Le Manoir des Immortels est le premier roman d’Ambre Dubois, il est paru en 2007 aux éditions Nuits D’avril. Ce premier tome de la série Les Soupirs de Londres s’est épuisé, et après deux années de promesses de rééditions, de reports, et compagnie, la nouvelle est tombée, Nuit d’Avril fermait ses portes, condamnant des romans à devenir des perles rares à chercher chez les bouquinistes. On pense notamment à Angemort de Sire Cédric, dont on vous a déjà parlé. Sauf que Ambre Dubois, elle a plus d’un tour dans son sac, vu qu’elle fait partie des fondateurs de la maison d’édition du Petit Caveau. Donc, au final, Le Mannoir des Immortels est réédité chez le Petit Caveau, et ça vient tout juste de sortir. Alors évidemment, au vu du synopsis, on peut se dire que c’est une bonne nouvelle. Synopsis ?

Les Soupirs de Londres, Le Mannoir des Immortels 1, de Ambre Dubois

Nous sommes à Londres à la fin du 19ème. La ville est secouée par une série de meurtres affreux. On murmure partout le nom de Jack L’éventreur. Stella est une vampire, depuis quelques quatre cents ans. Les meurtres causés par Jack risquent d’attirer l’attention sur la communauté des immortels de la ville. Tandis que certains vampires enquêtent sur les meurtres, Stella est chargée d’enquêter sur l’une des familles de la ville, qui est un peu étrange… Aucun lien apparent, mais qui sait…

Bon, alors là, évidemment, vous me connaissez, il n’en faut pas plus pour me mettre l’eau à la bouche. Certes, la couverture n’est pas très jolie, immonde même d’après mes camarades de classe. Mais vous connaissez la loi de la couverture non ?

Et bien, encore une fois, la loi de la couverture semble se réaliser. Ce premier tome de la série Les Soupirs de Londres est un excellent livre. L’atmosphère, tout d’abord est très bien retranscrite. Les ruelles sombres de Londres, un peu crades aussi, le faste des demeures victoriennes , la lourdeur des jupes, tout est là pour vous emmener dans cette ère tourmentée qu’est l’ère victorienne.

Les personnages sont assez nombreux et tous très intéressants. On découvre les vampires de Londres, organisés un peu comme dans les univers Bit-Lit, sous la responsabilité d’un Prince. Tous ont leur petits caractères. Stella, bien sur, mais aussi le ténébreux Drake, ou la légère Celeste (admirez le jeu de mot …).  Aucun n’est traité par dessus la jambe et il est impossible de ne pas s’attacher à eux.

Les Soupirs de Londres, Le Mannoir des Immortels 1, de Ambre DuboisL’enquête, enfin, les enquêtes, sont rondement menées. C’est à noter, car généralement les enquêtes dans les livres de vampire c’est plutôt un gros prétexte. Il n’est pas rare de voir les héroïnes de Bit-Lit mener des enquêtes et gérer les indices d’une façon totalement incohérente. Mais pas là. On est baladé comme dans un roman policier. On a donc droit à de nombreuses fausses pistes et à des indices plutôt bien dissimulés. On pourrait qualifier ce roman de who dunnit sans le moindre problème. La révélation finale est bien amenée et traitée à contre pied, ce qui contribue à la fraîcheur du roman.

Car en effet, si on peut y apposer un qualificatif ce serait bien celui là. Le style d’écriture est léger, vif et enjoué. Les répliques des personnages sont parfaitement naturels. Il est fréquent de voir des auteurs soigner leurs dialogues quitte à les rendre tout sauf naturels. Ici les répliques fusent sans le moindre problème. Stella est vive, elle est réellement très proche de n’importe qui. La belle hongroise ne s’est en effet pas mortifiée avec les siècles (je suis en forme moi ce soir). Il en résulte une lecture très plaisante.

Le roman fait à peu près 250 pages, qui passent très vite. Tellement que j’en viendrais presque à le relire directement tellement je l’ai apprécié. Cela faisait un moment qu’un bouquin de vampires victoriens ne m’avait pas autant plu. En parlant de vampires, la vision de l’auteur est clairement explicitée, contrairement par exemple à ce que j’avais reproché à De Notre Sang. elle est relativement personnelle et j’ai été pas mal séduite. Les vampires y sont présentés comme de puissance tous très différentes, et l’héroïne est loin d’avoir des supers pouvoirs… Le gros de ses pouvoirs viennent de sa vie de mortelle. Vie dont on sait très peu au final.

On peut en déduire de la fin que nous en apprendrons bien plus dans le deuxième tome, Le Sang d’Hécate, qui est prévu pour février aux Editions du Petit Caveau, avec une très belle couverture. Je ne saurais que vous conseiller de vous procurer ce roman, ou de vous le faire offrir à Noël, car Ambre Dubois signe là une œuvre d’une très grande qualité qui devrait plaire à tous les amateurs de vampires, d’ambiances sombres et victoriennes. D’autant que le tome peut très bien se lire tout seul et ne nécessite en aucun cas la lecture de la suite !


La Malédiction d’Old Haven de Fabrice Colin

Serafina dans Critiques, Livres le 27 octobre 2009, avec 12 commentaires
Critiques

La Malédiction d’Old Haven est un roman français de Fabrice Colin qui est sorti en 2007, en grand format chez Albin Michel au rayon livres pour adolescents. A l’époque je voulais le lire, mais bon, les grands formats ça coûte cher. Ça tombe bien, le roman vient de sortir en poche chez le Livre de Poche. Bien plus abordable. Je suis un peu déçue du choix de la couverture, la jolie illustration de l’édition grand format a été remplacée par un montage photographique très connoté Harlequin… Bon, honnêtement, je n’aurais pas eu en tête l’illu de la version jeunesse je n’aurai jamais été tentée. Donc synopsis.

