Frankia de Jean-Luc Marcastel

Serafina dans Critiques, Livres le 10 octobre 2009, avec 10 commentaires
Critiques

Il y a des choses immuables en ce bas monde. La charcuterie au petit dej’ pour des allemand en est une. La loi de la couverture en est décidément une autre.

Frankia est un livre superbe de Jean-Luc Marcastel, un écrivain français, cantalou. Frankia est une série composée de trois tomes, édités chez Mnénos. Il s’agit de Fantasy tintée d’histoire et, on le pensait, saupoudré de Steampunk. Enfin, en fait, on est en 1940, Frankia est occupée par les troupes du Méchant Von Drako. Ce dernier a asservi Europa et prône la haine des Elfes. Loiren est un jeune humain élevé par un Orc, dans la zone libre.  Malgré tout, ça s’écoule tranquillou pour lui jusqu’au jour ou il tombe amoureux d’une Elfe. Et on devine la suite. Ah oui, quand je disais superbe, je parlais bien entendu de la couverture.

Frankia de Jean Luc Marcastel

Le problème c’est que ce livre se révèle plus du roman historique écrit comme un roman de terroir accumulant les poncifs de la Fantasy. Donc évidement les elfes ont des noms comme Faenia Shalaria’lunia aeschélia, les orcs s’appellent Moruk Ork’a, les teutons Von Shleu, évidemment, les nains travaillent la terre, évidemment les orcs sont des guerriers. Il n’y a absolument aucune originalité dans le traitement des différents peuples. On voit donc l’elfe se languir de ses bois tout en parlant elfique et les teutons être méchants. Mais vraiment méchant hein. Genre j’étrangle des chatons au petit déj’. Ça ne rigole pas, attention ! On pourra aussi se demander pourquoi se donner la peine de changer la France en Frankia, l’Allemagne en Teutonia (non mais lol) si c’est pour garder Marseille en Marseille et Paris en Paris. Au cas où on n’aurait pas encore compris ? Ou par oubli pur et simple ? Aucune idée, mais niveau cohérence c’est zéro pointé.

Frankia de Jean Luc Marcastel

A noter cependant que Frankia est accompagné de plusieurs représentations des personnages de très bonne facture et dessinées par l'auteur lui même

Le pire c’est que ces changements de races ne changent absolument rien. Les elfes sont persécutés comme des juifs, les orcs sont clairement le peuple africain, les teutons ont gagné la guerre exactement suivant le même procédé que celui d’Hilter, bref, on se demande un peu pourquoi vouloir autant coller à l’Histoire alors qu’il y’a du matériel pour pouvoir diverger. En effet Frankia n’est pas une Uchronie. Contrairement au Maître de Haut-Château de K. Dick les eléments qui changent de la réalité n’altèrent en rien le cours de l’histoire. On se demande donc un peu pourquoi avoir changé les races, à part pour donner l’illusion d’originalité j’entends. Illusion vite éventée ceci dit, vu que les stéréotypes arrivent très très vite.

En effet, si il y a bien un sujet qui n’a pas besoin d’elfes, d’orcs et autres pour être épique, émouvant, rythmé, c’est bien la guerre. J’en viens même à me dire que la même histoire avec justes des hommes n’aurait pas eu bien plus de portée. Il n’y a généralement (et malheureusement d’un coté) pas besoin de broder beaucoup pour faire un livre sur la 2nde guerre mondiale et la France occupée. Il suffit de voir Les enfants de la liberté de Marc Levy. Dieu sait a quel point je considère le talent de Levy comme inexistant, mais il a réussi à faire un bon livre, émouvant et épique à souhait alors Marcastel aurait sans doute pu le faire. Mais non, il a fallu balancer des orcs et des elfes. Parce que c’est la mode ? Parce que de toute manière ceux qui lisent de la Fantasy sont réputés pour ne pas être trop regardant ? Je ne sais pas, mais il n’y a là aucune espèce d’inventivité.

Le 4ème de couverture dit que Tolkien est un des maîtres à penser de l’auteur, c’est pas peu dire. C’est sa source d’inspiration principale et l’auteur est absolument incapable de se détacher des pré-requis habituels de la Fantasy. Ce n’est pas parce que untel a écrit que les orcs étaient comme ci et les elfes comme cela qu’il faut le suivre aveuglément. Le talent c’est savoir se ré-approprier des concepts. Bon, il semblerait de toute manière que le talent soit étranger au vocabulaire de l’auteur. Arg, je suis méchante.

