Sorcières et Sortilèges est un recueil de nouvelles. Il s’agit aussi du premier ouvrage du collectif Les enfants de Walpurgis, un groupement d’auteurs fantastiques francophones. Il s’agit de neuf nouvelles proposées par des écrivains dont le nom ne vous sera probablement pas étranger si vous suivez ce blog. J’ai eu le plaisir d’y retrouver quelques auteurs amateurs que nous apprécions particulièrement, que ce soit Ambre Dubois, Stéphane Soutoul ou Alexis Lorens.

Sorcières et Sortilèges des Enfants de Walpurgis

Comme son titre l’indique, le recueil a pour thème les sorcières. Et vous savez que j’aime les sorcières. Encore plus que les vampires. Pourtant les ouvrages sur les sorcières sont somme toute assez rares et c’est bien dommage. Autant vous dire que quand Stéphane Soutoul nous a envoyé ce recueil, on n’a pas tergiversé bien longtemps sur qui allait le lire.

Neuf nouvelles, donc pas de synospsis en vue.  Comme souvent, nous allons opter pour une chronique nouvelle par nouvelle, car cela me semble plus logique pour un collectif. Un mot sur l’ensemble cependant. Le livre comporte 230 pages environ, et est desservit par une illustration somme toute bien jolie de Cécile Guillot. Le papier est agréable et chaque nouvelle est précédée d’une petite biographie, avec une courte préface de Peggy Van Peteghem, que je ne connais pas.

La Demoiselle d’Oakwood de Marianne Gellon

La Demoiselle d’Oakwood de Marianne Gellon ouvre le bal. Ayant pour cadre l’amérique du 17ème siècle, la nouvelle m’a très rapidement séduite. L’ambiance des cimetières mystérieux et rustiques alliée à la persécution des sorcières (qui est aussi un moment que j’aime beaucoup) jouent pour beaucoup bien sûr. Mais l’histoire en elle-même est très belle, émouvante, et la fin ouverte pourrait même nous laisser rêver d’une suite. Une très bonne surprise en tout cas, surtout que je ne connaissait pas du tout l’auteur.

Sorceress’ Business de Bettina Nordet

Sorceress’ Business de Bettina Nordet est une nouvelle que je redoutais un peu. Je n’avais en effet pas vraiment aimé la nouvelle de Bettina dans l’anthologie Or et Sang. Cependant, elle nous propose ici une sorcière très « bit-lit ». Son héroïne gère une agence d’escort boys, et doit recourir à la magie pour satisfaire une cliente. Le style est agréable, le récit bien ancré dans la réalité et la magie est amenée très naturellement. Le contexte, original, est un des points forts de cette nouvelle. Son héroïne moderne aussi. Seul bémol, la résolution un peu trop « sexuelle » et tirée par les cheveux qui laisse sur un arrière goût un peu amer.

Un deuil pour Vengeance de Stéphane Soutoul

La troisième nouvelle est donc de Stéphane Soutoul, et elle était plutôt attendue. Là encore, auteur présent dans Or et Sang, Stéphane avait signé une de mes nouvelles préférées du recueil. Cette fois, nous sommes ici, en France, dans les années 40, et notre sorcière est toute en douceur et en nature.  L’ambiance poétique et romantique de la nouvelle est envoûtante, tout comme la jolie danseuse de pluie.  Le style fin et précis vient renforcer l’histoire, et il n’y a vraiment rien à redire. Les nouvelles de cet auteur sont décidément toujours des bonnes surprises, légères par l’écriture et graves par le thème. Un auteur à suivre, d’autant qu’il publie très bientôt une novella aux éditions du Petit Caveau.

Jeux d’enfant de Ambre Dubois

Vient en quatrième Ambre Dubois, que j’apprécie beaucoup pour sa série Les Soupirs de Londres. Epoque Victorienne, gouvernante et petite fille étrange sont au programme. Ce qui m’a le plus marqué c’est à quel point cette nouvelle est « visuelle », on imagine directement les scènes, le décor et l’ambiance sont parfaitement retranscrites. Ambre Dubois sait poser ses nouvelles, et dans des époques qui me touchent directement. Malheureusement, la fin m’a semblée un peu abrupte, et un retournement de situation plutôt mal amené. Une bonne nouvelle cependant.

Mille et Une Senteurs de Angélique Ferreira

Mille et Une Senteurs d’Angélique Ferreira est un peu un mélange entre Les Dames du Lac et Harry Potter. Les sorcières apprennent auprès des sorciers plus âgés, et volent sur des balais tout en demeurant à Avalon. Je regrette cependant que le cadre d’Avalon n’ai pas réellement été exploité. De nombreuses bonnes idées pullulent, mais j’ai eu du mal à comprendre dans quel sens la nouvelle voulait s’orienter. Trop d’idées et trop peu de pages.