La Malédiction d'Old Haven de Fabrice Colin

Mary Wickford a 17 ans, elle a été élevée à l’orphelinat par des sœurs. Maintenant devenue adulte, elle doit aller vivre par elle même. Elle part donc chercher du travail dans l’Est américain du 18ème siècle. En effet, ce roman se passe en Amérique, peu de temps après le procès de Salem. Il se trouve que la jeune fille est attirée par un joli petit village : Old Haven. Ce village lui dit quelque chose. Des décennies auparavant c’est la qu’on brûla une certaine Lisbeth Wickford.

Voila pour le synopsis. Si il y a bien un type de livre que j’aime ce sont les livres sur les sorcières. Si les vampires sont en ce moment à l’honneur je trouve qu’on n’a pas assez de sorcières. Sorcières, Amérique tourmentée dans la région de Salem, 18ème, il y a la tout les ingrédients pour me plaire. Mais qu’en est-il réellement? Eh bien je serais bien en peine de vous le dire.

Tout d’abord, j’ai été totalement perdue par le livre. Au départ je n’ai pas trouvé la narration très claire. L’auteur fait des flash-backs ou des flash-forwards sans prévenir et j’ai du relire certains passages pour comprendre. Ensuite, le monde m’a perdu. Moi en lisant le résumé et les premières pages, je pensais qu’on était dans notre monde, le contraire n’étant indiqué nulle part. Alors certes on nous parle de Gotham mais comme c’est le surnom de NY après tout, pourquoi pas. Et puis, au fur et à mesure, des petits indices nous font douter, mais on n’est fixé qu’a la page 85 à peu près. Un peu long quand même pour découvrir ce qui sera une base pour le reste du récit. Bon il y a 730 pages par là, mais c’est pas une raison.

La Malédiction d'Old Haven

Donc, en faite, c’est une Uchronie. Mais une Uchronie à la Frankia, c’est a dire que j’ai eu l’impression qu’elle ne servait à rien à part à dire j’ai mis de la Fantasy. Donc oui, il y a un trip avec des dragons, il y a des chats mécaniques et un gros vilain magicien, mais à part ça… La part de l’Uchronie n’est pas très exploitée, et je suis persuadée que faire le même roman dans notre monde n’en aurait pas été moins bien. Balancer des dragons et deux ou trois trucs, ça ne suffit pas pour moi. C’est trop léger.

Heureusement, une fois que les bases sont établies, ça va beaucoup mieux. Le récit alterne entre l’histoire de Mary et des histoires plus ancienne qu’elle lit ou qui lui sont racontées. Par le biais de ces divers narrateurs, nous pouvons donc avoir une idée plus précise du monde mais aussi des protagonistes.

L’auteur mêle savamment de nombreux pans de la culture populaire américaine dans son intrigue. Ainsi on retrouvera  de nombreuses références à Washington Irving, mais aussi à Lovecraft. Bon, évidemment, pour la fane que je suis, croiser Chtulhu ou Nyarlatoteph ça n’a pas de prix (et pour le reste …). L’auteur livre là un joli hommage aux pionniers de la littérature de l’imaginaire. Cependant, j’ai trouvé dommage qu’il n’y ait pas à la fin des précisions sur la paternité de tel ou tel créatures, parce que je pense que le jeune public (auquel s’était destinée dans l’édition de base) puisse connaître les références, et que le livre aurait pourtant pu être une bonne introduction à l’univers Lovecraftien.

La Malédiction d'Old Haven de Fabrice ColinL’univers sombre et un poil gothique de l’Amérique du 18ème siècle est très bien rendu, et on n’a aucun mal à visualiser les scènes et lieux qu’on rencontre au cours du bouquin Et pour peu que vous appréciez l’époque, comme moi, c’est un vrai régal. On notera aussi les nombreuses références à l’épisode de Salem qui permet d’ancrer l’histoire dans la réalité. C’est un thème trop peu souvent abordé a mon goût, et d’ailleurs, si vous avez d’autres livres se passant vers la même époque dans le même coin, je prends avec plaisir.

L’intrigue quant à elle est rondement menée, pas de temps morts et les événements s’enchaînent. Tout coule de source et ne manque absolument pas de logique. Les personnages sont attachants et loin d’être manichéens. Le livre est idéal pour les adolescents et/ou jeunes adultes comme introduction à la Fantasy. On est projeté dans un monde intéressant, c’est très prenant et on s’attache aux personnages. Il y a tout les ingrédients d’un bon roman de Fantasy : de l’aventure, un poil d’amour, un monde auquel on peut se rapprocher, une héroïne a laquelle tout le monde peut s’identifier (elle n’a pas de super pouvoirs non plus…) . L’identification à l’héroïne est renforcée par le fait que ce livre est à la première personne.

Au final, un bon livre pour les débutant dans la Fantasy, qui leur permettra de découvrir de grandes références. Il est cependant probable que les lecteurs plus expérimentés tiquent un peu.


Les enchantements d’Ambremer de Pierre Pevel

Serafina dans Critiques, Livres le 25 octobre 2009, avec 5 commentaires
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Les enchantements d’Ambremer est un roman français de Fantasy paru en 2004. Il est signé Pierre Pevel, dont dabYo vous avait déjà parlé dans sa critique des Ombres de Wielstadt qui s’est révélée être une bonne surprise. C’est ainsi qu’en voyant ce livre, sa jolie couverture et son résumé aux accents Steampunk, on n’a pas hésité bien longtemps.

Les Enchantements d'Ambremer de Pierre Pevel

En effet, nous voici dans le paris des années 1900, la Belle Époque. Le métro vient d’apparaitre, la Tour Eiffel aussi, et les femmes portent encore la Crinoline. Sauf que la Tour Eiffel est en bois, qu’elle scintille, que certaines femmes sont des fées ou des sorcières, et qu’accessoirement, un métro relie Paris à l’Outremonde, le monde de la magie. Ici les créatures surnaturelles (gnomes, fées, mais aussi licornes, sorciers, etc) sont pleinement acceptés par l’opinion publique et ont même pignon sur rue. C’est dans ce contexte que nous rencontrons notre héros Griffont (je ne vous citerais pas son nom complet car c’est trop long) qui va se trouver mêlé à une série de meurtres bien étranges.

