fois ci, les textes ont été écrits pour la voix d’Anette, de ce fait elle est beaucoup plus à l’aise sur la majorité des titres. Si on perd évidemment quelque chose avec le départ de la soprano Tarja, qu’on aime ou non, la nouvelle chanteuse fait son propre style, plus enlevé et aérien que la précédente. Elle montre d’ailleurs une sacré palette entre le coté jazzy sur Slow Love Slow, le coté très pop suédoise de Storytime, des vocaux plus agressifs, ou plus nasillards (que je n’aime pas du tout) sur Scaretale. Elle est très versatile, et sa voix a quelque chose de très expressif. Le deuxième vocaliste, Marco Hietala reste lui égal à lui même, efficace. Il en résulte des lignes de chant originales et super entrainantes notamment sur le refrain de I Want My Tears Back ou Ghost River.

Pas mal de morceaux montrent une réelle originalité, et surtout des inspirations très variées. Inspirations cabaret, avant-garde ou Burtonniennes en premier. Scaretale est une pièce de 7 minutes, extrêmement théâtrale avec son dialogue et son coté « cabinet des horreurs » aux accents cauchemardesques, qui flirte avec le burlesque et ferait penser à des groupes Steampunk, alors que Arabesque fait dans l’orientalisant symphonique avec des bouts de Ennio Morricone dedans. Nightwish montre là aussi une patte beaucoup plus Folk avec notamment de la cornemuse sur plusieurs titres, qu’on retrouvera par exemple dans le très bon Ghost River, piste assez énervée au refrain très très sympa et qui n’est pas sans rappeler Diablo Swing Orchestra. Turn Loose the Mermaids fait beaucoup penser à une ballade celtique, c’est d’ailleurs la ballade la plus réussie de l’album, à mon avis.

Imaginaerum de NightwishNightwish a toujours été un groupe qui osait le mélange des genres, et c’est encore plus le cas ici, son Metal est mélangé au symphonique, avec du folk, de l’avant garde, de la BO, et même du piano-bar. Malheureusement, avec une palette aussi large, on ne peut pas plaire à tout le monde… Personnellement, je ne supporte pas Slow Love Slow que je trouve mièvre et sans intérêt, et je zappe les passages parlés du morceau Song of Myself (long de 14 minutes, dont la moitié consiste en poèmes récités par les proches du groupe) car ils m’ennuient, tandis que Rest Calm, trop classique, m’indiffère. De même, j’ai tendance à zapper le dernier morceau, Imaginaerum, qui bien qu’il ait donné son titre au CD est en fait un résumé instrumental reprenant les main riffs des autres morceaux. Tuomas déclare l’avoir imaginé comme le générique de fin d’un film, le moment où défilent les crédits, et oui c’est exactement cela, mais ça ne m’intéresse pas vraiment.

Imaginaerum recèle cependant de réelles perles, originales, où Nightwish et particulièrement Tuomas ont osé et semblent s’être fait plaisir. Ces morceaux, Scaretale, Ghost River, Last Ride of the Day en tête, rendent magistralement bien et justifient largement l’acquisition ou en tout cas l’écoute de l’album. Le coté concept-album est ambitieux et amène malheureusement des écueils avec lui, comme pour toute BO d’ailleurs, mais qui sont relativement bien contrebalancés par de très bons morceaux. Ça me donnerait même envie qu’ils passent au Hellfest 2012.


La Chute, Léviathan Tome 1, de Lionel Davoust

LuxtExMachina dans Critiques, Livres le 6 décembre 2011, avec aucun commentaire
Critiques

La Chute est le premier tome de Léviathan, une trilogie écrite par Lionel Davoust, sorti à la rentrée de cette année aux éditions Don Quichotte. L’auteur français sort cette fois des rangs de l’imaginaire pour lesquels je le connaissais, la Fantasy avec La Volonté du Dragon en premier, et réalise un roman de type Thriller. D’aspect noir et plutôt sobre, la couverture est signée Alexandre Fort. Passons au synopsis.

La Chute, Léviathan Tome 1, de Lionel Davoust

Michael Petersen est un océanographe qui a eu une enfance difficile. Ayant perdu ses parents lors d’un naufrage, il est traumatisé et a une peur bleue de la mer. Mer qui pourtant le fascine au plus haut point. C’est cette fascination qui l’amène à accepter une mission de trois mois en Antarctique. Dans le même temps, une organisation secrète suivant la Voie de la Main Gauche compte bien l’empêcher de s’y rendre, pour des raisons inconnues.