La Forteresse de Nilhm de Alexis Lorens

La Forteresse de Nilhm d’Alexis Lorens m’a laissé carrément perplexe. Le style est très agréable et l’auteur retranscrit à merveille les ambiances, surtout les ambiances maritimes. On sent la passion de l’auteur pour la mer. Cependant, des points de vues changeants et des raccourcis scénaristiques m’ont plutôt déboussolée.  J’ai trouvé certains enchaînements peu (ou pas) logiques. Dommage. Là encore, trop d’idées et trop peu de pages je pense. Dur exercice que celui de la nouvelle.

Le Miroir au fond du puits de Vanessa Terral

Le Miroir au fond du puits de Vanessa Terral est La nouvelle du recueil. L’auteur m’avait déjà intéressé avec sa nouvelle dans Les Sombres Romantiques, je ne m’étais pas trompée. Elle est la nouvelle dans tous les sens du terme. Elle est d’abord très longue par rapport aux autres (environs 50 pages). Cette nouvelle ancrée dans notre époque part sur le « parent pauvre de la sorcellerie » qu’est le vaudou. Des nouvelles ou des bouquins sur le vaudou, c’est rare. Vanessa propose là une immersion dans les pratiques vaudou contemporaines, avec un lexique à la fin pour comprendre tous les termes.

Immersion passionnante s’il en faut. Son style est simple, et permet de mieux s’imprégner du vaudou, pratique dont je ne connais pas grand-chose. L’intrigue est bien menée, la nouvelle aurait même pu être deux fois plus longue. Je ne sais pas quels sont les projets de l’auteur, mais elle a clairement la maturité et le potentiel pour sortir des romans. Auteur à suivre de très près.

Cœur de cristal de Cécile Guillot

Cœur de cristal de Cécile Guillot relève le dur défi de passer ensuite. La sorcellerie ici y est très païenne, très wiccanne, très Bradley aussi. De par cette approche, j’ai vite été charmée. Si le principe est classique, une jeune fille descendante de sorcières apprend seule la sorcellerie suite au décès de sa mère puis de sa grand-mère, le retournement de situation très bien construit m’a totalement convaincue. Le style limpide aidant évidemment.

Le Mystérieux Chat du moulin de Céline Guillaume

Enfin, on termine avec Le Mystérieux Chat du moulin de Céline Guillaume. L’auteur ne m’a jusqu’à présent jamais convaincue, et ce n’est pas bien différent ici. On y trouve toujours un très beau style, mais l’histoire assez stéréotypée et carrément trop courte (4 pages) empêche d’apprécier. Et passer après la nouvelle de Vanessa Terra n’aide pas.

Sorcières et Sortilèges des Enfants de WalpurgisAu final, nous avons là le meilleur receuil de nouvel que j’ai lu depuis un moment. Les sorcières sont abordées sous des angles très différents. Il n’y a pas de redondance et aucune nouvelle n’est mauvaise, certaines sont juste un peu moins bonnes.

Si vous aimez les sorcières, n’hésitez surtout pas, ce genre d’effort est vraiment rare. Vous pouvez acheter ce recueil uniquement en ligne cependant (et malheureusement), via Thebookedition.

La prochaine publication des enfants de Walpurgis sera un recueil sur le thème de la musique. A suivre donc.


Suicide Club de Sono Sion

illman dans Critiques, Films le 14 mai 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Suicide Club est un film de 2002 du plutôt controversé Sono Sion. Ce réalisateur sulfureux est connu pour sa tendance à user et abuser de provocation et d’images choc, en particulier quand on voit comment il voit la passion: « un amour sanglant » ou alors « un amour comme un jaillissement de sang » en serait pour lui les meilleurs descriptions. On adore ou on déteste. C’est le premier film de ce réalisateur à atteindre nos contrées et j’avoue être tombé dessus par hasard, poussé ensuite par la curiosité et le fait que le réalisateur avait été cité dans un commentaire sous ma critique de Old Boy. Comme vous pouvez vous en douter critiquer un film comme celui-là n’est pas une mince affaire et je vais de toutes façons commencer par un synopsis.

Suicide Club de Sono Sion

L’intrigue est totalement allumée: une vague de suicide sans précédent frappe le Japon, à commencer par 54 lycéennes qui se jettent sous un train. Une enquête est ouverte par la police qui trouve alors des sacs de sport remplis avec des rouleaux de peau humaine sur les lieux des suicides. L’histoire nous perd alors, y’a t’il un club du suicide ? Une mode du suicide est-elle née ? Y’a t’il un responsable ? Une tripotée de questions qui m’ont titillé le long de ce film étrange.

