Old Boy de Park Chan-Wook

illman dans Critiques, Films le 30 novembre 2009, avec 4 commentaires
Critiques

Old Boy est un film du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook sorti en 2003, basé sur le manga éponyme de Minegishi Nobuaki et Tsuchiya Garon. Park Chan-wook est un habitué des bons films et il a d’ailleurs obtenu le Grand Prix du Jury 2004 à Cannes. Old Boy s’inscrit dans son triptyque sur la vengeance dont il est le deuxième volet. Il est précédé par Sympathy for Mr Vengeance qui fera sans doute l’objet d’une prochaine critique et suivi par Lady Vengeance. Synospsis ?

Old BOy de Park Chan-Wook

C’est l’histoire d’Oh Dae-su, un bon à rien alcoolique qui va se faire kidnapper le jour du 5ème anniversaire de sa fille. Il restera captif dans une petite chambre pendant 15 longues années avec pour seule compagne une télévision. Il est relâché un beau jour, à l’endroit où il avait été enlevé, s’ensuit alors une quête de vengeance et de vérité. Qui lui a fait ça et pourquoi ? Je m’arrêterai la, le spoil est mon ennemi

« Ris, tout le monde rira avec toi. Pleure, tu seras le seul à pleurer »

Une doctrine répétée bon nombres de fois et que notre anti-héros adoptera, souriant dans les pires moments. Moments qui m’ont aussi arraché des sourires. Oh Dae-su est un être que l’on peut détester au début mais qui finit par nous toucher par son empêtrement dans sa vengeance et sa quête désespérée de vérité. On découvre au fil de l’histoire une narration beaucoup plus complexe que celle à laquelle on s’attendait, explorant des facettes de l’humain, cruel et passionné.

« Je sais que je suis pire qu’une bête, pourtant, moi aussi, j’ai le droit de vivre »

Le désir de vengeance le fait plonger de plus en plus profond la haine faisant disparaitre peu à peu son humanité. Heureusement, il fera la rencontre d’une jeune femme qui sera son soutien morale.

La mise en scène est très dynamique découlant d’une tradition des films d’actions asiatiques avec une esthétique qui leur est propre. Évidemment, dur d’être objectif vu que j’adore ce film mais certaines scènes mériteraient d’atteindre le rang de scène culte. La plus marquante restera la scène de bagarre filmée en travelling latéral dans un couloir où Oh Dae-su se retrouvera face à une horde de Jo-pok (des yakuzas coréens). Choi Min sik, dans son interprétation sans concession du personnage montre encore une fois qu’il est un acteur majeur du cinéma coréen. Dans un autre registre, vous pourrez aussi le voir dans Ivre de femmes et de peinture.

Old Boy de Park Chan-Wook

Niveau bande son, le choix des musiques est très plaisant avec des moments d’envolée pour les scènes importantes (ça peut paraître anodin mais tellement de films se plantent sur cet aspect que je le souligne). Les musiques sont en majorité orchestrales et composées par quatre compositeurs coréens (sauf un morceau de Vivaldi).

Ce film catalyse pour moi tout ce qui fait le propre des films coréens, une pensée ou une réflexion philosophique gratinée d’un gros morceau de violence esthétique ou crue et parsemée d’érotisme. Park Chan-wook réalise un de ses meilleurs films à mon goût (bon en même temps je les trouve tous bien, ceux que j’ai vu en tout cas).

Ainsi s’achève ma première tentative de critique complètement vendue et j’espère vous avoir donné envie de voir ce film.


Le cadeau du froid de Velma Wallis

Serafina dans Critiques, Livres le 28 novembre 2009, avec 3 commentaires
Critiques

Le cadeau du froid est un conte venu tout droit de l’Alaska. Il est raconté par Velma Wallis qui est originaire du coin et qui descend de l’ethnie Gwich’in, une tribu Athabaskanne de l’Alaska. Elle nous rapporte ici un conte traditionnelle qu’elle a connu de par sa mère qui l’avait elle même connue par sa mère, etc… J’ai reçu ce livre via un partenariat organisé par les éditions JC Lattès via Livraddict. Le livre est très court, 175 pages pas plus, mais il est vraiment superbe. Une belle couverture bleue -qui a l’air violette quand il fait sombre- avec des flocons de neige glacés dessus. Mais si on s’intéressait au résumé ?

Le Cadeau du Froid de Velma Wallis

Nous sommes à l’époque où les tribus d’Alaska étaient encore nomades. La tribu subit une mauvaise passe : le froid et la disette règnent. Pour faire face à ce problème il faut prendre des mesures. L’une d’entre elle, généralement communément admise est une mesure qui peut nous sembler discutable, nous peuple sédentaire, mais qui pourtant est justifiée : il s’agit d’abandonner les personnes trop vieilles ou considérées comme… inutiles. C’est ainsi que deux femmes sont abandonnées : Sa et Ch’idzigyaak. Sauf que ces dernières ne sont peut être pas si inutiles que cela, en fait.

Je n’irai pas plus loin dans le résumé et de toute manière il n’y a pas réellement de surprises. Le suspens n’est pas un des éléments clé de ce livre, loin de là. Car c’est avant tout un aperçu de ces tribus nomades du cercle polaire, qui sont quand même relativement méconnues. L’auteur en est issue et cela ce sent, car elle connaît très bien le mode de vie (ou de survie) de cette ethnie. En effet, tous les actes sont précis, que cela soit la chasse, la pêche ou l’établissement du camp. On s’y croirait réellement, et le récit est vivant, les mots sont simples , du coup on s’immerge très vite. On ressent bien le froid et la lutte pour la survie.

Le Cadeau du Froid de Velma WallisCette précision (et j’ai faillit écrire accuracy, comme quoi l’informatique me fait mélanger les langues) est renforcée par la présence d’un petit dossier à la fin du roman qui explique les origines de cette ethnie, ce qu’elle est devenue et sa manière de vivre. Je regrette qu’il n’y en ai pas eu plus, car c’est réellement très intéressant. Il n’est pas fréquent d’avoir des histoires venant de cette partie du monde, et j’avoue que je n’en avais jamais lu jusque là. Mais j’ai apprécié cette ambiance enneigée, ces étendues immaculées, et je pense que j’essaierai d’en relire (si vous avez des idées d’ailleurs…).

En plus de cela, il faut bien le dire, l’histoire est très plaisante. Elle se lit très bien, et coule toute seule. Les chapitres sont ponctués de belles illustrations un peu style gravure qui contribuent au plaisir de livre (oui, la beauté d’une édition, ça compte). C’est un petit conte, donc un peu moralisateur évidemment, mais suffisamment ouvert. Tout n’est pas blanc ou noir. Ceci dit, il amène à réfléchir sur la place des anciens dans la société, que cela soit la notre ou celle des Athabaskans. Les deux vieilles dames, comme le dit le résumé, donnent une bonne leçon de vie, mais c’est aussi une histoire très personnelle sur la quête de la vie, sur le dépassement de soi, et sur l’honnêteté envers soi-même.

Ce conte est assez court, mais nous plonge aisément dans une ambiance très simple, très intime mais aussi très forte. C’est un livre agréable  à lire, reposant et surtout à lire à la bonne époque ! La simplicité et le coté universel de l’histoire en font un livre à conseiller à tous, quelque soit vos habitudes de lecture. C’est aussi un bon choix de cadeau pour Noël, pour l’histoire et pour l’emballage.


Il y’a des marques dont la mascotte perdure à travers les décénnies. Et étonnament, les ours sont pas mal représentés dans cette catégorie. On connait évidemment Cajoline, mais aussi Bob l’ours Bleu de Butagaz ,vous savez la marque des bidons de gaz qu’on met sous les vieilles cuisinières ? Non ? Mais si, vous devez en avoir vu. Donc, Bob c’est un ours, mascotte un peu idéale pour une marque qui produit de l’énergie et donc notamment du fuel et du gaz, ce qu’il faut pour se chauffer quoi. L’image de l’ours est doublement bien choisie, vu qu’il s’agit aussi d’une image rassurante, protectrice tout en étant joyeuse et pas du tout austère. Je pense que cela explique la durée de vie de cet ours. Imaginez, il fête ses 40 ans ! Ce n’est pas n’importe quelle mascotte qui pourrait s’en targuer !