Les Enchantements d'Ambremer de Pierre PevelIl s’agit donc d’une sorte d’Uchronie, qui pourrait être rapprochée du Steampunk de par son placement historique. Ces deux qualificatifs le rangeraient donc dans la Science-Fiction de droit, mais en plus c’est bourré de Fantasy, donc on dira que c’est de la Science Fantasy. A noter aussi que c’est un livre sans prétention, qui ne prétend pas être engagé ou vous apprendre à réflechir sur le monde. Non, c’est une lecture de détente, et ce n’est pas forcément un mauvais point. C’était aussi le cas pour Les Ombres de Wielstadt.

Il faut le dire, le point fort, c’est l’univers, à la fois historique et fantastique. En effet le pari était risqué, mais il est relevé haut la main. Le paris de la Belle Epoque est parfaitement retranscrit et on se plonge avec plaisir dans cette période, tout comme on se plongerait dans un Arsene Lupin. En plus c’est en France, donc c’est plus simple et on retrouve avec plaisir des lieux importants de notre belle capitale. Cependant, en plus de cela, on évite les stéréotypes de la Fantasy. Contrairement Frankia de Marcastel, les personnages ne sont pas stéréotypés, les fées ne sont pas toutes gentilles et mièvres, la magie est bien amenée, bref, on passe loin des sentiers déjà battus. L’acceptation des créatures surnaturelle semble somme toute assez naturelle et bien amenée. A noter aussi qu’on croisera aussi des personnages réels tels que Lord Dunsany ou Melies.

Les Enchantements d'Ambremer de Pierre Pevel En plus de cela le style de l’auteur est réellement agréable, allègre et proche du lecteur, la lecture est légère et enjouée. On suit très bien et il n’y a pas besoin de beaucoup de temps pour rentrer dans le roman. Les personnages sont hauts en couleurs, tout en étant suffisamment nuancés. On suit avec plaisir Griffont et ses acolytes (ou même ses ennemis) dans cette ambiance si particulière.  Bon malheureusement, l’histoire est traitée de manière un peu superficielle, le livre n’étant réellement pas gros. 300 pages à tout casser, pour nous introduire le monde, pour nous amener une enquête et pour la résoudre, c’était peut être un peu juste. Mais qu’importe de toute manière l’histoire ce n’est réellement pas le plus important, contrairement aux personnages et au monde.

L’immersion est réussie, et on reste un peu sur notre faim lorsqu’on arrive aux dernières pages. Heureusement, il y a un deuxième tome, qui apparemment se lit de manière totalement indépendante. On est du coup très proche du principe de la Bit-Lit : tomes indépendants, fantasy urbaine, mais sans le coté dégoulinant. Il y a un peu d’amour, mais sans plus, c’est vraiment survolé, et pas du tout primordial. A lire pour passer un bon moment, ou pour découvrir un univers fascinant.


Bien qu’on en parle rarement ici, nous sommes de grands fans de musique, et notamment de Métal. Rien de plus étonnant donc de voir une fille et un garçon aux cheveux longs à votre droite. Les fans de Métal sont bien connus et reconnus. Et quand on est un stéréotype, autant en tirer parti et en jouer : je vais donc aujourd’hui vous présenter un groupe de Métal, un vrai de vrai, dont la classification est tellement aisée qu’elle nécessite au moins trois sous genres, dont au moins l’un d’entre eux n’est partagé par aucun autre groupe. Faites place à Diablo Swing Orchestra, un groupe suédois qui va vous plonger dans le Métal Symphonique, Progressif, et Avant-Gardiste ! Bien que moi, je le caserai bien plus dans l’Opera Métal voir le Jazz Métal.

Sing Along Songs for Damned & Delirious de Diablo Swing Orchestra

Diablo Swing Orchestra, DSO pour les intimes parce que ça va me fatiguer sinon, est un groupe que nous avons découvert il y a quelques années et dont le second album vient tout juste de sortir. A l’époque, le groupe avait fait sensation notamment parce qu’il proposait un son comme pas deux. Prenez une ambiance très Jazz, ajoutez y de bons gros riffs de Métal, un tempo entraînant, un fond sonore saturé, presque diabolique, mélangez le tout et saupoudrez le d’une superbe voix féminine, très Opera, et vous l’avez : Diablo Swing Orchestra.

Diablo Swing Orchestra - The Butcher's Ballroom Leur premier album était génial, alors forcement, quand on compose un superbe album, on est attendu au tournant. On vous observe, allez vous le passer sans encombre, transcender votre niveau, ou bien vous ramasser avec la grâce que l’on connaît aux chats dès que l’on en possède un ? Hmmm.

Autant le dire tout de suite, DSO a su retomber sur ses pattes et trouver la grâce que l’on veut bien donner aux chats avant de les connaître réellement. Et ce second album, sobrement appelé Sing Along Songs for Damned & Delirious, est tout simplement excellent. Je ne le pensais pas possible, mais il surpasse en tous points le premier. Avec un rythme effréné tout au long de ses dix morceaux, l’album propose un superbe voyage au sein de l’univers DSO. Un univers somme situé au croisement d’un cabaret ou d’un asile. En effet, DSO est un groupe emprunt d’une certaine folie, totalement décalé.

Comment résister aux différentes rythmiques et sonorités de Bedlam Sticks qui est sûrement ma préférée de cet album ? Comment ne pas fondre devant la superbe voix de Annlouice Loegdlund qui alterne entre lyrisme et dialogues rapides avec la voix masculine (voix death) du groupe, Daniel Hakansson ? Arg arg !

