L’ange Blond de Laurent Poujois

Serafina dans Critiques, Livres le 6 mars 2010, avec 7 commentaires
Critiques

L’ange blond est un roman de Laurent Poujois paru le mois dernier aux éditions Mnémos. Il s’agit du premier roman « adulte » de l’auteur, qui auparavant a déjà publié deux romans jeunesse. Le roman est une uchronie. Introduit par une bien jolie couverture de Julien Delval, nous voici partis pour 300 pages en compagnie de son héroïne, Aurore Lefevre, dite L’ange Blond. Synopsis ?

L'ange Blond de Laurent Poujois

Latouche Tréville n’est pas mort à Toulon. Du coup, Napoléon ne s’est pas pris les raclées que nous connaissons. 200 ans plus tard, on s’apprête a célébrer le bicentenaire de l’empire. Le pétrole n’a jamais pris, la technologie a évolué différemment. Aurore est une ancienne légionnaire. Éducatrice de biones, maitre orchestre, elle est aussi adepte de sports extrêmes, dont elle diffuse les vidéos de manière pirate sur la toile. Rebelle, la jeune femme est pourtant recrutée pour infiltrer la fête du bicentenaire et éviter un attentat visant l’impératrice.

Poujois mets en place une histoire palpitante servie par une plume très cinématographique. Les scènes sont très visuelles, l’action (au présent, d’ailleurs, alors que le reste est au passé) est explicite, aucun mal pour se représenter la scène. Les descriptions sont pertinentes, et cela va a 100 a l’heure. Aurore n’a qu’une semaine, mais quelle semaine. Le style est fluide et maitrisé. La spontanéité d’Aurore se retrouve dans la narration, et le livre est vraiment agréable à lire. Le découpage en courts chapitres renforce cette impression de rapidité.

Associons à cela des personnages hauts en couleurs. Aurore évidemment, en premier lieu, impertinente, rebelle et surtout indépendante, la blonde est ici une véritable James Bond version fille. J’avoue qu’avec une héroïne qu’on disait très jolie, j’avais un peu peur de tomber dans du fan-service et des galipettes a tout va. Et bien non. Notre héroïne est pleine de ressource, c’est une femme d’action, elle a beau être blonde, elle ne s’en laisse pas compter. Pour tout vous dire, elle change de ses héroïnes de bit-lit que j’ai pu croiser dernièrement. Ça fait du bien de voir une héroïne qui n’a rien à envier à l’autre sexe ! J’ai aussi adoré le personnage d’Emilien, un expert de la toile, pirate sur les bords et qui a une particularité qui fait de lui un personnage original et attachant (je ne vous en dirais pas plus).

L'ange Blond de Laurent Poujois

Nous avons donc une bonne histoire, un bon style des personnages charismatiques, mais qu’en est-il de l’univers ? Car oui, quand même, l’univers est important. Et bien la, c’est du génial sur toute la ligne. L’univers est riche, foisonnant et très développé. Chaque chapitre est introduit par des extraits d’encyclopédie ou d’article pour nous permettre de mieux appréhender ce monde. Que cela soit au niveau technologique ou politique, rien n’est laissé au hasard. Les dirigeables donnent un coté un petit peu Steam qui n’est pas du tout pour me déplaire.

L'ange Blond de Laurent PoujoisJ’avoue avoir tout particulièrement été sous le charme des biones. Ces entités peuvent servir à tout, il y’a des biones d’espionnage, des biones de regie, etc. Aurore est spécialisée dans l’éducation des biones difficile (oui parce qu’ils sont conscients si on peut dire), du coup, elle en a toute une panoplie. Sur le coup, je me suis dit que moi aussi je voudrais bien des biones, ca a l’air génial. De même, les orchestrations d’Aurore sont juste des petites merveilles de narration, ca donne vraiment envie d’y être, d’en faire. Bref, l’univers technologique m’a totalement conquis, à la fois rétro et futuriste, c’est du grand art, et Poujois n’a rien a envier aux plus grands.

L’univers politique et linguistique est aussi très développé. Le monde est majoritairement régit par des empires, et l’Angleterre est le pays « hais ». Du coup, aucun anglicisme dans le roman (ou alors seulement sarcastique). Par contre, beaucoup d’allemand. Parfois traduit, parfois pas. Bon, on comprend dans l’ensemble évidemment, car c’est des phrases assez basiques.

Une suite serait déjà en préparation, et j’avoue que j’ai vraiment hâte et que je suivrais cette série et cet auteur avec attention. L’auteur est un peu touche à tout (sports extrêmes, jeux vidéos, courts métrages) mais ce coté dispersé lui permet de livrer ici un livre d’un niveau très élevé, qui ravira tous les fans de Blade Runner ou d’Uchronies napoléoniennes ! Un univers indéniablement riche, qui méritera plus de tome est le gros point fort de se roman.  Si vous appréciez la SF, n’hésitez pas a jeter un œil à ce roman, qui devrait vous plaire. Ma première grosse claque de l’année, et encore une fois, c’est un français !