A l’occasion de l’anniversaire de Bob , Butagaz convie les internautes à une fête donnée en son honneur. Et contrairement aux habitudes, c’est lui qui distribue des cadeaux, pour ceux qui auront bien joué. En effet Bob organise 4 mini-jeux pour divertir ses invités : Rattrapez des saucisses (oui, oui, ici ca nous a fait tripper), jouez a tappe-taupe (enfin, tappe-bob) visez des cibles ou encore, collectez des bouteilles viseo !

Et le gagnant il a quoi, me direz vous ? Eh bien Bob et butagaz lui offrent un an d’energie. C’est à dire que toutes ses dépenses énergétiques (fuel, essence, gaz…) seront prises en charge à hauteur de 4000€ par mois. Et pour les 200 suivant, eh bien vous aurez une peluche de Bob. Au moins, on peut dire que le premier prix est pratique et utile surtout dans cette période de crise !
Bon jeu ;p.

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Black Buttler, Tome 1, de Yana Toboso

Serafina dans Critiques, Livres, Manga le 26 novembre 2009, avec 13 commentaires
Critiques

Black Buttler est un manga de Yana Toboso appelé Kuroshitsuji en VO. 7 volumes sont parus au japon depuis Fevrier 2007, et Kana vient tout juste d’éditer le premier tome, à grand renfort de pub. J’avais lu le feuillet publicitaire avec les premières pages, et j’avais été pas mal conquise donc, quand il est sorti, je n’ai pas tardé à le lire. Il est à noter que le manga est classé en Shonen mais, nous y reviendrons plus tard, ce classement ne doit pas vous bloquer. Pour l’instant c’est autant du Shonen que God Child, donc, c’est pas du Naruto hein. Synopsis ?

Kuroshitsuji, Black Buttler de Yana Toboso

En Angleterre, à l’époque victorienne, le conte Ciel Phantomhive, 12 ans, est l’unique héritier d’une noble famille. Il vit dans un manoir avec des domestiques, dont son majordome Sebastian. Autour de ce dernier gravitent d’autres personnages, plutôt secondaires: un jardinier, un cuistot et une bonne. Sauf que Sebastian est un majordome un peu… particulier.

Il est difficile de vous en dire plus sans spoiler. Parce que ce premier tome est basiquement une introduction, comme c’est souvent le cas dans les mangas. Il ne regroupe que 3 ou 4 chapitres. Au cours de ceux ci, on nous présente rapidement la situation, et les personnages qui vont être amenés à agir, à travers de petites histoires one shot, c’est à dire, sans lien les unes avec les autres.

Kuroshitsuji, Black Buttler de Yana TobosoLa première chose qui marque, évidemment, c’est le dessin. C’est en tout point superbe. Les noirs sont ultra-maîtrises, les visages sont beaux, les décors (et les gâteaux, miam) sont juste parfaits, vraiment il n’y a rien à redire. Les scènes sont dynamiques, l’auteur inclut de nombreux SD, quant aux phases de combat, car il y en a, elles sont dynamiques, les perspectives sont poussées, et l’action est très bien retranscrite. Bref, il n’y a rien à redire, en dessin, Black Buttler c’est du très haut niveau. Il manque peut être ce petit quelque chose qui rendra le style de l’auteur absolument impossible à confondre, mais c’est vraiment chipoter.

Au niveau des personnages, je trouve pour l’instant Ciel très effacé, mais quelque chose me dit qu’il en cache pas mal. A voir avec la suite pour savoir si on aura droit à la caricature du mec dark-torturé. Sebastian est juste génial, classe, beau, efficace, bref, je l’adore. Les personnages secondaires, les domestiques, mettent pas mal de légèreté dans les situations, moi j’aime beaucoup le cuistot. J’ai pas mal ris de leurs bêtises et des efforts de Sebastian pour tout réparer. L’humour est en effet très présent, très grotesque avec les domestiques, plus cynique avec Sebastian. Ce dernier réussi même à avoir la classe en se battent avec une petite cuiller. (note de dabYo: la classe étant très relative)

Pour ce qui est de l’histoire en elle même, je suis un peu perplexe quand même… On a un petit goût de déjà vu. Je parlais de God Child tout en haut, et c’est difficile de ne pas faire la comparaison. L’ambiance est très noire, très gothique, comme dans God Child, l’époque est la même, le pays aussi, même Sebastian a un design très proche de Cain, on assiste à une forte relation entre un conte et son majordome …. Bref, pour ce premier tome, on a un peu l’impression d’être face à un plagiat éhonté.  La présence de la magie noire à la fin du tome ne fait que confirmer cette impression, mais cette fois, avec l’emprunt à d’autres mangas, Hellsing par exemple, A voir dans les prochains tomes…

Kuroshitsuji, Black Buttler de Yana Toboso

La dernière page du tome montre tout juste ce qui va être le principal plot de ce manga, donc du coup il est dur de réellement juger la série. En tout cas, je lirais le tome deux sans hésiter. A noter qu’un anime est sorti  en octobre 2008, qui a fait un tabac. Il ne passait pas un jour sans que sur deviantart je tombe sur un fanart. L’anime semble apparemment assez différent de l’histoire du manga à partir de quelques épisodes, donc, je compte aussi le regarder.


L’art de la mémoire est le deuxième tome de la série le Parlement des Fées de John Crowley. J’ai lu et chroniqué il y a peu le Tome 1, l’Orée du Bois, et c’est ainsi que j’ai directement enchaîné avec la suite. En effet comme ce n’est en fait qu’une seule et même histoire… coupée en deux parties. Nous retrouvons donc cette famille si particulière que sont les Drinkwater pour la conclusion de cette aventure. On suit majoritairement Auberon, le fils de Smocky.

L'art de la Mémoire, Le Parlement des Fées, de John Crowley

Premier constat, les allez-retours dans le passé sont terminés. L’histoire est majoritairement ancrée dans le présent, et tant mieux, ça fait moins mal à la tête. Cela n’empêchera évidemment pas l’auteur de balancer des ellipses sans nous prévenir, nous découvrirons au détour d’un paragraphe qu’en fait, on vient de rater deux ans. Mais dans l’ensemble c’est quand même moins chaotique qu’au début, en plus il y a un arbre généalogique au début du tome, ce qui aurait bien été utile dans le premier.

Nous rencontrons pas mal de nouveaux personnages tels que Ariel, Sylvie ou encore Russel. Le problème c’est que même une fois fini, je ne comprends absolument pas quel était leur intérêt pour la plupart. La palme revenant à Russel, je n’ai absolument pas la moindre idée du pourquoi du comment. De plus ces nouveaux personnages apportent de nouvelles intrigues au roman, ce qui rend encore plus difficile la compréhension. C’est quand même très dommage. On a encore une fois l’impression de se faire totalement balader tout au long du roman. Il y ‘a un moment où on arrête tout simplement de chercher à comprendre et on se laisse bercer.  Les retournements de situations et les révélations semblent généralement sortis de nulle part et on ne comprend pas pourquoi. Peut être que de toute manière il n’y a pas de réponse, mais j’ai quand même eu l’impression de passer à coté de certains éléments.

L'art de la Mémoire, Le Parlement des Fées, de John CrowleyLe style est encore une fois assez lent, assez calme. On a l’impression de voir à travers un rêve. Sauf peut être les passages centrés sur Ariel et Russels, qui feront les seules scènes d’action du livre. Pour le reste, le coté onirique de Edgewood -le nom de la forêt où se déroulent les événements- reste le même. Alors que d’un autre côté, pour la première fois nous avons le point de vue de personnages au cœur de la Cité, qui elle est évidemment crade, l’endroit de la déchéance, etc… Le livre semble ici avoir une portée écologique que je n’aurais pas soupçonnée au premier abord.

Le livre comporte des passages très intéressants techniquement parlant. Les techniques de narration, par non-dit sont recherchées et originales, on découvre aussi de très belles mises en abîme qui au final nous permettent de mieux comprendre l’histoire qu’on lit. L’auteur fait référence à de nombreux courants de pensées, un peu new age, où les invente, que cela soit le concept d’Acte, ou bien le principe de l’Art de la mémoire. L’auteur semble très calé, et son livre peut par moment atteindre une portée philosophique. Bon j’avoue ne pas avoir compris le concept d’Acte par contre…

Little, Big, John Crowley

Le problème, c’est que tout ça c’est bien beau, mais le lecteur lui, il s’ennuie quelque peu. Il commence par lutter. Les interrogations intrinsèques aux personnages finissent vite par lasser, surtout quand cela s’étend sur de nombreuses pages.  L’intrigue a du mal à nous tenir en haleine pendant les 400 pages que comporte le livre. On sent monter une tension au début de la troisième partie, mais elle retombe vite à cause des -trop- nombreuses longueurs. Quant à la fin, c’est un parfait effet soufflet, cela retombe très vite, on s’attend à quelque chose de grand, de gros, mais au final… Rien, le néant.