Eh bien, je n’en ai aucune idée, puisque je me suis procuré le CD dès que possible dans l’un des commerces de ma ville, bon, on est allé le demander trois fois à l’espace culturel du coin, mais maintenant il trone dans le rayon nouveauté. Et comme il est toujours difficile de parler de choses que l’on aime, je vais avoir du mal à vous en dire plus. Cet album se doit d’être écouté, que vous soyez ou non fans de Métal, car il transcende les genres et est à des années lumières de ce que l’on appelle communément le Métal.

Diablo Swing Orchestra

Il est en tout cas étonnant que j’aie pu trouver l’album si facilement, puisque le groupe est plutôt inconnu du grand public. Mais dans tous les cas, je vous encourage à les découvrir, puisqu’à l’occasion de la sortie de ce deuxième album, DSO a décidé de passer sa musique dans le monde du libre, et surtout, du gratuit, et vous avez la possibilité d’écouter dès à présent et gratuitement The Butcher’s Ballroom sur Jamendo ! C’est par ici.


Self Made Man de Poppy Z. Brite

Serafina dans Critiques, Livres le 20 octobre 2009, avec 5 commentaires
Critiques

Self Made Man est un recueil de nouvelles de Poppy Z. Brite. Il est édité au Diable Vauvert et est une de ses œuvres les plus aisées à trouver, avec son dernier roman, Alcool, vu qu’ils sont tous deux à la Fnac. Il s’agit de douze nouvelles dans le plus pur style de Brite, de la Brite des années 90 j’entends, c’est à dire, gore, sexuel, violent et décalé. On est au cœur de l’Amérique, mais l’Amérique des laissés pour compte, des perdus, des oiseaux noirs comme elle les appelle.

Self Made Man de Poppy Z. Brite

Le livre commence avec une introduction pour le moins décalée et totalement hallucinée de Peter Straub, que j’ai eu du mal à suivre, mais qui vous met tout de suite dans l’ambiance. L’ambiance un peu sale de la Nouvelle Orléans, un peu paumée, carrément barrée même par bien des aspects.  Comme les autres oeuvres de l’auter de cette époque (Corps Exquis, Ames Perdues), le livre est à déconseiller aux personnes sensibles car si les scènes de sexe ultra explicite, l’homosexualité, les déviances diverses vous dégouttent alors abandonnez toute idée de lire ce bouquin. Poppy n’est pas le genre d’écrivain à faire dans la dentelle, il faut appeler un chat un chat (et sachez que j’ai résisté à vous faire un très mauvais jeu de mot là).

Il n’y a pas de complaisance, les mots sont les mots, la vulgarité (si on peut dire) est là, car elle sied l’ambiance. Il aurait était bien étrange de lire des mots soutenus pour ce qui est décrit dans le livre. Et au contraire je trouve même que ce vocabulaire familier, voir vulgaire donne tout son charme aux nouvelles, oui c’est assez paradoxal, mais Brite réussit à faire de l’or avec les substances les plus basses. C’est malsain, c’est sombre, c’est du Brite.

Poppy Z. Brite

Poppy Z. Brite

C’est aussi ce qui fait sa force. Je n’ai jamais lu d’autre écrivain capable à ce point de déranger et de décrire des ambiances malsaines, Bukowski à coté, c’est de la limonade. Poppy Z. Brite a un talent indiscible et indéniable. C’est une des plus grandes auteurs de la littérature d’horreur, mais je préfère vous prévenir, je n’ai pas envie que vous me teniez pour responsable de la nouvelle peinture de vos toilettes.

Il s’agit la d’un recueil sans réel fil directeur. Certaines des nouvelles sont des commandes, d’autres des collaborations, certaines autres ont été rédigées pour des anthologies. Du coup, la qualité est un peu inégale. Certaines nouvelles ont un niveau en deçà des autres et des habitudes qu’on peut avoir quand on connaît l’auteur. Cependant, ça reste du Brite, c’est à dire un très bon style , une fluidité très présente. Il faut le dire certaines manquent de peps. Certaines aussi vous sembleront un peu des redites si vous avez lu le reste de sa bibliographie, je pense notamment une nouvelle très nécrophile (Self Made Man, pour la citer),qui n’est pas sans rappeler Corps Exquis, en plus soft. Cependant les amateurs retrouverons avec un grand plaisir  Trevor et Zach les deux héros de Sang d’Encre. Et puis surtout, on retrouve les deux personnages les plus emblématiques de l’auteur: Steve et Ghost, de son roman Ames Perdues , dans la nouvelle America.

Pour le reste c’est très éclectique, de la mafia de  Honk-Kong à une nouvelle sur le Tueur à la Hache (seul tueur en série de la Nouvelle Orléans), on y découvre des facettes inconnues de Brite. Ces deux histoires sont d’ailleurs à mon avis en dessous des autres, mais il faut aussi dire qu’elles sont plus softs. Bien évidemment, en plus de l’horreur, de la drogue et du sexe, l’humour n’est pas absent. Un humour assez spécial il faut le dire, mais plutôt décapant. La réplique « Jesus t’aime. Oui mais t’aime-t-il assez pour avaler ? » fait partie des meilleures tous bouquins confondus . Enfin, ça vous donne une idée de l’ambiance.

Self Made Man est un très bon moyen de découvrir Poppy Z. Brite. De vous donner une petite idée de son ambiance de son monde et de son style. Un recueil qui se dévore, sans faim. Et c’est un vrai plaisir pour le fan de se replonger dans cette ambiance si particulière qui fait la force de l’auteur.


L’épée Lige de George R.R. Martin

dabYo dans Critiques, Livres le 18 octobre 2009, avec 5 commentaires
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L’épée Lige est la deuxième nouvelle de George R.R. Martin présente dans les Préludes au Trône de Fer. Je vous avais parlé de la première, Le Chevalier Errant, il y a quelques mois déjà, et j’ai rouvert le livre pour participer à la lecture commune du Cercle d’Atuan. Logique de toute façon, puisque j’avais prévu de patienter avec ces deux petites nouvelles jusqu’à la sortie du cinquième tome du Trône de Fer en VO, treizième tome chez nous donc. Bon, aucune nouvelle concernant cette sortie depuis lors, elle était supposément prévu pour l’automne 2009, mais je de plus en plus de doutes. Bref.

