Design Your Universe de Epica

Serafina dans Critiques, Musique le 11 novembre 2009, avec 13 commentaires
Critiques

Un nouvel Epica, c’est toujours un petit événement. Le groupe est un de mes groupes favoris, et en 5 ans, ils ne m’ont encore jamais déçus. Bon, un peu avec The Classical Conspiracy, mais rien de grave. Je ne vous ferais pas l’affront de vous les représenter et au pire, il y a une petite présentation dans mon article sur leur Classical Conspiracy. Alors du coup Design Your Universe était un album que j’attendais énormément. Je tiens à préciser que faire une critique d’un album comme celui ci, n’est pas chose aisée. Je ne vois pas de raison de vous faire un article titre par titre, mais cela dit, ça risque d’être un peu fouillis, malheureusement. Pardon.

Au premier coup d’œil je n’aime pas le titre, mais bon. Unleashed le single dont on vous avait parlé était déjà connu depuis quelques semaines. Qu’est ce que Design Your Universe allait nous révéler tout au long de ses 13 morceaux? Epica allait il suivre la voie de Nightwish ou Within Temptation en virant au pop ennuyeux ?

Design Your Universe, Epica

Eh, bien, dès le départ, la réponse est nette : non.  L’intro met dès le début dans le bain, Epica restera Epica. Et le groupe prend même la tendance à contre-pied. Il a récemment intégré deux membres du groupe de Death God Dethroned (un à la guitare et l’autre à la batterie) et cela se ressent. La batterie est plus agressive, et les guitares plus incisives. On note aussi la présence de plusieurs solos de guitare, ce qui est plutôt nouveau car ils n’en avait fait qu’une seule fois auparavant. Ce coté plus Métal se ressent aussi par la place des grunts de Mark Jansen. Plus de grunts, j’ai eu même l’impression que c’était vraiment du 50/50 avec la voix claire de Simone Simons, voir parfois moins en faveur des grunts. Je sais que cela a quelque peu divisé les fans, mais personnellement, j’aime, et je trouve que cela correspond tout à fait à leur musique.

Epica ne se base plus seulement sur le coté Metal Symphonique comme cela a pu être le cas dans les débuts. Les orchestrations sont toujours là, mais moins mises en avant, on a plus un réel équilibre entre les deux.  Cependant, ce léger a apparemment contrarié une partie des fans. Il faut dire qu’une certaine partie d’entre eux n’écoutent dans le Métal que Within Temptation, Delain, Nightwish et autres groupes à chanteuses. Je ne crache pas dessus, car j’aime aussi une bonne partie de ces groupes. Ceci dit, vu comme les derniers albums des sus-cités groupes sont plus proches d’un Evanescence que d’autre chose, je comprends que le changement puisse faire partir des fans qui trouveraient ça trop violent. Bon, nous ce n’est pas notre cas, c’est Epica, pas Amon Amarth quand même…

Design Your Universe, EpicaL’autre progression la plus visible c’est celle de leur chanteuse. Elle utilise beaucoup plus sa voix, la module plus. On l’entendra donc chanter assez bas, tout en alternant avec une voix lyrique de toute beauté. Simone a énormément évolué. Certes elle n’aura peut être jamais la puissance d’une Floor Jansen, mais elle montre dans cet album le potentiel qu’elle a, et pour moi c’est la plus belle voix du Métal (quoique, à égalité avec Sharon de Within Temptation). Seul bémol, est ce qu’elle arrivera à chanter ses parties basses correctement en live? La ballade Tides of Time est clairement faite pour la mettre en avant, et les aiguës sont très beaux. Bon, à coté de cela, je trouve la ballade un peu molle, trop sirupeuse, mais les montées de Simone le compensent largement.

Les lignes vocales en elles mêmes sont beaucoup plus originales, et variées. Du début de Martyr of the Free World, à Burn to a Cinder, on peut voir un réel travail sur la diversité des lignes. Mais il n’y a pas que celles ci qui sont variées. Niveau construction des morceaux, ils s’en sont donnés à cœur joie. L’exemple le plus frappant étant Kindgdom of Heaven, une pièce de 13 minutes, où tout y passe. De l’extrême, de la ballade, des chœurs, c’est un joyeux melting pot, encore plus qu’un Consign to Oblivion. Le morceau est complexe et nécessitera sans doute plusieurs écoutes pour le comprendre dans son ensemble.

