Le Pacte des Marchombres est une série de Fantasy Jeunesse écrite par feu Pierre Bottero dont je vous ai parlé il n’y a pas longtemps, puisque j’avais lu Ellana, le premier tome. Aujourd’hui c’est de L’Envol que je vais parler puisque j’ai naturellement continué la série récemment édité en poche par Le Livre de Poche. Comme d’habitude lorsqu’il s’agit d’une suite, je ne vous ferai pas de synopsis afin d’éviter tout spoil, aussi vous pourrez lire la suite de cette critique sans crainte même si vous n’avez pas lu le premier tome. Et vous feriez bien de le faire, car mon avis a quelque peu changé.

L’Envol, Le Pacte des Marchombres Tome 2, de Pierre Bottero

Rappelons nous tout d’abord de ce premier tome. Agréable à lire, il était aussi bourré de stéréotypes. Des stéréotypes, des situations de déjà vu, et une héroïne qui m’était tout simplement insupportable. Ce personnage me tapait tellement sur le système que malgré le style fluide de Bottero, la lecture en devenait pénible. Combien de passages m’ont fait soupirer d’exaspération ? Combien de fois ai-je eu envie de lui foutre une paire de claques ? Je ne saurais dire. Mais bon, on était loin de la mascarade que peut être Idhun de Laura Gallego Garcia par exemple, et j’étais donc prêt à lire la suite.

Et soyons direct: j’ai bien fait de le faire ! Alors qu’Ellana était imbuvable pendant tout le premier tome, l’apprenti Marchombre est nettement plus agréable dans sa suite. Je dirai presque qu’elle m’est devenue… comment dire, sympathique ? Que moi aussi je me suis envolé. Oui oui, vous n’avez pas rêvé, finalement, j’aime bien Ellana. Alors qu’a donc fait Bottero pour réussir un tel tour de force ? J’avoue que je reste perplexe, mais j’ai quelques pistes bien entendu.

Le Pacte des Marchombres est de la Fantasy initiatique, c’est à dire que nous suivons donc le passage à l’âge adulte de son héros, et tout ce que cela incombe. C’est plus ou moins cela qui joue en faveur d’Ellana, puisque Bottero a décidé d’arrêter de lui faire avoir des réactions de gamine capricieuse. Du coup, Ellana est devenu un personnage avec ce que l’on pourrait presque qualifier de classe. Une sorte de petite prestance, bref, un personnage qu’on retrouve avec bonheur. Alors d’un autre côté, on pourrait se dire que cela ne colle pas. Après tout, depuis quand les adolescents ne sont ils pas insupportables ? Oui mais non, avec cette histoire de voie du Marchombre, et un petit saut dans le temps de deux ans il me semble, ce changement est tout à fait en phase avec le roman. Vous avez déjà vu un vrai Jedi être insupportable vous ? J’ai dit un vrai.

L’Envol, Le Pacte des Marchombres Tome 2, de Pierre Bottero

Au delà de ce retournement de situation très agréable, côté inspirations par contre on reste au ras des pâquerettes. Cela tourne toujours autour de la sacrosainte opposition du Bien et du Mal, même si on a droit à l’opposition de l’Harmonie et du Chaos. Mais surtout, on reste avec un medley des Chevaliers Jedi au temps du Moyen-Age. A ceci près qu’il s’ajoute là quelques petites prophéties en veux tu en voilà, qui ne seront pas sans rappeler celle du gars qui doit ramener l’équilibre dans la force. Bref, non pas que je pense que George Lucas a inventé le principe, mais c’est bien lui qui l’a majoritairement répandu, et donc on sera forcement taxé de repompe si on reprend la formule telle quelle.

Et c’est plus ou moins ce que nous fait là Pierre Bottero. Heureusement, il le fait avec un talent assez remarquable, du coup la pilule passe beaucoup mieux. En effet, si prophéties il y a, on ne nous en bassine pas trop avec. Cela reste assez léger, et ce n’est pas aussi grotesque que celle d’Idhun par exemple. De plus, il faut tout de même avouer que le monde d’Ellana est quant à lui vraiment vivant.