On va donc suivre une équipe d’enquêteurs durant leur investigation et l’on prendra plaisir à les regarder se prendre la tête sur les énigmes, et à les regarder sombrer dans cette folie, réelle descente aux enfers. On reste néanmoins plutôt loin d’eux, on ne connaît que leurs noms et la famille de l’un d’entre eux. Il y a d’autres personnages plus ou moins importants qui gravitent autour, et qu’ils vont croiser la route durant l’enquête.

La bande son est plutôt marquante et sert l’ambiance intrigante du film, elle est même vraiment importante et permet d’adoucir des passages un peu limite niveau gore. A noter que quelques chansons parcourent le film, notamment une d’un groupe d’idoles pré-pubères (décidément je comprendrais jamais cette mode) et une autre chantée par un psychopathe, et que je trouve absolument géniale, mais dont vous n’aurez pas les sous-titres si vous le regardez en français. Défaut du DVD, on ne peut pas changer la bande son à la volée, il faut redémarrer le film pour pouvoir passer en VOST ou re-switcher en VF, qui n’est pas catastrophique mais pas géniale non plus, la faute à une synchronisation labiale pas super crédible et le ton des voix.

Suicide Club de Sono Sion

Mon petit psychopathe au bowling

Le grain de l’image fait assez vieillot et rajoute à l’ambiance. Les scènes gore ketchup sont présentes pour chaque suicide sanglant, comptez 40 litres de sang par personnes. Les mouvements de caméra font caméra à l’épaule, notamment quand on suit les flics, ce qui donne un effet reportage sur ces moments, ça renforce l’immersion. Toujours est-t’il que c’est complètement barré et jouissif de découvrir de nouveaux éléments de cette intrigue et un deuxième visionage ne sera sûrement pas de trop.

Concernant les bonus du DVD, on a droit une interview de Sono Sion qui nous aide à mieux comprendre cet homme -qui a un sacré grain- et  un documentaire sur le suicide au Japon, intitulé Au pays du suicide, très instructif pour comprendre cette culture où cet acte n’est pas aussi tabou que chez les chrétiens. La réalisation fait un peu cheap, l’orateur a peu de mal avec son texte, c’est purement génial, ça fait cinéma de quartier. Il y’a aussi quelques bandes-annonces de films qui ne donnent pas envie.

Suicide Club de Sono Sion

Bon appétit, bien sur

Un film à ne pas mettre entre toutes les mains mais qui saura se révéler à ceux qui supporteront les scènes un peu exagérée et gore du film. J’ai adoré et pas seulement parce que j’ai une prédilection pour le cinéma asiatique. L’histoire complexe, la mise en scène et plein de petits détails qui parsèment le film m’ont convaincu. Avec ce film vous aurez droit à 99 minutes de chamboulement de méninges.


Ikigami, Tome 1, de Motorô Mase

dabYo dans Critiques, Livres, Manga le 11 mai 2010, avec 4 commentaires
Critiques

Ikigami est un manga de Motorô Mase, c’est sa première série qui traverse les océans jusqu’à nous et c’est à Kaze Manga que nous devons sa traduction et son édition. Je dois avouer que c’est un manga qui me fait de l’œil depuis un petit moment déjà, et vous comprendrez vite pourquoi à la lecture du synopsis. C’est donc avec enthousiasme que j’ai ouvert les premières pages de ce Seinen très bien packagé… Synopsis !

Ikigami, Préavis de Mort, Tome 1, de Motorô Mase

Fujimoto est un jeune fonctionnaire, dans son pays a été voté une loi assez particulière et dont l’impact est énorme sur la jeunesse, cette loi s’appelle Loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale. Son concept est plutôt simple, tous les enfants du pays sont vaccinés à leur entrée à l’école. Parmi 1000 seringues du vaccin, l’une d’elle est contaminée d’un agent qui va tuer son porteur à une date précise, avant que ce dernier ait passé l’âge des 25 ans. Autrement dit, ce n’est qu’une fois passé les 25 ans qu’un jeune peut être certain de ne pas recevoir l’Ikigami… autrement appelé Préavis de Mort, un message qu’une personne portant l’agent reçoit 24 heures avant son décès.