De même que la nuance. En effet, dans le genre, difficile de faire plus manichéen. Les héros ils sont bons et courageux. Évidemment ils ont quelques défauts, mais ces défauts ne servent qu’à les rendre encore plus attachant ou attendrissant car ils ne sont pas bien graves. Symptôme typique de la Mary Sue, ce principe s’applique à tous les gentils. Évidemment à coté les méchants sont méchants. On n’aura pas un teuton non nazi, ni un collabo qui attire la sympathie. Non les teutons sont méchants, c’est comme ça, et les collabos sont tous des gros salopard. Bonjour le parti pris. Ce coté très tranché, trop même, est moralement parlant, assez discutable.

En plus de cela, le style est extrêmement désagréable. Marcastel essaie d’opter pour un style qui n’est pas sans rappeler celui des conteurs d’antan. Nous avons donc quasiment exclusivement des tournures de phrases bourrées de virgule à la construction plus ou moins alambiquée. Ce genre de prose a tendance à m’agacer. Surtout quand contrairement à Lea Sihol par exemple, il n’est pas maîtrise le moins du monde. C’est toujours les mêmes squelettes de phrases, les mêmes constructions, c’est de la répétition à outrance.

Jean Luc Marcastel

Et si il n’y avait que cela comme répétition. Non, pendant le roman on nous décrit à peu près 15 fois chaque personnages avec des changements aussi importants que cheveux de jade, cheveux d’émeraude ou cheveux verts les moments où l’auteur devait être à court d’idées. Bien entendu, à force de nous bassiner avec les cheveux couleur forêt de la donzelle, on en est vite agacé. Il en use et abuse qu’il fini par s’embourber dans ses propres descriptions et finira par nous parler de ses cheveux blancs et de sa peau couleur émeraude. Ahem. Sans compter que les nombreuses descriptions n’apportent rien de plus que la toute première. L’auteur doit décidément nous prendre pour des lecteurs ayant une mémoire à court terme plus que défectueuse. Il doit aussi prendre les lecteurs de Fantasy pour des mecs en manque parce qu’il passe son temps à rappeler comment que l’elfe est bonne (en manière pseudo poétique, mais il ne trompe personne), comment que la robot c’est une grosse domina toute en acier. Comme si il cela allait sauver la pauvreté du roman.

Ça ne lui évitera pas le tag Bouse. Limite je créerais le tag grosse bouse.


Le Dieu de Lumière de Jean-Pierre Andrevon

dabYo dans Critiques, Livres le 8 octobre 2009, avec 2 commentaires
Critiques

Le Dieu de Lumière est le troisième et dernier roman de l’anthologie Très Loin de la Terre publiée récemment par les éditions Bragelonne dans la collection Perles de la SF. Il fait suite au Temps des Grandes Chasses et au Space Opera La Guerre des Gruulls. C’est ici encore un roman écrit par Jean-Pierre Andrevon en 1973 et bien entendu, il s’agit d’un Space Opera comme on les faisait si bien à l’époque. Synopsis ?

Très Loin de la Terre de Jean-Pierre Andrevon

En 2020 la Terre commence peu à peu à être étroite pour les 9 milliards d’humains qu’elle abrite. Au point tel que le manque de place est source des plus grandes tensions et que la résolution de ce problème est devenu l’un des premiers objectifs mondiaux. La solution, c’est peut être cette nouvelle technologie qui permet de partir dans un espace-temps inconnu, que nous appelons entre nous l’hyper-espace. Ainsi, nous allons suivre le commandant Bensousan et ses trois camarades, qui constituent l’équipe de la première fusée dotée d’un moteur qui permet l’hyper-propulsion. Leur but ? S’ils survivent, trouver une nouvelle planète que l’homme pourra coloniser.

On part donc déjà bien moins loin dans le futur que dans les deux autres romans de Jean-Pierre Andrevon. Ici encore, on pourrait presque dire que l’auteur a vu juste car même si nous sommes loin de la surpopulation -actuellement-, le sujet n’est pas dépassé et reste avant-gardiste. Bon, j’ai du mal à imaginer que nous partions dans l’hyper-espace dans une dizaine d’année sachant qu’il n’y a pas eu de réelle avancée depuis la Lune… Mais bon. Ceci dit, il s’agit cette fois uniquement d’un prétexte, puisque le sujet principal du roman est ce que les auteurs de Science-Fiction préfèrent le plus souvent: l’exploration, le temps. Car oui, contrairement aux deux autres romans je n’ai pas trouvé que Le Dieu de Lumière porte réellement sur un problème de société, ou bien qu’il veuille y répondre.

