Sucker Punch de Zack Snyder

Serafina dans Critiques, Films le 31 mars 2011, avec 7 commentaires
Critiques

Sucker Punch est un film de Zack Snyder, sorti en mars 2011. Le réalisateur, à qui on doit notamment 300 et Watchmen, était attendu de pied ferme notamment par la sphère fane de jeux vidéo et comics, deux univers dont le film semblait clairement s’inspirer. Descendu par les critiques, avec des scores d’audience extrêmement faibles aux États-Unis pour sa semaine de sortie, nous nous attendions au pire lorsque nous nous sommes rendus au cinéma. Film incompris, ou véritable navet ? Synopsis.

Sucker Punch de Zack Snyder

Notre héroïne est une jeune fille d’une vingtaine d’année, enfermée dans un asile par son beau père soucieux de récupérer l’héritage suite à la mort de sa mère, celle ci ayant légué tous ses biens à ses filles. Moyennant une petite somme, l’arrangement avec un des médecins de l’hôpital était de lobotomiser la demoiselle le plus tôt possible. Sauf que Baby Doll ne l’entend pas de cette oreille et compte bien s’évader. Elle va alors se réfugier dans des mondes imaginaires où l’asile est un cabaret, et les filles des danseuses séquestrées.

En réalité le synopsis est plus compliqué à expliquer qu’il n’y paraît. En fait, on pourrait dire qu’il y a une certaine plongée dans la folie, avec des mondes imaginaires, dans lesquels l’héroïne peut à nouveau s’évader vers d’autres mondes imaginaires avant d’y revenir. Du Inception version Schizophrénie en somme. De ce fait, les mondes sont très différents, de l’asile typé années 50, au cabaret début XXème, à un monde imaginaire mélange de Science-Fiction, de mechas et de Steampunk. Visuellement, le film est une vrai claque quelque soit l’univers. L’image est léchée, les ambiances sont très bien retranscrites, les couleurs sont belles, tout est beau. Même les effet spéciaux s’intègrent plutôt pas mal.

Cabaret dans Sucker Punch de Zack Snyder

Une bonne partie du film se déroule dans un cabaret... Et pourtant, aucune scène hot, ce qui est assez étonnant aujourd'hui.

Toute cette ambiance est renforcée par la musique, ultra présente dans le film, bien qu’un peu forte. Cette musique joue un rôle très important, car c’est elle qui permet de passer d’un monde à l’autre. Les scènes d’introduction sur Sweet Dreams ou de combat sur Army of Me sont ultra synchronisées. Contrairement à ce que j’avais pu dire à l’écoute de la Bande Originale de Sucker Punch lors de ma chronique, elle est en fait totalement adaptée. Les choix trip-hop sont justifiés, les combats sont loin de ceux d’un Iron Man et beaucoup plus mélancoliques. Enfin, même le morceau de rap est bien intégré et passe tout seul dans le film, une vraie réussite et un des moments les mieux réalisés d’ailleurs.

Comme je le pressentais, du combat, il y a en, et du spectaculaire. Snyder abuse toujours des ralentis mais moins que dans 300. Les ennemis sont variés, et sont pour le réalisateur un moyen de faire de nombreux clins d’œils aux mondes de l’imaginaire. L’idée de base étant que dans un monde imaginaire, tout est possible, vous vous doutez bien que les situations vont être assez folles. Comme débarquer au milieu d’un remake de la bataille du gouffre de Helm en hélicoptère, ou encore affronter des zombies nazi après être sorti des tranchées de 14-18, ou même d’affronter les robots de I-Robot. Difficile de croire à des coïncidences, tant les références sont évidentes. On nous en met plein la vue, avec des explosions, des cascades et des combats ultra chorégraphiés dans tous les sens, et un armement de premier choix pour nos héroïnes.

Nazis dans Sucker Punch de Zack Snyder

Qui y a t'il sous un casque de nazi mort régénéré par un savant fou ? Un orc venu du Mordor. Et ouais, fallait le savoir, merci le brainstorming !

Là dessus, Sucker Punch apparait clairement  comme un délire de fan, ultra graphique et ultra léché. Il est important de souligner l’influence « Jeux Vidéo » tellement on a l’impression de voir la caricature des missions d’un Beat em all dans le « monde des combats » du film. Zack Snyder sort là une version digérée de pas mal d’influences, du visuel japanime, aux jeux vidéo en passant par du clip, et un coté Tarantino. Avec le même principe qu’un Inception et les mêmes délires qu’un Scott Pelgrim, tous trois montrent clairement que le jeu vidéo commence à faire son entrer dans les codes du cinéma.

Malgré tout ces délires, le scénario, bien que pas forcément très très recherché lorsqu’on lui soutire les scènes de combat, se tient et est somme toute logique et bien ficelé. Il en laissera plus d’un perplexe sur la fin, avec notamment un fil rouge assez discutable et peu intéressant, mais cela reste suffisant pour ne pas nuire au film. Les dialogues eux sont proche de l’inexistence, ce qui va permettre aux actrices de s’en sortir plutôt bien, sans jamais pour autant ressortir.

Affiche Pin-up Sucker Punch de Zack Snyder

Hmm hmm...

