Princesse de l’ombre de Indu Sundaresan

Serafina dans Critiques, Livres le 30 mars 2010, avec 4 commentaires
Critiques

Princesse de l’ombre est un roman de Indu Sundaresan qui est paru en mars 2010 dans la langue anglaise, et aussi en français aux éditions Michel Lafon. Je ne sais pas si j’ai tout bien compris, mais il semblerait que pour une fois, la France n’ait pas à attendre pour avoir la traduction. Il est écrit par une américaine d’origine indienne qui a vécu toute son adolescence au pays. Ce point est intéressant à préciser, je trouve. Il s’agit du premier roman indien que je lis. Je ne connaissais pas du tout ce pays, ni cette auteur quand on m’a demandé si je souhaitais le lire. Avide de découverte, je ne me suis pas faite prier. Avant toute chose, il s’agit là d’un roman historique. Synopsis ?

Princesse de l'ombre de Indu Sundaresan

L’histoire débute avec le décès de Mutaz Mahal la troisième épouse (et la préférée) de Chah Jahan, empereur de l’Inde moghole. Nous suivons l’histoire de sa fille aînée Jahanara, qui lui succédera à la tête du zenana, occupant la place la plus importe pour une femme. Mais cette dernière, si aimée par son père, restera dans l’ombre. Elle n’aura jamais le droit de se marier, restant à toujours dans l’obscurité, alors que le nom de son père traversera les ages. En effet, cet homme, si effondré par la mort de son amour, lui édifiera le plus beau des tombeaux: un certain Taj Mahal.

Le roman s’étend sur une bonne trentaine d’années. L’auteur ne joue pas du tout sur le suspens, elle parle souvent à l’avance de ce qui se déroulera plusieurs dizaines de pages plus tard. De même Indu Sundaresan mêle très régulièrement le passé avec le présent, et même avec le futur. Nous ne sommes pas face à une progression chronologique comme on peut en avoir l’habitude. Cela fait plusieurs fois que je remarque ce mélange des temps chez les auteurs d’origines asiatiques, est-ce que cela vient de leurs origines ? Je m’étais faite la remarque en lisant Les sentinelles des blés de Chi Li.

La destinée personnelle de Jahanara se mêle habilement à la destinée du pays et à la construction du monument peut être le plus connu de l’Inde. L’histoire de cette jeune femme fut pour moi l’occasion de découvrir ce pays. J’ai appris énormément de choses, autant au niveau des coutumes, qu’au niveau de la religion (je pensais que le Taj Mahal était hindou moi !) qu’au niveau des campagnes militaires qui eurent lieu à cette époque.

Shadow princess de Indu Sundaresan

Chaque chapitre est précédé d’un extrait d’un texte d’époque, que cela soit des récits de voyageurs ou des biographes officiels des empereurs. On peut ainsi aisément constater que l’auteur s’est bien documentée avant l’écriture. On est aisément plongé dans la splendeur et la beauté de l’Inde. Les descriptions sont nombreuses que cela soit pour l’architecture, les bijoux ou les tenues. Il n’y a pas à dire, c’est merveilleux et ça fait envie !

Bon, évidemment, certaines coutumes nous semblent un brin étranges, et je suis sure que la place de la femme ferait bondir les féministes. Mais bon, au moins, on a des femmes fidèles à la réalité historiques, pas comme ces romans français où les nobles françaises sont toutes indépendantes et se conduisent comme des femmes du XXème siècle !

Le livre est touchant de par l’amour que porte Jahan à sa défunte épouse. C’est pas n’importe quoi non plus, il envisage même de renoncer à la couronne. Alors forcement le cœur en guimauve que je suis, il trouve ça trop meugnon. Cependant, je vous rassure, le roman devient beaucoup plus politique dans la deuxième partie, car le deuil s’est apaisé et les enfants ont grandit et forcément, ils aspirent au pouvoir. Les ellipses sont nombreuses sur la fin (une dizaine d’année parfois) et ne sont pas toujours bien signalées. Il y a les dates en début de chapitre, mais c’est un peu perdant.

Princesse de l'ombre de Indu SundaresanJ’ai regretté qu’il n’y ait pas de frise chronologique, ni d’arbre généalogiques. Car entre les personnages qui changent de nom (en devenant empereurs par exemple) et les noms qui se ressemblent, j’ai été un peu perdue ! De même je pense qu’un lexique n’aurait pas été de trop, car beaucoup de mots indiens sont assez obscurs à mes yeux de profane.

Un petit détail cependant, il s’agit d’un troisième tome, ce que je n’ai appris qu’en lisant la postface. Alors évidemment, il est tout à fait possible de le lire sans avoir lu les précédents (ce qui fut mon cas) mais je vous conseillerais quand même de commencer peut être par le premier c’est à dire La vingtième épouse. Ça vous évitera de connaître déjà le dénouement, et vu la qualité de ce tome ci, je pense que vous ne risquez rien.

En tout cas, c’est un roman que j’ai beaucoup apprécié. J’ai envie de découvrir l’inde plus que cela maintenant. Je vais sans doute me tourner vers les deux précédents volumes de la trilogie dès que j’aurai du temps pour les lire.


Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton

Serafina dans Critiques, Films le 27 mars 2010, avec 14 commentaires
Critiques

Alice revisitée par Tim Burton ? Pour beaucoup, dont moi, c’était presque un rêve, un fantasme inaccessible. Car le conte de Lewis Carroll fait partie de ceux qui auraient pu totalement coller à Tim Burton, son délire, son univers. Alors quand j’ai appris que non, ca n’était pas qu’une chimère j’étais aux anges. Quand j’ai appris que Johnny Depp serait le chapelier fou et Helena Bonham Carter la reine de coeur, encore plus. Mais, en voyant les premières images, j’ai été perplexe. Et encore, les bandes annonces, quand elles sont arrivées ne m’ont pas convaincues. Alors, chronique d’un désastre annoncé ? La réponse après le synopsis. Petite parenthèse auparavant, sachez que cette critique sera sans spoil. C’est à dire que je ne vous dévoilerai pas l’histoire. Même si vous n’avez pas encore vu le film, vous pouvez, si vous le souhaitez, lire sans risque.

Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton

Alice a maintenant 19 ans. Toujours hantée par ses cauchemars de lapins blancs, elle se rend à une fête où elle va se faire demander en mariage par un jeune homme très peu attirant. Prise de panique au moment de répondre, elle s’enfuit, pour partir à la poursuite d’un lapin blanc. Elle tombe dans un trou, et je suis certaine que vous devinez tous où elle atterrit !

Ah, j’avais oublié. On est allés voir le film en 2D. On voulait le voir en 3D à la base, mais 10€ pour une place de cinéma où il est interdit de ramener ses propres lunettes, faut pas pousser. Je ne parlerais donc pas de la 3D dans cette critique. Chronologiquement parlant, le film est supposé se situer après les deux romans, mais bon, il y a pas forcement besoin de connaître les deux. Si vous n’en connaissez aucun, dabYo avait fait la critique du premier, Alice au Pays des Merveilles. On retrouve bien évidemment les personnages bien connus de l’univers de Lewis Carroll mais aussi d’autres un petit peu moins connus comme le valet de coeur, que d’ailleurs j’ai bien aimé.

Donc, premier constat, bah, sans surprise, c’est beau. Comme souvent les décors sont très fouillés, les couleurs bien que vives font assez sombres. Les costumes, et plus généralement tout l’entourage de la reine de cœur sont absolument superbes. Les grandes robes, les bottines victoriennes, nul doute que c’est superbe. Malheureusement, j’ai trouvé que les images de synthèses étaient assez moyennes pour notre époque. Bon, évidemment, passer après Avatar, c’est pas la panacée, mais quand même. J’ai trouvé le Lapin notamment animé de manière assez maladroite, de même pour les animaux parlant. J’estime qu’en 2010 et avec le budget, on pouvait attendre mieux. De plus, j’ai trouvé que les scènes qui se passaient chez la reine Blanche étaient beaucoup trop violettes  et que cette teinte violette bouffait les contrastes.

Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton

Le chat de Cheshire est le seul personnage en 3D que l'on pourrait qualifier de "réussi"

Mais bon. On peut accepter. C’est beau. La reine de cœur est plutôt bien jouée, meme si je trouve sa tête disproportionnée un peu too much, sans parler de la jointure entre la tête et le corps où les mauvais effets spéciaux se ressentent énormément. A de nombreux moment, on se demande s’ils n’ont pas confié la tâche à un stagiaire. Cependant, elle est folle à souhait, elle est drôle et m’a fait sourire à plusieurs reprises. On ne pouvait pas en attendre moins de Helena. La Reine blanche de son côté, jouée par Anne Hathaway, est cruche à souhait, elle est très jolie, maniérée. Bref, bon point pour les deux reines. Le problème se pose pour les autres personnages. Alice est niaise et je n’ai pas trouvé le jeu de Mia Wasikowska transcendant. Mais la grosse deception reste Johnny Depp. Il cabotine, il fait son Depp, mais il arrive un moment où trop c’est trop. Il était génial en Jack Sparrow, agréable en chocolatier. Mais là, on le voit une énième fois jouer le même rôle. On sait pourtant qu’il est versatile, mais j’ai l’impression que Burton l’enferme dans un carcan qui s’essouffle.

Bon, déja un des points attendus réduit en cendres. Et ce n’est pas tout. Parlons du scénario. Enfin, il vaudrait mieux pas, mais bon. Le problème c’est qu’on vire très rapidement au classique scénar du film d’Heroic Fantasy de base. Oui oui, vous avez bien lu. Je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas vous spoiler, mais bon. Or euh, Alice c’est pas trop ça à ma connaissance. Tout cet univers loufoque, bourré de non-sens, de délires sous acide et d’humour si absurde est carrément passé à la trappe au profit d’un scénar très linéaire, très classique et exempt de toute folie. Les personnages sont devenus censés ! Exit les poèmes, les énigmes à la con (ok, il en reste une !) et bienvenue à Narnia au Pays des Merveilles.

Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton

Vous le voyez le lapin moche ? Si si regardez bien. Ils ont beau eu le mettre le plus petit possible sur l'image, on voit qu'il est moche.

Il serait facile de blâmer Disney d’avoir bridé Burton. Mais je vous rappelle cependant que l’adaptation de 1951 par le studio n’était certes pas parfaite du tout, mais conservait en bien plus grande partie le délire et l’hallucination d’Alice. Je ne crois pas a cette excuse. Tim Burton s’est contenté de la facilité, sans se renouveler, mais surtout sans âme. C’est dommage, c’est regrettable et plutôt décevant.

Enfin, je suis un peu déçue. Heureusement qu’on ne l’a pas vu en 3D au vu du prix. Mais bon, c’est à vous de vous faire une idée, bien que je vous déconseille fortement d’y aller. Enfin,Mili-Chan a bien aimé elle.


Les Fables de l’Humpur de Pierre Bordage

dabYo dans Critiques, Livres le 25 mars 2010, avec 3 commentaires
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Pierre Bordage est un célèbre auteur Français de Science Fiction et Fantasy que nous avions découvert grâce à sa toute dernière série, encore en cours, la Fraternité du Panca, éditée par l’Atalante. Cette série, dont je dois absolument lire le dernier tome, et que je vous conseille chaudement, m’a tellement emballé que j’avais envie de découvrir l’auteur sous d’autres coutures, dans d’autres nouvelles. C’est chose faite grâce à la réédition par Le Diable Vauvert de son roman Les Fables de l’Humpur, un écrit vieux d’une dizaine d’années qui mêle, cette fois, Anticipation avec Fantasy. Synopsis ?

Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage

Véhir est un grogne, et comme tous ceux de son clan, il cultive la terre le jour, fourre son groin dans la mangeoire pour repas du soir, et puis s’endort. Parfois, quand les autres ne regardent pas, il a le droit de se promener avec troïa Orn, sa dulcinée, mais ils n’osent jamais allé plus loin, pour ne pas violer les règles de l’Humpur. Deux fois par an, pour la fête de la Fécondité, les grognes sont conviés à entrer dans l’enclot de la Fécondité pour culbuter les femelles. Véhir était jusqu’alors trop jeune pour en profiter mais le voilà tout comme troïa Orn en âge de procréer. Bien que contraire aux préceptes des laïs de l’Humpur, il éprouve des sentiments violents à l’idée que troïa Orn puisse être visitée par quelqu’un d’autre  avant lui, et il espère bien être le premier à la ravir. Lorsqu’il la découvre dans l’une des alcoves de l’enclôt aux prises avec Graüm, le plus gros des grognes du clan, il ne sait plus quoi penser. L’enclot dont l’animalité le dégoûtait déjà tant devient invivable… Il ne lui reste plus qu’à s’enfuir, quiter le clan des grognes de Manac et de venir un paria, destiné à la mort, sans la protection de ses pairs face aux prédateurs.

Bizarre comme synopsis hein ? Pierre Bordage nous emmène dans les vertes contrées de la Dorgne, à des centaines de lieu du Grand Centre où vive de nombreuses peuplades de ce que l’on voit vite comme des hommes-animaux. Notre héros, Véhir, est tout de suite associé au Porc et sa manière de penser, vivre et parler nous fait constater qu’il partage aussi de nombreux traits avec nous. Au fil des pages, Bordage nous plonge dans ce monde qui semble être le notre, mais dont les habitants ne semblent plus posséder les technologies que nous avons, et être retournés à leur état sauvage, animal. Par les mots, par les expressions, l’auteur français nous immerge profondément dans l’animalité, la bestialité, où toutes les valeurs que nous considérons comme nobles commencent peu à peu à s’effacer…

Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage

Ancienne édition, bien moins jolie.

Ce plongeon est instantané, au bout d’une dizaine de pages on se retrouve dans la gadoue de la Dorgne, on se sent entourés par les grognes, on les imagine s’accoupler comme des animaux dans la boue, oubliant qu’ils ont dû être des hommes autre fois, et s’adonnant complètement à leur côté bestial. Parmi eux se retrouve notre héros, si l’on peut le dire ainsi. Ce pue-la-merde attire les prédateurs à cause de son trou-du-cul et n’aura sans doute pas longtemps à vivre tout seul au milieu des bois, entourés par les Hurles et les autres viandars. Comme vous pouvez le constater, Pierre Bordage a ici un vocabulaire qui pourrait s’apparenter au vulgaire, et pourtant il ne l’est pas. Les métaphores de l’accouplement, notamment à cause des synonymes des attributs version animal, rendent le texte quasi sur-réaliste. La fornication se transforme parfois en une abeille butinant une jolie fleure.

Et c’est bien la toute la profondeur du livre, car on s’en rend rapidement compte, au milieu de ce déclin animal, Pierre Bordage va réussir à faire ressortir le plus beau de ce que l’on peut trouver chez les hommes. Ma critique est profondément décousue et sans aucun doute incompréhensible, car ce livre est drôlement difficile à décrire. Le sentiment que l’on éprouve à sa lecture est très bizarre. L’histoire est presque mise en arrière plan et seul va compter l’univers, la manière de narrer de l’auteur, le monde qu’il a développé, le vocabulaire qu’il nous présente.

Car il faut bien l’avouer, l’histoire de notre Véhir est tout ce qu’il y a de plus banale. Une quête, une princesse à sauver, un groupe de compagnon aux formes divers et variées. Oui, vous avez reconnu là tous les poncifs de l’Heroic-Fantasy. Quand c’est Stan Nicholls et ou David Gemmell qui s’y colle, je n’accroche pas le moins du monde. Sauf que voilà, cette fois, on est ravi de suivre nos héros, on est content de constater que deux d’entre eux font du je t’aime moi non plus, et on ne notera même pas le moment où la princesse se fait kidnapper.