L’album a un bon équilibre au niveau des morceaux, et ne comporte qu’un seul réel point noir : White Waters. Une ballade, sirupeuse en duo avec Tony Kakko de Sonata Arctica. Alors il faudra m’expliquer pourquoi faire un duo avec un chanteur de Power Métal sur une ballade. Surtout que les ballades d’Epica n’arrivent généralement pas à la cheville de celles de Sonata. La chanson est plate et mièvre. Bref je m’en serais passée.

Si le groupe conserve ses éléments phares, comme à chaque album, ils introduisent des éléments plus traditionnels, comme ici des chants bouddhistes sur Kingdom of Heaven. De même les chœurs sont beaucoup plus masculins qu’auparavant. On notera même des chants grégoriens.

Promo Design Your Universe Epica

Une petite note sur le CD et son book, qui sont de très bonne facture... Du moment que l'on ne remarque pas les mauvais montages Photoshop :)

Le ton de l’album en lui même est très proche de Consign to Oblivion. On retrouve le coté « bombastic » propre à Epica, les thèmes Mayas et de la fin du monde. Il faut aussi compter trois morceaux qui font partie de la suite A new age Dawns, commencée dans Consign. Les paroles écrites par Mark Jansen sont toujours aussi bien et très engagées. En effet l’album est -une fois de plus- un peu centré sur la dérive de notre monde et les excès divers. Design Your Universe, le morceau titre, sur certains couplets fait même carrément penser à CtO -le morceau titre là aussi, vous suivez ?. Cependant, Simone a écrit quelques morceaux et certains sont absolument superbes. Je pense notamment à Our Destiny, qui est sans conteste mon morceau favori de l’album. Pour les fans de vampires, sachez que le morceau Burn to a Cinder est inspiré par Entretien avec un Vampire de Anne Rice.

Avec cet album, Epica signe sans doute ce qui est leur meilleure galette objectivement parlant. Moi pour des raisons plutôt sentimentales, je préférerais toujours Consign to Oblivion. Equilibré, original, ne se contentant pas des acquis ce disque est clairement celui qu’il faut écouter. Certains morceaux devraient même pouvoir convaincre ceux qui trouvent le Métal à chanteuse trop mielleux.


Il suffit de regarder notre superbe graphe de tag pour le constater: ici on aime beaucoup les vampires. Alors quoi de plus normal que de s’intéresser aux éditions du Petit Caveau ? Pour ce qui ne suivent pas, c’est eux qui ont édité trois de nos dernières critiques à ce sujet: Le Mauve Empire, De Notre Sang et Le Manoir des Immortels. Ce dernier est écrit par Ambre Dubois, qui est entre autres à l’origine de la petite maison d’édition. Nous avons donc pris notre courage à deux mains pour lui poser quelques petites questions sur son travail et sa passion !

Les Editions Du Petit Caveau

Bonjour Ambre, pourrais tu te présenter à nos lecteurs ? Et présenter les éditions du Petit Caveau par là même.

Bonjour à toute l’équipe et à tous les lecteurs du site. Je suis une petite scribouilleuse de papier fanatique des histoires de vampires. Cette folle passion m’a poussée vers l’écriture (Le manoir des immortels) ainsi que vers l’édition par la création des éditions du Petit Caveau. Le Petit Caveau est une association qui est officiellement née en juin 2008 mais son premier titre n’est paru qu’en juin 2009, nous laissant le temps de mettre la machine en route. Notre ligne éditoriale est simple: du vampire, du vampire, du vampire et accessoirement un peu de littérature fantastique.


Les éditions du Petit Caveau est une nouvelle maison d’édition, c’était un projet de longue date ? Qu’est ce qui t’as poussée à te lancer dans l’édition ?

Editions du Petit Caveau

Le projet date de nombreuses années, surtout de cette époque qui voyait peu de titres vampiriques paraître dans les rayons des librairies, bien avant les collections Milady ou Bragelonne.