Le côté délire de fan et actrices combattantes en mini-jupe, très japonais, pouvait d’ailleurs faire redouter la présence de fan-service à foison, d’autant que Sucker Punch avait une promotion où la plastique des actrices était plutôt mise en avant.

Et bien que neni, on restera dans le soft, à peine suggestif. Malgré les mini jupes et porte-jarretelles des héroïnes, que ce soit lors des combats où des phases du cabaret, le film n’est à aucun moment vulgaire et ne joue jamais sur le fan-service. Et ça, c’est bien, une très agréable surprise.

Le fait que j’adore les histoires se déroulant dans un asile psychiatrique joue probablement en la faveur du film de Zack Snyder. Mais ce thème ne suffit pas à faire d’un film un bon moment dans les salles obscures. Sucker Punch s’avère être une excellente surprise et fut un vrai moment de plaisir. Visuellement, ca envoie dans tous les sens, musicalement aussi, et le reste est tout à fait honorable. A voir donc, quoiqu’on vous en dise !


A l’occasion du lancement du chewing gum Hollywood Mega Mystery, la marque a décidé de faire les choses en grand, avec une certaine dérision. En effet ce chewing gum, au gout tenu top-secret et indefinissable est donc protégé par une garde montée sur Autruches, oui oui. Alors faites gaffe à ne pas révéler le secret car on sait que les autruches ca peut être méchant. Lire la suite de l’article Mixez avec Hollywood Mega Mystery


The Unforgiving de Within Temptation

Serafina dans Critiques, Musique le 30 mars 2011, avec 1 commentaire
Critiques

Within Temptation est un groupe que j’ai apprécié pendant plusieurs années. Et puis qui m’a constamment désappointée depuis The Hearth of Everything, jusqu’au très bon Black Symphony, un album live avec un orchestre que je vous avais chroniqué. Quatre années après leur dernier album studio sort The Unforgiving, un album au concept un peu surprenant pour ce qui fut un groupe de Metal Symphonique, que je rangerai aujourd’hui dans Pop-Rock. En effet, c’est un concept album, appuyé par un comic et des courts métrages.

The Unforgiving de Within Temptation

En gros, le concept tourne autour de personnes qui font des choses mauvaises, à cause de mauvaises décisions et qui sont châtiés par une espèce de force surnaturelle… Oui enfin, cela me laisse extrêmement perplexe. Je n’ai pas lu le comic et je n’ai pas vu les courts métrages. Nous nous intéresserons donc juste à l’album, sans forcément faire cas du concept (à tord peut être).

The Unforgiving se compose de 13 morceaux, dont une introduction parlée au début. Les autres pistes durent toutes à peu près 5 minutes. C’est très uniforme de ce point là, et cela annonce aussi la couleur. Within assume son coté populaire, en proposant là des titres tous calibrés pour la radio ou presque. Les compositions sont très classiques (couplet, pré refrain, refrain , etc).  Certes, le groupe n’a jamais été très fort pour prendre des risques sur la composition, mais c’est tout de même assez dommageable.

Contrairement aux albums précédents qui allaient un peu dans la surenchère symphonique, The Unforgiving est plus direct et plus rock. En soit, ce n’est pas un mal car le groupe commençait à s’auto-parodier, a tomber dans le too much. Le virage est clairement marqué, exit le metal sympho pour golgoths, et place à un groupe à l’image plus rock et à l’ambiance moins « plombée ».

The Unforgiving de Within Temptation

Parmi les 12 « vrais » morceaux on trouve 4 ballades: Fire and Ice, Lost, Stairway to the Skies et Last Dance dans une moindre mesure. On le sait, Within Temptation fait de jolies ballades, mais en faire le tiers de l’album ça a tendance à ramollir le rythme, voire à le casser. Cependant, pour tous ceux qui aiment la voix de Sharon, ces ballades sont agréables à l’écoute, symphoniques, soutenus par de jolis violons. Mention spéciale à Last Dance avec son ambiance celtique à souhait, qui n’est pas sans me rappeler un vieil album à la couverture immonde sur Mère Nature. Cette ballade est aussi la seule que j’aime de l’album.

A coté de cela, le reste de l’album se partage en morceaux radio-friendly aux refrains catchy et, tout de même, quelques vestiges de Metal. Shot in The Dark, Faster, Sinéad ou Where is the Edge font partie de la première catégorie. Refrains ultra accrocheurs, mélodies efficaces, production propre, ce sont de bons titres dans l’absolu, pas désagréable à l’écoute. Mais pas forcément des morceaux qui me marqueront.

Cependant, malgré tout, l’album contient quelques très bonnes surprises, comme In the Middle of the Night, à l’influence « speed metal » agréable, beaucoup plus rythmé et entrainant que les précédents morceaux. On notera aussi A Demon’s Fate qui est lui aussi un poil plus énervé, très Nightwishien. Sur ces morceaux, bien qu’on retrouve une composition classique, les riffs sont un poil plus acérés et les lignes de chant plus rythmées.

The Unforgiving de Within Temptation

Les paroles dans l’ensemble sont assez sombres, sans doute à cause du concept de l’album, pour cela, Sharon à délaissé les aigus qui font mal aux oreilles pour une voix plus grave, plus rock, plus cassée aussi. Le problème restant que l’on sent que la chanteuse sourit lorsqu’elle chante (manière de parler… elle chante de façon très gaie) ce qui ne colle pas forcément à l’histoire et n’amène pas les éléments nécessaires pour créer une ambiance.