Les Fables de l'Humpur de Pierre BordageGrâce à son monde, à son univers, les Fables de l’Humpur rend un scénario totalement vu et revu en quelque chose de magique. La quatrième de couverture ne nous ment pas pour une fois, c’est un fabuleux roman d’amour, et sans aucun doute l’un des plus grands romans de Pierre Bordage. Je l’ai littéralement dévoré, je me suis complètement absorbé dans cette histoire fabuleuse, dans ce monde qui ne m’attirerait en aucun cas, mais qui est des plus agréables à découvrir. Je pourrais bien entendu citer les thèmes de notre histoire, chères à Bordage, comme la religion, l’oubli, la perte de la civilisation, l’amour, etc. Des thèmes que l’on retrouve aussi dans La Fraternité du Panca, mais qui sont ici traités d’une manière diamétralement opposée.

Je ne vois aucun défaut aux Fables de l’Humpur. Certains pourront lui reprocher une fin peut être un peu trop expédiée, mais cette dernière reste réaliste et dans l’esprit du livre. Merci pour ce beau moment de lecture, obtenu grâce aux partenariats de Livraddict, et rendez vous à la fin de l’année pour le récapitulatif 2010. Car Les Fables de l’Humpur place la barre très haute en ce début d’année.


Ed McBain, de son vrai nom Salvatore Lombino, est un très grand écrivain américain d’origine italienne, qui écrivit de nombreux romans sous divers pseudos, les plus utilisés étant Ed McBain et Evan Hunter, mais il a signé également sous les noms de Curt Cannon, Hurt Collins et bien d’autres. Né en 1926, mort d’un cancer en 2005, il est essentiellement connu pour ses polars, même s’il est en réalité rentré dans le monde littéraire par des œuvres de Science-Fiction. Il y aurait beaucoup à dire sur toute soin œuvre, puisqu’il n’a pas fait qu’écrire, il est également l’auteur de scénarios de Colombo (si si) ou l’adaptateur du scénario des Oiseaux à l’écran, pour Hitchcock ! Sous le nom d’Evan Hunter, il publia treize romans sur l’avocat de Floride Matthew Hope, mais c’est la saga du 87ème District, signée Ed McBain, qui est le sujet de cet article.

87ème District

La série a été adaptée, dans les années 60

Le 87ème District (ou 87th Precinct) est une saga de romans noirs policiers dans la plus pure tradition américaine, que McBain a en réalité contribué à construire. Cette saga fleuve a peu de rivaux, à la fois en termes de longévité, puisque cette saga ne compte pas moins de 56 romans, publiés de 1956 à la triste année de 2005 (peu de saga commencent par un roman noir américain typé des années 50 et finissent en citant Google et Harry Potter), mais aussi en termes de qualité. Mais qu’est-ce que le 87ème District exactement ?

Comme dit précédemment, il s’agit de Polars. Mais il ne s’agit pas d’un polar classique ; dans cette saga, c’est non pas un seul personnage que l’on suit, mais toute une brigade. Cette brigade est celle d’un des districts policiers (un découpage en zones) de la ville d’Isola, archétype de la mégapole américaine et véritable miroir de New-York. Le 87ème district étant loin d’être le plus facile. Dans chacun des romans, les équipes du 87ème ont sur les bras plusieurs affaires (la plupart du temps des meurtres, un kidnapping dans Rançon sur un thème Mineur (King’s Ransom), mais c’est de meurtre qu’il s’agit dans 99% des cas).

C’est un peu compliqué de présenter tout ce que cette saga a de particulier et de génial ; la réalité très crue dans laquelle baigne ces romans, par exemple. Les inspecteurs de ce district ne sont pas des surhommes. On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre, les inspecteurs ne sont pas immortels et, sans spoiler, il arrive que certains meurent. D’ailleurs, c’est ce qu’Ed McBain voulait en écrivant sur une équipe plutôt qu’un seul personnage : il peut la faire évoluer à sa guise en en enlevant ou en intégrant de nouveaux personnages. Malgré tout, les personnages centraux de l’équipe restent présents jusqu’à la fin : Steve Carella tout d’abord, alter-ego d’Ed McBain, l’inspecteur d’origine italienne et peut-être personnage principal parmi les personnages principaux ; Meyer Meyer, inspecteur dont le père était un petit rigolo, puisqu’il lui a donné son nom de famille en prénom ; Hal Willis, petit inspecteur mais maître de judo (dont on ne verra jamais réellement de démonstration, quel dommage) ; Bert Kling, jeunot de la brigade, Pete Byrnes, le (parfois) bienveillant sergent de la brigade, Artie Brown, Cotton Hawes, Roger Havilland, Andy Parker, et beaucoup d’autres, sans compter une galerie fournie de personnages secondaires.

Ed McBain

Ed McBain

Tous ont de vraies personnalités, ainsi qu’un background : Ed McBain a été l’un des premiers, sinon le premier, à intégrer la vie privée de ses personnages dans ses romans. Chacun a alors ses propres histoires : du couple heureux que forme Carella et sa femme depuis le premier roman jusqu’au dernier, aux multiples aventures de Hawes, en passant par l’incroyable malchance de Kling avec toutes ses histoires de cœur, McBain ne tombe absolument pas dans le piège du feuilleton incrusté dans un roman sans aucun rapport ; son style et son talent ont toujours permis d’intégrer cette dimension avec une parfaite justesse, et le résultat est surtout que l’on s’attache d’autant plus aux personnages, beaucoup plus réels. Le seul point un peu irréaliste de l’affaire est que chacun des inspecteurs, ainsi que chacun des malfrats ou même des témoins qui passent dans les romans, semblent des colosses. Très rares sont les personnages en dessous d’1m85, et tous sont immanquablement baraqués. Mais, comme McBain le dit en se moquant de lui-même dans un de ses romans, « on était en Amérique, et en Amérique, même les chauffeurs de taxis ont une carrure de joueurs de base-ball« . D’ailleurs, cette tendance disparaît au fil des romans, à tel point que McBain précise bien dans ses derniers romans que ses inspecteurs n’ont « rien d’un athlète. »

Dernier personnage du roman, et non pas des moindres, la ville d’Isola, créée par McBain mais copiée sur New York (il ne faut pas longtemps pour associer Diamondback à Harlem et Riverhead au Bronx…), est la parfaite représentation de la grande méchante ville américaine (The Big Bad City, comme l’un de ses romans se nomme…). Sans doute un peu plus mal famée que la moyenne, McBain en fait un véritable personnage, en en parlant parfois comme d’une femme. Ses descriptions sont justes et n’en font pas trop, on finit presque par se voir errer dans les rues de la  ville…

Le style d’écriture est parfaitement fluide, accrocheur, et sonne toujours juste. Il s’adapte même aux situations (on sent parfaitement les accélérations de rythme lors des interrogatoires, par exemple). Il convient parfaitement aux histoires racontées et franchement, on a du mal à reposer le livre tant il accroche dès les premières pages ! Pour avoir lu l’intégralité de la série, je peux dire que les paragraphes un peu en trop se comptent sur les doigts d’une main (et sur 56 romans, ça fait pas lourd.) McBain arrive à mêler les différentes affaires qui occupent ses inspecteurs de manière parfaitement cohérente, s’amusant parfois à les lier, et intégrant en plus la vie personnelle des inspecteurs. Pas facile, et pourtant on n’a jamais une seule fois l’impression que c’est fait artificiellement. Tout est naturel. Le plus impressionnant des exemples est son roman Tout le monde sont là (Hay Hay The Gang’s All There), où McBain s’amuse à entremêler plusieurs courtes intrigues de plusieurs équipes de police, et le roman passe des unes aux autres, très rapidement, sans qu’on perde jamais le fil d’aucune. Peut-être un des meilleurs romans du 87ème.