Le livre se finit donc sur une déception non dissimulée. Cela reste une lecture complexe, qui nécéssite sans doute plusieurs lectures avant de prétendre l’avoir réellement comprise. Cependant, au vu de cette première approche, je ne pense pas le relire un jour. Le livre typique à mettre dans la catégorie On accroche ou on accroche pas, en somme.


Le Costume du Mort de Joe Hill

dabYo dans Critiques, Livres le 22 novembre 2009, avec 5 commentaires
Critiques

Le Costume du Mort est un roman de Joe Hill écrit en 2007 et publié en langue originale sous le titre de Heart-Sharped Box, en référence au morceau du célèbre groupe de Grunge, Nirvana. Pour ceux qui ne le savent pas, Joe Hill est en fait un pseudo, car il n’est autre que l’un des fils de Stephen et Tabitha King. On s’en doute tout de suite, l’utilisation d’un pseudonyme est motivée par la volonté de ne devoir son succès qu’à sa propre plume. C’est donc pour cela que chaque critique doit grosso modo commencer par le rappel de qui il est… Bref, synopsis ?

Le Costume du Mort de Joe Hill

Judas Coyle est une star du Rock. Je dirai même plus, une star gothique, une sorte de Marilyn Manson pour adulte, dans la même lignée qu’un Trent Treznor. Et forcément, pour coller à son rôle, il se doit d’avoir des activités un peu darkinou. Du genre, collectionner des trucs morbides, ranger ses stylos dans un crâne humain, ou posséder un Snuff Movie des plus gore. Du coup, quand son agent voit une enchère pour acheter un costume hanté par un fantôme, Judas saute sur l’occasion pour agrandir sa collection. Sauf que voilà: le fantôme, il existe vraiment.

Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que le roman ne s’axe pas sur la découverte de l’état hanté du costume, mais sur la façon de se débarrasser de ce fantôme désagréable. Le costume est tout de suite intégré à l’histoire, dans les dix premières pages, et dès les premiers chapitres on peut découvrir que ce dernier est hanté. Pas de spoil donc, puisque l’axe de notre histoire sera tout différent. Une sorte de course poursuite entre le héros, Judas Coyne, sa petite amie, appelée Georgia, et le fantôme du costume. Une course poursuite qui va aller crescendo, bien entendu, dans une optique très haletante, très thriller.

Le Costume du Mort de Joe HillC’est presque comme si il était logique que le mot Thriller colle à la peau d’un des fils de Stephen King, bien que, honte à moi, je n’en ai jamais lu. Si son pseudonyme montrait que le fils voulait se démarquer de ses parents, on ne peut pas dire que niveau genres, il ait fait des efforts. Ceci dit, ce n’est pas le thème majeur du livre, puisque comme son père, il y aussi une énorme part de Fantastique dans cette œuvre. D’abord parce que le fantôme existe, bien entendu, et que ce dernier a une sorte de lien avec le monde réel, ce qui lui permet au grand dam des héros, de s’y impliquer. Ensuite parce que l’auteur admet que certaines pratiques occultes, et notamment le dialogue avec les morts, puissent exister. Et enfin, parce qu’il se dégage du livre une ambiance très malsaine, très inquiétante, qui m’a à de nombreuses reprises fait penser à un certain H.P. Lovecraft et son Affaire de Charles Dexter Ward.

Judas Coyne est un héros, enfin, un personnage principal, plutôt agréable à suivre et intéressant. On va bien entendu en apprendre petit à petit sur son passé, sa personnalité, ses faiblesses, ses craintes… Bref, on découvre le personnage et il reste très cohérent. Le fantôme n’est parfois presque qu’une excuse pour l’auteur, une excuse qui lui permet en quelque sorte d’étayer son personnage, de le rendre vivant, lui. Il y a très peu de personnages secondaires, on peut les compter sur la main, hormis bien entendu le fantôme, et une ou deux petites-amies.

Le Costume du Mort de Joe Hill

Si je comparais l’ambiance à Lovecraft, le style d’écriture de l’auteur, sa façon de narrer n’ont eux strictement rien à voir. La lecture est fluide, très aisée, et jamais trop détaillée. Les phases d’action que peuvent dans ce genre de roman amener rapidement à une incompréhension de la scène, sont bien écrites. De même, il est très agréable d’avoir un livre qui mêle la culture gothique de façon juste. La traduction a été soignée, et pour aider la compréhension des lecteurs, Valérie Rosier a intégré quelques notes, notamment pour situer les références concernant les groupes de musique.

Du coup, je ne vois pas vraiment de défaut à ce Costume du Mort. Ce n’est pas un livre qui vous marquera, mais la lecture est assez plaisante pour vous mener rapidement à la fin des quatre cents pages qu’il constitue. Un bon moment de lecture en somme.


Comme promis voici la suite de notre interview de Jean-Noël Chatain ! Pour ceux qui ont raté le début, il est encore temps d’aller lire les quatre premières questions que nous avions posées au traducteur, entre autres, de Dracula l’Immortel. Si nous nous sommes d’abord concentrés sur le côté administratif et organisationnel du traducteur, c’est désormais au temps, à la considération de son travail et aux goûts de Jean-Noël que nous allons nous intéresser. Bonne lecture !

Dracula l'Immortel, traduit par Jean-Noël Chatain

Ça te prend combien de temps de traduire un livre ?

Le temps… a big issueTime’s money, as they say ;-) Pour s’en sortir, le traducteur doit souvent faire chevaucher ses contrats… Ça pose évidemment des problèmes de planning, et parfois (ça m’est arrivé récemment), quand ça peut pas coller avec le programme d’un éditeur… que celui-ci ne peut pas décaler son bouquin… eh bien, je suis obligé de refuser la trad.

Grosso modo, pour un manus de 500 feuillets ne présentant pas de grosses difficultés… disons, entre 2 et 3 mois. Mais c’est sûr que ça dépend aussi du tarif au feuillet, de tes capacités à gérer ton temps, ton fric, tes loisirs, ton stress, etc…

HorlogePour ma part, je suis très lent au début… Surtout quand j’aborde un nouvel auteur, un nouveau registre, une nouvelle série, par exemple… Ou bien quand tu dois enchaîner sur un ouvrage totalement différent du précédent. Imagine-toi qu’après Dracula l’Immortel, je suis passé à Meilleures ennemies Tome 3… Deux univers qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre: d’une part, thriller/roman d’action vampirique se déroulant au début du XXe siècle et, d’autre part, chick-lit contemporaine pour ado. J’me suis octroyé une bonne semaine de battement, crois-moi, avant de me remettre dans le bain. Et c’était pas évident.

Et puis, au bout d’un moment, le rythme s’accélère et je trouve mon allure de croisière.

Je me rends compte de ma production le soir, au moment où je fais une 2e sauvegarde du texte sur clé USB, je vois le nombre d’octets en plus (quasiment le nombre de signes supplémentaires) sur le fichier, par rapport à la veille.

Donc, au début, je vais pondre à peine 8 000 signes, par exemple… puis 13-15 000… puis 25-30 000, voire davantage. C’est un peu comme quand tu lis, quand t’es à fond dans l’histoire… Bon, la fin, c’est aussi, parfois, comme les derniers km sur l’autoroute… t’en vois plus le bout, justement !

J’ai tendance aussi à travailler un peu trop le soir et la nuit… de même que les week-ends et jours fériés quand je suis charrette, et dans ce métier, on est souvent charrette ;-)

Toujours pareil, il y a des bouquins qui se traduisent plus facilement que d’autres, des textes qui demandent plus de recherche, d’adaptation, voire de rewriting. Le but, comme on dit, c’est que « le texte coule », et tu le sens en lisant une phrase, un dialogue à voix haute… si t’accroches sur un truc, si ça sonne faux, c’est qu’il faut couper, alléger, ou éventuellement préciser. T’es pas là pour faire du littéral, du mot à mot, ça serait indigeste à la lecture. L’anglais est parfois trop précis… et à d’autres moments, trop flou… donc, c’est à toi de moduler… d’éviter la surcharge d’adverbes en « ement », les verbes trop « plats » genre « avoir » et « être », privilégier l’imparfait ou le passé simple sur le plus-que-parfait. Bref, il faut A D A P T E R !