L’Envol, Le Pacte des Marchombres Tome 2, de Pierre BotteroBien sûr on échappe pas aux éléments récurrent, mais on le sent vivre, et quand Ellana s’y promène à cheval, on a réellement l’impression d’y galoper. C’est difficile à expliquer, et le côté contemplatif de la voie des Marchombres ne doit pas y être pour rien. C’est d’ailleurs un élément clef du livre, et il est agréable de s’y aventurer avec Ellana pour recevoir quelques notions bien pensantes de son maître.

Une très agréable surprise donc, comme quoi il ne faut pas toujours s’arrêter à sa première apparition. Du coup, j’ai hâte de lire le troisième tome de la série, La Prophétie, même si dit comme ça, le titre du bouquin ne me tente pas tant que ça ! Rendez vous dans quelques semaines.


Comme vous le savez, on aime bien les séries américaines. On essaie généralement d’en regarder deux en même temps, une sérieuse et une plus légère et drôle. Sauf que voilà The Big Bang Theory finissait sa 3ème saison, et Lost était trop lourde pour mes besoins du moment. Alors on s’est tournés, sur les conseils de Junta, vers Glee. Difficile d’être passé à coté, la série a été un gros succès au cours de l’année aux États-Unis, mais nous n’étions pas du tout attirés, et on le comprend au vu du synopsis.

Glee, Saison 1, de Ian Brennan, Brad Falchuk et Ryan Murphy

Will Shuester est prof d’espagnol au McKinley High School, et pour rappel le High School équivaut à peu près à notre lycée. Il décide de ressusciter le club dont il faisait partie lycéen : le Glee Club, qu’on pourrait traduire par la chorale. Sauf que la chorale a une image bien ringarde et que les premiers à rejoindre sont plutôt les laissés-pour-compte. Sans parler de la rivalité causée par Sue Sylvester coach des pompom girls qui a décidé de faire fermer le club pour que le budget de son club ne se voit pas amputé de quelques dollars.

Bon, vous comprenez pourquoi, non, vraiment, ça ne nous tentait pas. De la comédie musicale, au lycée américain, qui chante en plus de la Pop… Oui car si vous ne le savez pas, les acteurs chantent vraiment dans Glee et donc les scènes chantées sont très nombreuses. Majoritairement ce sont des reprises de standards de la pop-culture ou de l’univers des comédies musicales de Broadway. En gros, des morceaux que je ne connais pas et que je n’aime même pas à la base.

Et pourtant, nous avons dévoré les 22 épisodes de la Saison 1 en une semaine et demie. Pourquoi ? Eh bien pour plusieurs raisons, d’une part les personnages. Avec une dizaine de personnages principaux, il y en a pour tous les gouts. Le format série permet de développer chaque personnage de manière approfondie, un peu comme dans Lost. Difficile de ne pas se reconnaitre dans Rachel qui se fait humilier tous les jours, dans Tina la gothique à qui on reproche ses accoutrements, à Quinn soumise à la pression de ses parents pour être la meilleure, à Mercedes en surpoids… On trouvera tous un personnage ou plusieurs à qui s’attacher.

Glee, Saison 1, de Ian Brennan, Brad Falchuk et Ryan Murphy

Et puis, évidemment, il y a ensuite l’humour. Glee n’a pas peur de l’absurde, du délire et ce sont de pures moments d’anthologies qui en sortent. On pensera notamment à l’épisode 4, qui donne un relief incroyable au morceau pop Put a Ring on It de Beyonce. La production n’a pas eu peur de mettre leurs personnages dans des situations totalement ridicules et absurdes, et on notera aussi le travail important sur les costumes. C’est encore plus visible sur l’épisode 20 où la moitié des membres sont habillés de manières inspirées par Lady Gaga (robe de bulles, tubes de dentifrice sur la tête, etc…) ou carrément inspirées par Kiss !

Le choix des morceau est juste hallucinant et a du demander un travail énorme. Ça colle parfaitement avec le scénario, à tel point qu’on se demande si elles n’ont pas été écrites par la séries, voire modifiées, et les voix des acteurs sont parfois absolument géniales. On pense à Rachel évidemment, jouée par Lea Michele, mais aussi à Kurt, Chris Colfer, qui a une voix que ne renierait presque pas Klaus Nomi en plus frêle. La plupart sont issus de Broadway et sont aussi bon au chant qu’au jeu en lui même.