Un autre mot peut qualifier les romans d’Ed McBain : l’évolution. Son œuvre a toujours été en perpétuel changement. Entre 1956 et 2005, quelques changements ont eu lieu en Amérique… Et le 87ème a toujours suivi cette évolution, que ce soit par l’aspect de la ville et les ethnies qui s’y mélangent : d’abord les irlandais et les portoricains, puis les afro-américains, etc., avec des lieux qui apparaissent, d’autres qui disparaissent ; ou encore par les techniques policières, d’investigation bien sûr (il s’est toujours tenu très renseigné sur les techniques de police, afin que ses romans soient le plus fidèle possible à la réalité), mais aussi juridiques (l’aspect le plus flagrant étant l’apparition de l’arrêt Miranda Escobedo qui oblige les policiers à lire ses droits au détenu). On ne traite pas un suspect de la même façon en 1956 et en 2000… Cette évolution, McBain l’a suivie aussi. A travers ses romans, c’est toute une partie de la société américaine qu’on voit évoluer. Mais McBain a aussi su faire évoluer sa saga plus profondément encore : plutôt franchement misogyne à ses débuts, où la femme était surtout la bonne mère/épouse au foyer, McBain change de mentalité et intègre des personnages féminins à l’équipe (Nellie McBrand, Eileen Burke…) et supprime le ton macho de ses romans. Visionnaire parfois, McBain publia dans son roman de 2001 une histoire exposant clairement les risques du fanatisme post-11 Septembre… (Cash Cash).

L’auteur suivait aussi de près les relations entre les peuples de différentes origines qui immigraient en Amérique ; Isola faisait aussi office de microcosme pour les États-Unis. Le racisme ambiant est un thème qui revient souvent en toile de fond de ses romans et on perçoit parfaitement l’amertume et le pessimisme dont McBain, déçu, fait preuve dans ses derniers romans : pour lui, le « creuset » qu’était l’Amérique n’avait jamais atteint le « point de fusion« .

87ème District de Ed McBain tome 9

Tome 9 de 87ème District

En plus de cette évolution de fond, il a toujours su se renouveler sur la forme ; aucun roman ne ressemble à un autre, aucune énigme n’est une resucée d’une ancienne, et elles sont toujours très bien ficelées. McBain s’amuse même à aventurer un orteil dans l’au-delà avec Un Poulet chez les Spectres (Ghosts). On n’est pas face à un type idiot qui ne découvre le coupable que 200 pages après le lecteur. Les inspecteurs ont en fait souvent un train d’avance ! Et la solution est très souvent un contre-pied inattendu. De plus, McBain s’amusait à changer de style d’un roman à l’autre. C’est-à-dire qu’il gardait la même façon d’écrire, fluide et agréable, mais il intégrait des petites manies d’écritures, une forme de présentation des choses, un paragraphe construit selon la même structure et qui se répète trois ou quatre fois dans le roman… Et celui d’après, il changeait. C’est plutôt amusant à remarquer et ça donne du dynamisme à l’ensemble. En outre, McBain savait comment renouveler la formule en intégrant de nouveaux personnages ; Eileen Burke, Nellie McBrand, le terriblement raciste et politiquement incorrect « Fat » Ollie Weeks, auquel l’auteur finira par s’attacher et donnera une chance d’évoluer.

Sur les derniers romans, il s’amusait même à s’auto-citer ; soit en faisant référence à de vieilles énigmes du 87ème d’un roman paru trente ans plus tôt, soit en citant son travail sur le scénario des Oiseaux, ou même en mentionnant sa date de naissance ; dans les derniers romans, il arrive souvent qu’un des protagonistes soit né le 15 octobre, auquel cas, un des inspecteurs pense immanquablement : « la date de naissance des grands hommes« . Autant de petits easter eggs amusants à remarquer. McBain ira même jusqu’à rencontrer Evan Hunter, en publiant une aventure de Matthew Hope (son autre série) où ce dernier rencontre et travaille avec… Carella ! (Le paradis des ratés). Une sorte de cross-over qu’apprécieront les fans.

Et puis, il y a le Sourd. The Deaf Man. Aucune comparaison plus juste que le « Professeur Moriarty du 87ème » ne peut être faite. Sauf qu’ici, le génie du crime ne rencontre pas un cerveau aussi tordu que le sien ; depuis sa première rencontre avec le 87ème, il garde une relation ambiguë avec Carella (l’admire-t-il ou le déteste-t-il ?) et chacune de ses apparitions est synonyme d’indices particulièrement tordus envoyés au poste de police du 87ème où les cerveaux impuissants des inspecteurs ne peuvent que conjecturer sur le prochain coup du Sourd, qui prend à chaque fois un nom différent, mais qui veut à chaque fois dire « sourd » dans une langue. Au final, c’est surtout la poisse incroyable dont il souffre qui l’empêche de réussir ses plans tordus et remarquablement bien ficelés… C’est dans ces romans qu’apparaît tout le talent de McBain pour réussir à échafauder des énigmes.

Le temps est aussi important chez McBain ; il en joue et l’utilise comme bon lui semble. Le temps réel a prise sur l’univers de la saga, bien sûr, puisqu’elle évolue avec lui comme dit plus haut. Cependant, les inspecteurs n’ont pas 80 balais à la fin de la saga. En fait, ils ont tous toujours plus ou moins le même âge. D’une vingtaine tassée au tout début, Carella oscille entre la trentaine et la quarantaine, parfois passant la barre, parfois retombant en dessous, et ce même si, dans les tout derniers romans, l’auteur « officialise » ses quarante ans en faisant traverser à l’inspecteur une bonne petite crise de la quarantaine. Pareil pour tous les autres ; Bert Kling reste l’éternel jeunot, Byrnes reste le sergent pas trop loin de la retraite, etc. McBain s’en amuse, en faisant parfois dire à ses héros qu’il « préférait ne plus compter les années« , « mais qui se souciait du temps qui passe ?« , ou bien quelque chose de ce genre. Enfin, pour les enfants de Carella, le temps n’est pas arrêté mais ralenti ; ils sont au seuil de l’adolescence en 2005, alors qu’ils devraient avoir, eux, la quarantaine. Ils ont donc grandi depuis leur naissance mais vraiment très lentement.

Tome 8 de 87ème District

Tome 8 de 87ème District

La seule chose qui m’a un peu déplu (il en faut bien une… Même si c’est probablement un des meilleurs auteurs que j’aie jamais lus) est que la structure des romans étant indépendante (malgré les références, les romans peuvent se lire dans n’importe quel ordre), McBain introduit chaque fois ses héros d’une manière très similaire. Il ne fait pas énormément d’effort pour le faire et le fait très rapidement, c’est donc plus par obligation et pour ne pas perdre le nouveau lecteur, mais lire pour la trentième fois pourquoi Meyer Meyer s’appelle ainsi ou que Carella a des yeux légèrement bridés, c’est un peu soûlant. Enfin, rien de rédhibitoire.

Le dernier roman du 87ème (Fiddlers ou Jouez Violons – les traductions des titres laissent un peu à désirer, même si la traduction de l’œuvre même est de très bonne facture) est tout aussi réussi que les autres (cinq meurtres donnant cinq pistes totalement différentes et en majeure partie fausses, mais qui, poussées jusqu’au bout, mènent au coupable, alors même qu’on le connaît depuis le début, fait unique chez McBain), mais se finissent sur une fin très ouverte concernant les vies personnelles des inspecteurs. McBain a laissé un dernier roman très frustrant… Une série qui devait se terminer dès le troisième volet (Carella, blessé, devait mourir, et nul ne sait si c’est la pression de l’éditeur ou l’attachement qu’avait fini par éprouver l’auter pour son personnage qui l’a poussé à le ressusciter) s’achève ainsi, et c’est bien triste ; quitter le 87ème District ne se fait pas de gaieté de cœur.