Au final, The Unforgiving est album qui se laisse écouter sans trop de problèmes : la preuve je l’ai enchainé de nombreuses fois pour vous faire cette chronique. La plupart des morceaux cependant ne me laisseront pas de grand souvenir, à l’exception des 3 ou 4 que je vous ai cité.  Si l’album n’est pas à jeter, il est cependant important de l’écouter en oubliant le nom du groupe.


BlackRain est un groupe de Glam Metal et de Hard Rock français. Les compères, avec un look qui vient tout droit des années 80, ont sorti récemment leur 3ème album Lethal Dose of… chez le label allemand SPV. A cette occasion le groupe faisait une tournée acoustique des Fnacs de  France, d’Aix en Provence à Lille en passant par Tours, où nous nous sommes rendus. A noter que le concert était gratuit et pour un public réduit, faute de place.

BlackRain, showcase acoustique pour Lethal Dose of, à la Fnac (Tours)

Qui dit acoustique dit donc retravail des chansons pour les faire coller au contexte. Adrana par exemple s’en était bien sorti à l’espace culturel Leclerc de Blois, mais ce n’est pas une chose aisée. Et il se trouve que les gars de BlackRain s’en sortiront très bien eux aussi. Guitare sèche, percussions limitées, clavier et basse de temps en temps, c’est le minimum, les morceaux sont dépouillés, mais restent ultra péchus.

Il faut dire que leurs morceaux sont tous très efficaces en électriques : mélodies catchys, refrains accrocheurs et facile à mémoriser, tous les ingrédients sont là. Difficile de ne pas penser aux grands du genre, et notamment à Mötley Crüe , de toute manière le groupe ne cache pas ses influences et le bassiste a un débardeur « Motley« .

Les chansons passent sans problème l’épreuve du live. Les morceaux joués sont majoritairement ceux du dernier album que je ne connaissais pas : effectivement, sur Spotify vous pouvez trouver les deux premiers sous « Black Rain » et le 3ème sous… « BlackRain ». Ce que je n’ai appris que le samedi par illman, qui était aussi présent et dont vous pouvez lire le report par ici.

L’avantage des showcase acoustique, c’est aussi évidemment la proximité avec le groupe. Ils sont français, ça fait plaisir, et n’hésitent pas à dialoguer avec le public. Ils sont « cool », et accessoirement je suis totalement fane du look du chanteur, qui d’ailleurs a une sacré voix, ses montées en aigu sont très bonnes. Le groupe était certes à l’étroit, mais a la pèche et sait la transmettre au public.

BlackRain, showcase acoustique pour Lethal Dose of, à la Fnac (Tours)

Il faut dire que les morceaux sont taillés pour ça, et notamment l’excellent Rock your City déjà présent sur le deuxième album. Les chœurs (chantés par le public du coup) sont juste géniaux. Au final bien que le set soit fort court , showcase oblige, le groupe aura parfaitement réussi à me convaincre ainsi que la plupart des personnes présentes je pense.

Nous avons évidemment acheté l’album après cela, qu’on vous chroniquera peut être bientôt. Je ne peux en tout cas que saluer cette tournée acoustique, qui permet non seulement de mieux découvrir le groupe, mais aussi de faire venir du Glam Metal à la Fnac de Tours, et ça, c’est priceless.

A noter, le groupe sera présent au Hellfest 2011, le samedi matin, en version électrique évidemment. Bien qu’ils seront probablement programmés très tôt dans la journée, je ne peux que vous encourager à aller les voir, vu comme ils ont assurés en acoustique, le live doit valoir le coup. Alors faites comme nous et levez vous ce matin là. Nul doute qu’une tournée électrique sera programmée un de ces quatre. Et si ils passent dans la région, on y retournera avec plaisir.


No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

illman dans Comic, Critiques, Livres le 25 mars 2011, avec aucun commentaire
Critiques

No Hero est un graphic novel avec Warren Ellis au scénario et Juan Jose Ryp au dessin. Le tout sorti en 2010 chez Milady Graphics en France avec une traduction d’Eric Betsch, et Avatar Press pour la version originale. Je vous avais déjà parlé d’un comic issu du travail de Ellis, Transmetropolitan, que j’avais adoré. Est ce que c’est un essai transformé pour trouver sa place dans nos bibliothèques ? Direction le synopsis.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

Les années 60 ont vu naitre un groupe de super héros, les Levellers qui deviendront par la suite la Front line. Leurs pouvoirs proviennent de drogues crées par Carrick Masterson. Mais les membres de la Front Line sont éliminés un à un, et c’est pourquoi il leur faut du sang neuf. Joshua rêve de devenir un héros et s’entraine tout les jours en pourchassant les vilains dans sa ville pour se faire remarquer. Cela va le mener dans la Front Line et le monde de la drogue FX7.