On ne pourras que saluer la réalisation, qui réserve certaines mises en scènes digne des plus grands. Que cela soit sur  le très émouvant Alone, ou sur le très kitch Shout it loud, quasiment tous les styles y passent et toutes les émotions aussi. Je dois aussi citer le magistral Bohemian Rhapsody qui couvre deux histoires en parallèles, qui se rejoignent sur certaines paroles. Ce morceau allie le grand talent de chorégraphie pour les danses, et la virtuosité du scénario. Bohemian Rhapsody est juste une des meilleures scènes que j’ai vu dans une série depuis très longtemps.

Glee Special Lady Gaga

Cette première saison a bien entendu quelques légers défauts. On pourrait jouer et chipoter sur des petits détails. Cette série n’est elle pas totalement à côté de la plaque ? Un orchestre d’élèves peut il jouer parfaitement n’importe quel morceau au bon vouloir des chanteurs ? Ces musiciens n’auraient-ils pas mérité d’avoir au moins un épisode sur le devant de la scène ? Bref, des petits détails qui sont bien entendu indispensables à l’ensemble de la série. Qui serait intéressé par une série où l’orchestre se rate à chaque fois, où la musique n’est pas en rythme et où il faut attendre que chacun ait répété pendant plusieurs jours après avoir décidé d’un titre de chanson ?

Bref, entre des morceaux super bien intégrés, une mise en scène originale et fluide , des personnages attachants, Glee a tout pour plaire. Même pour ceux qui comme moi ne sont pas portés sur la pop, ni sur les séries lycéennes. Allez au delà des préjugés, et commencez tout de suite cette série, qui s’annonce déjà comme grande. Maintenant, ici, nous attendons avec impatience la Saison 2.


Nous vous avons déjà parlé de Stéphane Soutoul a plusieurs reprises. En effet, j’ai particulièrement aimé les nouvelles que j’ai pu lire dans les recueils Or et Sang puis Sorcières et Sortilèges. La sortie de son premier roman, une novella aux éditions du Petit Caveau était donc attendue avec impatience. Ce premier roman marque aussi le début d’un cycle qui va suivre la famille de Lacarme, Le cycle des âmes déchues. Synopsis ?

Le Mal en la Demeure, Le cycle des âmes déchues Tome 1, de Stéphane Soutoul

Gerard de Lancarme, niçois de son état, se rend en Allemagne sur demande de son père. Un ancien ami de la famille a fait appel à leurs services. En effet, les de Lancarmes sont des experts en occultisme, et plus précisément en nosferatus. Et le manoir Kraemer est touché par des évènements bien étranges. Gerard qui pourtant préfère rester dans ses livres, va devoir régler ce problème en évitant de se perdre dans les beaux yeux de Marion Kraemer.

Tout d’abord, un petit mot sur la couverture réalisée par Cécile Guillot. Bien que très jolie, elle n’est absolument pas représentative du livre. Sans lire le résumé, je m’attendais plutôt à des vampires modernes, notamment à cause du costume très contemporain du personnage. En tout cas, absolument pas à de l’Allemagne de la fin XIXème siècle ! Un point sur lequel il faudra faire plus attention pour le second tome du cycle d’après moi.

Bon, j’avoue je commence par la couverture, car il faut toujours commencer par les points négatifs, et que je dois vous avouer que je n’en ai pas des masses à reprocher à ce roman. Bon, roman, c’est beaucoup dire. C’est une novella comme je l’ai dit plus tôt, car il n’y a que 135 pages et que l’intrigue principale s’arrête à la page 100. On pourrait croire que cela se lit vite, mais pas tant que ça.

Stéphane Soutoul

Stéphane Soutoul

Le style de Soutoul est précieux, très descriptif, et somme toute très romantique. Alors on prend son temps et on se laisse porter par le rythme relativement lent de l’ouvrage. Attention, lent n’est pas péjoratif. C’est un rythme contemplatif, qui est d’ailleurs commun dans le courant romantique ou gothique. Car Romantique et Gothique, le livre l’est. Le mal en la demeure ne dépareille pas à coté d’un Carmilla ou d’un Dracula. On retrouve le même genre d’ambiance de la fin du XIXème, la beauté des toilettes, la précision des décors.