Ce qui n’était qu’une très vague idée a pris le temps de mûrir. Au fil de rencontres, d’échanges de passions, l’idée semblait prendre vigueur et le rêve s’est peu à peu transformer en « pourquoi pas ».

Entretemps, Internet est devenu un outil quotidien qu’il offre un formidable outil aux petites maisons d’édition, une jolie vitrine qui nous permet de toucher plus facilement le public et de rester en contact avec toute la francophonie!

(suite…)


Je vous ai parlé il y a quelques temps de Frère Ewen, le premier tome de la Fraternité du Panca, une série en cours d’écriture par Pierre Bordage. Je vous avais dit à quel point ce Space Opera qui n’a rien de la Science Fiction habituelle m’avait plu. C’est donc avec entrain que j’ai dévoré Soeur Ynolde, le deuxième tome de cette série qui a finalement bien plus de points communs avec la Fantasy. Je ne vous avais pas convaincu ? Bon, bah c’est reparti pour un tour alors. Synopsis.

Soeur Ynolde, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage

Peu après avoir intégré la Fraternité du Panca, soeur Ynold a entendu son appel. Celui qui passe par la voix des anges et qui permet ainsi à ses supérieurs de contacter tous les membres, où qu’ils soient dans la galaxie, et de façon instantanée. La voix est limpide mais mystérieuse: Ynold doit se mettre en route, et aider deux de ses frères à constituer une chaîne Pancavique. De son côté Silf lui, est apprenti assassin. Et cela fait maintenant plusieurs années qu’il attend, impatiemment, qu’on lui confit sa première mission, cette mission qui montrera enfin que son école lui fait confiance et que sa formation est terminée. Heureusement, cette dernière arrive, et c’est la plus importantes des missions que son école puisse lui confier : assassiner le second frère et ainsi briser la chaine Pancavique qui menace tous les êtres humains.

Comme vous avez dû le remarquer, ce deuxième tome s’axe comme le premier sur le suivi de deux personnages différents, de façon alternée. Ainsi, on va pouvoir lire un chapitre concernant Sœur Ynolde, puis un concernant Silf. A une différence près et notable : on sait déjà que les deux vont finir par se rencontrer, mais surtout, on sait que seul l’un des deux pourra achever son objectif. Nous allons ainsi suivre leur parcourt à travers la galaxie et les voir partir d’endroits si éloignés pour finir par se croiser et faire monter la pression pendant les cent-cinquante dernières pages.

Soeur Ynolde, La Fraternité du Panca, de Pierre BordageLe premier tome, Frère Ewen, était une hymne au voyage et à la découverte, et pour cause, puisque c’était un voyage de plus de quatre-vingt ans que nous proposait Pierre Bordage. Cette fois ci, le tome est beaucoup plus centré sur l’action et sur les menaces qui pèsent sur la cause d’Ynolde. Comme je l’ai dit dans le résumé, les deux protagonistes, et je dirais même, les deux forces qui se combattent sont ici convaincues de la même chose : œuvrer pour le bien de la vie et contre le mal.

C’est ainsi qu’on va voir à de nombreuses reprises un assassin qui ne lâche pas prise, parce qu’il est convaincu qu’Ynolde souhaite anéantir l’espèce vivante, tandis que cette dernière est convaincue du contraire. Intéressant finalement, puisque comme notre ami Lestat le dit, « le mal est une question de point de vue ». J’avais beaucoup aimé le personnage d’Ewen, et je dois avouer qu’Ynolde n’est pas aussi attachante que ce dernier. J’ai trouvé ses chapitres moins intéressants, et certains, d’un niveau un peu en deçà, m’ont un peu laissé de marbre, je dois le dire. Par contre, Silf est tout simplement un personnage très agréable à suivre.

Là encore, Pierre Bordage utilise des ficelles de narrations différentes et variées. Nous avons bien entendu toujours droit à notre introduction de chapitre faite par des articles d’encyclopédie, mais en plus, notamment du côté de Silf, l’évolution et le parcourt du héros n’est pas toujours comptée par « lui-même » mais aussi parfois par un personnage secondaire, que nous découvrirons rapidement, le temps d’un chapitre, et qui parlera avant tout de Silf. C’est là une ficelle que j’ai pu notamment voir à l’œuvre dans Alexandre le Grand et les Aigles de Rome et qui permet de rendre un personnage très charismatique, sans en casser le charme.