Le Dieu de Lumière de Jean-Pierre Andrevon

Ancienne édition

L’écriture est toujours aussi sympathique et à aucun moment l’auteur ne se perd dans des descriptions trop longues. On découvre quelques planètes -logique- dont la flore et la faune sont détaillées avec précisions et suffisamment pour que l’on se sente proche des spationautes, entrain de fouler le même sol inconnu qu’eux.

Je trouve cependant dommage que les personnages que l’on suive ne soient pas vraiment charismatiques. Enfin, charismatique, je ne sais pas, mais je n’ai pas pu m’attacher à eux et craindre avec eux pour leur futur. Le pire, c’est peut être que finalement, je ne leur vois pas de grandes différences avec ceux de la Guerre des Gruulls, comme si l’auteur n’avait pas pu leur donner une personnalité propre.

Comme je le disais, outre l’exploration de nouveaux mondes pour permettre à l’humanité de s’étendre, Le Dieu de Lumière se base aussi en grande partie sur le Temps, cette dimension si chère à nos auteurs de Science-Fiction. On est certes loin de la folie spatio-temporelle que peut utiliser Phillip K. Dick ou bien Les Seigneurs de la Guerre de Gérard Klein, mais tout de même. On va le pressentir de plus en plus au long du roman, mais cette dimension va être la clef de tout et va peut être en frustrer quelques uns, tellement elle a été usée et ré-usée. D’un autre côté, le roman datant de 1973, il serait incommode de ma part de lui reprocher un défaut qu’il n’aurait pu avoir à l’époque.

Pas aussi intéressant que les deux premiers romans de l’anthologie, Le Dieu de Lumière reste un roman sympathique à lire et qui convient très bien à la cloture de Très Loin de la Terre.


Frère Ewen est le premier tome de La Fraternité du Panca, une série de Science Fiction en cinq livres écrite par Pierre Bordage et éditée par les éditions L’Atalante. Les deux premiers tomes sont d’ores et déjà sortis et le début de l’année prochaine verra l’arrivée du troisième épisode : Frère Kalvin. Avec sa couverture qui fait penser aux œuvres de Science Fiction ultra pointues, où les auteurs philosophent sur des unités de mesure inexistantes, Frère Ewen est ce qu’on pourrait appeler l’incarnation même du dicton L’habit ne fait pas le moine. Et ça tombe bien, puisque c’est là l’histoire d’un frère. Ah ah, je suis drôle. Synopsis.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage

Ewen est un habitant de la planète Boréal, il vit paisiblement depuis quelques années déjà dans une grande maison avec sa femme enceinte et sa petite fille de trois ans, dans laquelle ils s’apprêtent à passer trois mois en autarcie complète : l’hiver, dans cette région, est tellement froid qu’il est impossible de rejoindre la première ville habitable sans risque la mort. Mais voilà, alors qu’il allait rentrer se réfugier du froid mordant de la neige, une voix, celle de la Fraternité du Panca retentit et lui demande de se mettre en route pour une planète d’un système tellement éloigné qu’il lui faudra plus de 80 ans de voyage pour l’atteindre. Car Ewen n’est pas seulement un homme, c’est aussi un frère, un frère de la Fraternité du Panca, une communauté qui n’a rien de religieuse à proprement parlé, mais dont l’un des piliers est l’obéissance aveugle et systématique à la hiérarchie. Certes, Ewen pourrait tout simplement ignorer l’appel et rentrer bien au chaud enlacer son épouse. Mais ce serait sans compter la puissance de l’appel de la Fraternité, il doit et ne pourra rien faire d’autre, c’est tout simple.

C’est donc un voyage qui va durer plus de 80 ans que Pierre Bordage nous propose de faire, un voyage qui nous fera traverser tout un univers, mais dont la plus grande partie se passera dans l’espace, dans le néant. Nous allons suivre Ewen dans son aventure, ainsi qu’un autre personnage, Olméo, qui va pour des raisons complètement différentes faire un parcourt plus ou moins proche que celui de notre frère. Il va donc se retrouver mêlé, de près ou de loin, à la destiné du héros. Enfin, héros c’est vite dit, car ni Olémo, ni Ewen ne sont des héros, et c’est bien là le plus fort de l’écriture de ce livre. Nous suivons un personnage qui n’a rien d’un héros, mais qui doit se comporter comme tel, abandonner sa famille sur un simple ordre et entreprendre un voyage quasiment inhumain tout en abandonnant tous les siens derrière lui, sans pouvoir leur dire pourquoi.