Alors certes, certains verront là des personnages stéréotypés et des situations trop clichées aux sentiments exacerbés. Pour moi c’est directement un hommage à la littérature de cette époque, mais si vous n’aimez pas le genre, n’allez pas plus loin. Je me suis pour ma part attachée aux personnages, surtout à Marion, à la fois belle et tragique. Son personnage est d’ailleurs très intéressant car tellement double, on ne sait pas trop sur quel pied danser avec elle.

Le principe de la série est intéressant. On va suivre divers membres de la famille, à priori de manière étendue dans le temps. Ici l’intrigue est menée avec délicatesse, les éléments s’emboitent, et bien qu’on devine rapidement qui est le vampire, ça ne dérange pas du tout. On suit avec intérêt, l’histoire est très fluide.  Le récit est tout en contraste, faisant naitre de nombreux sentiments, jouant sur les nuances et sur un vampirisme très classique alliant élégance et horreur.

La nouvelle ne révolutionne certes pas le genre, mais c’est un hommage vibrant à la littérature du XIXème siècle, des vampires très classiques qui ne manqueront pas de séduire les fans. On devine plusieurs évènements à l’avance si tant est qu’on ait l’habitude des livres du genre. Du fait que le roman soit écrit à notre époque, c’est finalement bien moins sulfureux qu’une Carmilla. Cependant, j’ai été charmée.

Le Mal en la Demeure, Le cycle des âmes déchues Tome 1, de Stéphane SoutoulContrairement aux autres avis que j’ai lus, j’ai trouvé la deuxième partie qui occupe les trente dernières pages moins intéressante, peut être moins cliché bien sur, mais l’ambiance était moins sombre, moins prenante.

En tout cas si vous aimez la littérature vampirique, cette novella écrite par Stéphane Soutoul ne vous décevra pas. Et si vous êtes fans de Twilight, c’est là l’occasion idéale de découvrir autre chose (et ce que sont les vampire). Bref, indéniablement, un cycle à suivre et que je vous recommande chaudement. Et pour ceux que ça intéresse, un interview sur Vampirisme.com est disponible.


Idhun est une trilogie de Fantasy Jeunesse écrite par une auteur espagnole, Laura Gallego García qui a rencontré un important succès dans son pays d’origine depuis la parution du premier tome en 2004. C’est ce premier tome, nommé La Résistance, qui vient tout juste d’être traduit et édité par les éditions Bayard en France. La traduction est de Marie-José Lamorlette et le bouquin possède une couverture plutôt originale, qui brille couleur argent, sur laquelle se place une jaquette blanche trouée, laissant habillement entrevoir le brillant du dessous. Plutôt joli et original donc, mais penchons nous plutôt sur le synopsis.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego García

Alors que Jack rentre simplement de l’école, un pressentiment l’assailli et il ne peut pas s’en défaire. Pour une raison qu’il ignore, il craint pour la vie de ses parents et se dépêche donc de rentrer au plus vite. Malheureusement, il découvre vite que ses prémonitions étaient exactes, et c’est dans une scène surréaliste qu’il perd totalement pied avec la réalité. Pourquoi ses parents ont ils été assassinés ? Et pourquoi par un magicien ? Qui est ce chevalier qui est venu de nulle part pour le sauver, et où s’est il donc réveillé ?

Bon autant le dire tout de suite: Idhun est bourré de stéréotypes, souvent plus gros les uns que les autres. Il suffit de lire ce synopsis pour s’en apercevoir, et quand on commence le livre, on a l’impression d’être devant une suite interminable de stéréotypes. Mais en soit ce n’est pas forcement un mauvais point, après tout la Fantasy Jeunesse en générale est bourrée de stéréotypes, c’est aux auteurs ensuite que revient le travail d’en faire une histoire qui prendra en haleine les plus jeunes d’entre nous, tout comme les plus vieux lorsque c’est bien réalisé, afin de gommer ce défaut. La question est donc de savoir si Idhun réussira ce challenge ou pas ?

Avant de commencer à vous livrer mon opinion sur ce livre de Laura Gallego García, il faut quand même que je revienne sur les conditions dans lesquelles nous avons obtenu le titre. En effet, les éditions Bayard ont beaucoup misé sur ce titre, afin d’en faire leur cheval de bataille du rayon jeunesse. Du coup ils ont mandaté une agence de communication afin d’inonder la blogosphère francophone de service presse, et donc d’obtenir un petit buzz autour du bouquin. C’est de bonne guerre, et c’est comme ça que nous avons reçu, il faut l’avouer, une superbe édition collector (numéro 13, le vendredi !) qui était accompagnée d’une jolie boite et de trois badges aux couleurs d’Idhun.