La Fraternité du Panca de Pierre Bordage

Les passages sur Silf sont donc excellents et comblent sans aucun mal les petits ralentissements de l’aventure de la sœur. A ceci il faut ajouter, en plus de l’imagination débordante et envoutante de l’écrivain, que la fin est tout simplement géniale. Une montée en puissance pour un dénouement excellent, prenant, haletant, et qui met les larmes aux yeux. On est bien loin de la fin, un peu trop rapide, de Frère Ewen.

Bref, me voilà désormais dans l’attente du troisième tome, qui s’appelle Frère Kalvin, et qui sortira début 2010 aux éditions L’Atalante. Encore une fois, je ne peux que vous conseiller cette superbe série française qui, je le rappelle, si elle est classée en Science Fiction, ravira tous les amateurs d’imaginaire, qu’ils aiment ou non les voyages dans l’espace !


Le Secret du Vampire est le premier tome de la série Night World de L. J. Smith. Ce nom ne doit pas vous être inconnu, car c’est l’auteur de la série de livres Le journal d’un Vampire dont a été tiré une série télé nommée Vampire Diaries. Bon, vu comme la série télévisée ne nous a mais alors pas du tout emballé, je dois dire que quand j’ai reçu ce tome dans ma boite aux lettres, j’avais de gros aprioris. Entre la belle couverture, le fait que cela soit écrit par L. J. Smith (dont je n’ai rien lu, d’ailleurs: ce sont des aprioris sans aucun fondement), je me suis dit que ça allait être aussi mauvais que Twilight. Il faut cependant préciser que le livre est sorti en 1996 soit bien avant la série de Stephenie Meyer. Mais le synopsis n’aide pas trop…

Le Secret du Vampire, Night World Tome 1, L.J. Smith

Poppy vient de finir sa première au lycée. Elle vit une vie tout ce qu’il y a de plus normale, tout en étant secrètement amoureuse de James, son meilleur ami. Normale, jusqu’à ce que suite à un douloureux mal de ventre, elle passe des examens et apprenne la terrible nouvelle : elle a un cancer du pancréas, au dernier stade. Il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre tout au plus. C’est là que James lui révèle son lourd secret et lui propose de la sauver.

Alors ? Allais-je lire un énième navet ou tomber sur la perle ? Avant d’y répondre, je vais d’abord insisté que le livre est tout simplement superbe. La couverture est simple mais efficace, et surtout, la police, le travail de mise en page, tout est génial à ce niveau. On a vraiment l’impression de tenir entre ses mains un petit bijoux. Maintenant je vais répondre à ma question: il semblerait que cela soit la deuxième solution, car j’ai littéralement dévoré le livre. Il fait bien trois cents pages, mais étant écrit assez gros, il ne m’a tenu qu’une soirée tellement je ne voulais pas le lâcher et connaître à tout prix la fin.

Le Secret du Vampire, Night World Tome 1, L.J. SmithDéjà, le sujet n’est pas léger, loin de là.  La maladie de Poppy occupe une bonne partie du livre. Ce n’est pas drôle, bien que Poppy prenne plutôt bien les choses. Le thème est horriblement touchant, car je pense qu’on a tous connu des proches qui ont du faire face à cette maladie. Il n’est donc pas difficile d’entrer dans l’histoire. Comme le livre est avant tout destiné aux adolescents, les termes sont simplifiés, mais l’important est bien expliqué et permet de traiter d’un sujet de société sans tabou.

Vous avez sans doute deviné au titre du tome quel est le secret de James. Il faut dire que le livre ne joue pas forcément sur la surprise. L’auteur commence son livre très directement, je cite : En ce premier jour des vacances d’été, Poppy apprit qu’elle allait mourir. Ça, c’est fait. Le livre ne fonctionne pas au suspense, on devine très vite la fin, mais on continue à se demander comment est ce que cela peut se passer ?.

