Ceux qui sauront est un des derniers romans écrits par Pierre Bordage. Il est sorti en 2008 au rayon jeunesse, et a récemment été édité par J’ai Lu dans sa version poche. Je me sens un peu honteux de ne pas avoir lu d’ouvrage de cet auteur français avant mais bon, il faut un début à tout. C’était aussi la première fois que je lisais une Uchronie. C’est donc un regard neuf et frais que je vais porter sur ce roman. Synopsis.

La révolution n’a pas suffit à faire tomber les têtes couronnées et les aristocrates. Il y a eu une deuxième restauration en 1882 et celle-ci a perduré. Le peuple continue d’être opprimé et l’école n’est jamais devenu ce qu’elle aurait du être à cause de l’assassinat de Jules Ferry. Quel meilleur moyen de garder le peuple à sa botte, qu’en le laissant dans son ignorance. Les révoltes éclatent au fil des ans, ne laissant qu’un sillage de sang derrière elle. On suivra le destin de deux jeunes, celui un fils d’ouvrier Jean, et celui d’une fille de bonne famille, aristocrate de par sa naissance, Clara.
Replaçons nous dans le temps, nous sommes en 2008. Imaginez la France au dix-huitième siècle, rajoutez une sorte de réseaux mondial du type internet réservé à l’élite et à ceux qui savent où chercher, quelques moyens de transports plus évolués comme la voiture et deux ou trois avions, et voilà vous avez le paysage de notre livre. C’est très industriel et on se retrouve dans un marasme de crise où l’on délocalise dans les colonies.

De ce coté, c’est noir et bien réussi même si niveau technologie je suis assez surpris que cela reste aussi classique et basique, et ce même pour les riches. La misère est palpable chez le bas peuple et l’opulence indécente chez les aristocrates. L’auteur narre les arrestations, les exécutions et la violence de manière assez réalistes. On ressent une certaine cruauté chez les protagonistes. Ça m’a paru peut être un poil fort vu le lectorat qui semble être visé, soit le public adolescent.
Le thème principal du livre, outre la luttes des classes, c’est l’éducation. Sans elle, il n’y a rien. Quand elle n’est pas là, nous sommes toujours à la recherche du savoir et le savoir ici, c’est le pouvoir. Les éléments de l’intrigue tournent tous plus ou moins autour des écoles clandestines. Cependant, j’ai tout de même ressenti comme de la sous-exploitation de certains passages qui auraient pu être un poil plus fort, par exemple la mort du père d’un des personnages qui parait anecdotiques au vu de la réaction des intéressés.
Un détail dont nous aurions malheureusement pu nous passer, c’est la romance téléphonée entre les deux adolescents, Clara et Jean. Comme vous vous en doutez depuis le début, ça se la joue à la Roméo et Juliette, mais un Roméo et Juliette un peu trop proche d’un mauvais roman à l’eau de rose, genre Nous Deux. J’ai trouvé que c’était assez niais et pas émouvant pour un sou. D’un autre côté, c’est pour adolescents, et peut être que si j’avais vu Twilight à l’époque, j’aurai trouvé ça bien moins niais.
En conclusion, c’est un roman qui plaira je pense aux adolescents en mal d’univers sombres, et qui est peut être à conseiller dans le cas d’un passage à la lecture dite pour adulte. Même si l’Uchronie est très réaliste, j’aurai cependant du mal à le recommander à un lectorat plus exigeant. Cela dit, on me souffle dans l’oreillette que Pierre Bordage a par ailleurs écrit d’autres romans de très bonne qualité, comme par exemple les Fables de l’Humpur qui aurait sans doute plus leur place sur votre table de nuit, en tout cas il est sur la mienne, et c’est là encore disponible en poche aux éditions J’ai Lu.


















Évidemment, il s’agit d’esquisses très grossières des vies de ces trois personnages, racontées sur plus de six cents pages ; en fait, il s’agit même de résumés des toutes premières parties introduisant les personnages. Inutile de spoiler le roman et le raconter en détail. Il suffira simplement de savoir que le roman maintient un certain suspens vis-à-vis des personnages d’une partie à l’autre. Ceux-ci ne sont pas des héros, ils prennent de mauvaises décisions aussi bien que des bonnes, ils évoluent, et leurs motivations ne sont certainement pas toujours celles de bons samaritains. Il n’y a rien d’artificiel dans leurs vies – même si ces dernières sont certainement plus mouvementées que la moyenne –, et c’est là une des grandes qualités de ce roman. Une autre étant que, malgré sa taille, jamais il ne faiblit en intérêt. Les fins des personnages, sans rien révéler, sont toutes parfaitement tranchantes et définitives, de manières complètement différentes d’ailleurs.

L’intrigue par contre, est tout ce qu’il y a de plus conventionnel et on comprend assez vite ce qui se trame. Cependant, c’est quand même bien mieux mené que ce qu’on peut retrouver dans les autres grosses séries, comme 




Bien sûr on échappe pas aux éléments récurrent, mais on le sent vivre, et quand Ellana s’y promène à cheval, on a réellement l’impression d’y galoper. C’est difficile à expliquer, et le côté contemplatif de la voie des Marchombres ne doit pas y être pour rien. C’est d’ailleurs un élément clef du livre, et il est agréable de s’y aventurer avec Ellana pour recevoir quelques notions bien pensantes de son maître.