Le sang d’Hécate de Ambre Dubois

Serafina dans Critiques, Livres le 4 mars 2010, avec 8 commentaires
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Le sang d’Hécate de Ambre Dubois est le deuxième tome de la série des Soupirs de Londres qui a été commencée par le très bon Manoir des Immortels. La encore illustrée par Anne Claire Payet, qui heureusement a fait bien des progrès, le livre se compose d’à peu près 300 pages. Après un premier tome qui frappait très fort, il faut dire que j’attendais cette suite avec impatience.  Synopsis ?

Le sang d'Hecate de Ambre Dubois

L’histoire prend place peu après que nous l’ayons laissée. Au musée de Londres, une statuette a été dérobée. Le prince de Londres lance Stella sur l’enquête. En parallèle, la communauté vampirique de Londres reçoit la visite d’un émissaire de la communauté de Paris : Surach. Ce dernier vient directement suite à l’affaire traitée dans le premier tome. Deux intrigues, qui comme vous vous en doutez vont s’entremêler.

Si le premier tome avait déjà un style très agréable, il est clair que Ambre Dubois s’est encore améliorée. La lecture est fluide, les dialogues font naturels, les réparties fusent, les descriptions sont bien rendues, jamais ennuyeuses, et elle arrive très bien a retranscrire les états d’âmes des personnages. Sa manière de mener l’intrigue est toujours aussi agréable, avec de petits indices disséminés ici et la, qui s’emboitent bien a la fin, permettant de rendre crédibles les retournements de situations.

On retrouve avec plaisir les personnages et l’ambiance qui avaient fait le succès du premier tome. Le Londres Victorien est toujours aussi bien retranscrit. On se promène avec plaisir dans les ruelles pavées, on admire les toilettes. Y’a pas a dire, c’est très immersif. De plus le roman se place dans un contexte historique (le jubilé de la reine pour être exact) ce qui contribue à son réalisme. On note aussi plusieurs clins d’oeils aux romans de l’époque, je ne vous dirais pas lesquels pour ne rien vous gâcher. J’ai aussi apprécié les nombreuses références à la société occulte londonienne, car cette époque est aussi celle ou le mystique est en vogue.

Le sang d'Hecate de Ambre Dubois

Au niveau des personnages, on se centre surtout sur Stella, Drake et Rodrigue le prince de Londres. Celeste et Corwin faisant plutôt figure de figurants (haha). Les personnages évoluent, on apprend peu a peu de nouvelles choses sur Stella, l’héroïne, même si on reste un peu sur notre faim. Ce ne sont que des bribes qui nous sont dévoilée, j’espère qu’on connaitra vraiment son passé dans les prochains tomes. Malheureusement, cette évolution ne va pas que dans le bon sens. On pouvait prévoir un triangle amoureux, bon, bah, on tombe dedans. Je déteste cela, surtout quand c’est cliché a souhait. La relation Drake/Stella est un love/hate qui n’en fini pas. Une scène, ok, mais plusieurs, ca devient lourd, surtout qu’elles se déroulent toujours pareil et que ca stagne.

L’intrigue est plutôt bien menée, jusqu’à un certain point. Les fausses pistes abondent, et notre Stella ne sait plus trop ou donner de la tête. Bon, on devine certains éléments bien avant elle, il n’y a rien de plus frustrant que de la voir foncer tête baissée sur une fausse piste. Mais bon, dans l’ensemble la majorité des retournements de situations sont amenés de manière cohérente. On notera cependant un rythme inégal, la partie du milieu étant plutôt composée d’errances qui ne font pas avancer l’histoire.

Le sang d'Hecate de Ambre DuboisMais bon, la n’est pas le principal problème. Non. C’est à la fin que le bat blesse (je n’ai aucune idée de l’origine de cette expression. Est ce Bat ? Bas ?). Tout se résout en dix pages par une pirouette absolument aberrante. J’ai eu l’impression que l’auteur ne savait plus comment finir, alors pof, on fait apparaitre un personnage de nul part et pof, magie, tout est résolu. Non. On ne fait pas  un bouquin aussi bien pour le finir comme cela. Non. Ça casse la crédibilité, ça casse la montée en puissance du bouquin, ça casse tout en faite.

Je suis vraiment décue, car on sait l’auteur capable de mieux. Il était certes difficile d’enchainer après un si bon cru que celui qu’était le Manoir des Immortels, mais cette fin m’a pas mal gâché la lecture. C’est dommage, car le reste est plutôt bon.  Enfin, la suite est déjà prévue, et je la lirais évidemment, car il y’a beaucoup de bons éléments qui méritent qu’on passe outre cette fin douteuse pour pouvoir continuer a suivre les aventures de Stella.