Vous l’avez compris, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger au plus tôt dans la saga. Pour ma part, j’ai lu les neuf tomes de l’intégrale (dont l’absolument introuvable huitième), qui permettent de lire le tout dans l’ordre chronologique, et c’est plus agréable ; chaque tome compile entre quatre et six romans (de 900 à 1200 pages) et coûte dans les vingt euros. Ça fait certes chère la collection complète, mais un seul est une bonne affaire (quatre à six romans pour vingt euros…) et la plupart des bibliothèques possèdent des romans du 87ème District. Si tant est que vous puissiez vous arrêter à un seul tome.


Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams

Serafina dans Critiques, Livres le 20 mars 2010, avec 7 commentaires
Critiques

Ceci n’est pas un jeu est un roman de Walter Jon Williams, paru en 2009 sous le titre This is not a game. Il vient de sortir en français, aux éditions l’Atalante, traduit par Jean-Daniel Brèque. Le livre se présente sous une jolie couverture brillante avec une magnifique illustration de Frédéric Perrin. Il s’agit d’un Thriller un brin futuriste et pourrait être qualifié de Thriller Informatique. Synopsis ?

Ceci n'est pas un jeu de Walter Jon Williams

Dagmar travaille dans le domaine des ARG, pour jeux à réalité alternée (Alternative Reality Game), des jeux multimédia qui entretiennent une barrière très floue entre la réalité et le jeu. Si vous ne connaissez pas, je vous renvoie à la page Wikipédia sur les ARG. Dagmar est donc chargée de créer des scénarios pour ces jeux. Mais quand la frontière entre le jeu et la réalité devient inexistante, quand Dagmar se trouve mêlée à des meurtres et quand le monde semble en danger, que faire ?

Voila pour le synopsis. Le roman est un thriller, cela a tendance à être péjoratif dans ma bouche, mais pas ici. Nous avons en effet affaire à des chapitres très courts comme le veut le genre, mais un seul point de vue, pas de gore gratuit, ni de sexe gratuit. Bref, un Thriller qui reprend les codes à sa manière sans être un énième copier-coller du schéma à la mode. Les personnages sont plutôt hauts en couleurs, hormis l’héroïne qui apparaît assez fade. Je n’ai pas réussi à m’attacher à elle plus que cela. Mais certains des personnages secondaires, notamment des joueurs sont vraiment sympas.

Walter Jon Williams

Walter Jon Williams

L’idée est bonne, le scénario est plutôt haletant. L’univers des ARG est un univers évidemment passionnant et permet de nombreux retournements  de situations et des dénouements originaux. Cela offre beaucoup de possibilités et l’auteur en profite bien. Je n’avais jamais lu de Thriller dans cet univers, je ne sais donc pas si je peux parler d’originalité, mais en tout cas, j’ai aimé l’univers et le concept.  Je regretterais seulement le fait que la communauté de joueurs n’ai pas été exploitée à fond, j’aurais préféré une immersion du jeu dans la vrai vie plus importante. Le rythme est soutenu, et on ne s’ennuie pas un seul instant.

Un des points discutable, c’est la date à laquelle se passe  ce roman. En effet, certaines technologies apparaissent comme beaucoup plus avancées que la notre (turbines pour téléphone, abonnement internet à l’échelle mondiale) mais à coté, niveau informatique, on utilise toujours les mêmes choses (Google, l’HTML…). Ce point m’a vraiment semblé bizarre car on sait à quel point les technologies de l’information évoluent vite !

Mais ce n’est rien comparé au vrai point noir. Un point noir qui consiste plus en l’identité de la lectrice qu’autre chose à vrai dire. J’ai une formation d’informaticienne.  Et là, forcément, j’ai un regard très critique sur ce que le roman nous sort. Les dialogues entre programmeurs à propos de leurs programmes ne sont absolument pas naturels, ça sonne faux. Est-ce à cause de la traduction ? Je ne sais pas, mais dans tous les cas, ça choque l’oreille de l’informaticienne que je suis. Mais si il n’y avait que ça ! Mais non: ils programment en HTML. A aucun autre moment on ne mentionne un autre langage. Sauf que voilà, si vous ne le saviez pas, on ne peut pas programmer en HTML. C’est un langage de mise en forme de documents, et rien d’autre. Alors quand un nouveau programmeur demande des logiciels dernier cri pour bosser, on lui file quoi ? Un éditeur HTML et un client FTP ! Des technologies vieilles de plusieurs années déjà… Ça donne à peine l’impression que l’auteur n’y connaît absolument rien et a sauté sur les premiers termes trouvés sur Internet. En tout cas, il y a un gros problème de documentation à ce niveau. Je ne citerais évidemment pas la réplique « Le HTML est sensible à la casse » parce qu’on atteint des niveaux de honte absolument innommables.

Ceci n'est pas un jeu de Walter Jon WilliamsCe manque flagrant de documentation rend impossible l’immersion, et dérange plus qu’autre chose. Je dirais même que cela m’a passablement agacée. Le roman est bourré de références sympas de la sous-culture geek (Dune, Minus et Cortex, Star Wars, etc) ce qui aurait pu être plaisant. Cependant, les approximations et les erreurs aberrantes sur l’informatique donnent un arrière goût de superficiel et de vide.

Bref, si vous êtes informaticien, je ne vous recommande pas ce livre car il vous agacera probablement. Sinon, c’est sans le moindre doute une lecture très agréable que nous fourni Williams, un Thriller de bonne facture, dans un contexte passionnant et réaliste qui devrait vous plaire, surtout si vous aimez le monde du jeu.


Une des particularité de la Science-Fiction et de la Fantasy, c’est la longueur des cycles et le nombre d’univers qui s’étendent sur de nombreux bouquins. C’est bien souvent le cas pour les Space Opera, le nombre de tomes permettant à l’auteur de bien préciser son monde, les technologies utilisées, etc. L’univers de Honor Harrington n’échappe pas à la règle, cette série Space Opera écrite par David Weber contient déjà une vingtaine de romans traduits en Français. C’est au premier tome de L’Ombre de Saganami qu’on s’intéresse ce coup ci, un joli livre de cinq cents pages dans l’univers de l’écrivain. Synopsis ?

L'Ombre de Saganami, Honor Harrington, de David Weber

Le commandant Terekov vient tout juste de reprendre sa carrière militaire et se voit placer sur un tout nouveau vaisseaux, à la pointe de la technologie du Royaume de Manticore. Sa mission ? Avec son équipage, assurer la sécurité dans l’amas du Talbot, une région qui a récemment demander au royaume de l’annexer, de sa propre volonté, suite à un référendum. A priori, une mission facile, dans laquelle cinq bleus vont pouvoir réussir leur première affectation. Sauf que voilà, les enjeux de cette annexion ne sont pas ceux que l’on pense, et certaines grosses entreprises galactiques sont bien décider à la faire échouer.

Eh bien, cela en fait des informations à expliquer et donner. Commençons par le début, et parlons un peu de l’univers de Honor Harington. Autant vous dire que je ne le connaissais pas du tout jusqu’à maintenant, et que l’Ombre de Saganami n’est pas du tout son premier tome. En fait, il semblerait bel et bien que l’univers puisse être abordé depuis n’importe quel tome, ce qui est effectivement une très bonne chose: on quitte ici l’univers des séries à rallonge où il faut lire une vingtaine de tomes pour voir la fin de son histoire. C’est un univers de Space Opera, très orienté Hard-SF, dans le sens où toutes les technologies sont présentées, avec en surplus une couche de manigances politiques et une narration à plusieurs points de vue.