Laura Gallego García

Laura Gallego García

Très sympathique donc, et c’est avec cette image que j’ai commencé ma lecture, qui malheureusement se résume à une suite de déconvenues plus grosses les unes que les autres. Ce n’est pas un petit coffret qui suffira à acheter mon silence, et c’est donc une longue critique que vous vous apprêtez à lire. Tout d’abord, c’est le style qui m’a choqué. Je ne sais pas si cela vient de l’écriture de Laura Gallego García ou si c’est l’œuvre de la traductrice, mais j’ai trouvé l’écriture très simple, peu réaliste, et pas très agréable à lire. Je ne fais d’habitude pas attention à ce genre de détails, ou plutôt, je me contente de peu, mais il y a quelque chose dans l’écriture qui me gène. Après cette première mauvaise impression vint malheureusement celle des stéréotypes.

Mon synopsis ne raconte que les cinq premières pages du bouquin, mais l’on y voit clairement de gros stéréotypes. D’énormes même si vous voulez mon avis. Notamment le symptôme du je parle d’un truc et cela arrive 10 pages plus tard. Alors si il est certain que les premières pages d’un bouquin sont généralement très peu représentatives de l’ensemble, il faut avouer que, malheureusement, pour Idhun cela correspond parfaitement. Tout ce qu’il va se passer, du début à la fin, est prévisible des kilomètres à l’avance. Et je ne vous parle même pas de la prophétie et de la révélation finale, puisque parler de révélation alors que vous l’aviez deviné au moment même où vous lisiez la prophétie, soit 350 pages plus tôt, serait de la pure imposture.

Il est toujours délicat d’insérer une prophétie lorsque c’est votre héros qui en est la cible, surtout dans le cas où vous tenteriez de faire croire au lecteur que ce n’est pas lui le sujet de la prophétie. En général, ça se solde par des soufflés en puissance et un suspens complètement absent. Pour ne pas dire une lassitude voir un énervement éprouvé par le lecteur. Et pour le coup, l’auteur aurait plutôt dû s’inspirer de J.K. Rowling qui joue habillement avec une prophétie où il est clairement annoncé qu’elle concerne le héros. Mais bon, cela aurait pu être rattrapé si tout n’était pas aussi gros.

En effet, avant de parler des personnages, détaillons un peu notre histoire. Comme le titre du premier tome l’indique, La Resistance, nous allons suivre les aventures de Jack au sein d’une résistance. En effet, Idhin, le monde, pas le livre, a été envahi par des serpents géants sous les ordres du nécromancien Ashram. Bien entendu, comme il est très méchant et qu’il veut asservir tout le monde, les hommes et autres créatures de ce monde parallèle au notre se sont alliés pour résister et tenter de mettre fin à son règne. C’est un groupuscule de cette résistance qui va sauver Jack de la mort et l’emmener sur une petite sphère de vie, à mi chemin entre la Terre et Idhun, nommée Limbhad. Depuis cet endroit caché, ils font des raids sur Terre pour protéger les expatriés idhunistes, et en même temps trouver les élus de la prophétie.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego García

Ce n’est donc pas l’histoire qui va remonter le tout pour le moment, car comme vous avez du vous en apercevoir, c’est du vu et revu. Mais ce n’est pas non plus la façon dont elle est développée qui nous intéressera beaucoup plus. Les éléments sont amenés d’une façon assez chaotique, notamment parce que les dialogues entre les personnages sonnent faux. Et ne parlons même pas du niveau de ces dialogues, bien trop évolués pour des héros haut de trois pommes, enfin, 12 et 13 ans pour être exact. Des personnages qui sont d’ailleurs somme toute assez fades. On retrouve l’héroïne au grand cœur, prête à se sacrifier pour sauver l’un de ses compatriotes, le chevalier fier, droit et fort, plein de sagesse à revendre, le magicien pour le suppléer, et enfin le héros qui n’en fait qu’à sa tête, mais qui est plein de bon fond. Bref, stéréotypes en voulez-vous, en voilà !