Ikigami, Préavis de Mort, Tome 1, de Motorô MaseVous l’avez compris, notre Seinen a tout d’un manga de Science-Fiction. Au premier abord les effets de cette loi sont montrés comme très bénéfiques par son gouvernement. Son but est simplement de procurer un bonheur de vivre à ses citoyens, qu’ils deviennent reconnaissant d’être en vie et qu’ils ne se la gâchent en se plaignant à longueur de journées de petites nuisances. Il faut avouer que nous autres européens avons du mal à imaginer un tel monde, notamment les français à tendance très contestataire. Cependant au Japon la nation est mise à un très haut niveau dans les valeurs, et bien qu’ils n’aillent pas jusqu’à un tel extrémisme, l’histoire semblera bien plus réaliste pour eux.

Nous suivons donc Fujimoto, un jeune fonctionnaire dont le rôle est de délivrer leur Préavis de Mort aux jeunes qui vont mourir dans moins de 24 heures. C’est donc l’occasion pour Motorô Mase de nous dévoiler le mécanisme qui fait tourner la machine (création des vaccins, gestion de l’anonymat pour qu’on ne puisse pas deviner qui va mourir à l’avance, etc), mais aussi de raconter l’histoire des jeunes qui auront tout bonnement la malchance de mourir à cause de la loi. 1 chance sur 1000. Ça paraît peu, ça semble dérisoire, et pourtant cela doit arriver. Ce n’est pas comme à un jeu de chance où il peut arriver que personne ne gagne. Non, là c’est clairement établit, il y aura un mort. On ne sait juste pas qui. Par contre, notre fonctionnaire lui le sait, et devra rencontrer la personne pour lui remettre l’Ikigami.

Ikigami, Préavis de Mort, Tome 1, de Motorô Mase

Le style graphique de Motorô Mase est simple et efficace, mais pas exceptionnel.

La loi est faite de telle sorte que le sujet puisse vivre pleinement ses dernières vingt quatre heures et profiter pleinement du peu de temps qu’il lui reste. C’est donc ces 24 dernières heures que nous suivrons pour chaque nouveau personnage, et vous vous doutez bien qu’il y a tout un monde entre la théorie (les gens vivent 24 heures heureux), et la pratique. L’auteur se sert de ce moyen pour nous faire réfléchir sur les lois qui peuvent nous sembler toucher peu de monde au final (1 sur 1000, c’est rien), mais qui restent totalement immorales, et, d’une manière plus générale sur la docilité affichée des citoyens devant des actes aussi affreux. A ce niveau, ce n’est pas sans faire penser au sentiment patriote imposé par l’Empire du Japon pendant la deuxième guerre mondiale.

Ikigami, Préavis de Mort, Tome 1, de Motorô MaseIl est aussi difficile de ne pas voir en Ikigami une sorte de frère spirituel d’un autre manga très connu, Battle Royal. Bien que les deux proposent deux narrations totalement différentes, on repense forcement au principe de l’un en lisant l’autre. A la fin de ce premier tome, nombreuses sont cependant les questions encore en suspend. Que ce soit au niveau de la loi elle même, que de la trame que va suivre Motoro Mase. S’arrêtera-t’il à raconter l’histoire d’adolescent au triste sort, ou va-t’on se lancer dans une enquête sur les rouages de la loi, les éventuelles fraudes, etc ?

A voir donc, mais il est clair qu’Ikigami est une série que j’ai envie de découvrir plus en profondeur. Ca tombe bien, puisque six tomes sont d’ores et déjà sortis aux éditions Kaze Manga.


Difficile ces derniers temps de ne pas entendre parler de Lady Gaga. Encore plus de ne pas l’entendre tout court, puisque la majorité des ondes radio la diffuse, et que nous souhaitons toujours en écouter pour être au fait des nouveautés Pop. Non, je déconne, c’est juste qu’on a pas d’autre choix avec l’autoradio de la voiture. A cela, il faut ajouter que les clips de la donzelle défraient en général la chronique. Il faut cependant lui concéder quelques petites choses. Sa Pop est recherchée, plutôt originale, et ses clips sont tout simplement excellents.

Oui, nous avons beau être fans de Métal et vous proposer en général des écoutes des plus barbares, nous avons aussi notre péché mignon. Enfin, notre dirty pleasure plutôt car c’est un peu honteux que nous affichons Lady Gaga dans notre top last.fm depuis quelques semaines… Mais soit, il faut assumer.

Telephone est le dernier clip de Lady Gaga sorti à ce jour, dans lequel apparaît notamment Beyonce (qui elle, fait de la très mauvaise musique). Le clip original est vraiment génial, mais il était vraiment plus tentant d’en mettre l’une des nombreuses parodies. Celle là, c’est sur Slate que nous l’avons découvert, et c’est dans l’armée américaine qu’elle a été tournée. Vous pouvez aussi retrouver un excellent pastiche réalisé par barelypolitical.