Opheliac de Emilie Autumn

Serafina dans Critiques, Musique le 1 mars 2010, avec 2 commentaires
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Emilie Autumn est une artiste que nous aimons beaucoup et que nous connaissons depuis un sacré bout de temps désormais. Le seul problème, c’est qu’elle est indépendante, avec tout ce que cela implique, notamment la quasi-impossibilité de trouver ses albums dans les réseaux de distribution habituels. Or, si il y a bien quelque chose que l’on apprécie, c’est d’acheter un CD, et non de le commander. C’est donc avec une grande satisfaction que nous avons fini par découvrir Opheliac, sa pièce maîtresse et son seul réel album qui ne soit pas un ensemble de morceaux de classique, dans les rayons d’un Saturn situé à … Stuttgart, en Allemagne donc. Il aura fallu traverser le Rhin pour pouvoir l’apprécier dans notre lecteur CD.

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Mais avant de parler d’Opheliac, il faut savoir que sa compositrice est une jeune violoniste de trente ans qui outre sa carrière solo, a joué pour Courtney Love ou bien tout récemment pour OTEP. Elle est styliste et possède sa propre ligne de vêtement, très inspirée de l’époque victorienne, ainsi qu’un label indépendant, Traitor Reccord. D’après elle, elle fait du Violindustrial, ce qui vous fera tout de suite comprendre que ce n’est pas des classiques de violon que contient Opheliac mais plutôt de la musique industrielle, très électro. Du coup, sachant qu’elle est styliste il n’est pas étonnant de voir un sacré travail au niveau de la présentation de l’album ainsi que de la musique. Un sacré travail même.

Emilie Autumn

C’est donc un très joli CD que l’on peut trouver, avec un booklet fourni et contenant, en plus des paroles, de nombreuses photos de la demoiselle dans des robes qu’elle qualifie souvent de Victorianindustrial. Bref, de très jolis habits qui lui donnent un aspect très décalé, qui, pour ceux qui connaissent, fera penser à la demoiselle du Joker dans Batman, hm. Ce côté décalé est d’autant plus présent avec un CD arborant fièrement une texture rayée. A ceci est ajouté un deuxième CD contenant des bonus de classiques, joués au violon, et agréables à l’écoute.

Il est difficile de qualifier la musique que l’on peut ensuite y écouter. Folle, envoutante, seraient les mots, mais il est difficile d’imaginer une musique folle. Utilisant à de nombreux moments les boites à rythmes, sur lesquels sont placés des morceaux de violons, de clavecin et des petits samples, Emilie Autumn accompagne le tout de sa voix, tantôt toute basse, tantôt criante, bref. Au sujet de sa voix, bien que la demoiselle ai appris le chant classique, je qualifierais plutôt sa voix de punk, c’est a dire qu’elle fait un peu n’importe quoi avec. Sur-saturée, doublée, criarde, nasillarde, tout y passe. On aime ou on déteste. Moi j’adore, pour la simple et bonne raison que cela colle totalement, elle ne fait pas que chanter, elle vit ses chansons. Son univers est complètement barré, et très torturé. On passe d’un extrême à l’autre, bref, amis de l’asile bonjour (à noter qu’elle a d’ailleurs tout un univers la dessus, décrivant ses morceaux comme se déroulant dans un asile victorien).

Les paroles sont torturées, sombres. Je pourrais vous dire que l’on passe de la dépression, a l’automutilation, au suicide en passant par l’abus sexuel et tant d’autres, mais je ne suis pas sure que cela vous donnerais très envie, si ? Ceci dit, les paroles sont très fortes je pense notamment a celles de Thank god I’m Pretty ou encore I want my innocence back. Mais outre le fait de bien écrire, Emilie Autumn est aussi une très bonne musicienne, au détour de la musique plus industrielle on découvre de superbes morceaux de violons ou de clavecins qui n’ont pas a rougir. Elle a de la formation classique et cela s’entend.

Emilie Autumn Opheliac

L’ambiance du disque est véritablement particulière et proche des montagnes russes, on passe de morceaux très drôles (The art of suicide, Thank God I’m Pretty) à des morceaux beaucoup plus lourds (Gothic lolita en tete !). Le deuxième disque est plus calme, comprenant notamment trois déclamations de poèmes, aux textes cependant tout aussi interessants.

Enfin, encore un sujet musique ou il m’est bien difficile de vous décrire réellement. Et sachez que cet article a été commencé par dabYo en septembre 2009 alors bon, c’est de l’accouchement dans la douleur. Pourquoi m’être motivée a le finir ? Parce que mercredi 3 mars, c’est l’unique passage de la tournée Européene d’Emilie dans notre beau pays, au cabaret sauvage, et que nous y serons. J’espère profiter de cette occasion pour acheter son livre , donc on vous reparlera d’elle !

En attendant vous pouvez découvrir, si vous ne la connaissiez pas encore, son myspace.