Si deux gamins discutent, je ne vais pas leur faire employer « nous », mais « on », surtout dans un texte contemporain. Idem s’il s’agit de deux flics, de deux potes, etc. En revanche, je vais éventuellement marquer la différence parents-enfants en privilégiant le « nous » pour les adultes et le « on » pour les gosses. Dans un texte contemporain, je bannis l’imparfait du subjonctif, ridicule et pompeux. Idem pour le conditionnel passé 2e forme. Même dans Dracula, on a évité la surenchère, ça devenait lourdingue par moments. Si un personnage rapporte une anecdote dans un dialogue, il ne va pas s’exprimer au passé simple, mais au passé composé : « Je suis allé au ciné, j’ai rencontré Machin, etc… »

Souvent, c’est une histoire d’oreille… Si ça sonne faux, ben c’est qu’il faut changer. Parfois, je peux aussi m’amuser avec les allitérations, les paronomases (les Anglo-Saxons en sont friands : « love it or leave it », par exemple. J’en ai glissé une dans Dracula, dont je n’étais pas peu fier… ([…] Mes bras sont au supplice et se languissent de t’enlacer. […] page 275). J’ai beaucoup moins de complexe à couper, à décoller du texte qu’il y a dix ou vingt ans (expérience oblige, j’imagine… ;-)

En général, mon « 1er jet » n’est pas trop mauvais… (ça fait un peu « j’me la pète », mais là aussi, avec l’expérience, on doit normalement moins réécrire et retravailler son texte.) Et quand je relis/corrige, ça va relativement vite. Donc, finalement, je rattrape le temps que j’ai perdu au début de la trad. Parce qu’à la fin, j’ai une vision d’ensemble du bouquin. Ça ne veut pas dire, bien sûr, qu’il n’y a pas des répétitions, des lourdeurs, des maladresses qui peuvent m’échapper. J’essaye de veiller au grain, évidemment. Mais nul n’est infaillible. Et puis faut bien laisser un peu de travail au correcteur… ;-)

Est-ce que tu trouves juste qu’on parle du style d’un auteur dans une critique, alors que ce dernier a été traduit ? Après tout, c’est plutôt les qualités du traducteur dont on parle finalement, non ?

La Nuit des Contrebandiers de Bruce AlexanderOn pourrait en discuter des heures… Ça me laisse toujours perplexe quand je lis une critique qui vante la langue, le style de tel ou tel auteur que j’ai traduit… surtout si c’est un auteur que j’apprécie… On parle de mon texte, en définitive, puisque l’original est écrit dans une langue étrangère. J’ai notamment éprouvé ce sentiment (mâtiné de frustration, on va dire…) en lisant dans le Monde un jour une excellente critique de la série de polars historiques XVIIIe de Bruce Alexander, que j’ai traduits chez 10-18. À l’époque, j’ai même été confronté au cant, l’argot des voleurs/malfrats de Covent Garden (ndlr : un quartier de Londres), que je devais donc adapter en trouvant des équivalents XVIIIe français…

Le paradoxe de mon métier, c’est précisément qu’on ne doit pas « sentir » la langue d’origine ; le lecteur doit avoir l’impression que ce qu’il lit a été écrit d’emblée en français.

Autrement dit, je dois m’effacer derrière l’œuvre d’origine étrangère tout en essayant de la restituer au mieux en français… On est pas loin du métier de nègre… qui se traduit d’ailleurs par ghostwriter (littéralement : écrivain fantôme) en anglais. ;-)

Aussi, lorsqu’un critique/journaliste affirme que tel ou tel ouvrage est bien ou mal traduit en français, le critique/journaliste l’a-t-il lu au préalable dans la version d’origine ?… Sur quoi se fonde-t-il pour établir son appréciation ? Veut-il simplement dire qu’il ne « sent pas la traduction » en lisant l’ouvrage ?…

Grosso modo, je crois pouvoir affirmer que la traduction, ça n’existe pas… il faudrait plutôt parler d’adaptation.

Parfois, il arrive que l’éditeur impose certains critères de lisibilité inhérents à son lectorat. C’est rare, mais ça peut arriver. En général, tu as carte blanche, mais bon… s’agissant de Harlequin ou du Reader’s Digest, par exemple, tu peux être amené à devoir traduire Shit! ou Crap! par : « Mince ! » ou « Flûte ! » ;-)

L’exemple-type d’adaptation est la série chick-lit pour adolescentes que je traduis chez Michel Lafon (Frenemies / Meilleures ennemies) ; c’est bourré de références américaines ciné, TV, musique, avec des tas de jeux de mots hystéro-déjantés, notamment de mots-valises, de néologismes plus ou moins inventés par l’auteur, des faits culturels typiquement US… Sans parler du blog que tiennent les deux héroïnes de la série, lequel vient s’intercaler de temps à autre entre deux chapitres, avec, bien entendu, des commentaires avec des pseudos et du langage SMS américain ! Et je passe sur les phénomènes de mode dans la langue « étasunienne » parlée plus ou moins branchée du genre übercomfy pour décrire un canapé hyper-confort(able), par exemple. Ou encore les OhmyGod! omniprésents, écrits tels quels, que je vais traduire par « J’hallucine ! », « L’horreur ! », « L’angoisse ! » selon le contexte. (ndlr: pas de panique, bientôt tu pourras écrire OhMyGod ;)

Meilleures Ennemis d'Alexia YoungInutile de préciser que je dois adapter à fond, en me mettant dans la peau d’une gamine de 13-14 ans, en vérifiant non-stop les références sur le Net, notamment pour la mode… en décollant au besoin carrément de la VO pour produire une VF qui tienne la route et puisse être lue par de jeunes ados françaises… C’est pas toujours évident, crois-moi. Mais, apparemment, ça marche bien… et même mieux de ce côté-ci de l’Atlantique… À tel point que l’auteure américaine Alexa Young est inondée de courrier de jeunes lectrices qui, parfois, font référence à des expressions que j’ai moi-même inventées, du coup ! Elle a d’ailleurs dû faire appel à mes services par e-mail pour que je lui traduise certains passages de courrier de lectrices, car elle n’a pas un niveau de français suffisant… et, bien entendu, les gamines lui écrivent en français !

Un jour, Elsa Lafon (fille de Michel, et jeune éditrice débordante d’enthousiasme et d’énergie) m’a dit que j’étais caméléon, car je pouvais aussi bien traduire (en l’occurrence chez Lafon) du polar classique, de la chick-lit ado, ou du roman sentimental.

C’était sans doute l’un des plus beaux compliments qu’un éditeur ait pu me faire… en bientôt 25 années dans cette profession… ;-)

Du coup, je peux en déduire que tu es en relation avec les auteurs que tu traduis ?

Oui, bien sûr que j’échange avec les auteurs que je traduis, grâce au Net.

J’ai rencontré Bruce Alexander il y a quelques années à Paris, avec lequel j’ai déjeuné, en compagnie de sa femme et de mon/notre éditrice. C’était vraiment un moment rare, magique. J’ai adoré le traduire ; c’était un monsieur plein de finesse, d’espièglerie, très humain, très simple… comme peuvent/savent l’être les Américains qui ne se la pètent pas intellos. Il était Chicagolien d’origine, mais vivait à Los Angeles. J’ai gardé le contact avec sa veuve, Judith, qui est musicienne classique. Elle m’avait même proposé d’achever en anglais le 11e épisode de la série, qui, du coup, a été publié aux States et en G-B à titre posthume (puisque Bruce est décédé en 2003). Elle pensait que j’étais le mieux placé pour le faire, alors que Bruce a été traduit dans d’autres langues que le français. Mais il trouvait que j’étais celui qui « rendait » le mieux son univers, son écriture, son style, etc. Et il avait eu de bons échos de lecteurs francophones. (Ça doit sembler très immodeste, mais je n’invente rien… Promis, juré, craché ! ;-)

Finalement, ça s’est pas fait, c’est un ami auteur à lui qui s’en est chargé. De toute façon, 10-18 a arrêté la publication de la série. Ce qui fait qu’il reste 3 tomes inédits en France de cette série de polars XVIIIe. De même que Bruce a écrit un roman sur la jeunesse de Shakespeare (dont j’ai le manuscrit), publié en anglais, mais toujours inédit en français. De toute manière, un traducteur n’est pas maître de l’arrêt d’une série ou d’une éventuelle réimpression. La partie négociation avec les agents littéraires anglo-saxons, les aspects pub, marketing, financier, etc. ne me concernent pas.

