Quand vous lisez un temps soit peu de Fantasy ou Science-Fiction éditée en France, il est très difficile de n’avoir jamais vu, et apprécié, le travail Marc Simonetti. Et pourtant, ce nom ne vous dit peut être rien. Pourtant, vous avez forcément dû le rencontrer quelque part. Voyons, Le Trône de Fer pour les éditions J’ai Lu, Le Nom du Vent pour Bragelonne, ou encore Perdido Street Station pour Pocket, Marc Simonetti est un des illustrateurs qu’on retrouve très souvent lorsqu’il s’agit d’éditions définitives des plus grandes séries du genre. Et vu son immense talent, il est très difficile de rester de marbre devant son travail, toujours soigné, toujours fidèle au livre que nous allons lire.
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Récemment, c’est la refonte graphique des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett aux éditions Pocket qui lui a été confiée. Nous avons donc profiter de l’occasion pour lui poser quelques questions, sur sa façon de travailler, sa relation avec les éditeurs, et bien entendu ses goûts littéraires ! Bonne lecture !
Oui, le dessin et la lecture ont toujours été des passions pour moi. J’avoue aussi que même si certains aspects de mon métier d’ingénieur me satisfaisaient, je ne me voyais pas vieillir (ou du moins bien vieillir) avec ce travail, usant et finalement trop peu créatif pour moi.
J’ai donc repris des études pendant un an, en 3D, ce qui m’a permis de trouver un poste de modeleur 3D de décors dans le jeu vidéo et de commencer à toucher aux logiciels de dessins numériques, moi qui ne connaissait que les méthodes traditionnelles.
Après un passage dans le jeu, et en m’exerçant pendant mes instants de repos , j’ai enfin pu me mettre à mon compte en tant qu’illustrateur. Je tiens d’ailleurs à signaler que c’est Bénédicte Lombardo, DA chez Pocket, qui la première m’a donné ma chance et ma première couverture…
Comment procèdes-tu pour créer l’illustration d’une couverture? Lis-tu le livre, les premières pages, ou reçois-tu des consignes précises de l’éditeur (résumé, identité visuelle…) ?
Souvent je lis le livre et je reçois des consignes. Chaque éditeur a ses préférences et sa ligne éditoriale, je veille juste à respecter l’identité de l’éditeur et à rester le plus proche possible du texte. Mon but n’est en effet pas que l’on reconnaisse mon travail, mais que l’on reconnaisse le livre.
La plupart du temps j’essaye de trouver soit une ambiance soit une idée (deux moitiés de visages pour Les Scarifiés pour un couple fusionnel, un « visage » à la Arcimboldo pour Le Cerveau Vert, une doc martins et le reflet de big ben en ruine pour Royaume Désuni, etc, etc) qui soit propre au roman, sans trop en dire.

Comment la relation avec les éditeurs se passe-t-elle ? T’imposent-t’ils de nombreuses conditions (couleurs, thèmes, personnages) ou es tu totalement libre ? Y’a-t-il des couvertures ou tu as été « frustré » par des limitations ?
La plupart du temps cela se passe très bien: en me choisissant pour une couverture, ils choisissent généralement en même temps mes gouts. Il y a cependant régulièrement des contraintes marketing à tous les niveaux (composition, taille et type des personnages, couleurs), mais rien qui ne soit rédhibitoire…
Sur certaines couvertures j’ai déjà été très frustré, mais plus par des recadrages un peu violents ou des modifications faites sans mon accord. Dans l’ensemble, mon métier se rapproche plus de l’artisanat que de l’art. Je fais des couvertures non pour faire passer un message mais pour mettre en valeur un livre, un auteur, un texte et un éditeur.
Créer l’apparence graphique française pour des monuments comme le Trône de Fer ou plus récemment les Annales du Disque-Monde, ça doit te mettre la pression non ? Lis tu les avis des fans pour ces commandes là ? Travailles-tu différemment dans le cas de licences populaires?
En fait, cela me donne surtout une énorme motivation! Je me considère avant tout comme un fan moi même, et ce sont des livres que j’ai lu et relu de nombreuses fois, et que je ne pensais pas illustrer un jour. J’avais donc une vision très claire des couvertures que je devais faire: ma vision de lecteur.
Mais j’ai tendance à essayer de traiter chaque couverture différemment, pour chacune soit vraiment adaptée au livre, en essayant si possible de faire passer un message: « si tu aimes cette ambiance, ou ce type de scène, tu aimeras ce livre »…

Marc Simonetti est l'illustrateur choisi par les éditions Pocket pour renouveller l'image des Annales du Disque-Monde. Ici Nobliaux et Sorcières.
Arrive-t-il que tu aies des relations avec les auteurs, ou des retours de leur part ? On a pu lire que George R.R. Martin appréciait beaucoup ton travail sur sa série.
Oui, j’ai eu plusieurs fois cette chance! Cela arrive d’ailleurs un peu plus souvent avec les auteurs anglophones qu’avec les auteurs français, et c’est extrêmement gratifiant. Récemment je pourrais citer Ken Scholes, Patrick Rothfuss, Neal Asher et JV Jones, cela me réconforte dans ma volonté d’être fidèle au texte, et de pas « mentir » à un acheteur/lecteur potentiel.
Le statut du traducteur est quasiment équivalent à celui d’auteur. Qu’en est-il pour l’illustrateur ? S’agit-il d’une simple commande, ou touches-tu des royalties ? Le prix d’une couverture varie-t’il ? En fonction de quels critères ?
En ce qui me concerne, je touche systématiquement un forfait fixe, qui dépend de l’éditeur, et du format. Ce sont donc à chaque fois des commandes, à part dans le cas de livres comme Topdoc Dinosaures pour lesquels j’ai fait une grande majorité des illustrations intérieures également, et où je touche des royalties.