Et au final ça marche, car j’ai trouvé le livre très addictif. L’histoire est certes simpliste mais on est rapidement happé par l’histoire de Poppy et son ami. Je pense que c’est soit on accroche et on adore, soit on s’ennuie ferme. Moi j’ai vraiment accroché. On suit avec intérêt ce qui arrive aux protagonistes, et quelque part, on voudrait que cela soit vrai. Le roman est probablement plutôt destiné au public ado féminin, mais je pense qu’il est tout à fait lisible par des personnes plus âgées et ou de sexe masculin, car il n’est pas réellement dégoulinant.

Le Secret du Vampire, Night World Tome 1, L.J. Smith

La couverture anglaise

Ceux qui ont lu Vampire Diaries (ou vu) pourront repérer quelques éléments assez propres à Smith. Tout d’abord sa vision des vampires est la même apparemment, elle est restée assez cohérente avec elle même. On a quand même là encore droit au vampire canderel, c’est à dire, gentillet, qui sort le jour. Mais bon, il est quand même loin de la niaiserie d’un certain Cullen. On retrouve aussi le principe du vilain cousin/frère qui rappelle beaucoup Damon de Vampire Diaries. Le nightworld n’est pas encore très bien expliqué, on l’aperçoit tout juste. On aperçoit quelques autres races, ainsi qu’une apparente hiérarchie, mais le monde n’est pas du tout le centre de l’histoire. C’est avant tout nos héros. Cependant, je pense qu’on va en apprendre plus dans les autres tomes

Au final, un tome très sympathique, intense, une bonne introduction à une série qui comporte neuf tomes en version originale. Les personnages sont attachants, et l’histoire est sans tabou. Une très bonne surprise en fait, qui m’a donné envie de lire Le journal d’un Vampire, car du coup j’ai une bien meilleure opinion de l’auteur.


Brasyl de Ian McDonald

dabYo dans Critiques, Livres le 2 novembre 2009, avec 3 commentaires
Critiques

Brasyl est un livre de Science Fiction écrit par Ian McDonald et qui vient tout juste d’être édité par Bragelonne en France. Il est comme son nom l’indique centré pendant près de quatre cents pages sur un pays bien lointain, que nous autres européens méconnaissons la plupart du temps : le Brésil. C’est donc aussi pour nous faire découvrir cette contrée que l’auteur irlandais a décidé d’y construire son récit qui va nous mener dans plusieurs époques à la fois. Il est temps d’en parler plus en avant, bien qu’il soit difficile de décrire avec détails trois histoires sans faire de longueurs pour autant. Synopsis.

Brasyl de McDonald Ian

Brasyl est un récit qui se déroule donc sur trois des différentes époques du pays, pour lesquelles on va à chaque fois suivre un personnage. Le Père Quinn est un admoniteur Jésuite fraîchement débarqué, et en mission dans le nouveau monde de 1732 qu’est le Brésil. Il doit remettre sur le droit chemin un autre Jésuite qui semble s’être bel et bien détourné de la voie sainte. De son côté, Marcelina est une productrice d’émissions de télévision au Brésil de notre époque, plus ou moins 2006, avec tout ce qu’il contient aujourd’hui, et notamment la fracture sociale énorme. Les émissions trash, elle aime ça, et elle a trouvé un concept génial de téléréalité pour la prochaine coupe du monde de futebol. Mais pour cela, entre la coke et l’exhibitionnisme, elle doit tant bien que mal retrouver Barbosa, un ancien gardien de but de l’équipe nationale du pays qui a disparu de la circulation suite à un échec. Enfin, en 2032, à Sao Paulo, on retrouve un jeune entrepreneur qui a trouvé un bon filon pour s’extraire de la pauvreté : les joueuses de futebol siliconées en bikini. Sauf que voilà, à force de faire des rencontres pour le business et d’aider son petit frère qui a le bon chic de se foutre dans des situations pas possibles, il a fini par tomber amoureux d’une informaticienne-physicienne quantique.