En général, les auteurs anglo-saxons sont ravis de pouvoir échanger par e-mail avec leur traducteur. J’ai déjà eu des échanges avec Tom Bale, James Twining (qui a vécu en France dans sa jeunesse et lit le français), Jennifer Rardin, Alexa Young, Stuart Kaminsky (disparu malheureusement le mois dernier), dont j’ai traduit trois tomes de son excellente série de polars avec l’anti-héros Lew Fonesca… et j’espère que Rivages qui l’édite en reprint va poursuivre la publication de la série (d’autant que l’éditeur d’origine n’existe plus). Je les ai déjà contactés, tu t’en doutes… ;-)

Peut-on transformer un mauvais style en un bon, en le traduisant ? Et inversement ?

On doit, si possible, gommer les répétitions, lourdeurs, incohérences, bizarreries, anachronismes, etc. du texte en VO quand on traduit. Et la VO peut parfois en contenir… un certain nombre… et l’on peut aussi malheureusement en laisser passer par inadvertance.

Heureusement, les relecteurs/correcteurs interviennent ensuite avec leur œil tout neuf sur le texte en VF, et peuvent rectifier le tir.

Nul n’est parfait, et l’on peut, bien sûr, mal rendre en français l’original, voire carrément le massacrer. Auquel cas, l’éditeur peut éventuellement faire appel à un rewriter.

Cela dit, histoire de filer une métaphore automobile assez parlante, disons… si l’on est à la base en présence d’une 2 CV… on ne peut pas toujours la transformer en Mercedes… et encore moins en Rolls Royce… ;-)

Je reste toutefois persuadé qu’on peut produire du roman populaire de qualité, à condition de respecter le lecteur. Pop-culture ne signifie pas forcément trash-culture.

Des tas de facteurs peuvent intervenir pour la réussite/l’échec d’une traduction :

  • bonnes ou mauvaises conditions de travail, délais plus ou moins courts pour la traduction (la fameuse « charrette », selon l’expression consacrée)
  • état physique/psychologique, problèmes perso du traducteur
  • relations entre le traducteur et l’éditeur/l’équipe éditoriale
  • traducteur mal à l’aise dans tel ou tel registre (« erreur de casting », en somme.)

Je suppose que c’est le cas et je l’espère, mais aimes-tu traduire ?

Bien sûr que j’aime traduire, peut-être tout simplement parce que j’aime écrire (syndrome typique de l’écrivain frustré qui doit sans doute sévir chez certains traducteurs ;-)

Évidemment, je mentirais en disant que certaines trads ne sont pas plus « alimentaires » que d’autres, mais, en général, lorsqu’on a de bons rapports avec ses éditeurs, on arrive à bosser dans ses domaines de prédilection.

En matière de polars/thrillers, par exemple, l’idéal, c’est de pouvoir « suivre » une série, y imprimer sa « patte », sans trahir l’auteur de la VO. (Traduttore Traditore…)

Tout le monde y trouve son compte: l’éditeur, le traducteur… et bien sûr le lecteur !

Quelles ont été les traductions que tu as le plus aimé faire ?

Parmi les plus récentes :

  • Cinq Tours Jusqu'au ParadisLa femme qui en savait trop (Skin and Bones), Tom Bale, France-Loisirs, 2008, à paraître aux Presses de la Cité
  • N’oublie jamais (Magic City), James W. Hall, City éditions, 2008
  • Cinq tours jusqu’au paradis (Five Roundabouts to Heaven), John Bingham, éditions Michel Lafon, 2008 (adaptation ciné : Married Life, réal. Ira Sachs)
  • La proie cachée (Hidden Prey), John Sandford, éditions Belfond, 2007
  • Les héritiers du Soleil noir (The Black Sun), James Twining, City éditions, 2007
  • Le Suicideur (Malicious Intent), Kathryn Fox, City éditions, 2006, reprint poche 2007
  • Biscotti à Sarasota (Vengeance), S. Kaminsky, 2005, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2007
  • Soleil post-mortem (Retribution), S. Kaminsky, 2006, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2009
  • Passage de minuit (Midnight Pass), S. Kaminsky, 2007, éd. Alvik, reprint chez Rivages en 2010

Plus anciennes :

  • Série policière anglaise XVIIIe, Bruce Alexander, 8 titres traduits, 1998 à 2003, éd. 10-18
  • Martin Le Guerrier : RougemurailleSérie policière italienne contemporaine, Magdalen Nabb, 9 titres traduits, 2001 à 2006, éd. 10-18
  • Série policière avec pour héros Elvis Presley, Daniel Klein, 3 titres traduits, 2004 à 2005, éd. Pygmalion
  • Girl, David Thomas, éd. Ifrane, 1996, reprint poche chez Pocket en 2002
  • Fuckwoman, Warwick Collins, 2001

En jeunesse :

  • Série Rougemuraille (Redwall), Martin le Guerrier, tomes 1,2,3, éd. Mango, 1998, reprint en un seul volume en 2005

Merci de nous avoir répondu, as-tu un dernier mot à adresser aux lecteurs d’if is Dead ?

Merci à toi de m’avoir permis de parler de ma profession. ;-)

Quant aux lecteurs, j’espère justement leur avoir apporté un certain éclairage, des explications pas trop nébuleuses sur mon métier. Je ne sais pas si j’ai pu faire le tour de la question, j’ai sans doute oublié des détails… mais peut-être que, désormais, tes lecteurs appréhenderont un bouquin traduit sous un autre angle, en étant un peu mieux documentés. Un lecteur averti en vaut deux

Une amie infographiste devrait dans un avenir plus ou moins proche créer mon site pro sur le Net, je te tiendrai au courant le moment venu.

Bonne route et longue vie à votre blog !

J-N

Avant de clore cette série d’articles, je voudrais remercier Jean-Noël d’avoir répondu à mes questions de façon détaillée, mais aussi de m’avoir aidé à la mise en page et à la correction (il a du faire correcteur dans une autre vie, j’vous jure) de l’article ! Et surtout merci à lui de nous avoir accordé autant de temps pour nous faire découvrir le monde de la traduction ! Nous espérons que cet interview vous a autant intéressés que nous.

Du coup, on va devoir changer nos habitudes de critiques, fini notre manie de fustiger le style d’un auteur qui a été traduit ! Tout sur le dos du traducteur maintenant ! Enfin, on est pas de si mauvais élèves puisque, si vous ne l’avez pas encore remarqué, nous prenons le temps de citer les traducteurs et les illustrateurs de chaque livre critiqué… C’est déjà ça ! On vous donne rendez-vous bientôt pour, on l’espère, un nouvel interview d’une personne évoluant dans le monde de la littérature.

Merci Jean-Noël, et bonne continuation !


La Guerre des Clans de David B. Coe

dabYo dans Critiques, Livres le 17 novembre 2009, avec aucun commentaire
Critiques

La longueur des séries est d’après moi l’un des plus grands problèmes des livres de Fantasy. Cette tendance à ne pas pouvoir écrire d’histoire tenant en moins de cinq tomes est plutôt agaçante, surtout lorsqu’une fois traduit, on se retrouve avec dix bouquins à acheter. Et quand on a réussi à tenir sept tomes, on se voit mal s’arrêter à moins de trois livres de la fin. Ce sont ces raisons entre autres qui m’ont poussé à continuer de lire la Couronne des Sept Royaumes, après un septième tome l’Armée de l’Ombre pas si folichon.

La Guerre des Clans de David B. Coe

Comme d’habitude, pas de synopsis pour la critique d’un énième tome d’une série. Si vous ne connaissez pas la série je vous invite vivement à en lire ma présentation de La Couronne des Sept Royaumes de David B. Coe que j’avais faite il y a presque un an maintenant. Les premiers tomes sont loin d’être mauvais et je m’étais laissé prendre au jeu. Il faut dire, cette série est vraiment dans l’un de mes genres préférés, celui qui a été démocratisé par George R.R. Martin et son Trône de Fer. Le tome 7 ne m’avait pas spécialement emballé, sans être mauvais pour autant, bien sûr. La Guerre des Clans m’a t’il fait changer d’avis ?