Par de nombreux aspects, l’Univers d’Honor Harrington pourrait être qualifié de Trône de Fer de la S.F., à la différence prêt que les tomes sont indépendants et que l’on ne suit pas la destiné de héros, mais plutôt d’ensemble d’individus, au sens de société, un peu comme dans Fondation. J’ai parlé du Royaume de Manticore, qui est un royaume qui s’étend sur de nombreuses planètes à travers l’univers. Nous nous trouvons en fait des milliers d’années après notre propre ère, on parle bien entendu de temps T, pour faire référence à la Terre, et notre planète est nommée la Vielle Terre. Bref, c’est du pur et dure.

L'Ombre de Saganami, Honor Harrington, de David Weber

Le style d’écriture de David Weber est très fluide, mais aussi très descriptif. On va avoir droit à de nombreux détails sur les technologies, mais aussi sur les mouvements militaires de nos héros. Car nous en suivons plusieurs, que ce soit le capitaine de la frégate, ou bien les cinq bleus qui viennent de rejoindre son équipage. On a ainsi droit à une belle incursion dans le monde militaire de cet univers, avec la hiérarchie en place, mais aussi le pointillisme de l’auteur au niveau du réalisme des ordres. Tout est décrit comme ça devrait l’être, et il arrive même parfois que l’on ait droit aux angles utilisés pour balancer des missiles ou bien pour faire une manœuvre.

Autant dire que si l’on ne peut pas supporter les descriptions, la lecture va être dure, et ces descriptions nous perdent un peu au début. Entre toutes les forces en présence, l’univers que l’on ne connaît pas, et le nombre de détails hallucinant, il est parfois dur de suivre. Mais voilà, passé les cinquante premières pages on se prend au jeu et on a envie de savoir la suite des aventures des quelques personnages que l’on a entrevue. Car il faut bien le dire, L’Ombre de Saganami est un roman prenant. Le fait de suivre des points de vue qui ne sont pas du côté gentil est d’autant plus prenant.

L'Ombre de Saganami, Honor Harrington, de David WeberLes intrigues politiques mises en place dans ce tome par David Weber sont très intéressantes et laissent entrevoir de nombreuses possibilités pour la suite. Elles sont réalistes, ce qui est plutôt agréable. Les personnages sont quelques fois un peu laissés pour compte, à cause de leur trop grand nombre, mais on est loin du syndrome La Couronne des Sept Royaumes par exemple, où tous semblaient avoir la même psychologie. Non, à chaque personnage, l’auteur prend le temps d’une courte introduction qui donne tout de suite le La. On a réellement l’impression de cerner rapidement le personnage, presque de le connaître.

Il est alors d’autant plus décevant de constater que le personnage n’avait été introduit que pour l’intrigue politique. Mais bon, ce sont des choses nécessaires et qui arrivent souvent. En tout cas, malgré le fait d’être envoyé directement sur le front dans une série que je ne connaissais pas, j’ai tout simplement dévoré ce premier tome, et je me suis déjà jetté sur la suite.

Du coup, si vous n’avez encore jamais tenté d’univers de Science Fiction, ou bien que c’est votre genre de prédilection, je ne peux que vous le conseiller. Je vous donne d’ores et déjà rendez vous pour la critique de la suite, hé !


Evermore, Eternels Tome 1, de Alyson Noël

Serafina dans Critiques, Livres le 15 mars 2010, avec 15 commentaires
Critiques

Evermore est le premier tome de la saga Eternels écrite par Alyson Noël. Ce tome a été publié pour la première fois en février 2009 en langue anglaise et est arrivé chez nous il n’y a pas si longtemps. Le titre est destiné aux adolescentes, et s’inscrit dans le courant popularisé par Twilight, cela se voit même à la couverture. Mais avant de laisser nos préjugés parler, synopsis !

Evermore, Eternels Tome 1, de Alyson Noël

Ever est une lycéenne  de 16 ans. Suite à un terrible accident de voiture, elle entend les pensée des gens, voit les morts et les auras. Tout un programme. Autant dire que la jeune fille a bien du mal à trouver le calme, se réfugiant derrière son iPod et des capuches. Mais tout change quand elle rencontre Damen, dont elle ne peut pas lire les pensées.

Bon, ok, difficile de ne pas faire le parallèle avec Twilight. On va le faire une bonne fois pour toute. Au début on suit le même schéma que celui de Fascination de Stephenie Meyer. Une fille mal dans sa peau, qui rencontre un beau gosse mystérieux, une histoire de télépathie, un contexte scolaire, et des amourettes de jeunesse. Oui, même schéma. Autant le dire tout de suite, il sera impossible de ne pas y penser dans la première partie du roman. Cependant, je vous le dis tout de suite, le roman prend à la fin une direction totalement différente, qui laisse présager du bon pour la suite.

Alyson Noël, Eternels

Alyson Noël

Ce tome est en effet un tome d’introduction, il sert à poser les personnages et le contexte. Malheureusement le début est un peu douloureux. On a l’impression que l’auteur a plein plein d’idées et ne réussit pas trop à les caser. L’héroïne qui lit les pensées, voit les morts, voit les auras, fait des rêves prémonitoires, c’était peut être un peu too much, surtout que sa capacité à voir les auras par exemple n’est pas du tout exploitée. Plus le roman avance, plus on se concentre réellement sur l’origine de ses pouvoirs, presque comme si la lecture des auras passait à la trappe. Les concepts évoqués sont plutôt intéressants, et les révélations de la fin m’ont plutôt plu. Il semblerait que l’auteur ait réussi à trouver sa ligne directrice, malgré un début qui s’éparpillait un peu.

Du coup avec sa tonne de pouvoirs, Ever joue plutôt bien le rôle de l’adolescente un peu perdue, effacée et qui se sent différente. Bref, idéale pour que quiconque ayant eu 15 ans (ou les ayant prochainement) puisse se reconnaître. Bon, malgré tout, certaines de ses réactions me restent absolument incompréhensible. Mais bon, peut être que je suis trop vieille.  Malheureusement comme souvent dans le genre, Damen le beau gosse est un peu sans saveur. Prince charmant parfait, mystérieux à souhait, il n’a pas assez de consistance pour pouvoir réellement faire date. Cependant, contrairement au roman évoqué plus haut, la pléthore de personnages secondaires vaut le coup. Que cela soit Haven la gothique en quête d’identité ou Miles l’homosexuel assumé, les personnages sont réalistes, un peu caricaturaux, mais tout à fait plausibles. Bref des gens qu’on pourrait réellement croiser au lycée et qui du coup relèvent la sauce avec humour.

Evermore, Eternels Tome 1, de Alyson NoëlLa relation entre Damen et Ever met beaucoup de temps à s’installer, et plusieurs fois le même schéma se répète (Damen fait un premier pas, Ever est contente, puis un truc bizarre arrive, Damen se barre/disparaît, Ever doute et pense qu’il ne l’aime pas). Bon, ok, une fois, mais au delà, on commence quand même à tourner en rond. Le coté Je t’aime moi non plus est un peu longuet.

Il n’y a pas énormément d’action dans ce tome, soyez prévenus. Il se lit bien, très bien même, un peu vite certes. Le style est assez simpliste et passe partout. Ca se mange sans faim comme on dirait. Il est un peu difficile de juger sur ce premier tome, qui n’est pas désagréable pour autant. J’ai l’impression que cela va mieux se mettre en place dans le deuxième tome, qui vient de sortir en France. Cette série de Alyson Noël se révèle donc être à suivre, bien que j’ai préféré le Secret du Vampire de L.J. Smith, premier tome de la série Night World.