« Jusqu’où pourriez vous aller pour devenir un super-héros ? ». Le sous titre sur la couverture met déjà dans l’ambiance. Car oui, c’est bien la drogue qui leur donne leurs pouvoirs, mais cela a forcément une contre partie, qui peut être terrible. L’utilisation de drogue au grand jour, des gouvernements qui laissent faire, c’est le portrait qui va être dressé ici. Détruire et corrompre la vie d’idéalistes qui se prennent pour des héros, avant de sombrer dans la corruption à cause de cette drogue et de tout ce qu’elle implique.

Ellis sait ménager ses effets, ses scénarios sont toujours surprenants, avec des retournements de situation intelligents et inattendus. No Hero ne fait pas exception à cette règle pour nous réserver bien des surprises, que je me garderais bien de vous spoiler. Le scénariste prend toujours un malin plaisir à dénoncer tout ce qui ne va pas et ça ne se limite pas à la drogue. La corruption, les riches qui dirigent le monde, les coups montés sur-médiatisés orchestrés par des gouvernements, ces références sont plus subtils mais bien présentes, il suffit de substituer Front Line par CIA (ou un autre) pour avoir un sentiment de déjà vu sur certains points.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

Niveau dessin, le sieur Ryp gère son art. Énormément de détails parsèment ses cases, et le design de ses personnages est carrément classe, mention spéciale aux Levellers des années 70. De superbes arts en doubles pages se retrouvent tout au long ce volume, mettant en scène les délire de Joshua pour la plupart, c’est donc dans un style plutôt torturé. De plus des crayonnés des persos sont aussi présents à l’arrière des couvertures de chapitres, qui sont elles aussi pas mal.

Après je pourrais comprendre que le style de l’auteur laisse un peu indifférent, je n’ai pas trouvé ça spécialement original non plus. Un détail qui me dérange dans ces dessins, très présent au début de volume, c’est le rendu des impacts. Imaginez vous couper une pomme en deux, tchac, et hop, un nuage jaune comme de la purée mousseline s’élève. C’est carrément moche et je trouve que ça gâche le dessin, dommage.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose RypUn autre reproche que je ferais concerne la violence. J’ai rien contre ça dans les comics mais le niveau de gore atteint un niveau un peu too much. L’hémoglobine gicle par hectolitres et certains passages sont carrément dérangeants, avec notamment un arrachage de colonne vertébrale accompagné de la réplique « C’est comme réussir à tirer la nappe sous les couverts« . Le tout suivi de l’attache de ladite colonne autour du bassin du bourrin pour s’en faire un « pénis vertébral ». Ahem, âme sensible s’abstenir.

Niveau édition, ça vaut son prix de 14,90€ et la couverture souple tient bon malgré les outrages qu’elle a subi avant de terminer sa course dans ma bibliothèque. Et puis sans vouloir tirer sur les ambulances avec Milady Graphics, j’ai quand même moins l’impression de me faire avoir sur la came qu’avec Panini Comics. Enfin bon j’ai un passé disons rugueux avec eux, bref…

Au final, No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp, c’est du tout bon, je ne le conseillerais pas en première lecture mais pour les autres c’est bon, vous pouvez y aller. Du bon super héros bien torturé, une histoire béton, un bon dessin, que demande le peuple.


Après Limoges, après Clermont, nous voici encore une fois dans une petite salle du milieu de la France, ici Le Confort Moderne à Poitiers. Facile à accéder en voiture, le Confort Moderne est une salle assez particulière, en effet, la salle « d’attente » est deux fois plus grande que la salle de concert et comporte notamment une fanzinothèque très fournie. Ce soir là, nous étions accompagnés d’illman, qui a lui aussi fait son report. Nous venions voir Electric Wizard, un groupe de Doom Metal Anglais. Les Anglais ont sorti 6 albums et viennent ici pour promouvoir Black Masses, leur dernier et fort bon album.

The Bottle Doom Lazy Band en Concert

Le chanteur de The Bottle Doom Lazy Band

Enfin, promouvoir c’est un grand mot : il n’y a aucun CD en vente au stand de merch, il y a trois t-shirts qui se battent en duel, bref, chose assez étonnante donc. Et assez dommage du coup. Le concert commence avec la première partie : The Bottle Doom Lazy Band, un groupe de Doom comme son nom l’indique, de la région. En effet Electric Wizard n’ont pas de première partie « attitrée » et prennent des groupes locaux pour leurs dates. Je trouve ça très bien comme principe.

Musicalement, les Bottle Doom Lazy Band ne sont pas mauvais, c’est du Doom assez classique, bien lourd et lent comme il faut. On retrouve la voix habituelle du genre, chevrotante à souhait. Le problème, car il y en a un, c’est l’attitude scénique. Le bide en avant, la chemise débraillée, la ceinture ouverte, le chanteur boit constamment de la bière. Pour un groupe de folk, ca passerait, le truc c’est que le Doom c’est pas vraiment de la chanson à boire. Dommage donc car certains morceaux valaient le coup, notamment Night of the Living Dead, mais plus difficile d’entrer dans l’ambiance du coup, comme s’ils s’étaient trompé de genre musical.

Electric Wizard, concert à Poitiers 2011

Le bassiste d'Electric Wizard, tatoué partout

Suivent 40 minutes d’attente pour voir le show d’Electric Wizard. Le concert débute donc à 11h du soir, à peu près. Et là… D’une part, on voit des amplis old school très 70s, un ampli avec une croix inversée, bref un bon décor de Doom qui promet. Et derrière un support pour de la retro-projection.