L'épée lige de George R.R. Martin

Comme d’habitude, pas de synopsis pour une nouvelle qui ne compte de toute façon qu’une petite centaine de pages. Inutile d’en révéler la moitié, bien que comme ceux qui ont lu la première peuvent s’en douter, l’Epée Lige reprend les personnages introduits dans la première nouvelle, Dunk le Grand, ainsi que l’Oeuf. L’histoire se passe quelques années plus tard, et il semblerait que Martin destine ce duo à des petites nouvelles parsemées au cours du temps, chacune présentant un peu mieux le bas monde du Trône de Fer. Comme le principe des chevaliers errants de la série le veut, nos deux personnages ont mis leur épée au service d’un seigneur qui en veut bien.

Il s’agit ici d’un tout petit seigneur et c’est donc l’occasion pour l’auteur de faire ce qu’il préfère, c’est à dire nous décrire un endroit miteux où la beauté des chevaliers, leur grandeur, toussa toussa, sont totalement inexistantes et où ils se marient au mieux avec la médiocrité ambiante. Enfin, il faudrait pour cela que les chevaliers errants soient à la base grands, beaux et forts. Bref, c’est donc le bas de la hiérarchie du monde de Westeros que Martin nous présente une fois de plus, et il faut avouer que c’est toujours agréable à lire. On a presque mal au cœur pour les pauvres paysans qui font partie de la levée d’armée, et qui ont pour seul matériel des boucliers de roseaux et une lance de bois. Aucun doute qu’ils se feront décapités au premier combat venu, et massacrer dès que les rangs tomberont. Martin étant un adepte de la mort injuste.

Contrairement à Serafina, j’ai trouvé cette deuxième nouvelle moins bonne que la première. Sans pour autant être mauvaise, la nouvelle ne parvient pas aussi bien à tirer sur la ficelle du fanatisme et les éléments qu’elle apporte pour le Trône de Fer, ou seulement les clins d’œil, sont bien moins intéressants que pour Le Chevalier Errant. Le thème principal de la nouvelle est sympathique, mais la fin m’a moins pris de court. Dommage, puisqu’il y avait bien matière à faire. Cependant, le tout reste assez original, bien qu’il traite d’un sujet que l’on voit souvent, une sorte de gouffre de Helm.

L'épée lige de George R.R. Martin

On notera quand même quelques difficultés de narration et donc de compréhension, aucune idée si cela vient de l’auteur -ce qui serait une première- ou si cela vient de la traduction, qui est plutôt bonne d’habitude. Mais il y a pas mal de passages où le récit saute du coq à l’âne sans nous en avertir, ou bien de dialogues où de nouveaux personnages parlent sans que l’on puisse se douter de leur présence. Bref, assez inhabituel.

Il ne me reste plus qu’à attendre la sortie du Trône de Fer Tome 13 désormais, à noter que la nouvelle se termine vers le Mur, et que c’est justement le Mur que nous devrions retrouver ! J’ai hâte.


Danse Mortelle de Laurell K. Hamilton

Serafina dans Critiques, Livres le 16 octobre 2009, avec 10 commentaires
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Cela faisait un petit moment que je repoussais le moment de lire Anita Blake Tome 6 : Mortelle Séduction. Il faut dire que j’avais eu des échos assez négatifs, comme quoi le roman était surtout centré sur les problèmes de cœur d’Anita (comme le Lunatic Café quoi) et ce n’est pas quelque chose que j’aime spécialement lire. Mais bon, je suis curieuse et je déteste laisser une série en plan. C’est pour cela que je vais continuer les True Blood, malgré Mortel Corps à Corps. Donc nous voici avec le tome 6. Anita est face à deux affaires. Tout d’abord un vampire végétarien, qui du coup se liquéfie et putréfie sur place, miam. Et en plus de cela, un contrat a été lancé sur la tête de notre réanimatrice préférée. Sa tête est mise à prix, très chère, et elle devient traquée. Bien sur à coté de cela elle est tiraillée entre Richard le Loup-Garou et Jean-Claude le vampire…

Mortelle Séduction de Anita Blake

J’avais peur d’être ennuyée par le triangle amoureux, mais au final non. C’est moins présent que dans le Lunatic Café par exemple. Alors certes, c’est là, mais ce n’est pas le thème principal du livre et au final cela ne m’a pas dérangée plus que cela Je ne vous spoilerai pas en vous disant que Anita choisit enfin, et qu’il ne devrait plus y avoir ce genre de triangles dans le futur. Le roman marque à ce niveau un certain tournant. Je sais que la série vire dans le cul dans les prochains tomes, et là c’est les prémices. Les premières scènes de cul (je ne dirais pas de sexe, parce que je ne trouve pas cela approprié) font leur apparition, et le sexe sale fait partie de l’atmosphère (on retrouve les loups garous qui tournent dans du porno). Je ne suis pas sure d’apprécier la direction que prend la sérié, mais il est trop tôt pour juger.

Ce triangle, et ce choix final, n’est qu’une représentation des deux aspects d’Anita. Depuis plusieurs tomes déjà, on nous fait peu à peu sentir qu’à force de se battre contre les monstres, elle en devient elle même un. Cette dualité est très intéressante, car c’est relativement rare dans les personnages de Bit-Lit. Les héroïnes y sont généralement les « gentilles », alors que là… Anita est parfois présentée comme la méchante et l’auteur ne justifie pas forcément les actes de son personnages. Richard représente le gentil, celui qui ne veut pas accepter sa bête, alors que Jean Claude représente le coté le plus sombre, celui qui a accepté sa nature. Anita va elle aussi devoir accepter sa nature ou se remettre en question. Apparemment la question de la monstruosité d’Anita est récurrente dans les prochains tomes et atteint un paroxysme au tome 9, que je meurs d’envie de lire maintenant !