Farence: La Légende de Dario Alcide

dabYo dans Critiques, Livres le 13 mars 2010, avec 5 commentaires
Critiques

Il y a des livres qui arrivent dans nos mains par des voies insoupçonnées. C’est le cas de Farence: La Légende, un titre écrit et auto-édité par Dario Alcide, un écrivain amateur et scénariste. Nous l’avions rencontré sur son stand à la convention Paris Manga, et y avions échangé nos adresses e-mail. C’est ainsi que six mois plus tard, j’ai fini par avoir entre mes mains son premier tome de sa saga Farance. Un livre de très belle facture pour un roman auto-édité, avec une couverture de Giuseppe Severino et le tout pour un prix très abordable. Bien moins cher que les livres de ce format dans le commerce. Synopsis voulez vous ?

Farence: La Légende de Dario Alcide

Bien des années après notre époque, alors que l’humanité avait colonisé la majeur partie de notre univers, la planète Nimir hébergeait un peuple pacifique qui vivait des jours heureux. Mais leur bonheur pris fin lorsque Cerk, un être mystérieux et semble-t’il sanguinaire, décide de s’attaquer à ce peuple et transforme leur planète en un vrai enfer. Seul face à l’ennemi, le prince Farence aux pouvoirs extraordinaires. Malheureusement, ce dernier fut vaincu et son âme scellée dans deux nouveaux nés, eux même renvoyés vers une planète inconnue pour éviter qu’ils puissent formenter une rébellion.

Vous vous en doutez tout de suite, c’est le destin de ces deux jeunes nourrissons que nous allons suivre. Nous les retrouvons au début de notre récit alors qu’ils atteignent l’age adulte, et qu’ils vont être mis au courant. Bref, si l’histoire a un côté très Fantasy, on ne peut pas ignorer le côté Science Fiction pour autant. Ère de la colonisation de l’univers, des voyages galactiques, des planètes et des différentes races d’hommes, tout y est pour que l’on puisse parler d’un Space Opera. A l’exception près qu’il n’y aura pas de réel voyage entre planètes (juste un petit transfert) et que les éléments clé du Space Opera (une guerre qui s’étend sur plusieurs planète, par exemple) ne sont pas du tout présent. Au final, Farence: La légende se classe dans la Fantasy, avec les différentes races vivantes et bien entendu une lutte entre le Bien et le Mal qui va se profiler.

Le style d’écriture de Dario Alcide est plutôt simple et direct. Bien qu’il y ait des descriptions il reste limpide et ne fait pas dans les fioritures. On fini par s’y habituer mais je dois avouer avoir eu du mal au début. Le côté épuré choque, comme si ce n’était pas juste simple mais trop simple. Il manque quelque chose qui ne permet pas à l’auteur de donner assez de vie à ses personnages et ses environnements. Tout du moins au début, puisque les pages aidant, on fini tout de même par s’habituer et s’attacher aux éléments. A noter quelques petites erreurs au niveau de la narration en elle même, qui ne m’ont pas permis de tout comprendre sans relecture.

Farence: La Légende de Dario Alcide

Le réel problème du livre est le défilement des événements et du scénario d’une manière générale. L’auteur nous présente un univers vaste et intéressant, qui pourrait presque être qualifié de mature. L’introduction nous laisse entrevoir des dizaines de planètes, de races, toutes à découvrir. Malheureusement, l’aperçu que l’on en aura pendant les trois cents pages sera somme tout très petit, ce qui donne un arrière goût de frustration. Pourquoi nous laisser entrevoir tant pour nous faire découvrir si peu ? D’autant plus que les caractéristiques présentées, l’épopée de la colonisation humaine par exemple, ne sont exploitées à aucun moment pendant le récit. C’est dommage, car cela donne au début de notre histoire un côté hors sujet.

De même, on restera avec une petite déception au niveau de la légende. Sans spoiler, je ne puis vous expliquer pourquoi, mais cette légende, cette réincarnation, laisse un goût d’inutilité, comme si elle n’était pas assez exploité et qu’elle ne changeait finalement pas grand chose. C’est vraiment dommage car là encore, le récit et l’univers présentés recèlent de qualités qui ne sont pas du tout utilisées.

S’il y a bien un côté du récit qui est lui, exploité, voir sur-exploité, c’est l’action. Comme je l’ai dit, le déroulement de notre histoire m’a quelque peu gêné, notamment par sa concentration autour du combat, et des affrontements en général. On a droit ici à un schéma au niveau du scénario qui est excellent pour les jeux vidéo, mais que je trouve bien moins intéressant pour les livres, celui de l’affrontement, de la phase d’entraînement, puis du nouvel affrontement, avec des ennemis récurrents bien entendu, de plus en plus puissants.

Farence: La Légende de Dario AlcideNos héros sont dans une quête sans fin de pouvoir, de puissance, de techniques de combat, ce qui fait finalement plus penser à un jeu vidéo comme je le disais, ou même à un manga. J’ai trouvé que cela rendait le déroulement des choses linéaire. Le fait que les combats ne soient que retranscris par l’écrit, sabre un peu leur suspens. A aucun moment je n’ai suspecté la possibilité pour les héros de mourir, et l’enchaînement de nombreux combats ne fait que renforcer cette opinion. Bon, bien entendu, ce genre de sentiment fini fatalement par donner une petite surprise, ce qui est loin d’être déplaisant !

Bref, c’est légèrement frustré que j’ai terminé Farence: La Légende, en espérant que l’auteur exploite toutes les capacités de son univers Farence pour la suite ! On a donc affaire ici à un livre qui plaira avant tout aux mordus d’action, si vous avez rêvé de tomber sur un livre de la trempe d’un Saint Seya, Dragon Ball, ou plus récemment d’un Bleach, alors c’est le livre qu’il vous faut. Sinon, il sera difficile de passer outre cette utilisation de l’action. Vous pouvez vous le procurer via Amazon ou bien les librairies partenaires de l’auteur. Enfin, je vous conseille de faire un petit saut sur le site de son auteur, Farence Corp.


Sid et Nancy de Alex Cox

Serafina dans Critiques, Films le 11 mars 2010, avec 9 commentaires
Critiques

Il y a des moments où les mots nous manquent. Où l’on est allé tellement loin dans le désespoir que la langue française semble manquer de qualificatifs pour décrire ce qu’on a vécu. Ici, les rédacteurs risquent leur santé (mentale) pour vous, public. Pour vous faire parfois découvrir des perles, parfois pour vous prévenir, vous mettre en garde et préserver votre santé mentale. En gros, on se sacrifie pour vous, c’est-y pas beau l’abnégation du bloggeur ?

Sid et Nancy - Le film

L'original

Un mardi soir, pluvieux, vos rédacteurs préférés ont décidé de regarder un film. J’ai proposé le film Sid et Nancy, un film réalisé par Alex Cox en 1986 sur la vie de Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols. Je ne vous ferais pas l’affront de vous présenter Vicious, toute manière il n’y a rien d’autre à en dire que c’était un bassiste punk, drogué, qui est devenu un symbole du Punk, et enfin qu’il a inspiré Ren du manga Nana. En plus il est bassiste, et moi aussi. Oui c’est un peu la loose comme motivations, mais au vu du film, on a presque honte pour Sid et Ren.

Donc, par ou commencer ? Ce film est un néant absolu, une succession de scènes sans intérêt, rallongées afin de tenir le temps minimal, à l’esthétique miteuse des années 80, qui saute du coq à l’ane, doublé avec les pieds et j’en passe et des meilleurs. J’aurais de quoi en faire des tonnes dans le genre, mais on va peut être essayer de structurer cela.