La projection d’images en arrière plan n’est pas rare dans le genre, je pense notamment à St Vitus au Hellfest avec leurs clips psychédéliques. Sauf que, sauf que. Electric Wizard n’a pas choisi de nous passer des clips, ni même des images, mais un téléfilm érotique des années 70 avec des scènes lesbiennes, mais surtout sataniques, sado-masos et autres. Je suis absolument perplexe à ce sujet. Les passages sexuels et satanistes, après tout, pourquoi pas. Le problème c’est qu’ils ont passé tout le téléfilm, y compris les scènes d’extérieur, en plein jour, les morceaux scénarisés. Ce qui ne collait absolument pas à la musique.

Musicalement, eh bien c’est assez carré. Par contre, le son est tellement fort que les bouchons d’oreille sont obligatoires , et pourtant je n’ai pas l’habitude d’en mettre. Le groupe a pioché assez largement dans la plus grande partie de son répertoire depuis Dopethrone, avec de très bons morceaux dont Dopethrone ou le très bon Black Masses (que j’ai malheureusement loupé vu que j’ai du sortir). Le groupe est statique et très froid, mais cela ne gène pas outre mesure, c’est du Doom. Le problème c’est que j’ai trouvé que l’atmosphère n’était pas là, dû en partie au film sans le moindre rapport.

Le problème aussi, c’est que le set à été très court. A peine une heure et seulement 8 morceaux après le début du concert, la lumière se rallume, pas un rappel, le groupe se barre. Alors certes, faut pas comparer à Anathema (qui ont fait 2h30 de set) mais quand même, une heure seulement pour un headliner ? C’est vraiment peu et j’en suis ressortie frustrée. Certes, le set est propre, carré, les morceaux sont bien joués (même si ils abusent parfois niveau reverb’ ) mais mince, laisser son public comme cela après à peine une heure ?

Electric Wizard, concert à Poitiers 2011

Le set d'Electric Wizard à Poitiers aura été tellement court... qu'on aura eu le temps de faire 3 photos.

Je suis du coup très déçue par Electric Wizard sur ce concert, et je n’ai du coup absolument pas l’intention de les revoir. J’ai eu l’impression d’un simple foutage de gueule. Je veux bien que le Doom, ca soit pas la fête mais quand même. Avec le nombre d’album qu’ils ont, ils n’y a pas d’excuse. Peut être est ce courant dans le genre ? Aucune idée, à part le Hellfest, nous avons fait assez peu de concerts de Doom. Bref, sachez tout de même que le groupe participera au Hellfest 2011, pour la troisième fois, d’ailleurs.


Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

aka oni dans Critiques, Livres le 20 mars 2011, avec 1 commentaire
Critiques

Assez peu connu en France, Eduardo Mendoza est un auteur plutôt populaire en Espagne. Né en 1943, cet auteur catalan a été traducteur et avocat avant de se mettre à l’écriture et il rencontre alors un succès critique indéniable. Mendoza est considéré comme un des auteurs les plus représentatifs du mouvement littéraire post-franquisme, dans un style qui retourne à une forme plus classique du roman. Dans ses œuvres les plus connues, on citera Le mystère de la crypte enchantée ou encore La ville des Prodiges. C’est un autre de ses romans que j’ai récemment lu : Sans nouvelles de Gurb.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

Pourtant, on n’est pas, avec ce roman, dans une structure très classique de la narration, puisqu’il est écrit comme un journal de bord, jour par jour et heure par heure. Mais d’abord, mieux vaut résumer le scénario. Ce dernier est plutôt simple : deux extra-terrestres, le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, et Gurb, atterrissent sur Terre, non loin de Barcelone (apparemment toujours très présente dans les différentes histoires de l’auteur). Ils sont sur Terre pour remplir une mission dont la nature nous est inconnue et est de toute façon très secondaire. Dans l’intention de prendre contact avec les humains –  une partie de la fameuse mission –, Gurb, qui, comme le narrateur, est une « intelligence pure », prend la forme d’un être humain, selon les recommandations de l’ordinateur de bord. C’est donc tout naturellement sous les traits de Madonna que Gurb va aller explorer Barcelone. Et ce dernier ne va rapidement plus donner aucune nouvelle, obligeant le narrateur à aller lui-même explorer la ville.

C’est certes un scénario plutôt simpliste, mais il permet évidemment de donner lieu à des situations comiques à répétition, à mesure que Gurb découvre les mœurs humaines… Il est apparemment décrit comme un roman à la fois burlesque, mais surtout comme une « satyre de la société moderne ». Pour être tout à fait honnête, d’accord pour le burlesque, mais en termes de critique de la société, on repassera. L’auteur lance des piques contre elle, mais de manière franchement peu subtile, presque naïve, bref, c’est trop gros pour prendre, avec des passages du genre : «  Je décide que l’argent ne fait pas le bonheur, je désintègre tout ce que j’ai acheté et je continue ma promenade les mains dans les poches et le cœur léger ».

