Kasane, Tome 2, de Gou Tanabe

dabYo dans Critiques, Livres, Manga le 6 octobre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Il y a un peu plus d’un mois je vous avais parlé d’un manga de Gou Tanabe à l’ambiance très sombre et flippante, du nom de Kasane. Étant donné qu’il m’avait franchement emballé et que c’est un dyptique, je me suis mis avec enthousiasme à la lecture de ce second tome. Comme pour la première partie du récit, les éditions Kana ont bien travaillé et c’est un petit bijou que l’on a entre les mains: grand format, papier agréable au touché et superbe couverture. Mais ce second tome est il à la hauteur ? Pas de synopsis, vu que c’est une suite, pour plus de détails sur l’histoire je vous invite à lire ma première critique.

Kasane, Tome 2, de Gou Tanabe

On reprend le récit là où on l’avait quitté, et on ne tarde vraiment pas à se remettre dans l’ambiance. Cette ambiance si glauque et dérangeante qui ne nous lâchait pas dans le premier tome. Elle est là, et elle rend la lecture difficile, éprouvante, mais dans le bon sens bien entendu. Un vrai manga d’horreur, comme j’en ai rarement lus. Et pourtant, il n’y a pas de zombie et de tête décapitées à chaque page, il n’y a quasiment aucune violence, que ce soit physique ou verbale. C’est vraiment sur l’atmosphère pesante de son histoire que Gou Tanabe compte le plus.

Comme pour le premier tome, cela marche impeccablement. Il faut dire que sa manière de dessiner est tout simplement superbe, et qu’il a un trait assez horrifique. Alors certes, vous pouvez en juger par vous même sur les images, mais cela ne rend pas réellement honneur à son travail sur l’ensemble du manga. Pour ce second et dernier tome, nos personnages vont quitter quelque peu la ville, et on va ainsi pouvoir apprécier ses talents à la campagne, que ce soit avec une sombre forêt ou un marécage qui en ferait frémir Gollum. Les noirs sont toujours aussi bien maîtrisés, sans pour autant que le paysage en souffre côté profondeur.

Kasane, Tome 2, de Gou Tanabe

© 2007 Gou Tanabe/ ENTERBRAIN, INC., Tokyo.

On retrouve bien entendu les personnages que l’on avait découvert dans la première partie du récit, notamment notre héros Shinkinji, qui reste au centre de l’histoire. La personnalité de chacun reste assez évasive, mais l’auteur passe à la vitesse supérieur dans le domaine du Fantastique, ainsi que de la folie. En effet, comme je le disais pour le premier tome, on voit bien ici que l’on se trouve face à une œuvre où la folie va devenir maîtresse, et les éléments se mettent en place au fur et à mesure, pour arriver à une apothéose comme rarement.

Si l’on réagit de façon rationnelle, certains éléments font forcement tiquer. Mais bon, c’est un peu comme voir deux personnages se séparer pour chercher un troisième alors qu’ils viennent d’arriver dans un manoir plein de morts-vivants. C’est normal. A la différence près qu’ici les réactions restent vraiment crédibles. La folie ambiante est bien réalisée, bref, j’ai été convaincu et la lecture m’a vraiment happé.

Kasane, Tome 2, de Gou TanabeAu final, cette adaptation d’une vieille histoire asiatique par Gou Tanabe est pour moi un vrai chef d’oeuvre. Si vous aimez le manga, vous ne pourrez qu’aprécier la qualité de l’oeuvre, la finition, l’ambiance. Mais ça ne veut pas pour autant dire que cette lecture ne s’adresse qu’aux aficionados du genre, quelqu’un dont les goûts seront orientés vers le Fantastique, et notamment le malsain que certains écrits de Lovecraft peuvent faire ressentir, y trouveront là un bon moyen de s’aventurer dans la culture asiatique. Un de mes coups de coeur de cette année.


Fils de l’Ombre, Tome 1, de Juliet Marillier

Serafina dans Critiques, Livres le 3 octobre 2010, avec 4 commentaires
Critiques

L’année dernière j’avais lu Soeur des Cygnes de Juliet Marillier, une reprise d’un des comptes des frères Grimm. Je l’avais tellement aimé que cela est naturellement arrivé dans mon top lecture de 2009. Autant dire que la suite, Fils de l’Ombre, était plus qu’attendue, et que je me suis vite plongée dedans. La couverture, de l’illustrateur français Benjamin Carré, est absolument splendide et y aide fortement. Synopsis ?