Bon, Gary Oldman joue très bien le shooté, totalement déconnecté de la réalité. Alors certes, ses cheveux tiennent très bien en l’air (merci le gel !) et il ressemble plutôt à l’original, physiquement, pour le reste, je ne peux pas juger. Le problème c’est qu’un drogué, vu de l’extérieur, ça n’est pas très drôle. On est très loin du trip que pouvait procurer un Las Vegas parano. Là où Johnny Depp se voyait tendre ses clés par un requin et entouré par des poulpes Oldman se voit debout sous les poubelles. Hmmm, métaphore de l’intérêt du film ? Le reste du temps, il est atone, et ne sert à rien. Il donne l’impression d’être baladé. Il ne prend que très peu de décisions de lui même, enfin, outre les  décisions genre  « sur quelle veine je me pique aujourd’hui ? ». C’est Nancy qui mène, ou bien d’autre gens, on sait pas trop qui et de toute manière on ne cherche plus à le savoir passé la première demi-heure.

Sid et Nancy - Le film

La copie (doublée par le Club Dorothée)

Du coup, c’est pas génial comme personnage principal pour un film. Cloe Web quant à elle joue très bien la femelle du porc camée à l’héro’. Elle sait très bien chialer, crier, et faire couler son mascara. Ses scènes sont miteuses, caricaturées (évidemment, un couple ça se dispute sur la vaisselle, évidemment…), en soit, elle joue bien son rôle. Le seul problème c’est que son rôle est naze. Mais vraiment.

Les autres, sont justes ridicules, du mec qui joue le chanteur des Sex Pistols à la domina SM, il n’y a rien à en redire, tellement on touche le fond. Comme du scénario à vrai dire. Sid et Nancy se rencontrent, se shootent, s’engueulent, et crèvent. Point, je vous ai spoilé, mais c’est pour votre bien. Le truc, c’est que non seulement le film est très bof, mais qu’on n’apprend rien sur les Sex Pistols, qu’on n’apprend rien sur Sid, et qu’on s’ennuie ferme pendant 1h30. D’où qu’il vient, comment il est devenu bassiste, ce qui l’a conduit à la déchéance… Eh bien on n’en sait rien. Je ne parle évidemment pas de l’aseptisation du contexte, et en somme, de la disparition de tout ce qui a provoqué la naissance du Punk.

Sid et Nancy - Le filmLa première partie a certes un semblant de sens, les concerts, la rencontre, le début de l’histoire d’amour, jusqu’au départ de Sid du groupe. La c’est l’enchaînement de non sens. On fait chanter My way à Oldman sur des marches lumineuses, on met un chat dans la chambre, on fait tomber des billets, on ressort les acteurs, on les fait s’embrasser sous un flot continu d’ordures, on repasse une image du chat, on fait pleurer Nancy, on fait tomber des billets, on remontre le chat.

Évidemment, tout cela avec un doublage digne de Nicky Larson, à l’époque du Club Dorothé. Et je suis sure que vous savez de quoi je veux parler.

Le pire, c’est qu’on ne peut que ressortir désespéré par ce visionnage. Car Sid et Nancy c’est quand meme un couple mythique , un couple auto-destructeur, et tragique, donc, tout ce qu’il faut pour faire un bon film… Mais non.


L’affaire des poisons est un livre historique rédigé par Jean-Christian Petitfils édité par les éditions Perrin, historien. Cet auteur a déjà publié plusieurs livres sont un sur l’assassinat de Henri IV. J’ai reçu ce livre grâce a l’opération Masse Critique. L’affaire des poisons est un fait divers que j’affectionne beaucoup (j’ai toujours été passionnée par la sorcellerie, alors vous comprenez…) alors quand je l’ai vu dans la liste, je n’ai pas hésité une seule seconde. Ce livre porte donc sur l’affaire des poisons, normalement, c’est connu comme histoire, mais vu qu’un de mes camarades de classe, que je ne citerais pas, a cru que je lisais un roman, je vous fais un résumé (je ne peut pas appeler ca un synopsis).

L'affaire des poisons de Jean-Christian Petitfils

1679, nous sommes en plein faste du règne du roi Louis XIV. Mais sous les belles parures et les beaux châteaux, éclate une affaire policière aux ramifications effarantes. On découvre un commerce de poisons (de poudres de successions) mais aussi d’ensorcellement, de messes noires (ces messes à l’envers pratiquées sur le corps nu d’une femme), d’avortements, de sacrifices humains, bref, la totale. Les accusés sont en premier lieu des personnes du peuple, mais bientot elles citent les noms qui fâchent. Notamment celui de Mme de Montespan la maitresse en titre du roi.

Le roman se partage en deux parties (enfin, trois si on compte les annexes). La première est une exposition de l’affaire, de manière plutôt chronologique, la deuxième partie fait la part belle aux analyses et aux thèses soutenues dans le milieu historique.

La première partie ne m’a pas appris énormément de choses, étant donné que je me suis intéressée depuis longtemps à cette affaire et que je la connaissais plutôt bien. Elle est en tout cas exposée de manière simple et compréhensive. Si vous ne connaissez pas, c’est la manière idéale d’aborder cette trouble période historique. Il faut dire que l’affaire dura trois bonnes années et créa un climat de suspicion dans le royaume.

Le récit est parsemé d’extrait de sources d’époques, et l’auteur expose les faits tout en émettant les réserves qu’il faut. On sent l’importance de l’affaire monter petit a petit, passant de simple affaire d’empoisonnement à affaire d’État. Les différents protagonistes de l’histoire sont présentés a leur tour, leurs origines. On notera notamment le rôle important de La Reynie le premier des inspecteurs de police si on peut dire. Obstiné et pas dupe, le monsieur a laissé de nombreuses sources permettant aux historiens aujourd’hui de reconstituer correctement le déroulement de laffaire des Poisons.

L'affaire des poisons - Mme de Montespan

Mme de Montespan

Cette affaire mets aussi en exergue les us et coutume de l’époque. Si vous ne connaissez pas bien l’époque, nul doute que vous apprendrez des éléments intéressants sur cette époque historique. Le livre est accessible à tous, que vous soyez novice ou que vous ayez déjà une culture dans l’affaire, personne ne sera lésé. Il est évidemment passionnant de voir les trafics qui se déroulaient mais aussi les machinations et l’imagination des gens de l’époque, certes très chrétiens mais un christianisme somme toute très proche du paganisme.

L’auteur s’intéresse ensuite de manière objective à l’affaire. Il relève les erreurs qui ont rendu cette affaire si difficile à éclaircir, notamment la disparition prématurée d’une accusée d’importance, la Voisin. Entre cela, le fait que La Reynie soit passé à coté de certains éléments toute la lumière ne fut pas faite à l’époque, et la relecture par les historiens de notre siècle (ou de celui d’avant d’ailleurs) ont permis d’innocenter quelques personnes.L'affaire des poisons de Jean-Christian Petitfils

L’auteur reprend des thèses soutenues par des confrères, notamment certains défenseurs de la Montespan, il les analyse, et montre quels points sont faibles et quels points sont en effet fort troublants. Ceci dit, il ne statue pas, c’est à nous de faire notre opinion si on le veut. Il avance dans le tout dernier chapitre, après être revenu sur la mort de Mlle de Fontanges, une hypothèse plausible selon lui qui expliquerait plusieurs zones d’ombres. J’ai trouvé cette partie absolument passionnante. L’auteur fait preuve de recul et a fait un travail titanesque pour retrouver des notes parfois bien antérieures à l’affaire des poisons elle même.

On notera à la fin aussi une chronologie bien utile pour se repérer entre toutes ses dates, ainsi qu’une rapide biographie des personnages impliqués dans l’affaire, ainsi que de nombreuses notes et une bibliographie complète.

J’ai trouvé cette lecture tout a fait palpitante et la fin absolument passionnante. Petitfils rend palpitante cette enquête et ses parts d’ombres. Il a un style agréable et neutre comme il se doit dans ce genre de livres. Je vous le conseille que vous connaissiez ou non cette affaire. Je me procurerais peut être son ouvrage sur l’assassinat de Henri IV, qui ce coup ci est une affaire que je ne connais que partiellement.