Heureusement, ces petites phrases un peu ridicules n’abondent pas. Là où le roman révèle toute sa saveur, c’est dans l’humour absurde, dans le burlesque. Eduardo Mendoza sait s’y prendre pour placer Gurb dans des situations totalement improbables, à la mesure des différentes apparences humaines qu’il emprunte. D’ailleurs, au fur et à mesure que le livre avance, l’humour évolue ; d’abord gentiment moqueur, il bascule, dans la seconde moitié, dans un humour totalement absurde. Sur la fin du roman, on tombe même dans l’incohérence totale, mais l’auteur sait où il va, et malgré une utilisation peut-être un peu trop poussée du comique de répétition (quoique toujours savoureux), la quasi-totalité du roman est franchement marrante. Bon, il y a bien un petit creux assez peu inspiré vers le milieu du livre, mais pas de quoi se l’interdire.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo MendozaAu niveau du style d’écriture lui-même, Sans nouvelles de Gurb est donc présenté comme un journal de bord ; les phrases sont souvent courtes, assez incisives, la lecture est rapide et l’auteur ne se perd pas dans des descriptions à la Zola. Le narrateur est concis. Malgré tout, certains passages ne sont pas vraiment nécessaires et sonnent creux ; certaines réactions du narrateur ne collent pas vraiment avec sa personnalité extra-terrestre, on se demande un peu pourquoi il réagit ainsi, avant que le roman ne retrouve sa ligne directrice, quelques lignes plus bas. C’est assez dommage, ça nuit un peu au plaisir de lecture.

Sans nouvelles de Gurb est un roman est assez court (125 pages), et se lit très vite ; bref, une manière plutôt agréable d’occuper deux ou trois heures. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais étant donné qu’il se lit vite et qu’il est plutôt bref, il serait franchement dommage de s’en passer. Certaines parties sont quand même excellentes, complètement délirantes, et rien que pour ça, ça vaut le coup de le lire.


Bande Originale de Sucker Punch

Serafina dans Critiques, Musique le 18 mars 2011, avec 9 commentaires
Critiques

Sucker Punch est un film de Zack Snyder qui sort à la fin du mois. Il se trouve qu’il est assez attendu sur twitter, repaire des fans de comics, car effectivement le film est du même réalisateur que WatchMen. En attendant la sortie, la bande originale, elle, est déjà disponible et en écoute légale sur Spotify par exemple . L’album est composé de 9 morceaux, exclusivement des reprises qui vont être remixées pour l’occasion. Pour situer, Sucker Punch c’est l’histoire d’une jeune fille enfermée dans un asile par son beau-père, le tout dans les années 50. Elle décide de s’évader via un monde imaginaire … qui n’est pas si idyllique que cela.

Bande Originale de Sucker Punch

Les morceaux sont les suivants :

  1. « Sweet Dreams (Are Made of This) » – Emily Browning
  2. « Army of Me (Sucker Punch Remix) » – Björk featuring Skunk Anansie
  3. « White Rabbit » – Emiliana Torrini
  4. « I Want It All »/ »We Will Rock You » Mash-Up – Queen with Armageddon Aka Geddy
  5. « Search and Destroy » – Skunk Anansie
  6. « Tomorrow Never Knows » – Alison Mosshart and Carla Azar
  7. « Where Is My Mind? » – Yoav featuring Emily Browning
  8. « Asleep » – Emily Browning
  9. « Love Is the Drug » – Carla Gugino and Oscar Isaac

Alors des reprises, oui mais pas n’importe lesquelles. D’un part, on trouve certains classiques comme Sweet Dreams (are made of this) ou Where Is My Mind? totalement ré-imaginées, dans des versions à la fois plus oniriques et plus étranges. Je trouve que l’ensemble me fait beaucoup penser à Alice au pays des merveilles au niveau de l’ambiance. Les chants doux, notamment ceux d’Emilie Browning, l’héroïne du film qui chante aussi sur la BO donc, couplés à des instrumentations orientalisantes, et des paroles bien plus graves contribuent beaucoup à rappeler l’histoire de Lewis Caroll. D’ailleurs, le synopsis, avec son monde imaginaire et son background psychiatrique ne sont pas non plus sans rappeler celui d’Alice.

Je ne sais pas si Emilie Browning est chanteuse ou non, mais en tout cas, ses parties vocales sont très bien assurées et collent parfaitement à l’ambiance. Je trouve la plupart des adaptations très réussies. Army of Me de Bjork a été revue et inclut notamment des passages joués par le groupe de Rock Skunk Anansie. En fait, cette bande son serait absolument parfaite, si … il n’y avait pas le morceau 4, un mash-up de deux morceaux de Queen, I want it all et We will rock you, avec du rap par dessus le tout. Oui du rap. Alors que tout le reste de l’opus est plutôt accès pop-rock voir trip-hop, on se retrouve avec en plein milieu de l’album du rap. Non seulement je n’aime pas le rap, du tout, mais en plus je trouve que ca ne colle pas du tout aux morceaux de base de Queen.

Sucker Punch Original SoundtrackJe reste perplexe sur son utilisation dans le film, mais il est clair et net que cette reprise là aurait pu sauter. On notera aussi Emiliana Torrini, une chanteuse Islandaise que je connaissais pas du tout mais qui a une voix superbe. il y a en tout cas un vrai travail sur les reprises et une vrai unité dans le CD, du moins si on omet ce que j’appellerai le massacre de Queen.