Bref, vous l’aurez compris: on adore. Et vous ?


Le Voyage de Kuro est un manga japonais dessiné par Satoko Kiyuduki, récemment édité par les éditions Kana. Cette série ne compte pour le moment que deux tomes au Japon, qui viennent tout juste d’arriver dans les rayons des librairies françaises. Le premier tome est très bien présenté, dans un format inhabituel pour un manga, légèrement plus grand, mais surtout avec une dizaine de pages couleurs tout simplement magnifiques. Avant d’entrer dans la critique de ce manga qui relève plus du conte onirique, en fait, penchons nous sur le synopsis.

Le Voyage de Kuro, Tome 1, de Satoko Hiyuduki

Kuro est une voyageuse. Une itinérante qui traverse le pays seule avec un cerceuil sur son dos, au gré du vent et des auberges. Aux passants, elle raconte que c’est le sien, alors qu’une fois le soir venu, on s’aperçoit qu’il héberge en fait une chauve-souris. Sen y loge en compagnie de ses confrères qui ne peuvent pas se mouvoir au soleil. Kuro, est habillée de noir de la tête au pied, et ce n’est pas étonnant puisque Kuro veut dire « noir » en japonais. Tout au long de son voyage, elle va rencontrer des gens, tout simplement.

Le Voyage de Kuro, Tome 1, de Satoko HiyudukiDès qu’on lit le synopsis, on s’aperçoit ici qu’il ne va pas s’agir d’une banale histoire de quête, de destinée, etc. Enfin, si, peut être, après tout nous finirons bien par découvrir pourquoi Kuro fait elle ce voyage. Mais on comprend vite que notre manga ne s’axera pas autour d’un scénario au suspens insoutenable, mais autour des rencontres et des échanges que l’héroïne fera avec différents personnages. Et il faut dire que c’est le cas dès le début, nous n’avons pas d’introduction sur l’univers, le personnage, ou quoi que ce soit. On ne sait même pas dans quel monde on se situe, on est là, simplement, et on admire le paysage.

Car la seconde chose que l’on remarque, c’est le talent que possède Satoko Hiyuduki pour dessiner et concevoir son monde. Les quatres premières pages, en couleurs, donnent tout de suite le ton. C’est superbe, tout simplement. Le trait est doux, il n’y pas d’erreurs d’anatomie choquante, ou de personnage voir paysage qui jure. Non, tout est un ensemble homogène et agréable à l’oeil, qui donne envie de s’y plonger complètement. Le maintient des pages couleurs qui démarrent chaque chapitre y contribue fortement, bien entendu. On remercie les éditions Kana pour cela.

Outre les pages couleurs, toutes celles en noir et blanc bénéficient d’un travail méticuleux de la part de l’auteur avec notamment des trames pour jouer sur les ombres et lumières des cases. Le découpage est lui aussi très bon, bien que déroutant au début: on a l’habitude lire les mangas de droite à gauche, alors qu’il faut ici lire de haut en bas, puis se décaler vers la gauche. Je vous ai perdu ? C’est bien la preuve qu’il faut un petit temps d’adaptation.

Le Voyage de Kuro, Tome 1, de Satoko Hiyuduki

Une fois cette adaptation faite, on n’a plus aucun mal à suivre les dialogues entre les personnages, à comprendre et à se laisser aller. Bien sûr, les dialogues sont simples, ils sont eux aussi très doux, en général. Il y a bien entendu quelques personnages aux paroles plus, comment dire, méchante, mais sans pour autant que cela casse le côté doux. Cela rajoute simplement la mélancolie, un des autres sentiments forts du manga, surtout concentré autour de l’héroïne Kuro.

A côté de notre héroïne on retrouve donc Sen, une chauve souris, ainsi que deux jeunes petites filles. Bien que ce soient des personnages secondaires, ils sont eux aussi travaillés et prendre une grande place dans ce que l’on peut appeler l’histoire. Bien entendu, les caractères sont somme toute simple, mais ne demandent qu’à être appronfondi dans les prochains tomes, pour nous toucher et/ou attendrir un peu plus.

Le Voyage de Kuro, Tome 1, de Satoko HiyudukiVous l’aurez compris, le Voyage de Kuro m’a tout de suite séduit. Son ambiance, légère, mais aussi très mélancolique, voir gothique, est vraiment prenante et agréable. Ce n’est pas le genre de manga que vous lisez pour lire des récits d’actions en tout genre, mais de ceux que vous lisez pour voyager, tout simplement. J’étais triste en terminant de lire ses dernières pages, et pourtant, j’avais l’impression d’avoir à peine commencé le voyage. J’ai hâte de lire la suite.