La Guerre des Clans de David B. CoeEh bien non. Malheureusement, ce huitième tome de la série ne rehausse pas réellement la qualité et il faut dire que cela s’en ressent. Mais on ne peut pas réellement blâmer l’auteur, car c’est avant tout le découpage, très mauvais, des éditeurs français qui rendent ce livre assez fade. Il n’y a pas de révélation et bien que l’histoire progresse petit à petit, le fait que l’auteur ait à placer tous ses pions rend l’avancement plutôt lent.

De même, il rappelle, un peu trop à mon goût, ce qu’il s’est passé dans les précédents tomes. J’ai comme l’impression que David B. Coe augmente son quota de pages en se ressassant, à chaque paragraphe. Ca fini par être gonflant car, ok, un rappel pour chaque personnage, soit, admettons. Mais que chaque personnage nous rappelle, à plusieurs reprises (en gros, à chaque fois qu’ils apparaissent), ce qu’il vient de se passer, non ! Alors peut être que ça peut aider ceux qui ont du mal à voir évoluer une intrigue qui est portée par plusieurs personnages… Mais ce n’est pas mon cas, et cela m’a vite agacé.

De même, oui on sait, son héros est plein de remords, oui on sait, il s’est passé d’affreuses choses dans le premier tome, oui on sait que bidule est super sage, oui on sait qu’il aime ses gosses. L’auteur répète et re-répète des choses qu’il nous avait déjà présenté des tomes plutôt, ou bien il y a seulement quelques pages. Je parle là du côté des caractères des différents personnages et non des évènements. Alors vu que le temps de publication entre chaque tome est largement assez long en France pour tout oublier, ce n’est pas forcement un mal pour les personnalités… Mais quand je pense qu’en langue originale, le tome 7 et le tome 8 sont publiés ensemble, et que le tome 8 ne fait que paraphraser ce qu’il s’est passé dans le 7… Ca a du mal à passer.

La Guerre des Clans de David B. Coe

Je suis très sceptique sur le choix de la couverture de l'édition poche...

Bref, à cela s’ajoute mon agacement croissant pour la façon dont l’auteur décrit certains personnages. Beaucoup trop se ressemblent comme deux gouttes d’eau, et c’est vraiment ennuyeux. On a parfois l’impression qu’il écrit des intrigues de cour au pays des bisounours. On est loin, très loin, de l’aspect réaliste -et cruel- d’un Trône de Fer par exemple. Bon après je ne peux pas lui retirer le fait que c’est bien écrit, que c’est bien traduit, que l’auteur rempli son contrat et que les deux derniers tomes de la série promettent quand même d’être haletants.

Mais voilà, je suis déçu de trouver cette lecture si peu intéressante, et de voir que finalement, la Guerre des Clans ne me laissera pas le moindre souvenir de lecture. D’un autre côté, pour un poche de 350 pages écrites super gros, qui pourrait tenir dans deux cents pages d’un poche classique, ce n’est pas étonnant. On se retrouvera pour le tome 9, puisque j’ai bel et bien décider de terminer cette série.


Quand Jean-Noël Chatain est venu commenter notre modeste critique de Dracula l’Immortel, c’était d’abord pour nous un commentaire comme un autre. Jusqu’au moment où l’on a compris qu’il avait permis au titre de traverser l’Atlantique pour débarquer dans nos librairies. Mais diantre, n’est-ce pas un livre écrit par Dacre Stoker, le célèbre arrière-petit-neveu de Bram Stoker pourtant ? Si si, mais il rédige en anglais. Pour qu’il arrive dans les rayons de toutes les librairies françaises, il faut pour cela le traduire en français. Et pour le traduire en français, on n’utilise pas Google Traduction… mais un traducteur ! Vous savez, c’est généralement celui dont on voit le nom en tout petit sous le titre, à la troisième page du livre. Essayez par vous-même…

Dracula l'Immortel, traduit par Jean-Noël Chatain

Alors ? Vous l’avez vu ? Mais si, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Noël Chatain. Et c’est ce même Jean-Noël qui nous a fait l’honneur de commenter, longuement, notre critique. Du coup, ni une ni deux, je prends son adresse e-mail pour lui envoyer un spam en bonne et due forme: jeune rédacteur cherche personne à interviewer pour découvrir le monde de l’édition. Et tout aussi courageux qu’Ambre Dubois, il nous répond et accepte de participer à un interview en huit petites questions… Bien sûr, moi, j’en aurais posé des dizaines et des dizaines. Comment on devient traducteur ? Comment ça marche ? On devient riche et célèbre ? On se sent un peu exclu non ? Des gens remarquent que les livres doivent être traduits avant d’être publiés en français ? Mais voilà, huit, c’est le nombre de questions que nous lui avons posé. Sauf que Jean-Noël Chatain a plus d’un tour dans son sac, et qu’il a répondu à celles que je m’étais empêché de lui poser. Éteignez les lumières, silence… Et laissons-lui la parole pour entrer dans le monde de la traduction

Bonjour Jean-Noël, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? Depuis quand es-tu traducteur ? Comment le devient-on ? Pourquoi l’es-tu devenu ?

Bonjour à tous…  Bon, alors… on va tâcher de la faire courte ;-) J’ai 52 ans (Eh oui…tout augmente ;-) Je travaille dans l’édition en tant que traducteur freelance depuis 1985. J’ai fait des études d’anglais (licence, certificat de maîtrise… diplôme de la British Chamber of Commerce… tout ça est assez classique, en somme). J’ai un peu enseigné en alternance quand j’étais surveillant… dans ma djeunesse… et également en cours du soir pour adultes. J’ai présenté deux fois le CAPES, une 1re fois en dilettante, la seconde plus sérieusement… mais j’ai échoué. (Et puis, à mon époque, il y avait peu de postes vacants, ajoute-t-il pour se dédouaner ;-)

Jean-Noël ChatainAprès avoir tant soit peu œuvré dans le commercial, histoire de tenter le coup de la reconversion, j’ai débuté dans la trad littéraire par le plus grand des hasards, en fait… en répondant à une annonce du Figaro pour les éditions Harlequin, puis j’ai enchaîné avec des nouvelles policières américaines pour le magazine Femme Actuelle… Ensuite j’ai commencé à traduire des polars aux éditions du Masque. Pour l’anecdote, j’avais passé entre-temps le concours de Contrôleur des PTT (Eh oui, c’était déjà la « crise » dans les années 80 !) et en anglais, j’ai obtenu la meilleure note de ma vie (20/20) pour une version… que j’ai dû rédiger en une vingtaine de minutes. Je me souviens que le sujet portait sur la messe « version drive-in » aux États-Unis… (Des fidèles assistaient à l’office en bagnole, comme au ciné en plein air). En fait, j’avais vu un reportage là-dessus à la TV la semaine précédente. Quand j’ai reçu mes notes, et en particulier celle de la version anglaise (les autres n’étaient pas aussi « exceptionnelles »), je me suis dit que je devais conserver cette langue dans mon travail… en l’occurrence dans celui de traducteur.

J’ai donc renoncé au bénéfice du concours, que j’avais réussi, et… de fil en aiguille… ou, plutôt, de contacts en essais (de traduction)… puis de contrats signés en ouvrages publiés… j’ai fini par devenir traducteur anglais-français pour l’édition. Et, sans vouloir bien entendu manquer de respect envers ces deux institutions, je n’ai aucun regret de ne pas travailler aux PTT ou dans l’Éducation Nationale. :-D

Traducteur ? À quoi ça sert ? Ça ne se fait pas tout seul une traduction ?

Un traducteur… Ben, à la base c’est quelqu’un qui permet à un lecteur de découvrir/lire dans sa langue maternelle un ouvrage écrit au départ dans une langue étrangère que ledit lecteur ne maîtrise pas.

En principe, le traducteur traduit un texte d’une langue étrangère dite « langue source » vers sa langue maternelle, dite « langue cible ». Pour ma part, je traduis donc de l’anglais/américain vers le français.

Ça m’est arrivé de traduire dans l’autre sens, mais dans des domaines non littéraires.