Danse Mortelle, Anita Blake, de Laurell K. Hamilton

A noter que le titre en VO et en VF avant la réédition Milady était Danse Mortelle

On en apprend aussi plus sur un personnage assez énigmatique, Edward le chasseur de prime. C’est bien l’un des seuls hommes à graviter autour d’Anita qui n’ai pas envie de coucher avec elle (ouf). C’est un assassin professionnel, très sarcastique, une vision de ce que pourrait devenir Anita. Ce personnage est sans doute l’un des meilleurs de la série, énigmatique et charismatique à souhait. En tout cas il apporte un très gros plus au roman.

Le tome s’axe beaucoup autour des Loups-Garous. On en apprendre beaucoup plus sur le fonctionnement de la meute et ses particularités. Hamilton fait là du bon boulot, et nous présente une meute convaincante. Heureusement, car quelque chose me dit qu’on est loin d’en avoir fini avec elle, et le début du tome 7 me conforte dans cette idée.

De même Hamilton s’intéresse à l’aspect biologique des vampires. Il me semble que l’auteur est biologiste de formation, donc en soit cela ne m’étonne pas. Les aspects abordés sont innovants et crédibles. Je parle ici de la reproduction vampirique, qui fait partie d’une des sous intrigues de l’histoire. Cependant, j’espère que ce n’est pas pour préparer le terrain à une Anita enceinte, car la j’aurai du mal ! De même certains aspect des relations sexuelles vampiriques m’ont un peu surprises, notamment le fait que les vampires utilisent des préservatifs, oui je sais c’est un détail vraiment minime, mais ça m’a titillée… Mais bon, on peut supposer que c’est parce que l’auteur veut montrer le bon exemple à ses lectrices, pourquoi pas…

Après , oui, c’est le tome avec la scène de la baignoire, qui m’a laissée relativement de marbre (baignoire… marbre, oui non, c’est naze). Mais je ne vous en dirais pas plus, haha. Toujours est-il qu’au final, c’est un bon tome, que je ne me suis pas ennuyée, et que cela m’a donné envie de lire vite fait la suite. J’ai déja commencé le 7 qui s’appelle Offrande Brulée.


De Notre Sang de Adeline Debreuve-Theresette

Serafina dans Critiques, Livres le 14 octobre 2009, avec 14 commentaires
Critiques

De Notre Sang est la deuxième parution des éditions du Petit Caveau, la première étant Le Mauve Empire que j’avais lu et présenté il y a de ça quelques semaines. Ce livre ci est assez court 150 pages et est servie par une illustration de Anne-Claire Payet que l’on connaît notamment via son travail sur la série Anita Blake ou Kushiel. C’est donc un très beau livre glacé que nous pouvons ouvrir pour en feuilleter les pages. Et donc, qu’y-a-t-il dans ces 150 pages écrites par Adeline Debreuve-Theresette ? Synopsis.

De Notre Sang de Debreuve-Theresette

Dracula est le premier des vampires, le plus fort, le plus beau, bref c’est Dracula quoi. Mais il est la cible de nombreuses menaces et il sait que si il meurt, tous ceux qui partagent son sang périront aussi. C’est devenu sa plus grande crainte et il est prêt à tout pour trouver la solution. Une vieille prophétie va peut-être lui donner : il lui faudrait trouver une femme capable de porter son enfant.

Le roman est court, très court, tellement que je le classerais plutôt dans les longues nouvelles, sans que ce soit négatif pour autant. De ce fait, il n’est pas étonnant de voir que peu de personnages auront réellement voix au chapitre: Marie, et Dracula vont tout porter sur leurs épaules, les autres sont assez proches de l’ombre. Heureusement les deux héros sont bien travaillés et bien traités. Dracula devrait plaire à toutes celles qui aiment Lestat d’Anne RiceJean-Claude d’Hamilton ou Eric de Charlaine Harris, car ici Dracula, non content d’avoir une classe admirable, et bien évidemment beau, sardonique, sûr de lui, bref, tout ce qu’on demande au vampire de nos jours quoi. Je ne parle bien entendu pas d’Edward de Twilight, hein. Marie quant à elle est loin du cliché, ce n’est ni la nunuche de service ni la fille super forte. Elle est normale, tout simplement. Cependant on a parfois du mal à  comprendre ses réactions, ainsi que ses changements d’opinions.

Couverture de De Notre SangL’histoire démarre assez fort, alternant entre les ambiances de Transylvanie de fin du XIXème et Paris à la même époque. Évidemment, vous le savez, c’est une époque que j’apprécie particulièrement. On y retrouve toute l’ambiance à la fois sombre et chargée en crinoline qu’on est en droit d’attendre, encore plus d’un roman vampirique. L’histoire évolue sans temps mort, et on ne s’ennuie pas du tout. La progression de la relation entre Marie et Dracula est globalement bien menée, même si la fin m’a laissée perplexe, je la trouve à la fois trop abrupte et trop mignonne pour mes goûts.  Un peu un sentiment de tout ça pour ça. Ceci dit, elle a le mérite de laisser la porte ouverte a une possibilité de suite..

On regrettera l’absence totale d’explication sur la vision des vampires de l’auteur. Parce que j’ai été un peu choquée de voir que Dracula semble sortir au soleil, vu qu’il admire le coucher du soleil. Certes il boit du sang, mais je pense qu’à partir du moment où l’on s’écarte des standards communément admis (ce qui n’est jamais une mauvaise idée, hein), il est quand même nécessaire de le préciser afin de ne pas trop choquer, étonner, le lecteur. Il faut un peu tisser la toile au fur et à mesure qu’on avance pour avoir une idée de ce que sont les vampires pour l’auteur et c’est dommage.

A coté de ce problème notable, et qui peut être dérangeant, le style de l’auteur est fluide, agréable et raffiné. Pas de fautes, pas de lourdeur, c’est vraiment agréable à lire.Chaque chapitre est précédé de paroles de chansons, en anglais généralement qui permettent de se mettre dans l’ambiance .  Le roman se lit d’une traite sans difficulté aucune.