Dans l’ensemble le tout a un tempo assez lent, mais est plutôt riche dans son atmosphère. Ce côté très onirique semble cependant contraster avec l’affiche du film, qui montre surtout du mecha et du bazooka en veux tu en voilà, mais c’est peut être trompeur. Cela reste néanmoins déroutant, vu qu’on s’attendrait plus à du AC/DC que du Björk pour un film misant autant sur le côté action.

En tout cas, cette la Bande Originale de Sucker Punch vaut le coup d’oreille. De là à dire que cela va me décider à aller voir le film, c’est un grand pas, mais effectivement, cela joue. La réponse début avril, le film sortant le 30 mars dans les salles obscures françaises.


La Fraternité du Panca était la série qui nous avait le plus marqué en 2009, et c’est avec bonheur que j’ai enfin pu mettre mes mains sur le troisième tome, Frère Kalkin. Ce dernier est sorti en janvier de l’année dernière, mais je n’avais pas eu l’occasion de le lire. Si vous n’avez pas lu ma critique du premier tome, ni celle du deuxième, sachez qu’il s’agit d’un Space Opera en cinq volumes, actuellement en cours d’écriture par Pierre Bordage. Mêlant les ingrédients de la Science-Fiction à ceux de la Fantasy, c’est avant tout une aventure humaine qu’il vous faut absolument lire. Ce troisième tome est il à la hauteur des deux précédents ? Synopsis. Sans spoil, bien entendu.

Frère Kalkin, La Fraternité du Panca Tome 3, de Pierre Bordage

JiLi est médiasliste sur la planète NeoTierra, autrement dit, le cœur de l’univers. Elle connaît les couloirs des institutions de l’organisation du monde humain comme sa poche, et elle n’est pas peu fière des différents scoops qu’elle a pu ramener à sa chaîne de télévision tout au long de sa carrière. Et pour les obtenir, elle est prête à tout, même à abuser de son physique des plus avantageux. Mais contre toute ses attentes, son chef va lui demander de faire un reportage sur une organisation mythologique qui n’intéresse personne, et dont l’existence n’est même pas prouvée. Le tout, avec un budget illimité. Mais qui peut bien être aussi intéressé par la Fratenité du Panca ?

Il ne s’agit là que du synopsis d’une des quatre histoires que nous allons suivre, car comme pour les deux précédents tomes, la narration nous fait suivre l’aventure de plusieurs personnages, tous liés par un fil rouge invisible et inconnu. Celle de JiLi donc, personnage assez atypique par rapport à ceux que l’on a pu connaître dans la série, celle de Frère Kalkin bien entendu, bien que suivi d’assez loin, et enfin, deux autres nouveaux personnages: Vilnea et Klarel. Dès le départ, on est certain que l’ensemble des destins sont liés, et on a qu’une hâte: découvrir comment Pierre Bordage va réussir à les réunir, tout en restant cohérent et surprenant. Et le pire, c’est qu’il y arrive.

Pierre Bordage

Pierre Bordage

Les difficultés étaient pourtant cette fois ci encore plus grandes. Le nombre de personnages, et donc de destins, a été revu à la hausse pour ce troisième tome, et ce à notre plus grand plaisir. Grâce à cette pléthore de personnages, disséminés à des endroits très différents de la galaxie, l’auteur a les moyens de nous faire découvrir encore plus de mondes et d’environnement. Et encore une fois, grâce à la création de coutumes variées, il rend cette exploration complètement passionnante, tout en continuant le tissage de l’univers général de la série. Comment rester de marbre face à cette planète en guerre civile permanente ? Comment ne pas être subjugué par cette étendue de glace où la survie des hommes est mise à mal par les éléments déchaînés ?

En plus de cette exploration des différents mondes traversés par nos héros, la mythologie de l’univers continue d’être expliquées par de petites introductions devant chaque chapitre. Ces petits paragraphes vont, encore une fois, du témoignage d’un ancien ou futur héros de la série, à des textes encyclopédiques sur la géopolitique d’une planète, ou sur une de ses espèces. Des courts récits, d’une dizaine de lignes au maximum, qui permettent de mettre le doute dans le cœur du lecteur, ou de lui donner des éléments pour découvrir ce que l’auteur nous cache depuis de nombreux chapitres. Un vrai plaisir. Il devient délicieux de les lire, tant ils participent à l’ambiance générale du bouquin et à l’immersion dans cet univers si fouillé. De même, une sorte de runing-gag basé sur l’étymologie des mots est un vrai plaisir de lecture.

La plume de Pierre Bordage est toujours aussi agréable à lire, simple à comprendre, et ce même lors de phases d’actions ou de rebondissement. Le choix du déroulement des évènements est vraiment d’un très haut niveau, un des meilleures de ce que j’ai pu lire de la production actuelle. La narration des différentes histoires est aussi variées, l’auteur ne se contentant pas de la troisième personne, mais passant parfois au Je avec son personnage JiLi. Cela va bien entendu nous permettre de nous attacher un peu plus aux personnages, comme à chaque fois. Si les personnages sont assez typiques, on ne tombe jamais dans la caricature ni dans le stéréotype. J’ai vraiment adoré les suivre.