Fils de l’ombre de Juliet Marillier

Ce second tome se déroule 20 ans après les aventures de Sorcha. La génération suivante arrive à l’age adulte, et le domaine de Septenaigue est géré par les survivants.  Nous suivons plus spécialement Liadan, guérisseuse comme Sorcha en son temps, qui est proche de la nature et a une sorte de don de double vue. Le projet de reprendre les îles sacrées est toujours présent à l’esprit du peuple d’Irlande. Entre mythes celtiques, anciennes traditions, montée du Christianisme, et sa propre vie de femme, Liadan aura fort à faire.

Tout d’abord, une fois n’est pas coutume, je vais commencer par sortir un carton jaune pour les éditions l’Atalante. Couper le roman en deux, je peux comprendre, ça nous permet en plus de profiter d’une seconde couverture de Benjamin Carré, mais le synopsis de quatrième de couverture fait partie des pires que j’ai pu voir. En effet, sa lecture vous révèle ce qu’on ne découvre en fait qu’à la page 260 du bouquin. Oui, page 260, autant dire que ça fait beaucoup pour un roman de 300 pages. C’est quand même aberrant !

Passé cette petite critique, totalement justifiée, intéressons nous à ce superbe livre. Des fois, une belle couverture peut cacher un livre qui l’est tout autant. Fils de l’Ombre est du même niveau que le deuxième tome de Soeur des Cygnes, c’est à dire tout bonnement excellent. Le style de l’auteur, et la traduction de Hélène Bury, rendent l’ensemble très doux. Les personnages sont grandement fouillés et les évolutions de leurs caractères sont crédibles.

Son of the Shadows de Juliet Marillier

Couverture V.O., encore une fois bien moins jolie que celle de Benjamin Carré

Tout le background de l’Irlande historique est très présent, et les vieilles coutumes ont la part belle. De même, les personnages content souvent des légendes, généralement celtiques. Vous découvrirez notamment, si vous ne le connaissez pas, Cu Chulainn. Ce background important permet une immersion totale et une ambiance très particulière. Dans le deuxième tome de Soeur des Cygnes je parlais de Marion Zimmer Bradley, et bien, je maintiens. Une Marion Zimmer Bradley des Dames du Lac, avant qu’elle ne devienne trop féministe et trop caricaturale. Ici les hommes ne sont pas tous des salauds, loin de là. Alors certes, il arrive parfois qu’on rage devant certaines injustices faites aux femmes, mais on échappe aux grosses ficelles. On évite l’autre écueil, celui d’une Mireille Calmel, à savoir de vouloir faire un personnage féminin trop moderne. Non, ici les femmes sont en phase avec leur temps, tout du moins ce que j’en imagine.

Marillier évite aussi de faire de ce livre un Soeur des Cygnes 2.0. C’était la plus grosse crainte que j’avais à propos du roman, saura-t-elle se renouveler ? La réponse est oui. Bien que certaines situations soient similaires (soin d’un malade, etc), le développement et le cheminement sont très différents. D’une part, le Fantastique est beaucoup moins présent. Liadan a quelques visions de temps à autre, mais on est loin des transformations en cygne du premier tome. De même, Liadan a son propre caractère et n’est pas qu’un simili de Sorcha. On est plus dans du roman historique qu’autre chose, au final.

Fils de l’ombre de Juliet MarillierLe rythme est lent, et il n’y a pas réellement énormément d’action. C’est plus subtil, plus intérieur, mais tout aussi palpitant. A noter que le roman a été arbitrairement coupé en deux, contrairement à la version originale, la fin est donc un peu abrupte. Heureusement, le tome 2 vient de sortir.

Au final, un livre que je vous recommande chaudement. Que vous aimiez ou non la Fantasy, nous sommes ici face à un roman qui peut plaire à un grand nombre. Si vous ne connaissez pas encore Juliet Marillier, il est temps de vous procurer le premier volume, Soeur des Cygnes, car la trilogie semble être à la hauteur. A noter aussi que depuis ma lecture, le roman a gagné le prix des Imaginales 2010 du meilleur roman traduit.