A noter enfin que l’intégralité des droits d’auteur sera reversé à la SPA. Cette initiative est à saluer, car cela n’est pas courant. Comme ça, en remplissant votre bibliothèque vous faites une bonne action. Comme pour le Mauve Empire, il n’est pas forcement aisé de trouver le livre donc je vous renvoie à cette page pour acheter De Notre Sang. Vous pouvez également consulter un extrait de De Notre Sang à cette addresse.


L’Homme-Rune de Peter V. Brett

Serafina dans Critiques, Livres le 12 octobre 2009, avec 24 commentaires
Critiques

L’Homme-Rune est le premier tome d’une série écrite par Peter V. Brett, elle s’appelle Le Cycle des Démons,et le deuxième tome serait prévu pour Avril 2010 en version originale. Là bas, il s’appelle Painted Man et est sorti en 2008, il s’agit donc tout comme Le Nom du Vent d’une publication rapide d’un cycle encore en cours d’écriture. Il vient tout juste de paraître en français aux éditions Milady, dans sa jolie couverture très connotée action, et notre contact nous a indiqué qu’il s’agissait du coup de cœur Milady de l’année. Fiou, du coup, ça fait peser une sacrée attente sur le livre tout cela. Le coup de coeur de la maison d’édition sera-t-il un de nos coups de cœurs ? La réponse après le synopsis.

L'Homme Rune de Peter V. Brett

Chaque nuit, les démons sortent du Cœur pour attaquer les humains, puis les dépecer et les manger. Ces derniers ont trop négligé ce danger qui avait pendant longtemps disparu, et ils ont ainsi perdu le savoir permettant de les combattre. Faute de ce savoir, ils se retranchent donc derrière la protection de Runes, dans leurs maisons, dans la peur. Arlen a été élevé comme cela, mais il n’est pas de ceux qui peuvent supporter de vivre planqués. Encore plus, quand une tragédie le met face à la lâcheté de ses pairs, il décide que ce n’est pas la vie qu’il veut. La nuit ne lui fera pas peur, car il trouvera le moyen de se battre.

Dit comme cela, on sent un peu le chemin convenu. On se dit qu’Arlen, il a un pouvoir caché, que c’est l’élu, le Libérateur et qu’il va sauver l’humanité, que c’est sa destinée, tout ça. Youpi encore un de ses romans de Fantasy grandiloquents sans originalité.  Ou pas.

L'Homme Rune de Peter V. BrettJe le dis souvent, il est difficile de faire une critique d’un roman qu’on a aimé, alors qu’en descendre un c’est quand même bien aisé. Au vu de la difficulté que j’éprouve à commencer cette critique, je pense que vous avez déjà une idée de la conclusion. En fait, non, ça ne sera pas une conclusion, et on ne va pas tourner autour du pot. L’Homme-Rune c’est bien. C’est même plus que bien. C’est un de ces bouquins à vous réconcilier avec la Fantasy. Quand vous avez lu tellement de mauvais titres que l’idée de se taper la quête initiatique d’un héros vous file des boutons, il suffit parfois de trouver le bon. On peut par exemple citer Le Nom du Vent, mais il est clair que l’Homme-Rune fait tout autant partie de ces bons livres.  Si il y a les bases communes à de très nombreux bouquins, le traitement du récit ici est très personnel. La citation au dos du bouquin, de Charlaine Harris, est « un roman d’aventure sur la nature de l’héroïsme« , et c’est tellement vrai.

Ici, exit les destinées, les prophéties et les élus. L’auteur se centre surtout sur la peur. La peur qui paralyse les gens, celle qui les fait se terrer derrière leurs runes, et les manières qu’on peut trouver pour lutter contre cette peur et devenir un héros, même si ce terme n’est pas exactement ce que je veux dire. Les personnages sont proches de nous, ils ont la trouille comme on l’aurait. Ils ont des préoccupations comme les nôtres, et se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Et puis dans cette masse qui pisse dans son froc, il y en a toujours une poignée qui va prendre le problème dans l’autre sens. Des personnes qui auront vécu plus profondément que les autres certains événements, et qui de manière logique vont refuser la peur.

Et c’est génial. Parce que dans le fond, on dit tous que si quelqu’un menaçait nos proches, on se battrait pour le défendre. Oui on le dit. Mais le ferait-on ? On est lâches, tous autant que nous sommes.  On aimerait être ces combattants. On aimerait se dire que nous aussi. Et c’est la force du livre. Les mécanismes de l’héroïsme y sont très bien décrits, il n’y a pas de jugement. C’est nuancé, tout le monde n’est ni tout blanc ni tout noir. Même ceux qui vont se dresser n’ont pas que des qualités, loin de là.

L'Homme Rune de Peter V. Brett

La couverture allemande de l'Homme Rune, qui a déferlé plus ou moins sur le monde entier en moins d'un an...

Nous suivons en effet plusieurs personnages, tous très différents, mais qui ont pour point commun d’être des survivants. Ces personnages partent d’endroits et de situations différentes. Les histoires sont assez indépendantes, mais toutes représentent une certaine forme de revanche sur la vie, à des niveau très éloignés. Ces trois points de vues permettent évidemment à l’auteur de développer son univers de manière assez immersive. On est tour à tour plongé dans la grande ville ou dans le petit hameau. Il n’y a pas de complaisance avec les personnages, exit les stéréotypes, et l’histoire nous prend souvent à contre-pied.

L’auteur surfe sur des principes relativement communs, mais reussit à se les réapproprier. Que cela soit dans le traitement ou dans la mise en scene, l’oeuvre est personnelle et originale. Le monde est immersif, et le pouvoir des runes très intriguant. Je n’aurais pas de réel reproche à faire au livre, hormis le fait que le tome 2 ne soit toujours pas sorti. Le coup de Coeur de Milady releve le défi et s’avère être un très bon livre de Fantasy. A conseiller à tous, des blasés de la Fantasy aux jeunes novices découvrant à peine L’Assassin Royal. Le roman devrait tous les mettre d’accord.