Et si vous préférez lire une preview pour vous en faire une idée avant de l’acheter, les premières pages sont disponibles sur Kanabox.


Embalming, Tome 1, de Nobuhiro Watsuki

illman dans Critiques, Livres, Manga le 5 mai 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Embalming, Une autre histoire de Frankenstein est le nouveau manga de Nobuhiro Watsuki. Un mangaka déjà connu notamment pour son grand succès, Kenshin le Vagabond et son plutôt moyen Buso Renkin. Le premier tome est sorti au début de l’année, aux éditions Kaze Manga, anciennement Asuka. Alors que vaut le premier tome de cette nouvelle série ? Synopsis

Embalming, Une autre histoire de Frankenstein, Tome 1, de Nobuhiro Watsuki

Il y a 5 ans, une créature monstrueuse à forme humaine a fait un massacre en attaquant une diligence, ne laissant que trois survivants, deux garçons, Fury et Wraith et une jeune fille. Fury et Wraith vivront ces cinq années pour leur vengeance jusqu’au jour où il se retrouveront nez à nez avec leur fameux ennemi. Et là, ils découvriront une terrible vérité: les Frankensteins, créatures faites d’assemblages de cadavres, arpentent les terres.

Je n’avais pas d’apriori et je n’ai jamais lu le Frankenstein d’origine mais je suis un peu déçu. L’idée des Frankensteins multiples aurait pu être intéressante. Le problème, c’est qu’ils semblent pulluler, du coup ils sont bien moins intimidants et encore moins mystérieux, ils sont banals. Il faut dire qu’on nous lâche peut être un petit peu trop d’informations pour un premier tome, et on semble se diriger vers une série courte. Il y a notamment eu seulement trois tomes au Japon en deux ans de publication, ce qui semble peu.

Niveau personnages, ô surprise le héros Fury n’a pas 12-13 ans mais les 18 ans passés, ce qui est assez surprenant dans un Shonen. Son moteur, la vengeance change de d’habitude et il est un poil moins neuneu que la moyenne, choses agréables. Toujours dans le casting, on se retrouve avec un personnage assez douteux qui semble s’être trompé de manga. Une femme médecin en porte-jarretelles  qui ressemble à une prostituée et qui a l’air de faire partie des personnages principaux, j’ai trouvé ça d’un goût assez mauvais. Un personnage sort du lot et je pense qu’il sera le méchant, mais bon il manque quelque chose pour en faire un vrai méchant, il est un peu trop effacé et ses motivations ont l’air pas nettes, j’espère qu’ils en trouveront un plus charismatique pour la suite.

Embalming, Une autre histoire de Frankenstein, Tome 1, de Nobuhiro Watsuki

Venons en au cœur de ce qui fait un manga, le dessin de Nobuhiro Watsuki. Le chara-design de Fury est pas mal, encore heureux, c’est le héros, mais les autres personnages font pale figure et très quelconques à coté de lui. Les méchants Frankenstein ne sont pas mieux. Pour avoir lu et aimé Kenshin, je m’attendais à beaucoup mieux de ce coté. Les décors, si l’on se cantonnait à l’architecture, sont corrects, mais sinon c’est un peu vide, j’enfonce des portes ouvertes là vu le genre. Les scènes d’action ne sont pas trop bordéliques, à part deux trois cases, les combats sont plutôt clairs et on ne joue pas à qui est qui au milieu des lignes de vitesse.

Je ne sais pas si Kaze Manga est tout simplement fidèle aux couvertures d’origine, mais ils ont le sens de la couverture. Je suis plusieurs séries chez eux et je les trouvais déjà de bonne qualité, au vu du prix, et Enbalming suis le même chemin. A noter aussi l’illustration couleur en début de volume est bienvenue et plutôt stylée. Au rayon des bonus, entre chaque chapitres on peut trouver diverses notes de l’auteur concernant ses choix scénaristiques, de dessins, des anecdotes sur la genèse de son manga ainsi que des sortes de cahiers techniques où l’auteur fait part des  recherches qu’il a fait pour écrire sa série. C’est largement plus intéressant que ce qu’on a l’habitude de croiser dans d’autres mangas.

Embalming, Une autre histoire de Frankenstein, Tome 1, de Nobuhiro WatsukiUne petite note à part qui m’as bien fait rigoler, il faut 1,21 GigaWatts pour créer un Frankenstein. Ça ne vous rappelle pas les 2,21 GW de Retour vers le futur, hein ? (là je fais un clin d’œil)

En bref, une nouvelle série sympa, mais il faudra voir la suite pour mieux juger, parce que bon c’est toujours limite de le faire sur un premier tome. Je dois avouer que les deux dernières pages de ce volume ne laissent pas augurer du meilleur, sigh. Jetez y un coup d’œil si vous aimez les Shonens d’action.