Topdoc Dinosaures de Marc Simonetti, Romain Amiot et Aurore Damant
Tu as fait de très nombreuses couvertures, nous avons nos préférées et sommes partagés. Celles des intégrales du Trône de Fer sont superbes par exemple, plutôt dures, mais tu fais aussi très bien des illustrations un peu plus douces, comme celle pour La Trilogie des Elfes. As tu des genres préférés ? Quelles sont celles dont tu es le plus fier ?
Parmi celles dont je suis le plus fier, je citerai probablement Le Trône de Fer de G.R.R. Martin et Terre mourante de Jack Vance, L’appel de Chtulhu de Lovecraft, Perdido Street Station de China Miéville, L’ombre du Scorpioin de Neal Asher et Gluckster le rouge de Pascal Françaix… Peut être dans quelques temps, mes préférés auront ils changé car j’ai besoin d’avoir suffisamment de recul sur une couverture pour pouvoir la juger, mais trop pour ne pas m’en lasser…. La plupart du temps mes couvertures préférées sont aussi des livres que j’ai beaucoup aimé…
Quelles sont tes influences majeures ? Y a-t-il des artistes que tu admires particulièrement ?
J’admire beaucoup d’artistes d’aujourd’hui ou d’hier et il me serait impossible d’en faire une liste exhaustive, mais je pourrai citer ceux de la renaissance avec le Caravage et le Bernin, les impressionnistes avec Whistler, Sisley et Turner, et parmi les contemporains:
Aleksi Briclot, Jean-Sébastien Rossbach, Simon G Phelipot, sparth, Craig Mullins et Marko Djurdjevic, Mike Mignola, Jason Chan, etc, etc, etc…. Internet crée une incroyable synergie, et il est possible d’échanger et de discuter avec un nombre incroyable d’artistes terriblement talentueux.
Exerces-tu dans d’autres domaines que l’illustration de livres ? Peut-on admirer tes dernières œuvres quelque part ?
Oui, j’essaye de varier mes activités… Je travaille dans le jeu vidéo, pour la publicité, pour le cinéma et le jeu de rôle… Sur mon site il y a quelques exemples parmi ce qui n’est pas confidentiel… (www.marcsimonetti.com)

Pour notre plus grand plaisir, les éditions J'ai Lu ont fait appel à Marc pour la sortie des intégrales du Trône de Fer
Tu exerces en majorité dans le domaine de l’imaginaire, est ce que c’est un genre que tu aimais lire avant ? Quels sont tes classiques ? Es tu un gros lecteur ?
Je suis un assez grand lecteur, j’ai toujours lu, et je continue de lire environ deux livres par semaine. Parmi mes classiques: Le Seigneur des Anneaux, Dune, le Cycle des Epées, la Compagnie Noire, le Trône de Fer, les Annales du Disque-Monde et Lovecraft….
Nous te remercions d’avoir pris de ton temps pour répondre à nos quelques questions, as tu un dernier mot pour les lecteurs d’if is Dead ?
Merci d’avoir eu le courage de lire cette interview!
Amicalement,Marc
C’est plutôt à nous de remercier Marc d’avoir pris du temps pour répondre à nos trop nombreuses questions. On vous invite bien entendu à aller voir ses travaux sur son site personnel, mais aussi sur sa boutique deviantArt où vous pourrez notamment commander des posters si vous le souhaitez. Je dois avouer que les illustrations du Trône de Fer me font du pied.
En attendant, depuis notre interview les trois premières couvertures des Annales du Disque-Monde sont sorties, vous pouvez les apprécier sur son blog, et y voir notamment ses making-of !
Oui, le dessin et la lecture ont toujours été des passions pour moi. J’avoue aussi que même si certains aspects de mon métier d’ingénieur me satisfaisaient, je ne me voyais pas vieillir (ou du moins bien vieillir) avec ce travail, usant et finalement trop peu créatif pour moi.
En très peu de pages, l’ambiance est posée. Une ambiance à la fois très proche de nous et très onirique. En effet, l’histoire se déroule à Marseille, en France donc, les réactions et personnages sont donc connues et familières, les ragots de quartiers, les vieilles femmes odieuses… Mais le personnage de la Laiteuse, totalement fou, amène une dimension originale à l’ensemble. Son obsession du blanc est proprement fascinante.
Ces tares se retrouvent malheureusement sur tous les points. Le scénario pêche par son air de déjà vu et son début rappelant étrangement les X-Men. Les différentes péripéties s’enchaînent comme une musique trop souvent entendue et on en vient à se demander quand on va pouvoir passer à autre chose. Heureusement la deuxième partie de la trilogie rehausse un peu le niveau avec une fuite bien menée, mais on retombe rapidement sur des lourdeurs scénaristiques peu digestes. Si le livre n’avait pas regroupé les trois tomes, il y a fort à parier que je n’aurai pas pris la peine de continuer ma lecture passé la première partie.


La lecture est toujours aussi agréable, facile, et je pense idéale pour commencer à se lancer dans la 

Cette dernière a pour particularité d’être une humaine banale, atteinte d’une maladie dégénérescente aux yeux. 






L’édition est, comme à l’habitude des 




Du coup le scénario est très captivant, et avec des ficelles qui sont plutôt inhabituelles. Certes aujourd’hui, avec l’essort du genre, cela peut être moins original qu’à l’époque. Mais il faut quand même se dire qu’en 1945, même 