Bernard Werber est (entre autres) un écrivain français, né en 1961 à Toulouse, dont le genre est surtout tourné vers la Science-Fiction. Les livres les plus connus de cet auteur sont ceux qui composent sa Trilogie des Fourmis. Écrivain assez reconnu et récompensé, c’est ici des deux premiers opus d’une autre trilogie que celle des fourmis que je vais parler : les Thanatonautes et l’Empire des Anges, qui forment le Cycle des Anges, dont la fin est assurée par une trilogie dans la trilogie, le Cycle des Dieux. Vous suivez ? Enfin,n’ayant lu que les deux premiers et aucun autre livre de cet auteur, mon avis se limitera forcément au Cycle des Anges.

Le Cycle des Anges de Bernard Werber

Les Thanatonautes publié en 1994, littéralement les navigateurs de la mort, comme Werber l’explique à maintes reprises, met en scène Michael Pinson, médecin et narrateur à la première personne. Il vit une enfance un peu maussade, étouffé par une certaine médiocrité d’esprit dans sa famille, le genre « Matilda » de Roald Dahl, en moins exagérée. Durant son enfance, il est l’ami de Raoul Razorbak, jeune garçon brillant et étrange, lecteur invétéré, que le suicide de son père finit par écarter de Michael. Quelques années plus tard, le fameux Raoul le recontacte. Il travaille sur un projet secret dans un labo de fortune, flanqué d’une belle infirmière dont la manière de penser est quelque peu étrange. Ils ont besoin de l’aide d’un médecin. Il s’agit d’envoyer des volontaires aux frontières de la mort, en provoquant des « NDE », « Near Death Experience ».

Les Thanatonautes de Bernard Werber

Les Thanatonautes

Après un combat très classique contre ses scrupules, on s’en doute, Pinson accepte. D’abord dans le plus grand secret, puis suivis par le monde entier, ils repousseront petit à petit les frontières de la mort, passant successivement les phases, les « territoires », à travers lesquels les morts passent. Mais révéler au fur et à mesure ce qu’il y a après la mort n’est pas sans risque, les répercussions sur le comportement humain étant forcément immenses. Ce qui n’est peut-être pas du goût de ce qu’il y a après les territoires.

Autant le dire avant toute chose, ce n’est ni une bouse, ni un bon bouquin. Un ami m’a prêté les livres pour un trajet en métro, et honnêtement, ça convient parfaitement à distraire d’un trajet, sans plus. Le style est impersonnel, les personnages ne sont ni particulièrement attachants, ni fouillés, ni caricaturés… C’est une lecture fade, assez plate, de laquelle on ressort sans vraiment se rendre compte qu’on s’y est plongé. Tout le contraire d’un Céline. Le livre parvient à éviter l’ennui en faisant se succéder rapidement l’histoire elle-même et des extraits de croyances sur l’après-mort de plusieurs civilisations et religions, censés former la thèse sur la mort du père de Raoul Razorbak.

L’empire des Anges emprunte le même procédé, en faisant se succéder histoire et parties de l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu, censée être dictée par un ange apparemment soucieux de compiler une certaine masse d’informations. Bref, le livre se lit à une vitesse quasi supersonique, et ses quelques centaines de pages sont avalées en peu de temps. S’il y a une qualité qu’on ne peut enlever au livre, c’est d’être facile à lire. Il se lit presque seul. La fin du premier tome est très convenue, énervante et si peu adaptée à sa suite qu’il est très probable que Werber n’ait décidé de faire une suite que quand le livre s’est bien vendu… Attention, je ne dis pas que c’est un mauvais livre. C’est juste un livre sans vrai relief.

L'empire des Anges de Bernard Werber

L'Empire des Anges

La suite, lEmpire des Anges, reprend le personnage de Michael Pinson, ainsi que celui de Razorbak. Le narrateur, devenu ange gardien, devra veiller sur trois « clients », trois humains, afin de leur faire compléter leur cycle de réincarnation. Le livre reprend exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts que le premier opus. C’est toujours du beurre mou extrêmement simple à lire et parfait pour un long trajet en métro, et c’est toujours aussi fade et sans incidence sur le lecteur. Simplement, ici, les incohérences, qui ne faisaient que poindre dans le premier, sont légions.

Pêle-mêle, on signalera que les Anges supérieurs sont censés prévoir à l’avance comment les réincarnés mourront, mais les anges gardiens doivent les empêcher d’avoir des accidents ; qu’un adultère fait perdre 60 points (la réincarnation étant basée sur un système de points…), mais que donner son sang à l’hôpital en fait gagner… 10 (qui a dit que les anges étaient vieux jeu ?) ; qu’un type avec -20 points a droit à une belle vie dans un pays riche dans une gentille famille, mais qu’un type avec 320 points naît en Russie, d’une mère haineuse, qui l’abandonnera à un orphelinat atroce, qui débouchera sur un centre de redressement, puis un asile, puis l’armée en tant que chair à canon… ; que les anges supérieurs sont tellement concernés qu’ils laissent des « clients » accomplir leur cycle en arrondissant leurs points (super sérieux, les gars), et j’en oublie beaucoup.

Certains principes mêmes sont difficiles à digérer : en gros, souffrir un max et avoir une vie pourrie permet d’encaisser des points, le must étant de finir immolé… Et tout ceci sans parler du très grotesque « combat » du second tome, entre les ex-anges gardiens et leurs ex-protégés remontés contre eux. Plus stéréotypé et mal foutu, tu meurs (c’est probablement le seul passage vraiment mauvais des deux tomes).

En bref, si vous devez vous taper une ligne de métro en entier, c’est du tout bon, si vous voulez un vrai bon bouquin qui absorbe et qui laisse une trace, passez votre chemin.