Brasyl de McDonald Ian

Les éditions anglaises mettent moins en avant le côté futuriste, pour privilégier la découverte de l'Amazone

Faire un synopsis de ce livre est difficile, tout comme en parler. Il faut dire qu’il est tout d’abord très difficile à appréhender, car le style de l’auteur va droit au but sans se soucier d’introduire ses scènes. C’est même plutôt l’inverse, et il arrive souvent que la narration revienne en arrière sans prévenir, pour expliquer un paragraphe qu’on vient déjà de lire. Du coup, suivant les époques que l’on suit la compréhension est plus ou moins difficile, en fonction de la complexité et le nombre d’expressions, mots, propres. Je pense par exemple aux narrations du futur où il y a beaucoup de termes totalement inconnus puisque inventés. De même, en 2006, la tradition brésilienne est très forte et l’auteur, pour plus d’immersion, réutilise bien plus souvent les termes du pays que ce que l’on peut imaginer. Heureusement, le livre est doté d’un lexique à sa fin qui liste la plupart des termes inconnus, et leur donne une signification. La partie du passé est donc, finalement, celle qu’on appréhende le plus facilement, car on suit des européens qui vont au Brésil, ce qui les fait parler notre langue. Il n’y avait pas de technologie à l’époque, pas d’instruments dont on peut ignorer le réel sens. Il s’agit là des premières impressions de lecture, difficiles, mais qui permettent finalement assez rapidement de lire la suite.

Car je le dis tout de suite, certes difficile au début, le style de McDonald est tout bonnement excellent. Contrairement à son homologue de la mal-bouffe, il n’est pas lourd. Les trois ambiances sont parfaitement recrées, et bien qu’on puisse se demander au début ce que fait là un récit au passé dans de la Science Fiction, tout va petit à petit prendre son sens. Pourquoi trois récits ? Par quoi sont ils reliés ? Les clés des énigmes vont petit à petit être découvertes, et c’est vraiment plaisant. De même, les personnalités des protagonistes (plus ou moins six au total) sont très bien travaillées. Si elle est très vulgaire, trash, et j’en passe des bonnes et des pas mûres, Marcelina Hoffman est un personnage attendrissant. Plaisant. Son récit est celui qui m’a le plus plu, et de loin. L’un de mes personnages préférés, je ne saurais expliquer pour quoi. Un coup de cœur, tout simplement. Mais les autres ne sont pas en reste. A chaque fois les univers sont très bien détaillés, et celui du futur est tout à fait crédible. Oppressant serait le meilleur mot pour le décrire, et cette sensation est celle que l’on ressent dès les premiers instants.

Brasyl de Ian McDonaldBrasyl est un titre de Science Fiction qui porte bien son genre, car la science va y être exploitée dans chaque univers. Bien entendu, dans le futur, lorsque l’on découvre la physique quantique et tout ce petit monde, mais aussi dans le passé, en suivant un français de l’Académie de Paris, le docteur Falcon, pour qui la raison et la logique peuvent tout expliquer. Un duo plutôt original puisque son voyage sur l’Amazone va l’obliger à faire équipe avec un Père religieux. La clé de l’énigme du livre est bien entendu très scientifique, mais pas vraiment besoin d’avoir fait S pour la comprendre. Ce sont avant tout tes idées philosophiques que nous présente Ian McDonald, et sa vision de l’univers est tout à fait intéressante, avec, sous-jacente, une guerre entre deux côtés qui concerne tout l’univers, toutes les époques. Il est difficile de parler du livre sans spoiler la fin, malheureusement.

Le plaisir de lecture est en tout cas présent du début jusqu’à la fin, et en nous obligeant à alterner les époques de façon cyclique, l’auteur ne fait que nous donner envie de dévorer la suite pour que ce cliff-anger s’arrête. Car il faut bien le dire, il peut s’avérer parfois frustrant de laisser Marcelina, dont le récit va toujours à 100 à l’heure, pour repasser au père Quinn dont les aventures sont plus posées. Mais pas d’inquiétudes car à aucun moment l’un des personnages est ennuyant, et à aucun moment on n’a envie d’arrêter cette lecture. La sauce finit par monter sur les 200 dernières pages, quand les mystères se délient, pour finir par tout comprendre.

Une lecture que je ne peux que recommander à tout amateur de Science Fiction, de voyage, d’action, de récit à 100 à l’heure, et de découvertes bien entendu. A noter que le livre a été nominé pour le prix Hugo et le prix Lotus en 2008.