Pierre Bordage

Pierre Bordage

J’ai longtemps fustigé contre les auteurs français de Science Fiction, mais je dois aujourd’hui admettre ma mégarde. Après Alain Damasio (La Horde du Contrevent) et tout récemment Frank Ferric (La Loi du Désert), Pierre Bordage gagne haut la main et de façon méritée une place dans notre liste des très bons auteurs du genre. Frère Ewen ce n’est pas un simple livre de Science Fiction, c’est un envoutement constant, une superbe aventure humain que nous vivons à fond pendant les quelques quatre cent quarante-six pages que comporte le livre. A dire vrai, j’ai tellement aimé ce livre que les mots et les qualificatifs pour le décrire me viennent un peu trop rapidement et pourtant, cela fait déjà trois semaines que j’ai terminé sa lecture.

Lors de ce récit nous allons tout d’abord découvrir un monde imaginé par Pierre Bordage des plus envoutants et détaillés. Nous allons avoir droit à un périple qui va nous permettre de découvrir une multitude de races, de coutumes, toutes très bien décrites et jamais trop pour autant. Il est assez hallucinant de voir à quel point l’auteur a pu imaginer autant de diversités crédibles, autant de religions, de faits divers, qui rendent son monde totalement envoûtant et finalement très terre à terre.

Il nous parle de dizaines et dizaines d’étoiles, de terres différentes, et à aucun moment on se demande s’il sait ce qu’il y a sur ces planètes, et s’il ne les cite pas simplement pour combler un vide ou pour rendre son monde plus grand. Non, il est clair qu’il le sait, il ne nous l’a pas encore montré, c’est tout. De nombreux points de la civilisation sont abordés, cela va de la technologie, logique puisque nous sommes dans un Space Opera, aux religions, aux coutumes, aux problèmes politiques en passant par la grande criminalité. Pour nous plonger au mieux dans cet univers si différent du notre, chaque chapitre est précédé la plupart du temps d’un extrait d’une encyclopédie qui fut écrite bien des siècles après notre récit.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage C’est ainsi que ces articles encyclopédiques nous font parfois entrevoir la problématique du prochain chapitre. Souvent, ils nous aiguillent en bien, mais parfois ils nous trompent tout autant. On s’attendra ainsi à la réussite du héros face à un danger, alors qu’il y laissera des plumes, etc. La narration est organisée au tour à tour, c’est-à-dire que chaque chapitre s’articule autour d’un héros, et qu’on en change en changeant de chapitre. Pierre Bordage nous propose ainsi quasiment systématiquement des suites de cliffhanger qui ne nous donnent qu’une envie : continuer. Et encore, ce n’est pas comme si il avait eu besoin d’utiliser cet artifice pour nous y pousser. La narration est servie par une très belle plume qui ne perd jamais son lecteur dans des détails superflus. L’auteur a beau souvent insister sur des sentiments ou les impressions de nos héros, ce n’est jamais de trop, on ne frôle jamais le too much. Au contraire, on se sent tellement proches de nos personnages que l’on considère ça comme normal.

Ces derniers sont très fouillis, on peut bien les cerner et imaginer leurs réactions qui ne nous surprennent finalement que rarement. Et c’est vraiment un bon point puisque cela veut dire qu’ils sont bien construits. Outre les deux personnages que l’on suit, on va voir un assez grand nombre de personnages secondaires. Certains seront très éphémères tandis que d’autres resteront un peu plus longtemps. Dans tous les cas, ils gagnent très rapidement une profondeur tout à fait comparable aux deux personnages principaux, ce qui rend le roman d’autant plus agréable. On s’y attache forcement moins, mais ce n’est pas pour autant un défaut.

Il est vraiment dommage que la couverture du livre réalisée par Sylvain Demierre soit si austère et froide, car c’est donner une connotation bien trop Science Fiction de boulons à ce livre. Car on est vraiment loin de la Science-Fiction qu’on peut lire avec un Robots d’Asimov ou La Guerre des Gruulls d’Andrevon. On lit ici de la Science Fiction humaine, presque épique, qui par son côté proche des héros nous fera bien plus penser à la Fantasy qu’autre chose. Bref une telle claque que j’ai déjà commencé la suite de La Fraternité du Panca, Sœur Ynold, et que je vous le conseille plus que chaudement.