Si il est régulier de ne pas pouvoir blairer le héros d’un livre de Fantasy Jeunesse, on peut en général se reposer sur les personnages secondaires. Voir sur le méchant. Or là, on se retrouve avec des gentils aussi plats qu’une table à repasser, et avec des méchants vraiment trop caricaturés pour être appréciés. Alors certes, il y a un petit trip dont je ne peux vous parler sans vous spoiler, mais ça ressemble tellement à un délire de fanfiction que la sauce ne prend pas. Tout du moins, si on y voit là un roman de Fantasy et non un Harlequin.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego GarcíaQui dit Fantasy dit aussi mondes imaginaires, et bien souvent magie. Laura Gallego García essaie de nous faire entrer tant bien que mal dans le monde d‘Idhun, où la magie est courante, où les dragons et les licornes existent tout comme les magiciens et les nécromanciens. Du classique donc, et en général les auteurs arrivent bien à nous y faire pénétrer. Seulement, avec cette histoire de mondes parallèles et de passages entre les deux, nous n’arrivons quasiment jamais sur Idhun. Du coup, la magie et l’immersion sont proches du néant. On ne ressent pas la magie, et les combats d’épées et de sorts sur Terre laissent plutôt un sourire moqueur qu’une bonne impression. Comme si l’auteur avait plutôt fait un roman où la magie existait sur Terre. Certains détails sont même ridicules au possible, notamment la barrière de la langue qui est oubliée trois pages plus tard grâce à un super collier qui permet de comprendre et parler les dialectes d’Idhun.

Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout apprécié ce premier tome d’Idhun. En général j’ai tendance à juger plus légèrement les bouquins à destination des plus jeunes d’entre nous. Seulement, hormis une très belle présentation, il n’y a pas grand chose pour sauver le roman de Laura Gallego García. Il y a des limites à ne pas dépasser et on se retrouve ici avec un blockbuster qui n’a même pas les rares qualités d’un Chevalier d’Emeraude. Et pourtant, ce n’est pas sous les qualités que croulent les fragiles épaules de la série d’Anne Robillard. Et je ne parle même pas des quelques perles nationales que j’ai pu lire, comme La Quête d’Espérance de Johan Heliot qui aurait pour le coup bien plus mérité un tel tabac médiatique si vous voulez mon avis.


Nation de Terry Pratchett

Serafina dans Critiques, Livres le 5 juillet 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Bien qu’on ne lui ai pas consacré énormément d’articles, on aime beaucoup Terry Pratchett. Pour ma part j’ai rattrapé la parution anglaise de sa série des annales du Disque-Monde, ce qui vous donne une idée. Donc, quand Nation est sorti, l’envie était là. Nation est un roman de l’auteur anglais qui ne fait pas partie du Disque-Monde. Mais ça n’est pas la première fois qu’un tel roman arrive en France, il me semble que le Peuple du Tapis n’en faisait pas partie non plus. Alors ça ne m’a pas inquiétée, et je me suis lancée avec beaucoup d’entrain dans les 450 pages que composent ce livre édité par l’Atalante et sorti il y a quelques mois déjà.

Nation de Terry Pratchett

Le jour de la fin du monde, Mau est sur l’île des garçons. Comme dans de nombreuses traditions chamane, le garçon doit passer quelque temps seul avant de revenir, de lui même, homme. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu, et si il rentre bien chez lui, c’est pour trouver que la Vague a tout emporté et qu’il est le seul survivant de la Nation. Quand il rencontre une autre naufragée, la blonde et civilisée Ermintrude, commence alors le grand chantier: rebâtir la nation.

Alors là, avec ce résumé vous avez le droit d’être perplexe. En effet, ce livre n’est pas de la Fantasy, a ceci près qu’il se passe dans un univers alternatif au notre, datant de la fin du XIXème siècle. Nous sommes plus face à un récit initiatique et philosophique sur ce qui fait l’identité d’un peuple (j’ai pas osé employé identité nationale, mais ça pourrait convenir), sur le dépassement des différences, sur la tolérance, sur l’union. Et là, vient le hic. Car c’est tellement plein de bons sentiments que c’est à peu près exactement le genre de bouquins que je déteste, en général. Alors certes, j’ai apprécié l’Olympe des Infortunes de Yasmina Khadra, mais c’était beaucoup plus subtil que ce que nous sert Pratchett. Là c’est plutôt la subtilité d’un marteau piqueur. C’est la fin du monde, les survivants de peuples ennemis s’allient, pitié vous n’aviez pas moins cliché ?