En général, on n’est jamais vraiment « bilingue » ; la langue maternelle reste en principe celle que l’on maîtrise le mieux… à moins d’avoir vécu dans un milieu cosmopolite, par exemple, et été élevé par des parents, dont l’un des deux est étranger.

Par ailleurs, le métier de traducteur n’a rien à voir avec celui d’interprète. Quand on traduit, on travaille sur l’écrit et non l’oral. Traduire correctement de l’anglais/américain en français ne signifie pas pour autant parler couramment l’anglais/américain.

Comment on s’y prend pour faire une traduction ?

Concernant le travail de traducteur proprement dit… Au départ, c’est forcément un boulot solitaire. On lit un texte, on commence à le traduire, on se documente sur le Net, dans des ouvrages de référence, on procède à des recherches de vocabulaire, on rédige d’éventuelles notes de bas de page… on corrige, on coupe, on allège, on élague, on remanie… Tout ça en pianotant sur son clavier derrière son écran d’ordi. Je te rassure, je n’ai pas connu la plume d’oie… mais j’ai commencé avec la machine à écrire… J’ai connu le papier carbone (Merci de ne pas glousser, les djeunz ;-) et le Tipex !

Machine à Ecrire

Désormais, on bosse sur ordinateur, on envoie les manuscrits par e-mail, sans même les imprimer… Évidemment, on conserve un double sur disque dur, sur clé USB, etc. Il n’y pas si longtemps, on livrait/envoyait le manus avec une disquette, voire un CD-ROM, à l’éditeur.

Une fois ma trad achevée, je ne procède pas à la relecture/correction de mon manus sur papier, je travaille sur écran (sauf que je passe en interligne 1 au lieu  d’1,5… ça permet de repérer les éventuelles répétitions, en autres). Bien sûr, quand l’éditeur te renvoie les épreuves du bouquin, tu travailles sur papier, crayon et gomme à la main, si tu dois procéder à des corrections/modifications.

En résumé :

  1. lecture
  2. traduction
  3. relecture/correction
  4. envoi du manus par e-mail à l’éditeur.

Ensuite, ça dépend des éditeurs :

  • on t’envoie (ou pas) la « préparation de copie », c’est-à-dire une première correction sur ton manus (ça peut se faire par e-mail ; on travaille donc sous Word en « suivi de correction », on approuve ou non les correcs/modifs et on argumente éventuellement)
  • on t’envoie (ou pas) un 1er jeu d’épreuves sur papier pour approbation
  • on t’envoie (ou pas) un 2e jeu d’épreuves sur papier pour approbation

Une fois que tout le monde est d’accord… le traducteur doit normalement signer le « bon à tirer » (selon le Code des usages, voir plus bas); ça ne m’est jamais arrivé. En général, c’est une histoire de confiance entre l’éditeur et toi…

En fait, on intervient sur les épreuves quand il y a litige/problème… Ça se règle souvent par un échange d’e-mails ou un simple coup de fil. C’est vrai que certains correcteurs ont tendance à être « académiques » et à ajouter par exemple une négation, alors que toi, tu l’as volontairement supprimée dans un dialogue pour que ça sonne juste.

Exemple quand un gamin dit : « J’ai pas faim. » dans un texte contemporain, alors que la version correcte serait : « Je n’ai pas faim. »

En revanche, comme ce fut le cas pour Dracula l’Immortel… j’ai tenu à ce qu’on emploie « chicoter/chicotement » qui, en dépit de sa rareté, est le terme idoine pour le cri du rat/de la souris… au lieu de « couiner/couinement » qui, à mon sens, faisait un peu trop « Walt Disney » et apportait une note trop contemporaine dans une ambiance censée être lugubre, morbide, etc.

De toute manière, quand je rends un texte, je précise mes choix lexicaux/sémantiques dans un e-mail ou un fichier Word d’accompagnement, et je demande à ce qu’ils soient respectés. Je signe mon texte, donc je le défends et je l’assume…;-)

Dracula l'Immortel, page de gardeJusqu’à présent, je n’ai jamais refusé la signature, c’est-à-dire que mon nom ne soit pas mentionné sur la page de garde ou la 4e de couv d’un ouvrage que j’avais traduit, parce que j’étais en désaccord avec l’éditeur.

Par ailleurs, outre les éventuelles fautes d’ortho, d’accord, etc… je ne vais pas pinailler pour une virgule, un changement de terme, un allègement dans la phrase, surtout lorsqu’il y a une répétition/lourdeur qui m’a échappée.

J’ajoute que l’éditeur nous demande souvent de rédiger un résumé de l’histoire ou disons, une présentation, un pitch pour l’illustrateur, les commerciaux, qui n’ont pas le temps de tout lire, et surtout ne lisent pas forcément la langue d’origine, en l’occurrence l’anglais/l’américain).

En général, je suggère un ou plusieurs titres, on peut aussi me demander de rédiger une 4e de couv, mais en principe c’est le boulot de l’éditeur/assistant éditorial.

Il arrive qu’un titre soit carrément refusé par le service commercial, au grand dam de l’éditeur, du traducteur… Tout est affaire de négociation, de diplomatie…

Bon alors tu as traduit Dracula l’Immortel pour Michel Lafon, et Jaz Parks pour Milady… Un traducteur est indépendant ? C’est le cas de tous les traducteurs ? Comment ça se passe du coup ?

Association des Traducteurs Littéraires de FranceDans l’édition, un traducteur est indépendant. À ma connaissance, il n’existe pas de traducteurs salariés, contrairement aux correcteurs qui, eux, peuvent faire partie du personnel de telle ou telle boîte d’édition.

Pour le reste, je vais tâcher de faire simple :

  • Un traducteur littéraire a le statut d’auteur (même si, fiscalement, il est assimilé à salarié, puisqu’il inscrit la somme de ses droits d’auteur dans la case « traitements, salaires, pensions, droits d’auteur » sur sa déclaration d’impôts). Il ne bénéficie plus de l’abattement de 25 % depuis plusieurs années, contrairement aux journalistes (même salariés) qui, eux, peuvent toujours déduire 7 560 € au titre de « l’allocation pour frais d’emploi ».
  • Un traducteur littéraire perçoit des droits d’auteur (et non pas des honoraires), sous la forme suivante :
    1. Un à-valoir calculé sur la base d’un tarif au feuillet [1]
    2. L’à-valoir (qui correspond en fait à la rémunération garantie au traducteur, quoi qu’il puisse arriver à l’ouvrage, même s’il n’est pas publié pour une raison quelconque) se subdivise souvent :
      – en une avance versée à la signature du contrat (une 2e, voire une 3e avance en cours de contrat, en cas de gros bouquin)
      – un solde versé à la remise du manuscrit
    3. Viennent ensuite les royalties (les droits d’auteur à proprement parler), qui correspondent à un pourcentage sur les ventes hors taxe de l’ouvrage traduit ; ça dépend des éditeurs, pour ma part, c’est entre 1 et 2 %. Attention, ces royalties, droits annexes viennent en amortissement de ton à-valoir, c’est-à-dire que tu commences à en percevoir s’ils dépassent ton à-valoir.
    4. Pour les droits annexes, dérivés, reprint en poche, en club… c’est en général 10 % de la somme que perçoit l’éditeur.
  • Voir les modèles de contrats de l’association des Traducteurs

Par ailleurs, tu reçois 5, voire 10 « justifs » ou « hommages » (exemplaires gratuits à la publication de ta traduction ; le nombre varie selon les éditeurs) ; si tu en souhaites davantage, l’éditeur te fait bénéficier d’une réduction de 30% environ.

Sache que notre profession est régie par le Code des usages (une sorte de code de bonne conduite qui n’a pas vraiment de valeur légale). Un traducteur (comme un auteur) qui signe un contrat cède ses droits d’exploitation de l’œuvre à son éditeur… grosso modo pendant 18, 20 voire 24 mois, selon « l’usage »… En fait, tant que l’éditeur a des exemplaires à écouler… encore qu’il puisse décider à terme de les solder, de les mettre au pilon, si le bouquin ne marche pas. (Car tu lui as cédé les droits d’exploitation).

Cela dit, quoi qu’il arrive, même si le bouquin n’est jamais publié, tu perçois quand même ton à-valoir, lequel rémunère de toute façon ton travail.