On va donc suivre tout au long du livre notre héros Michael, comment il va se préparer psychologiquement, ses doutes, ses angoisses. D’un autre côté, nous suivons aussi les membres de la Voie de la main Gauche. L’auteur nous dit très peu de choses sur cette société secrète. Elle s’oppose à ce qu’on appelle « la Voie de la main Droite« , une voie seulement évoquée dans le livre. Ces deux voies s’opposent non pas dans le sens du bien et du mal mais dans le sens où chacune prônent une philosophie différente et diamétralement opposée. En résumé, la Main Gauche prône l’être en tant que propre maître de sa volonté, alors que la Main Droite quant à elle privilégie l’être divin en tant que maître suprême. Nous sommes donc sur le terrain d’une lutte, ancienne et toujours d’actualité, entre deux entités.

Lionel Davoust

Lionel Davoust

Le style est agréable à lire, comme a pu nous habituer Lionel Davoust avec ses précédents écrits. Cependant, il faut quand même souligner qu’avec  Léviathan il change radicalement de style, Thriller oblige. Les chapitres, s’ils ne sont pas spécialement courts comme le genre le fait souvent, changent très rapidement de points de vue, alternant d’un personnage à l’autre, ce qui donne une certaine dynamique. J’ai malheureusement trouvé que l’histoire mettait du temps à prendre sa place, une sorte de lenteur qui est le principal point faible de ce premier tome.

Ceci dit, cette lenteur permet de développer et de voir l’évolution du personnage principal au travers de son voyage.  Ainsi, comme on pouvait s’en douter, La Chute sert principalement d’introduction à la saga Léviathan. L’auteur introduit, met en place les différentes intrigues de l’histoire, tel un joueur plaçant patiemment ses pions sur un échiquier. Le lecteur se fait balader de bout en bout, tout en en apprenant aussi peu que possible. Une sorte de culte du secret, l’auteur ne distillant des informations qu’au compte goutte, nous laissant dans le flou le plus total sur beaucoup de points abordés dans l’histoire. D’une certaine façon il nous met dans une position identique à celle de certains des sbires de la société secrète de la voie de la Main Gauche: une recherche de la vérité.

La Chute va nous faire voyager dans des paysages très variés, de la banlieue américaine au désert glacé de l’Antarctique, en passant par des bas-fonds mexicains. Le dépaysement est total à chaque fois, on s’immerge complètement dans les différents environnements. Si les personnages semblent caricaturaux au début, ils s’étoffent et prennent une véritable profondeur au fil des pages.

La Chute, Léviathan Tome 1, de Lionel DavoustOn retrouvera aussi un petit message écologique derrière l’histoire, surtout concernant l’écologie marine. Quand on sait que l’auteur porte à cœur ce sujet, ça n’a rien de très étonnant. Il arrive cependant à le mettre au second plan et ne le rend pas lourd ni moralisateur.

En fin de compte ce premier tome de la série Léviathan est un bon livre. Si l’action se fait un peu attendre, avec une mise en place de l’histoire assez longue, on pardonnera ce manque par la qualité de la mise en place des éléments et de ce qu’il nous laisse entrevoir pour le futur. Étant le premier livre de la trilogie, l’auteur nous promet plus de révélations et d’actions dans la suite. Pour ma part je lirais volontiers La Nuit, le deuxième tome prévu pour printemps 2012.


C’est Lundi, que lisez vous ? #26

Serafina dans Actualités, Livres le 5 décembre 2011, avec 3 commentaires
Actualités

Depuis quelque temps, la blogosphère littéraire a instauré cet article rituel du lundi, sur les lectures de la semaine.

dabYo

Un rendez-vous manqué avec l’ophtalmo m’a permis de terminer plus rapidement que prévu Les Tangences Divines, le dernier roman de Franck Ferric. Ce fut une lecture agréable qui m’a vraiment fait penser au mélange d’un roadmovie avec du Fantastique, un peu de religieux et beaucoup de trip. Finalement, je n’aurai que peu de reproches à lui faire, si ce n’est quelques tournures et un présent qui me laissent perplexe. Un roman original et rafraichissant en tout cas.

Sang Neuf, American Vampire Tome 1, de King, Snyder et AlbuquerqueJ’ai aussi lu Sang Neuf, le premier tome d’American Vampire, un comic créé par Scott Snyder, co-scénarisé par Stephen King pour ses premiers chapitres et mis en image par Rafael Albuquerque.

Je dois avouer que c’est d’abord ce premier point qui m’a plu, car le style graphique est tout bonnement sublime. Mais avec un mélange vraiment intéressant de vampires et de Western et une narration excellente, ce coup d’essai m’a convaincu de continuer la série et de lui donner sa chance.

Et puis les personnages, bien qu’un poil caricaturaux, restent très charismatiques.