Soeur des Cygnes, Tome 1, de Juliet Marillier

Serafina dans Critiques, Livres le 3 octobre 2009, avec 7 commentaires
Critiques

Sœur des Cygnes vient de paraître aux éditions l’Atalante. Il s’agit de la première partie d’une réécriture d’un célèbre conte de Grimm par Juliet Marillier. Dans sa version originale, le roman date de 1999 et a pour titre Daughter of the forest. Si vous ne connaissez pas ce conte traditionnel, vous pourrez le lire gratuitement sur Internet ici. Le roman est servi par une très belle couverture de Benjamin Carré. Ce dernier a d’ailleurs réalisé les couvertures de Retour au Pays de Robin Hobb, celle du Quadrille des Assassins ou encore les superbes couvertures de Rhapsody, autant vous dire que ce n’est pas un inconnu et qu’en plus c’est superbe. J’ai pu voir certaines libraires ranger ce livre dans les livres pour enfants, et je ne suis pas du tout d’accord, notamment à cause de la présence de certaines scènes qui ne seraient pas à conseiller aux plus jeunes. Ce n’est pas parce que c’est la réécriture d’un conte que c’est pour enfants, loin de la. Donc, synopsis.

Soeur des Cygnes de Juliet Marillier

Sorcha est le septième enfant d’un septième fils. Elle vit entourée de ses six frères dans un château bien caché au cœur de la forêt. Sa mère est morte en la mettant au monde et son père un peu bougon, laisse ses enfants à eux même. Jusqu’au jour où il décide de se remarier, et qu’il s’avère que Lady Oonagh a tout de la marâtre indésirable. Quand une malédiction est lancée sur ses frères, Sorcha est la seule à pouvoir faire quelque chose: elle devra tisser six chemises, et ne pas parler ni rire pendant 6 ans.

Bien évidemment, les grandes lignes sont connues, vu que le conte est relativement populaire. Nous connaissons donc la plupart des gros rebondissements. Cela pourrait certes paraître très rébarbatif, mais il n’en est rien. Car heureusement, Juliet Marillier réussit à faire une recette originale avec des ingrédients connus. Elle arrive tout d’abord à situer l’histoire et à lui donner un background crédible. Nous sommes en Irlande, plus ou moins à l’époque de Merlin car on nous parle en effet d’invasions des Britons et des Pictes, ce qui nous permet de situer l’histoire aux alentours du Vème siècle. La datation n’est pas précisée, je ne suis pas historienne, c’est donc une approximation, mais cela vous permet de vous faire une idée. Du fait de cette situation historique, il n’est donc pas choquant de voir les gens croire au petit peuple, on pense bien sur aux légendes d’Avalon qui ont popularisé  cette période de l’histoire de la Grande-Bretagne. La magie est donc présente, mais de manière assez discrète. On croit aux fées, et elles existent d’ailleurs, on croit aux gens qui se font enlever par le petit peuple. Les malédictions et les destinées sont contées par les anciens, les histoires orales forment la culture de cette époque.

Soeur des Cygnes de Juliet Marillier Allemande

La couverture allemande n'est pas en reste !

D’ailleurs, notre héroïne, Sorcha est passionnée de conte et en connaît beaucoup. Elle en raconte plusieurs tout au long du récit, elle y croit et c’est ce qui lui permettra d’accepter sa malédiction parce que c’est toujours comme cela dans les contes. Les personnages sont développés et ont tous leur personnalité. Sorcha est particulièrement attachante. On a droit à un personnage féminin, doué de certains dons (notamment au sujet des plantes) mais on est à mille lieues d’une Mary-Sue, elle a aussi des défauts et elle ne réussit pas tout ce qu’elle entreprend. Les personnages sont nuancés et c’est un très bon point.

L’écriture de Juliet Marillier est très agréable, douce, la plume est fluide et on ne s’ennuie pas un seul instant. L’auteur installe très vite un monde à la fois doux, mystique et un peu merveilleux. On est vite emporté dans cette Irlande  magique, et pour moi qui suit fane de littérature Arthuriène, je ne pouvais mieux tomber, même si cela ne se passe pas exactement à la même époque. On retrouve la même. Les péripéties de l’héroïne vont plus loin de le conte lui même et l’enchaînement est logique mais surtout crédible. Ce n’est peut être pas mon roman de l’année, mais c’est un roman très agréable qui vous transporte pendant ses 350 pages dans un monde  féerique, bien que tout n’y est pas rose. C’est reposant. A lire pour passer un bon moment, enchanteur.