Girl de David Thomas, traduit par Jean Noel Chatain Dès lors que le bouquin est épuisé, que ton éditeur ne souhaite plus le réimprimer, tu peux fort bien récupérer tes droits pour éventuellement proposer ta trad à une autre maison d’édition.

En ce qui me concerne, ça m’est arrivé de signer un contrat de rachat de droits chez Pocket, pour un ouvrage que j’avais traduit chez un 1er éditeur (en l’occurrence Ifrane qui, entre-temps, avait fait faillite). Du coup, ça a permis de donner une nouvelle jeunesse au bouquin… et j’ai pu toucher des royalties plusieurs années de suite, car il n’a pas trop mal marché. Il s’agit de Girl de David Thomas. ;-)

Pour la rémunération de base, on va prendre un exemple :

Tu as traduit un ouvrage de 500 feuillets:

  1. À-valoir de 20 €/feuillet, soit 500 X 20 = 10 000 €
  2. Royalties : 1 %
  3. Ouvrage vendu 22 € TTC, soit 20 € HT (on arrondit pour simplifier)
  4. Tu perçois donc 1 % de 20 € par ouvrage, soit 0,20 €

Combien faut-il en vendre pour dépasser ton à-valoir ? (That’s the question !)

  • 10 000 exemplaires donnent 2 000 € de royalties mais aucun bonus
  • 50 000 ex donnent 10 000 €, c’est le seuil de rentabilité
  • 60 000 ex donnent 12 000 € soit 2 000 € de bonus
  • 100 000 ex donnent 20 000 € soit 10 000 € de bonus

Attention, toutes ces sommes sont brutes… Il convient de retirer la Sécu, CSG, RDS, maternité-veuvage, etc… (pas d’assurance-chômage en revanche, puisque tu es indépendant : tu n’as pas des employeurs, mais des clients, en fait… ;-)

Bien entendu, tu ne perçois pas de royalties sur tes propres justifs [2], sur les exemplaires gratos envoyés aux journalistes, critiques, etc. C’est normal. Certains éditeurs appliquent encore ce qu’on appelle la « passe » ou le « droit de passe », c’est-à-dire qu’ils peuvent décompter jusqu’à 10 % d’exemplaires, même s’il n’y a eu aucune avarie au moment de l’impression.

Pour la retraite de base, le traducteur verse chaque trimestre à l’AGESSA une somme calculée sur les droits d’auteur déclarés au fisc l’année précédente. Pour la retraite complémentaire, c’est deux fois par an ; il y a une somme forfaitaire, qui peut augmenter selon les possibilités financières du traducteur.

[1] le feuillet correspond à 1500 signes ou à 25 lignes de 60 signes, espaces compris. Mais depuis qu’on travaille sur ordinateur, ledit feuillet « fluctue » selon les éditeurs (je ne parle pas seulement de rémunération) :

  • Il peut s’agir d’un feuillet paginé de manus (auquel cas, notamment pour la page correspondant à une fin de chapitre, ou même une page contenant des dialogues courts, on n’atteint pas vraiment les 1500 signes…)
  • Il peut s’agir d’un feuillet « effectif » ou « informatique » ; c’est-à-dire que, sous Word, il suffit d’aller dans la fenêtre « statistiques » et l’on a le décompte des caractères et espaces du manuscrit, puis on divise par 1500 et on obtient alors le nombre de feuillets réels (évidemment inférieur à celui des feuillets paginés)…

Je ne sais pas si c’est très clair ?…

[2] ndlr: on rappelle que les justifs sont les exemplaires que le traducteur reçoit gratuitement.

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! Au vu de la précision des réponses de Jean-Noël nous avons décidé de couper cet interview en deux. Vous aurez donc par la suite droit à des questions sur le temps que prend la traduction d’un livre, mais aussi sur les difficultés de traduire le style d’un auteur dans une autre langue, et sur les goûts du monsieur ! On espère en tout cas que ces premières réponses vous ont autant intéressés que nous !


L’orée du Bois est le premier tome de la série du Parlement des Fées. Il est à noter qu’en langue anglaise il n’y a qu’un seul livre, partagé en six grandes parties. Chaque tome francais reprend trois parties de la version originale. Titré Little, Big en VO, il a été écrit par John Crowley, un auteur américain, et publié pour la première fois en 1981. Il vient d’être réédité par Points dans une jolie édition toute belle avec une traduction faite par Doug Headline.

L'orée des bois, le parlement des fées, Crowley John

Il m’est très difficile de vous faire un synopsis, mais vraiment très difficile. La plupart des critiques sur le net ne vous résument que la première partie du premier tome de toute manière, mais je ne trouve pas cela très représentatif. Enfin, quand même. Smoky est un jeune homme qui va se marier. Avec Alice, une jeune femme qui habite Edgewood, une maison au cœur des bois à la géométrie particulière. C’est le début d’une longue histoire qui va se centrer autour des gens vivant à Edgewood.

C’est tout, et je ne peux pas faire mieux, tout simplement parce qu’ayant fini le premier tome et ayant commencé le deuxième tome, il se trouve que je ne saurais pas vous définir ce qu’est réellement l’histoire à promrement parlé. Ou du moins j’ai tout juste l’impression de découvrir la trame, et encore. Ce livre en effet, me laisse profondément perplexe. Le style d’écriture (celui de l’auteur ou du traducteur, je ne sais, je n’ai pas lu en VO) est plutôt agréable, on note de nombreux mots précieux, une construction un peu surannée mais qui donne un charme certain, comme celui d’une photo en sépia.

L'orée des bois, le parlement des fées, Crowley JohnMalheureusement, la construction du récit rend les choses très ardues. C’est un livre qui ne peut pas se lire comme un bouquin de gare. Il fait fonctionner les méninges, et je dirais qu’il est fatiguant intellectuellement parlant. En effet, il y a de nombreux non-dits, de nombreuses choses ne sont pas du tout expliquées, et c’est au lecteur de faire les ponts pour essayer de comprendre de quoi on parle. L’auteur ne nous prend pas par la main, non, c’est à nous de reconstruire le récit. Du coup, c’est parfois un peu mêlant, et on en est réduit à faire de nombreuses suppositions, qui ne seront  jamais infirmées ou confirmées. C’est un peu perdant quand même à ce niveau.

En plus de cela, l’auteur voyage gaiement entre présent, passé et même futur, cela rend l’histoire encore plus difficile à lire et surtout suivre. Il m’a fallu relire plusieurs fois de nombreux passages. En soit, c’est intéressant, c’est original, et quand on lit Le Parlement des Fées on n’a pas l’impression de lire n’importe quel autre livre. Mais voilà, c’est frustrant, épuisant, et fatiguant. Au final, on est perdu, l’auteur ne nous prend pas du tout la main, il nous balance dans ce monde raffiné, parmi des personnages certes très intéressants, mais l’histoire est tellement tarabiscotée dans tous les sens que c’est difficile d’accrocher.

On a un peu l’impression de voir le roman comme à travers un rêve. Les contours sont imprécis, les scènes n’ont pas forcément de lien chronologique, de nombreuses zones d’ombres restent. Ce coté onirique m’a empêché de réellement m’attacher aux personnages. J’ai lu le livre dans l’expectative, vous savez, quand vous passez votre temps à vous demander mais c’est quand que ça commence vraiment ?. Au final, je crois que ça ne commence jamais vraiment…

L'orée des bois, le parlement des fées, Crowley John

C’est assez spécial. Je dirais même que ce livre est une expérience, comme quand on lit un K. Dick, on comprend pas tout, on se laisse porter, et une fois qu’on referme le bouquin on ne sait pas quoi en penser. Ceci dit, si je pense qu’il faut être shooté au LSD pour apprécier à sa pleine valeur du K. Dick, je crois que je conseillerais plutôt le planage qui semble être une bonne condition pour arriver à se laisser porter par la lecture.

Cependant, il ne faut pas nier le fait que le livre a une ambiance particulière, très féerique et mystérieuse, mais pas féerique dans le sens ou il y a plein de fées, mais plutôt parce qu’on sent qu’il y en a, mais qu’on n’en sait pas plus, le mystère c’est puissant.Il ne faut pas chercher à tout comprendre, de toute manière, les héros ne comprennent pas tout.

Je suis assez curieuse du deuxième tome cependant que j’ai commencé. Je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre opinion, car c’est un livre qui se vit.