Serafina

Cette semaine j’ai terminé The Dirt, l’autobiographie de Mötley Crüe. Après une excellente première partie, la deuxième de cette dernière est moins fun, le groupe étant englué dans ses problèmes personnels, relationnels et d’égo. Cependant le coté descente dans l’oubli est très intéressant.

Dommage cependant que la bio s’arrête à 2001 et donc ne traite pas de la reformation, ni de la période de composition de l’excellent Saints of Los Angeles.

Et vous, qu’avez vous lu cette semaine ?


J’avais adoré Le Cri du Loup, premier tome de Alpha & Omega, une série spin-off de Mercy Thompson écrite par Patricia Briggs. De ce fait, partant en formation à Paris et ayant beaucoup de trajets à faire, j’ai vite embarqué le tome 2 avec moi. Servi par une jolie couverture violette,Terrain de Chasse fait environ 300 pages et est disponible chez Milady depuis quelques mois maintenant. Synopsis ?

Terrain de Chasse, Alpha & Omega Tome 2, de Patricia Briggs

Bran le Marrok a pour projet de révéler l’existence des loups-garou au grand public. A cet effet, il réunit à Seattle les représentants des loups européens. Son fils Charles est chargé de leur présenter le plan de Bran et de les convaincre de s’y soumettre. Il emmène avec lui Anna, l’Omega. Comme il faut s’en douter, tous les loups ne voient pas cette idée d’un très bon œil et Anna pourrait bien être la cible d’attaques.

L’histoire de la révélation des loups au grand public avait déjà été abordée dans la série Mercy Thompson, mais il est du coup très intéressant de découvrir ce qui s’est déroulé avant cette décision et comment elle a été prise. Cet événement permet de bien relier les deux séries, sans pour autant les rendre dépendantes l’une de l’autre. L’arrivée des loups européens dans la partie est l’occasion de s’intéresser un peu à ces derniers, au fonctionnement un peu différent des loups américains. On va notamment y trouver deux personnalités hautes en couleurs, dont je ne vous en dirais pas plus. On ne revoit malheureusement pas Asil, le personnage qui m’avait tant plu dans le tome précédent, mais Arthur, l’alpha Britannique, est un personnage que j’ai adoré.

Ce deuxième tome comporte beaucoup de politique, ce qui n’est pas désagréable, pour assez peu d’action. En réalité, c’est l’un des réels avantages de la série. Si Mercy est aux prises avec des loups individuels et doit régler des problèmes relativement personnel, Charles, étant le bras armé du Marrok est impliqué dans des problèmes d’un tout autre niveau, concernant tous les loups. De ce fait, il en connait aussi beaucoup plus sur le monde des loups-garou (la magie de la meute, etc). Cela rend le roman passionnant du coup. Patricia Briggs a créée là un univers complexe, profond, et qui se démarque clairement de toutes les autres productions Bit-Lit. Si Anita Blake a été l’instigatrice et a posé de nombreuses bases, l’univers de Mercy Thompson est de ce que j’ai pu lire, l’un des plus complets, complexes et cohérents.

alpha_omega_briggs_comic.jpg

Adapté en comic, le précédent tome (Le Cri du Loup) n'a malheureusement pas eu un très bon accueil critique

Les tractations tout au long des négociations sont pleines de suspens et de tension. Charles se révèle un héros sympathique et Anna n’est pas en reste, ils ne sont pas trop caricaturaux ni stéréotypés, de ce fait il est assez facile de rentrer dans l’histoire, même si ce n’est pas forcément leur personnalité qui marquera le plus le lecteur, au contraire de certains personnages secondaires. J’ai aussi beaucoup apprécié le fait que la romance ne prenne jamais le pas sur l’histoire, c’est souvent un travers des romans du genre, et là pas du tout, pas de triangle à la con, nada. C’est tant mieux et pourvu que cela reste ainsi. Je sais, je le répète à chaque chronique, mais c’est tellement courant dans le genre que le signaler est presque indispensable.

Terrain de Chasse, Alpha & Omega Tome 2, de Patricia Briggs Le style de Patricia Briggs est toujours aussi fluide et très facile à comprendre, ni trop neuneu ni trop complexe. Il sert l’histoire voilà tout, mais ne sera pas non plus inoubliable. La traduction d’Eléonore Kempler est de bonne facture, je n’ai pas grand chose à y redire.

Au final, Terrain de Chasse est vraiment un très bon tome et fait office de confirmation. La série Alpha & Omega est d’excellente facture et je la placerai même au dessus de Mercy Thompson que j’apprécie déjà tout particulièrement. C’est le dernier tome actuellement paru, la suite étant prévue pour Janvier 2012 aux États-Unis, il va donc falloir prendre son mal en patience.

Mais je ne suis pas vraiment sûre de réussir à attendre la sortie française…