Dracula l’Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt

Serafina dans Critiques, Livres le 1 novembre 2009, avec 29 commentaires
Critiques

Vous n’avez pas pu passer à coté du phénomène Dracula l’Immortel. Ce livre est sorti le 15 octobre de manière simultanée dans tous les pays, une initiative assez rare pour être notée. Il s’agit d’une suite du célèbre chef d’œuvre de Bram Stoker, l’une des œuvres qui a fondé la mythologie vampirique avec Carmilla et Le Vampire. Et pas n’importe quel genre de suite : une suite officielle, approuvée par l’ensemble de la famille Stoker et écrite par un arrière petit neveu de l’auteur, Dacre Stoker, avec l’aide de Ian Holt, un scénariste spécialiste de Dracula. On peut supposer qu’il s’agirait la d’un gage de qualité… Mais ça ne suffit pas a ôter de la bouche le goût très intéressé de cette suite. La littérature vampirique est en plein boom, grâce en grande partie à Twilight. Et au vu de la campagne marketing énorme déployée autour de cet ouvrage, on se doute bien que ce n’est pas que pour honorer la mémoire de papy Bram.

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian Holt

Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuée, alors j’ai évidemment lu le bouquin. Et je m’apprête à en écrire la chronique, mais avant cela je dois vous prévenir. Je ne peux pas le faire sans spoiler l’histoire de Dracula. Je doute qu’elle vous soit inconnue vu le nombre d’adaptation, et le fait que son histoire soit limite tombée dans la culture populaire, mais je préfère prévenir… Sachez cependant que si vous n’avez jamais lu le roman, cette suite se lit de manière totalement indépendante, vu que l’introduction est un résumé de l’histoire de Stoker. Bon, j’ai trouvé le résumé un peu télescopé, mais c’est mieux que rien. Bref, synopsis ?

1912, Paris. Le belle époque, pour être plus exacte. La bande d’intrépides qui a réussi à vaincre Dracula continue sa vie, mais aucun d’entre eux n’est resté le même, tous ont été marqués par leur aventure. A la suite de meurtres particulièrement affreux et mystérieux, ils vont, peu à peu, replonger dans l’horreur qu’ils ont combattu 25 ans plus tôt.

Ouais, c’est un peu court, mais bon, difficile de faire mieux sans spoiler. Alors au final, qu’est ce qu’il en sort ? Eh bien Dracula l’Immortel est l’exemple type du parfait blockbuster avec tout ce que cela comprend. Le livre regroupe tous les éléments qui font un Thriller qui se vend par milliers, avec un soupcon de vampire pour combler les fans de Twilight. Vous remarquerez que j’ai dit Thriller qui se vend et non bon Thriller.

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian HoltEn effet, on retrouve la tous les ingrédients qu’on peut attendre d’un thriller de nos jours : des meurtres affreux, du sexe sulfureux, des passages bien gores, des personnages dark-torturés, du mysticisme, des fausses pistes, une enquête policière, et évidemment un soupcon de révélations historiques. Oh la recette marche sans doute, mais niveau originalité, j’ai eu l’impression de lire L’Évangile selon Satan (ou n’importe quel titre du genre) avec le nom des personnages de Dracula. L’action est assez présente, et il y a suffisamment de cliffhanger pour tenir en haleine les amateurs. Mais en plus de ce manque d’originalité, il y a cette impression de trahison qui est difficile à expliquer.

Je m’explique. Le roman de Stoker est un roman écrit a l’époque victorienne, époque très puritaine. Le sexe y est seulement suggéré avec des métaphores. Cet érotisme sous-jacent fait partie des forces des romans de vampires de l’époque. Or là, on a du sexe cru, sulfureux (évidemment, on met quelques scènes lesbiennes…), on est à milles lieux du climat de Dracula, et quand on sait que Stoker pestait contre les écrivains qui parlaient de sexe crûment dans leurs livres…

Mais la sensation de voir l’œuvre de base trahie ne s’arrête pas là. Je précise, au cas ou vous ne l’auriez pas deviné, que je suis une fane de Dracula à la base, et que j’ai mes coté puriste, je le conçois. En effet, les auteurs avouent eux même dans leurs notes avoir voulu plaire au plus grand nombre. Ce qui fait que certains éléments qui sont devenus courants dans les films sur Dracula alors qu’ils n’étaient pas du tout comme cela dans le livre, ont été repris. C’est ainsi que les vampires brûlent au soleil (dans le livre, ils peuvent sortir au soleil), bon, ça c’est du détail. Mais on retrouve notamment la liaison amoureuse entre Mina et Dracula qui est présente dans le film de Coppola par exemple, on retrouve Dracula charmant et beau gosse (dans le livre original, il est décrit comme immonde) et quant à Mina, elle a gardé des séquelles de son baptême sanglant (contrairement au livre où elle a totalement guéri).