Frère Kalkin, La Fraternité du Panca Tome 3, de Pierre BordageFrère Kalkin est peut être bien le meilleur tome de La Fraternité du Panca publié à ce jour, et laisse rêveur quant à la qualité de la suite de la série. L’auteur réussit l’exploit de signer une aventure encore plus prenante que celles de Frère Ewen et Soeur Ynolde, ce qui n’était pas franchement gagné.

Si Pierre Bordage nous a complètement déprimé sur le sort de l’humanité avec Dernières nouvelles de la Terre ou encore Les Derniers Hommes, cette nouvelle série est quant à elle une bouffée d’espoir, une superbe épopée humaine qui classe La Fraternité du Panca au rang des meilleures séries de Space Opera. Lisez la, vraiment.


Boneshaker est le premier tome de la trilogie du Siècle Mécanique de Cherie Priest. Il est sorti aux éditions Eclipse dans leur collection consacrée au Steampunk. La série vient juste d’être terminée en langue originale, et on se retrouve ici avec une traduction signée Agnès Bousteau. La couverture très sobre de Jon Foster, est fidèle à la « philosophie steampunk ». Pour rappel, c’est un style qui puise son inspiration dans les vieilles histoires de Science-Fiction de Jules Verne ou encore H.G Wells. Il est principalement lié à un univers où la vapeur est la forme dominante de technologie avancée. Maintenant place au synopsis de notre roman.

Boneshaker, Le Siècle Mécanique Tome 1, de Cherie Priest

Nous sommes en 1880, Briar Wilkes vit seule avec son fils. Ils partagent une vie simple et presque paisible depuis l’accident lors duquel son mari détruisit plusieurs quartiers de Seattle à l’occasion de la mise en marche du Boneshaker, une énorme foreuse. Cette vie s’arrête le jour où son fils décide de retourner dans son ancienne maison afin de trouver des preuves de l’innocence de son père. Mais les vieux quartiers sont confinés à l’aide de murs, y maintenant ainsi un gaz mortel transformant les gens qui le respire en mort-vivants.

L’action va donc se diviser entre les deux personnages principaux, Briar et son fils Zeke. Les deux personnages sont très différents, et l’on se retrouve avec un déséquilibre au niveau de l’intérêt qu’on peut leur porter. Si bien qu’au bout d’un moment on regrette de changer de héros. L’adolescent se retrouve avec une personnalité assez plate, ainsi à chaque fois que l’action tourne autour de lui on s’ennuie un peu, attendant avec impatience de retourner voir sa mère. On en arrive même à avoir des personnages secondaires plus intéressants que lui. Mais si Zeke est un peu un personnage cliché, sa mère ne l’est pas du tout. On ressent d’une meilleure manière ses humeurs, ce qui la rend plus intéressante à suivre. Tour à tour forte et déterminée, puis totalement désemparée, ce tourbillon d’émotions contradictoires permet au lecteur de s’identifier à elle plus facilement.

Cherie Priest

Cherie Priest

Boneshaker n’est pas une énième histoire de zombies, ce qui n’est pas un mal. Les zombies n’y sont qu’une conséquence de la destruction de la ville et bien qu’ils soient présents et menaçants, ils sont plus mis en arrière plan que dans d’autres livres traitant du même sujet. L’atmosphère que dégage l’histoire est oppressante.

Le seul moyen de survivre dans les quartiers de Seattle est de se protéger avec un masque à gaz ou de se retrancher dans des zones étanches. Dès lors, la plupart des scènes du livre se déroulent à l’intérieur de bâtiments, et pendant les rares scènes extérieures, l’auteure nous fait vivre le malaise du port du masque, de la difficulté de respirer à la claustrophobie. De même chaque sortie dans les rues de la ville se finit par une course poursuite avec des morts vivants, accentuant le sentiment de malaise déjà présent grâce à l’atmosphère générale du livre.

Malheureusement, le livre a certains points négatifs qui font baisser sa qualité. Tout d’abord au niveau de l’écriture et de la narration, la chronologie est en effet difficile à suivre. L’action se divisant entre les deux personnages principaux, il arrive souvent que l’auteur nous fasse remonter un peu dans le temps sans nous le dire. On a donc l’impression que d’un coté il s’est passé plusieurs heures et que de l’autre il s’est passé seulement quelques minutes.

Boneshaker, Le Siècle Mécanique Tome 1, de Cherie PriestLe deuxième point se situe au niveau de la traduction d’Agnès Bousteau. Le volume contient en effet des erreurs de traductions qui sont gênantes car elles existent en grande quantité et sont vraiment difficiles à éviter. On peut parfois râler contre des petites fautes d’orthographe, mais quand des « un » se transforment en « hein », il est difficile de ne pas le remarquer. D’autant que du coup, on ne comprend plus réellement la phrase.

Bien qu’il recèle ces défauts, Boneshaker est loin d’être déplaisant. Il regorge d’action et l’univers steampunk amène un air frais, qui pour moi, serait dommage de rater. Je n’attendrais pas avec impatience la suite, Clementine, mais elle se retrouvera à coup sûr dans ma bibliothèque.