Nation de Terry Pratchett

Alors, certes, c’est bien écrit. Cela m’a fait sourire quelques fois, la traduction de Patrick Couton est globalement fluide et ça se lit facilement. Sauf que là encore quand on sait le génie qu’a pu développer Pratchett dans le Disque-Monde, la comparaison ne trompe personne. Alors c’est tout à fait lisible si vous n’aimez pas Pratchett, parce que l’humour anglais est très très peu présent. L’auteur a plusieurs cordes à son arc, et c’est pas un mal de sortir de son style de prédilection. Sauf que quand on excelle dans un domaine, on ne peut pas être bon partout. J’ai en effet trouvé l’ensemble assez banal. Malheureusement.

Les personnages sont tout de même très caricaturaux. La civilisée éduquée dans l’étiquette qui va évidemment se rendre compte que les sauvages, en fait, ils sont comme elle. Mau le sauvage au grand cœur, et les autres personnages qui n’ont d’ailleurs pas énormément de personnalité. Le déroulement est dans la globalité assez prévisible. Alors certes on s’attache aux héros, mais je ne pense pas que je me rappellerais d’eux dans un an. Pas comme on peut se souvenir d’un Rincevent par exemple.

Nation de Terry PratchettIl y a évidemment quelques bonnes idées, comme les oiseaux Grand-Pères, sorte de perroquets, goinfres, qui se bourrent à la bière avant de tout vomir, ou ce fil d’argent qui dirige vers le futur… ou vers un futur. Mais j’ai trouvé que tout cela n’était pas assez exploité et se perdait dans la banalité de l’intrigue et des situations. On ne peut pas non plus nier le travail effectué sur la mythologie de la Nation, avec ses légendes, ses règles et sa mythologie.

Malheureusement, je n’ai pas été convaincue, et Nation est une grosse déception. Il est accessible à tous notamment, et et je dirais même surtout, à ceux qui ne sont pas spécialement fans de Pratchett. Pas d’humour, un récit initiatique somme toute assez basique, et des personnages qui brillent par leur banalité. Seule l’édition remonte un peu le verdict, avec un livre soigné comme les éditions l’Atalante nous y habitue. On notera notamment la présence d’illustration internes réalisées par Jonny Duddle. Bref, Terry Pratchett a fait mieux, bien mieux.


Magiciennes et Sorciers des éditions Mnémos

Serafina dans Critiques, Livres le 1 juillet 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Magiciennes et Sorciers est un recueil de nouvelles de plusieurs auteurs édité par les éditions Mnémos. Cette anthologie a été dirigée par Stéphanie Nicot et est sortie à l’occasion des Imaginales 2010 lors desquelles l’un des romans de Mnémos a remporté le prix du meilleur roman francophone. Elle se compose de 13 nouvelles sur le thème de la sorcellerie. La couverture est signée Julien Delval et ne m’a malheureusement pas plus convaincu que ça, en grande partie à cause de son manque de contraste et son bleu un peu terne. Comme il s’agit d’un recueil pas de synopsis en vue, on attaque direct.

Magiciennes et Sorciers aux éditions Mnémos

Déjà, je dois dire que je sortais de ma lecture l’anthologie Sorcières et Sortilèges des Enfants de Walpurgis, qui avait placé la barre assez haut. Je m’attendais à lire des nouvelles sur la sorcellerie sous diverses formes, donc majoritairement du Fantastique. Que nenni, nous sommes dans la plupart des nouvelles dans de la Fantasy pure et dure avec, malheureusement, son lot de clichés qui en font un des genres que j’ai de plus en plus de mal à lire. Quand on en a lu beaucoup, il est toujours plus dur de retrouver les éternelles tavernes où l’on rencontre des inconnus mystérieux, des dragons, des trésors, bref, des éléments vus et revus. La préface de Stéphanie Nicot se lit mais n’a pas réussi à me convaincre.