A noter que le roman a gagné le prix du meilleur roman romantique, mais j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi parce que je ne vois pas ce qui pourrait permettre au roman d’être qualifié dans cette catégorie… La suite sort le mois prochain et la couverture est encore plus belle !


La Guerre des Gruulls est le deuxième roman de Jean-Pierre Andrevon publié dans l’anthologie Très Loin de la Terre éditée par Bragelonne il y a quelques semaines. Il fait suite au roman Le Temps des Grandes Chasses dont vous parlait Serafina il y a peu, bien qu’il ait été écrit en 1971, soit deux ans avant, sous le pseudonyme de Alphonse Brutsche. Bien entendu, anthologie ne veut pas dire série et donc il n’y a strictement aucun lien entre les deux œuvres, si ce n’est l’auteur et son talent pour le Space Opera. Synospsis.

Très Loin de la Terre de Jean-Pierre Andrevon

Cela fait désormais des siècles que l’expansion humaine sur les planètes de l’univers ne connaît aucun revers. Bien que limitée à la vitesse de la lumière, cette colonisation de tout ce qui peut l’être a été simplifiée par d’autres avancée technologique, et la première d’entre elle est l’hibernation qui permet à des humains de faire des trajets de cinquante ans sans prendre une ride. Seulement, cela a une limite : lorsque l’extrémité du monde humain se fait attaquer par une autre race intelligente, il faudra plus de cent cinquante ans avant que la Terre ne puisse le savoir. Alors quand on fait face à ennemi qui maîtrise le saut en hyper-espace et un rayon auquel les humains ne peuvent résister, il est tout à parier que la Terre soit rasée bien avant que les informations ne puissent lui parvenir.

La Guerre des Gruulls est donc un Space Opera qui nous montre une guerre entre les humains et une seconde race intelligente, voir plus intelligente même. Cette race qui n’est jamais décrite est mystérieuse et surtout inquiétante pour l’humanité et pour le lecteur lui-même. Andrevon nous présente ici une crainte qui peut être ressentie par nombre d’entre nous, celle d’un ennemi extra-terrestre qui envahirait notre monde et dont les technologies de meurtre surpassent de loin les nôtres. Et c’est exactement ce qu’il se passe ici.

La Guerre des Gruulls de Jean-Pierre Andrevon

Ancienne couverture

L’auteur joue avec une notion que je présente souvent comme la clé de suspens et de l’intérêt de la Fantasy : celle du temps, des qui pro quo, et du manque d’information. Bien que La Guerre des Gruulls ne le traite pas de cette façon, elle l’utilise tout de même pour nous inquiéter avec. Quand vous faites face à un ennemi qui se déplace bien plus vite que vous, et qui peut apparaître partout, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Un peu comme si vous vouliez avertir un proche d’un grand danger, mais que quoi que vous fassiez, vous arriveriez forcement après le tueur.

Le livre s’axe donc en deux parties, une première très Space Opera où à de nombreux moments on peut considérer le considérer comme un gros précurseur de nombreux films d’action des années 90 et 00. Je pense notamment à un Starship Troopers dont l’ambiance, les circonstances (guerre contre une autre race) sont tout à fait comparables : on s’engage pour voyager dans l’univers, et on se retrouve à se battre pour une cause désespérée, etc. Cette première partie est vraiment excellente et on tremble avec les personnages piégés dans ces cargos de métal contre des ennemis qui ne craignent pas le moins du monde nos armes.

Vient ensuite une deuxième partie où on suit réellement les personnages qui venaient de nous êtres présentés, une escouade qui pilote un vaisseau mouche. Cette seconde partie est bien moins épique au sens propre du terme, mais tout aussi intéressante. Je n’entrerai pas dans les détails pour ne pas vous en dévoiler l’intrigue mais il s’agit cette fois d’une Science Fiction plus calme, plus exploratrice et scientifique à proprement parlé. Nous allons comme vous vous en douter ainsi découvrir, par un grand hasard, la civilisation extra-terrestre et apprendre à la connaître.

Au final, le livre nous propose une fin crédible et sans raccourcis rocambolesques comme on peut souvent en trouver chez les auteurs typés Philip K. Dick. La cerise sur le gâteau vient sans nul doute du fait que malgré ses presque 40 ans, le roman, les technologies avancées et qui y sont décrites, mais aussi les enjeux, ne sont pas devenu obsolètes. Un roman très agréable qui vient confirmer que Très Loin de la Terre est parfait pour découvrir de la vieille Science Fiction qui une fois encore, n’a pas pris une seule ride !