A noter que le deuxième tome sort courant mai, on aura donc vite notre réponse.


Tu m’envoies un mail? de Emmanuelle Friedmann n’est pas vraiment dans mon genre de prédilection. Le roman d’un peu plus de 200 pages est en effet une satire du monde du travail. Un livre très ancré dans la réalité pour la lectrice d’Imaginaire que je suis. Mais bon, quand on me l’a proposé je me suis dit pourquoi pas, ça va changer. Et en effet, ça change, je peux vous le dire. Le roman vient tout juste de paraître aux éditions Privé.

Tu m'envoies un mail ? de Emmanuelle Friedmann

Journaliste, notre héroïne en a un peu marre du travail freelance, et de la précarité qui va avec. On la comprend. Du coup, elle décide de rejoindre le service de communication de l’Entreprise, nommé service de com’. Sauf qu’elle ne s’attendait probablement pas à débarquer dans une telle jungle où tous les coups sont permis.

Premier point notable, l’anonymisation. Rien n’est cité, libre à nous de penser que c’est vrai ou non, de définir dans quel domaine l’Entreprise sévit, bref. Cette anonymisation permet évidemment au livre de toucher un peu tous les secteurs et donc toutes les personnes, qui pourront plus facilement se reconnaître dans cette satyre sociale. C’est un bon point pour s’immerger dans le roman.

Le thème n’est certes pas nouveau, vu qu’il fait penser au Stupeur et Tremblements de Amélie Nothomb –que je n’avais pas aimé d’ailleurs- à la différence près qu’on est là en France. Bien chez nous, et que du coup, quiconque ayant bossé ou bossant dans une grande entreprise reconnaîtra bien des points. Que cela soit la joie des RTT ou bien les plateaux repas en réunion, il est très facile de se repérer. Le milieu où travaille la narratrice est par contre assez exclusivement féminin, ce qui évidemment amène à l’ambiance qu’on peut imaginer, mais que je ne connais pas, étant en informatique.

Chaque chapitre est très court, deux à trois pages tout au plus. Chacun d’entre eux s’axe autour d’une tranche de vie. Il n’y a donc pas de continuité directe entre les chapitres. De ce fait, la lecture est rapide, très rapide. C’est plutôt léger, et l’humour est très présent.

Tu m'envoies un mail ? de Emmanuelle FriedmannCependant, l’humour joue beaucoup sur l’exagération, et à un moment, trop c’est quand même trop. Tous les personnages sont stéréotypés à l’extrême, du coup, si au début ça fait sourire, c’est assez dur de trouver la chose réaliste. Ceci dit, une exagération de ce type est je pense volontaire, afin de montrer les travers de l’entreprise. Les personnages sont tous assez haut en couleurs, vu que leurs traits de caractère sont poussés.

Sous l’exagération et l’humour, on sent quand même du vécu. Peut être pas aussi « grave » et abracadabrant que ce que vit notre narratrice, mais tout de même. Le livre est bien ancré dans la réalité et c’est peut être ce qui fait finalement le plus peur. Sous l’humour, on nous fait un poil réfléchir et on aborde des sujets délicats, dont celui du harcèlement moral. Le ton se fait plus grave au fur et à mesure des chapitres, directe conséquence de ce que subit notre héroïne.

Enfin, il convient de prendre ce livre pour ce qu’il est: une parodie, cependant avec des origines bien réelles. Heureusement toutes les entreprises ne sont pas comme ca. C’est un roman qui fut agréable à lire et qui change de mes lectures. Rien de fondamentalement nouveau, mais un bon moment passé en compagnie de cet ouvrage, qui conviendra à un homme comme à une femme.


Downhearted Dragonfly est une histoire dessinée de Little Thunder, il s’agit du premier tome de la série Kylooe qui en compte trois et qui est terminée. Little Thunder est une artiste chinoise de 25 ans. Bien qu’étant publié par Kana, surtout connu pour ses mangas, Kylooe est plus proche de ce que l’on appelerait BD par chez nous, au meme format qu’un Geek and Girly pour vous donner une idée, et est intégralement en couleur tout au long des 150 pages. Synopsis.

Downhearted Dragonfly, Kylooe Tome 1, de Little Thunder

Elle s’appelle Lanuye et c’est une jeune fille comme les autres. Nouvelle dans son lycée, elle essaie tant bien que mal de se faire des amis. Malheureusement, elle y échoue et fini par acheter un CD nommé Downhearted Dragonfly, à la couverture rassurante qui arbore un Doudou. Ce qu’elle n’avait pas prévu c’est que le doudou prenne vie, en chair et en os. Commence alors un voyage onirique entre le présent et le monde imaginaire d’où il provient.