Ce mauvais pressentiment s’est vite vu confirmé avec la nouvelle de Sire Cédric. Alors j’adore ce qu’il fait généralement. Sauf que la Fantasy n’est pas son genre et cela se ressent. Nous sommes face à un très bel hommage à Howard, aux racines du genre, mais dans une nouvelle très convenue, qui est à milles lieues de la virtuosité dont il a pu faire preuve dans un Dreamworld par exemple. Je salue l’exercice, mais c’est tout.

Stephanie Nicot

Stephanie Nicot aux Imaginales, photo de Gonzo Bonzo

La deuxième mauvaise surprise ne tarde pas à poindre. Pour une bonne partie des nouvelles, les auteurs ont décidé de reprendre leurs personnages ou leurs univers fétiches, et de leur faire vivre une nouvelle, notamment Laurent Gidon, Rachel Tanner, Charlotte Bousquet, Jean-Claude Dunyach et  Jean-Philippe Jaworski. Alors je peux tout à fait comprendre l’intérêt, pour l’auteur et pour ceux qui connaissent déjà. Sauf que pour les autres… Soit cela fait découvrir l’univers et c’est bien, soit cela donne l’impression d’être catapultée dans un univers où l’on loupe plus de la moitié des références, et donc du plaisir de lecture. La plupart des nouvelles malheureusement m’ont donné cette impression de rater trop de choses, exception faite de celle de Charlotte Bousquet. Cette dernière se révèle sympathique, prenant la forme d’histoires croisées entre le passé et le présent tout en nous faisant découvrir le monde de l’Archipel des Numinées.

Autre déception, Jean-Phillipe Jaworski est un auteur dont j’avais entendu énormement de bien, j’attendais donc pas mal de sa nouvelle. En soit l’histoire est sympathique, mais le style est tellement dense, tellement lourd que j’ai beaucoup peiné à lire ces quelques pages. Je ne saurais pas l’expliquer plus en détails, un peu comme quand on lit les premiers chapitres du Seigneur des Anneaux pour la première fois. Sauf qu’il n’y avait pas d’Aragorn en vue, et que la nouvelle se termine vite.

Heureusement, quelques bonnes surprises relèvent le recueil. Tout d’abord l’Autre de Pierre Bordage qui tient plus du Fantastique que de la Fantasy, et qui nous raconte de manière touchante et sans complaisance la vengeance de l’Autre. Trop belle pour être vraie, il ne fallu pas bien longtemps pour que les accusations de sorcellerie courent sur elle. Comme toujours, Bordage n’a pas son pareil pour décrire ses personnages et on s’attache très vite à l’héroïne. Une nouvelle qui figure sans aucun doute dans mon top pour cette anthologie.

Le crépuscule des maudites de Sylvie Miller et Phillipe Ward puise ses racines dans le folklore français, vu qu’ils se sont inspirés des sorcières basques et d’un inquisiteur ayant réellement existé. Ce coté réaliste en fait une de mes nouvelles préférées, en plus évidemment du style très agréable à la lecture.

Magiciennes et Sorcies aux éditions MnémosQuelques grammes d’oubli dans la neige de Lionel Davoust est la troisième surprise du recueil. Je ne connaissais pas du tout l’auteur, bien qu’il soit à l’origine de la traduction d’Immortel de Tracy Slatton dont le travail avait été souligné par dabYo, mais il signe là une nouvelle médiévale très intéressante. Principalement basée sur le pouvoir des hommes, les femmes-marchandises et de la religion. Les nombreuses dénonciation sous-jacentes permettent à ce récit d’avoir beaucoup de force et on s’attache vite aux personnages.

Enfin, la nouvelle Chamane de Fabien Clavel clôt parfaitement le recueil, avec son atmosphère de fin d’une ère. La nouvelle nous ramène à la réalité avec une fable initiatique et poétique. Comme quoi l’auteur est ici beaucoup plus dans son élément que lorsqu’il s’agit d’écrire un Thriller Vampirique, Homos Vampiris. Une très agréable surprise donc.

Au final, malgré quelques nouvelles excellentes, le recueil est trop inégal pour que je vous le conseille réellement. Sauf si les stéréotypes de la Fantasy ne vous rebutent pas autant que moi. Trop de nouvelles donnent l’impression d’être dans un monde dont on ne saisit malheureusement pas grand chose, et trop de clichés sont présent dans d’autres. Dommage car le thème et certaines valent vraiment le coup.