Dracula l'Immortel de Dacre Stoker et Ian HoltCes incohérences avec le récit permettront peut être de ne pas dépayser les amateurs de films, mais pour les amateurs du livre, c’est quand même de sacré changements ! Et bien sur je ne parle pas de Mina, parfaite cruche victorienne dans le roman (désolée, mais il n’y a pas d’autres mots), qui est devenue par on ne sait quel miracle, féministe, qui se travestissait en homme pour écrire, etc, bref, l’antithèse de la Mina du livre.

Je ne parle bien sur pas de la relecture du roman. Sans vous révéler trop de choses, imaginez qu’on écrive une suite à Harry Potter où on vous apprend que en fait, Dumbledore et Voldemort ce n’était qu’une seule et même personne. Non seulement vous avez l’impression de lire un mauvais délire de fan, mais en plus c’est pas cohérent du tout. Bon, bah il y a à peu près la même chose ici, qui vous laisse un sale goût.

D’un bout à l’autre le roman original est complètement dénaturé. Tout ce qui a pu être construit sur les personnages est totalement détruit, on serait dans une fic, j’emploierais le terme out of character, Dracula, Mina, Johnathan, ou même pire, Van Helsing n’ont absolument rien en commun avec les personnages de Stoker à part le nom. Alors je n’aurais aucun autre terme pour le qualifier que : Trahison. J’en viens à me demander comment cela a pu obtenir l’aval de la famille hormis avec la promesse des bénéfices et le fait que ce soit un descendant qui l’écrive. Quant à l’argument des notes de Stoker, il faut se rappeler qu’il ne s’agit pas du tout du même genre de notes qu’a pu laisser Tolkien par exemple. Ce dernier travaillait sur le Silmarillion et sur d’autres histoires, qu’il n’a juste pas eu le temps de finir, il y a donc un gros matériel à la base. Ici par contre, il n’a jamais été dit que Stoker travaillait sur une suite, il y a donc des brouillons de Dracula, quelques bribes, des versions primitives du texte. On y découvre des personnages qui ont été finalement éliminés. Ces derniers sont réintroduits, avec plus ou moins de bonheur, on pensera à Kate Reed, qui ne sert absolument à rien, à part à découvrir un cadavre et qui disparaît au bout d’un paragraphe.

Dracula The Un-Dead de Dacre Stoker et Ian Holt

S'il y a bien quelque chose que l'on ne pourra enlever au livre, c'est sa superbe couverture (ici la version anglophone, même angle, mais bien moins belle) ainsi que la qualité de l'ouvrage: très bon papier, police jolie, très beaux agencements des textes, présence de scans des notes de Bram Stoker, etc...

Alors certes, je n’ai qu’à oublier le roman de Stoker, et prendre le livre comme indépendant, et là peut-être que… Et encore, j’ai du mal avec les Thrillers qui utilisent tous la même recette. Malheureusement le style du roman est relativement plat, on regrette le style épistolaire du premier -ah, merde j’ai dit que j’oubliais le premier-. Il y a certes de nombreuses recherches historiques la derrière, et je ne le nie pas. En notera de nombreuses références au vrai Dracula, aux adaptations de Dracula, et un savant mélange d’éléments véritablement historiques qui permettent d’ancrer le récit dans son époque. Des éléments culturels sur le vrai Dracula, sur la Roumanie, ou sur d’autres personnages importants sont présents et donneront l’impression de se coucher moins bête.

Mais cela ne suffit clairement pas à compenser les lacunes et le saccage de l’oeuvre, n’ayons pas peur de le dire. Un roman qui plaira sans doute aux amateurs de Thrillers de base, mais qui va faire crisser des dents les fans de l’histoire de Stoker. Seul avantage, peut être que cela fera découvrir à certains le livre originel.