La première chose qui frappe, c’est évidemment le graphisme. Le style fait très chinois, j’enfonce des portes ouvertes, mais on ne m’aurait pas dit la nationalité, je l’aurais trouvé sans problème. Et je dois vous dire que j’adore le style « chinois », très fin, très délicat. La couleur alterne entre le discret et le psychédélique. On est loin des couleurs ultra contrastées qu’on peut voir dans les comics ou les BD européennes. Ici très peu de contraste sur chaque teinte, des fondus doux qui tranchent violemment avec les couleurs du pays Imaginaire qui est totalement halluciné (vous savez comme quand vous pressez sur vos yeux fermés, vous voyez des couleurs très vives…). Au point de vue dessin pur, il n’y a rien à redire, juste à admirer. Les perspectives sont cohérentes, les plans s’enchaînent bien. Bref un vrai plaisir.

Downhearted Dragonfly, Kylooe Tome 1, de Little Thunder

La découverte du CD Downhearted Dragonfly par notre héroïne...

Ceci dit, de beaux graphismes ne font pas tout. Et heureusement ici, l’histoire est au niveau. Little Thunder exprime ici une sensibilité à fleur de peau. Son histoire correspond a un parcours initiatique qui n’est pas sans rappeler Alice. En plus pessimiste, et moins drôle. Cette Alice là a beau être elle aussi sous LSD, le retour à la réalité sera plus difficile. Et ce coté plus sombre permet une identification accrue. Pour tout ceux et celles qui ont du mal à trouver leur place dans ce monde, ados incompris, rêveurs marginaux, cette Alice vous est dédiée. Sous des allures fantastiques, Kylooe aborde là le dur passage de l’adolescence, et tout ce qui s’ensuit. Lanuye est comme nous, c’est pas une super héroïne.

Downhearted Dragonfly, Kylooe Tome 1, de Little ThunderLe trait et les plans de Little Thunder dégagent des sentiments très fort, mélancolie, tristesse, mais aussi joie et bonheur. On en aurait les larmes aux yeux, autant de joie que de tristesse. Kylooe m’a touchée, très vite, et très intensément. La dernière fois, c’était quand j’ai lu les premières pages du Bleu est une couleur chaude, bien que les deux soient très différents et n’aient rien à voir. La douceur apparente est traître, car Kylooe vous remuera. Le tournant de l’histoire m’a laissée juste abasourdie et les larmes aux yeux (on ne se moque pas hein).

Je ne peux que vous conseiller de découvrir cette BD chinoise, si vous avez un tant soit peu de sensibilité vous tomberez sous le charme, du graphisme et de l’histoire. C’était mon premier ouvrage de Little Thunder, je pense que cela ne sera pas le dernier, et c’est indubitablement une auteur à suivre.


Ca faisait longtemps que nous n’avions pas montré un petit morceau de musique qu’il est bon et qu’on aime fortement. C’est en retombant sur un clip de The 69 Eyes, tiré de leur dernier album, qu’il m’est venu l’envie de recussiter cette défunte section ! Il s’agit de Dead Girls Are Easy.

Sorti en 2009 Back In Blood, le dernier album du groupe des vampires de Helsinki -c’est eux qui le revendiquent hein…-, est tout simplement l’un des meilleurs qu’ils aient composé. Bien loin de ce dont ils sont partis, et que je n’appréciais pas spécialement je dois le dire, le groupe a fait un virage résolument Rock, très Rock même, avec des riffs et de la batterie au rythme comme je les aime. D’après eux, du Goth’n’Roll… Je vous laisse écouter par vous même.

Le clip, volontairement provoquant notamment au niveau du sex-appeal des demoiselles, nous montre tout de même des musiciens qui font plus penser au Glam Rock de Möltey Crüe qu’à la classe des vampires d’Anne Rice. Mais soit, au moins n’avons nous pas droit à des similis d’Edward Cullen, le héros de Twilight. La musique est quant à elle bien plus agressive que ce que l’on avait pu retrouver par exemple avec Gothic Girl, un de leur single du début des années 2000 et que vous devez sans doute connaître. Bien que c’était déjà plutôt bon, ça ne l’était pas assez pour me plaire pour autant.

Je vous conseille bien entendu l’écoute de leur album Back In Blood, tout simplement excellent, surtout lorsqu’il s’agit de rester éveillé en conduisant ! Quel dommage qu’ils soient passé la veille du concert d’Emilie Autumn à Paris…

Back In Blood